‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 67 sur 317 · POIDS DE LA CROIX · texte numérisé non relu

POIDS DE LA CROIX

On peut se rendre compte du poids de la croix en ayant égard à la charge qu’un homme peut porter dans les conditions où se trouvait Notre-Seigneur , grand & fort, mais épuisé par les supplices qu’il avait endurés, par la longueur de

(1) De stipite erecto foramen factum tnanifestum est. Pes quoque parvæ tabulæ in hoc foramen itisertus est. Super hanc vero tabulam tanquam stantis, hominis affixæ sunt plantas. (S. Greg., De glor. martyr ,3 ch. vi.)

(2) Fuerunt autem in cruce dominica ligna quatuor : stipes erectus, & lignum transversum, truncus suppositus, & titulus superpositus.

la voie douloureuse dont on connaît au moins les deux extrémités & qui devait être de 5 à 600 mètres, & par la difficulté du chemin dans un sol montueux.

D’après Paucton W , un portefaix peut être chargé de 90 kilogrammes, en marchant 5 kilomètres à l’heure, & un porte-charbon, qui se repose souvent, de 11 5 kilogrammes. Laisné P), Charles Dupin donnent des poids moindres. Feu M. Duprez 0), habile praticien, pensait qu’un fort charpentier peutporterun décistère de bois de chêne, soit environ 100 kilogrammes, pendant un parcours de 40 à 50 mètres au plus, c’est-à-din1 2 3 4 marcher environ deux minutes, puis se reposer trois minutes, & soutenir ce travail pendant une heure. Notons en passant que, dans ces conditions, il aura fallu 60 minutes pour parcourir la voie douloureuse. Ajoutons que la charge a été telle, que Notre-Seigneur n’a pu la supporter tout le temps & qu’il a fallu le soulager.

C’est ici le lieu d’examiner comment s’est produite l’intervention de Simon le Cyrénéen. Elle peut s’entendre de deux manières : le texte sacré ne dit pas formellement si Notre-Seigneur fut totalement déchargé de sa croix, ou s’il continua à la porter avec une aide étrangère. Dans la première hypothèse, le Christ aurait marché en avant, Simon portant seul la croix en arrière. Dans la seconde, il aurait porté la partie antérieure & Simon la partie postérieure, le bout traînant terre. Saint Augustin, saint Athanase, saint Jérôme, saint Lé, on, Origène & plusieurs modernes (4) supposent que Notre-Seigneur fut entièrement déchargé. Ils disent que le mot grec aïpeiv traduit par tollere (saint Marc) exprime la trans-

(1) Paucton, Métrologie ^ 1780, p, 94,

(2) Laisné j Aide-mémoire des officiers du génie , 1853^ p. 69,

(3) M. Duprez m'écrivait le 18 juin 1865^ :

a En réponse à la lettre par laquelle vous me demandez la charge qu'un bon charpentier peut porter pendant une heure j j'ai l'honneur de vous adresser les renseignements suivants:

<r La manière de porter la plus habituelle des charpentiers est, comme vous savez, de porter les morceaux de bois sur une épaule.

20 Un fort charpentier peut porter ainsi au maximum un décistère de chêne, soit environ 100 kîlog., pendant 40 ou 50 mètres de distance au plus, ce qui indique un effort soutenu pendant environ deux minutes^ mettant trois minutes pour repos & rechargement, il peut soutenir ce travail pendant une heure,

« 3Û En coltinant, plusieurs ensemble, de très-forts morceaux, il n'y a tout au plus que la moitié de cet effort employé.

« 4" Dupin (Charles) ? rappelant des observations de Coulomb, porte à 50 kilogrammes la charge qu'un colporteur peut porter à 18 kilomètres en une journée, soit en 4 h. 1/2 de travail effectif*

a De ce qui précède il me parait résulter qu'un bon charpentier peut porter pendant une heure, en alternant le repos avec les efforts de deux a trois minutes, 100 kilogrammes,

« Je n'évaluerai pas le travail continué pendant une heure sans repos à plus de 50 kilogrammes.

« Quand de bons charpentiers ont coltiné de cette manière trois ou quatre heures de suite dans une même ournée, on est obligé de les employer le reste du temps à un travail beaucoup moins fatigant*., »

(4) Jansénius, Michel Palatins, Tolet, Suarès, Gretser, ch. xv.

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