‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 90 sur 317 · LIVRE I, CH. IV. — LA CROIX EN ITALIE · texte numérisé non relu

LIVRE I, CH. IV. — LA CROIX EN ITALIE

ail peuple. Lorsque Pierre Torrigini en fit l’acquisition, il s’y trouvait compris un magnifique évangéliaire qui est actuellement déposé à la bibliothèque de Sienne, & qui paraissait avoir plus d’importance que les reliques, aux yeux de l’abbé Tristori, prêtre, secrétaire -archiviste de l’hôpital, qui publiait en 1770 un ouvrage sur ces trésors. J’en ai fait un extrait qu’on lira aux pièces justificatives.

La croix est sertie en or sur une croix d’01* ornée de petits enroulements en relief ; le tout est placé dans un vase en cristal de roche & enfermé dans un reliquaire en argent du xvm" siècle. Il est difficile de déterminer l’âge de la croix d’or. Le bois est brun très-foncé; la tige a 50““; les deux bras ensemble 14"™ sur une largeur moyenne de 3"'m. Je n’ai pu en reconnaître l’épaisseur. Je ne donnerai donc qu’une approximation pour le cube que j’évalue à 250™; en tout, pour Sienne, 1,680™“ (PL VI).

Turin. — J’ai vu à la chapelle royale de Turin deux reliques de la vraie croix; la première, dont l’authenticité n’est pas absolue, se compose de trois morceaux d’une longueur développée de 225“'“, d’une largeur moyenne de 5m“l> & d’une épaisseur évaluée à 4™"'. La couleur des veines se rapproche de celle du bois de palissandre dans ses parties les plus claires; la cassure accuse des fibres trèsfines. Le volume est d’environ 4,500"™.

La seconde, qui porte le nom de Saint-Maurice, est une croix en deux morceaux assemblés à mi-bois, d’ensemble ioom”‘ sur 5'”™ & 4™", cubant 2,000™. Elle est grossièrement coupée. Sa couleur est blond -gris -roux, on n’y voit pas de veines. Le volume total pour Turin est de 6,500"™. (PL VII).

V enise. — La situation de la république de Venise l’ayant faite l’entrepositaire de toutes les richesses que les chrétiens avaient rapportées de l’Orient, c’était dans cette ville que je pensais trouver les plus abondants trésors, & mon attente n’a point été trompée. Son Éminence Msr le cardinal Trevisanato, par l’entremise de M. l’abbé Passïni, sacriste de la basilique de Saint-Marc, a bien voulu m’envoyer des dessins & des renseignements d’où j’ai extrait les notes suivantes, vérifiées ensuite par moi-même lors d’un voyage à Venise en 1868.

Il est très-difficile de savoir le sort des tables byzantines conservées à Venise avant la révolution W. Plusieurs objets précieux, qui appartenaient à des couvents

(1) Voici, sur ces tables, ce qu*on lit dans un remarquable ouvrage de dom Costadoni, bibliothécaire du monastère des Camalrîules de Saint-Michel, à Murano (Venise, 1742).

L'auteur place en tête de son œuvre la représentation, à moitié de la grandeur naturelle, du reliquaire,

& à des églises au temps de la république de Venise, furent soustraits en 1797 & dans les années suivantes à l’avidité sacrilège des pillards par les religieux mêmes des églises ou des couvents dévalisés. Quelques-uns se partagèrent entre eux ces dépouilles sacrées; quelques autres les donnèrent à des églises, d’autres enfin les retinrent en dépôt, en attendant des temps meilleurs.

Ainsi, plusieurs objets religieux qui jadis appartenaient à Saint-Michel de Murano furent sauvés par les Pères Cappellari & Fursa. Le premier devint pape, sous le nom de Grégoire XVI, & le second reçut le chapeau. Cappellari enrichit la bibliothèque Saint-Grégoire de Rome de plusieurs manuscrits & livres précieux qui auparavant étaient au couvent de Saint-Michel de Murano. Il est trèsdifficile de savoir actuellement ce que sont devenus une foule d’objets sacrés enlevés des églises sans ordre gouvernemental. En général on ne prenait que ceux d’un prix matériel, & on les négligeait quand leur valeur vénale paraissait douteuse. On laissa cependant les pierreries & les perles de plusieurs couronnes, pectoraux, &c., &c., du trésor de Saint-Marc, parce qu’il était moins facile de s’en défaire que de l’or ou de l’argent. Ces pierreries furent vendues en 1820 pour réparer le toit de Saint-Marc.

L’église Saint-Martin-de-la-Charité, qui, dès la fin du siècle dernier, avait été supprimée, fut transformée en académie des beaux-arts ; elle appartenait aux chanoines réguliers Portuenses. Flaminius Corner, dans son célèbre ouvrage : Ecclesice Vcnetœ antiquis monumentis illustrâtes , dit qu’on y conservait trois épines de la couronne de Notre-Seigneur : Très ex dominica corona spinœ. Elles n’étaient pas, comme on l’a dit, réunies à leur branche. On ignore le sort de cette précieuse

qu’il appelle table pour lui donner une dénomination abrégée. « C’est un gros morceau de noyer oriental, couvert de plusieurs lames de métal ciselées. La plus grande, qui occupe le fond de la table, est en argent doré. Le bois sacré, dont on a enlevé deux morceaux, avait anciennement j6omm, réduits par cet enlèvement à 2iomn*. Les deux traverses qui divisent le montant ont, savoir : celle d’en haut, ioo“m, celle du dessous, 145'"'” j la largeur du bois est de 23"'", & l’épaisseur paraît être la même. La vétusté a donné au bois une couleur de châtaigne; on ne sait quelle est son espèce. Des personnes qui s’y connaissent penchent pour le cèdre, mais sans en enlever une parcelle, on ne peut rien affirmer. »

La croix double ne paraît pas dans les médailles avant celles de Léon l’Isaurien, vers 717. Costadoni pense que la table qu’il décrit est du IX' ou du Xe siècle. Il ajoute que le vénérable Bède dit que de son temps on conservait à Constantinople trois morceaux de la vraie croix, savoir un long morceau coupé en deux & la traverse, & il conclut en disant que c’est là l’origine de la croix de Murano.

Suint-Mathias, pris Venise. — « Les Latins ont imité les Grecs dans la confection des tables renfermant du bois de la vraie croix. On conserve au monastère de Saint-Mathias, dans une petite île au nord de Murano, une de ces tables, avec un morceau remarquable de la vraie croix. Elle ne porte aucun caractère de fabrication grecque. Elle a été léguée à ce monastère par Georges Baseggio, patricien de Venise, le 26 février 1383, ainsi qu’on le voit dans un testament écrit par Basile Darvasio, prêtre de Saint-Nicolas de Venise. »

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