MESURES DE LA CROIX
Une ancienne tradition, rapportée par Gretser, nous apprend que la croix se composait d’un montant dont la hauteur était de 1 5 pieds (4'%8o), & d’une traverse
(1) D'après Laisné, voici les pesanteurs spécifiques de quelques conifères :
Pin d’Ecosse .... * 0,56,
Sapin abies 0,46*
— épicéa . , » . , 0,52*
— jaune, * . * . . 0,66.
Dans la détermination approximative de la densité du bois de la vraie croix* j'ai choisi celle du pin d'Ecosse comme étant une moyenne.
de 7 ou 8 pieds (2m,30 à im,6o). Or , ces mesures s’accordent, nous allons le prouver, avec la pensée que les croix étaient peu élevées au-dessus de terre.
Nous venons de voir dans Plaute qu’on pouvait y monter en courant. On lit dans Apulée (114-190) : Cum canes & vultures intima protrahunt viscera. Les croix étaient donc basses , puisque les chiens pouvaient dévorer les entrailles des crucifiés O. Quelques martyrs attachés à des croix étaient exposés aux lions & aux ours (fi. Benoît XIV, dont la profonde érudition cite tous les auteurs, discute si la croix était élevée ou basse , & , parmi les arguments qu’il invoque à l’appui de notre seconde hypothèse , il dit que les Juifs n’auraient pu lire l’inscription , & Jésus de sa voix mourante n’aurait pu converser avec Jean & Marie.
Mais îl est une autre considération importante qu’il ne faut pas perdre de vue. L’opération de dresser à bras d’hommes la croix chargée de son divin fardeau était déjà pénible, & le serait devenue bien davantage d’après le système qui consiste à vouloir rapprocher le crucifié de l’extrémité supérieure de l’instrument du supplice ; car on relève dès lors le centre de gravité , & l’on augmente dans des proportions considérables les difficultés du dressement de la croix. Enfin, si les croix eussent été hautes, les soldats n’auraient pu facilement briser les jambes des suppliciés qui respiraient encore. Ainsi, traditions, bon sens, statique , tout se réunit en faveur de l’hypothèse de la croix basse avec support en bas.
Partant de ces données , pour obtenir les mesures réelles de la croix , il convient de les traduire en mesures vulgaires de la Judée & d’éviter les nombres fractionnaires. Un savant ingénieur des ponts & chaussées, M. Aurès, par de patientes recherches sur les monuments antiques, a confirmé cette règle, qui est de tous les temps, de tous les lieux. Les Juifs se servaient de la coudée sacrée & de la coudée vulgaire. La première avait 525 millimètres, la seconde 450 millimètres. Ce sont les coudées d’Égypte qu’ils avaient rapportées de leur captivité (fi.
Le père Lamy, avant M. Aurès, avait dit avec beaucoup de raison dans son livre sur les mesures du temple de Jérusalem : <1 Les architectes n’ont pas l’habitude d’employer des nombres fractionnaires pour les parties principales des édifices. Dans les monuments romains, toutes les mesures sont en nombres ronds ; de même, dans les Écritures saintes , toutes les dimensions sont données en nombres entiers de coudées ou de demi-coudées. L’arche de Noé était longue de
(1) Gretser, De cruce Christi ? ch. vil, p+ jjé
(2) D. Blanàina veto ligne suspense } bestüs irrtttntibus ad vomndum est propos ka. (Palæotri.)
(3) Voir le § VI, à la fin du chapitre.
LITRE I, Cfl. II. — FORME DE LA CROIX.
300 coudées; la largeur & la longueur de l’arche d’alliance, de l’autel d’or, de la table, de l’autel, du tabernacle & du temple sont indiquées en coudées. »
L’usage de débiter les bois en mesures entières, par des raisons analogues, doit exister de toute antiquité, & les bois en provision chez les marchands de Jérusalem s’y trouvaient en coudées ik onces franches , comme autrefois, en France, en pieds & pouces francs .
Le même système a sans doute été suivi par les ouvriers chargés des assemblages & de la pose de la traverse & du support. Ils ont, comme les bûcherons dans les forêts, employé leurs mesures usuelles, &, autant que possible, en évitant les fractions. La rapidité de l’exécution fut loin de les faire déroger à leurs habitudes.
Nous avons vu que les mesures traditionnelles de la croix sont de 13 pieds pour la tige & 7 à 8 pieds pour la traverse.
Or 15 pieds égalent 4m,8o, ou très-approximativement 10 coudées qui feraient 4sn^o. 7 pieds égalent 2^30, ou sensiblement 2^25 ou 10 coudées. Nous pouvons en conclure que ;
La tige avait 10 coudées & la traverse ^ coude'es, exactement la moitié , rapport simple qu’il est bon de constater en passant,
SiFon veut appliquer des mesures de détail à la vraie croix en ayant égard : i° à la taille de Notre-Seigneur <0 , 2e1 à Fétendue des bras, 30 à la hauteur de la tète de la croix qui devait recevoir une inscription ou servir de scellement, comme dans le crucifiement de saint Pierre, 40 à Félévation du support au-dessus du sol, assez bas pour livrer les entrailles des victimes à la dent des betes féroces, 50 au scellement nécessaire, on est conduit à donner :
À la têce de la croix 2 coudées.
Au montant depuis la traverse jusqu'au-dessous du support. 5 —
Depuis le support jusqu'au sol 1 —
Au scellement dans le sol. , * z
Connaissant le volume de la croix par son poids & sa densité, & sa longueur par les considérations qui précèdent, prises clans divers ordres d’idées & qui toutes
(1) Voir les planches II & III : le Portement de croix & le Crucifiement.
conduisent au même résultat , nous en avons déduit la section par un calcul tout élémentaire & toujours en mesures entières hébraïques : 4 onces sur 5 onces (150 millimètres sur 187 millimètres) pour le montant, & 4 onces sur 4 onces (i^o millimètres sur 150 millimètres) pour la traverse.