RÉSUMÉ SUR .LES CERVEAUX
A. Surfaces.
M. Hermann Wagner, fils du professeur de Gœltingue, a cherché des mesures exactes de la surface développable des hémisphères cérébraux'. Sa méthode consiste à couvrir d’abord avec de l’or battu les surfaces elles-mêmes, telles qu’elles se montrent après avoir enlevé les enveloppes. Les feuilles minces d’or battu, sur lesquelles on découpe la quantité nécessaire pour ce dorage, ont été mesurées d’abord. Eu mesurant la surface restante, on trouve la surface employée. La longueur cl la profondeur des sillons qui séparent les circonvolutions sont mesurées ensuite par des procédés particuliers, sur lesquels je n’entre pas ici, et toutes ces mesures réunies donnent la surface développable.
Ces mensurations, fort pénibles et délicates sans doute, ont été faites sur quatre cerveaux humains, conservés à l’esprit de vin, savoir: de Gauss et Fuchs, professeurs à Gœltingue, d’une femme inconnue et d'un manœuvre nommé Krcbs. M. Wagner a ajouté quelques résultats obtenus sur un cerveau d’orang et sur un autre de lapin, conservés également dans l’csprit-de-vin.
N’ayant pas à m’occuper de cerveaux frais ou conservés à l'esprit-de-vin, je n’entre dans aucune critique sur cette méthode, qui peut être également employée, au moins dans sa première partie, sur des moules et encore avec restriction, car il est évident que les moules ne peuvent donner les surfaces cachées dans la grande fente cérébrale, et que l’on n’y peut mesurer que les surfaces externes.
Mais les moules présentent pour l’application de la méthode de M. H. Wagner, d'autres inconvénients qui auraient pu m'engager A y renoncer complètement.
La mensuration de la surface totale seule est, en effet, parfaitement inutile, parce qu’on peut mesurer beaucoup plus facilement, et avec moins de chances d’erreur le
' Maassbeslimmungen der Oberflæche des grossen Gehirns, voii D' Hermann Wagner in Gotha. Cassel und Gœuingen. 1804.
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volume du moule, soit en remplissant le crâne, soit en déterminant le volume d’eau que déplace le moule par immersion. Ce dernier moyen, conseillé dernièrement par M. Welcker, a déjà été employé par Jean Muller, qui en parle dans son Mémoire cité sur les Sohn. Je l’ai employé également au moyen d’un appareil consistant en une cloche de pompe pneumatique, sur le bord de laquelle est appliqué par frottement, une plaque en verre fermant hermétiquement, et munie d’un petit tube vertical portant une marque. Les chiffres obtenus dans cet appareil sont constamment un peu plus considérables que ceux fournis par le remplissage du crâne avec de la grenaille fine et lassée ; mais comme les différences sont constantes, on peut toujours recourir au moyen plus facile du remplissage du crâne. Or, la cavité crânienne ayant toujours une forme semblable chez les différents individus, la surface du moule doit avoir un rapport constant avec le volume et peut être négligée par conséquent.
Il en est autrement lorsqu'il s’agit de comparer entre elles et avec la surface externe entière les surfaces offertes par les lobes du cerveau. Cette recherche était importante ; il fallait nécessairement comparer entre eux les lobes des hommes normaux, des singes et des microcéphales, d’autant plus que j’ai critiqué des assertions touchant ces rapports de M. Wagner père, et que M. ilermann Wagner fils revient sur ces critiques.
J’ai cité dans mes « Leçons sur l’Homme, » page 218, les paroles de M. Rod. W’agner père, par lesquelles celui-ci trouve la différence entre le cerveau humain et microcéphale d’un côté et celui des singes de l’autre, dans le développement considérable des lobes postérieurs du cerveau simien, et dans la réduction, chez les microcéphales, des lobes occipitaux et de la partie postérieure des lobes pariétaux, ce qui constitue, suivant lui, le caractère humain du cerveau.
Une partie de cette assertion est déjà combattue par les mensurations de M. Hermann Wagner fils. Je rapproche dans le tableau suivant les chiffres donnés par cet observateur, pages 14, 15 et 39 de son mémoire.
CERVEAUX ET MOULES
SURFACE PROPORTIONNELLE DES LOBES CÉRÉBRAUX SUIVANT M. HERMANN WAGNER. SURFACE TOTALE = 100.
Ufe frontal srfaor
entière | externe
Ufcr partftal wrfarr
entière | externe
Loba temporal <arf*ct
entière | externe j
Lobe wfipiul sarfae*
entière | externe
Gauss
IR
Fuchs
Femme
ir.,8
Krebs
Moyenne
Orang-Outang
Différence du singe avec
la moyenne des hom.
Il résulte de cette simple comparaison, que le cerveau du singe se distingue de celui de l’homme blanc :
1° Par la réduction proportionnelle du loi» frontal ;
2" Par l'augmentation plus considérable du lobe pariétal ;
3* Par une faible réduction du lobe temporal, et qu’enlin
4° Le lobe occipital du singe possède, & très-peu de chose près, la même surface proportionnelle que celui de l’homme.
Je ne pouvais, certes, désirer une confirmation plus éclatante de mes critiques, fondées sur la simple inspection des figures et des crânes. Il reste donc désormais acquis â la science, par les mesures rigoureuses de M. Hermann Wagner fils, que, contrairement aux assertions de M. R. Wagner père, le lobe occipital a la même surface proportionnelle chez l'homme blanc cl le singe anthropomorphe, et que la différence essentielle porte sur les lobes frontaux et pariétaux, qui, chez les deux types, se balancent presque dans leur développement, de manière que chez l'homme le lobe frontal possède un surcroît de surface qui, chez l’orang, est acquis au lobe pariétal.
J’ai exécuté des mensurations semblables sur les moules ù ma disposition. Seulement, j'ai remplacé l’or battu par de l’étain élamé beaucoup plus maniable. En découpant des lanières de 1 ccntim. et de 5 mm. de largeur, je pouvais aisément élamer les surfaces humectées avec du blanc d'oeuf et calculer facilement la surface couverte. En donnant les résultats obtenus, je dois pourtant faire remarquer que les limites entre
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les lobes restent souvent incertaines, et que celle entre les lobes pariétal et temporal surtout ne pouvait quelquefois se tracer avec certitude. Dans ce cas, j’ai déterminé la surface des deux lobes ensemble. Je n'ai mesuré que le côté gauche des moules.
Voici mes chiffres. On trouve dans la première colonne la surface mesurée en millimètres carrés, dans la seconde la surface proportionnelle de chaque partie, la surface totale d'un hémisphère étant = 100.
Désigaaliou des moules
Surface
Lobe frontal
Ube paiifUl
Lobe leapora!
Lobe ofcipiul
Certekl
Louis Racke
G ou fri pil Mæhre
Frédéric Sohn
j Schutlelndrever
| astw
Jéna
Mæhler
Wll 4
Moyenne des adultes. ..
IXI =
Jean -Georges Mœgle.. .
! Jacques Mœgle
! Moyenne des enfants. . .
Jeune Chimpansé
, Crétin de Zurich
' Nègre
Blanc
Essayons de déduire quelques conclusions de ces chiiTres. 11 en résulte d'abord que, pour la surface totale, deux des microcéphales, la femme adulte Mailler et l’enfant Jaques Mœgle restent au-dessous du jeune chimpansé, comme ils restent au-dessous de lui aussi pour le volume.
Nous pouvons donc avoir, dans la série humaine, des êtres viables et vivants jusqu’à un âge assez avancé (la Mæhler avait 33 ans) qui sont moins dotés que les singes anthropomorphes quant au volume et à la surface du cerveau. La jeune Wyss ne montre, comme nous verrons plus tard, des mesures plus fortes pour son crâne que celles que l'on avait prises pendant le vivant de la Mailler, et c’est une jeune fille parfaitement formée du corps, jouissant d’une excellente santé cl de tous les moyens de locomotion.
Il est vrai que les autres microcéphales adultes dépassent tous le volume et la
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surface du jeune chimpansé, mais il ne faut pas oublier qu’il n'y en a que deux, Mæhre et Racke, qui soient supérieurs en volume au plus grand gorille mesuré par Duvernoy, et que, sans doute, les surfaces montrent les mêmes proportions.
Mais quelle distance encore du microcéphale à l’homme ! Le mieux doué, Racke, est supérieur au jeune Chimpansé de 5182 mm. carrés, inférieur au Nègre de 10227 ram. carrés; la série peut donc s’exprimer de la manière suivante : Chimpansé = 100 ; Racke = 155 ; Nègre =r 266 ; Blanc = 270. Le microcéphale, pour arriver à l'homme noir, aurait encore le double du chemin à parcourir qu’il vient de faire pour arriver depuis le Chimpansé.
Si nous examinons les différentes parties du système cérébral, nous arrivons à des conclusions non moins catégoriques.
La surface totale du cervelet est à peu près la même dans les microcéphales que chez les hommes adultes. Elle varie entre les limites données d’un côté par le Nègre, qui a un cervelet relativement très-exigu, et, de l’autre part, l’homme blanc, dont la surface cérébelleuse est même dépassée parcelle de Racke, d'un peu plus de 300 mm. carrés. La moyenne des enfants microcéphales ne s'écarte même point de celle des adultes ; le cervelet ne participe donc en aucune façon à la microcéphalie. Il doit en être de même pour le tronc cérébral, pour la moelle allongée, le pont de Varoi, pour toutes les parties, enfin, du cerveau qui ont les relations les plus directes avec la locomotion et la sensibilité du corps, et qui, excitées d’une manière immédiate, répondent directement par la douleur ou par la contraction musculaire. Les fibres nerveuses montant depuis le corps dans le cerveau, se trouvent donc dans un étal parfait de conformation; l’organe cérébelleux, qui préside probablement à la coordination du mouvement, est développé conformément aux organes dont il règle l’exercice.
Nous devons faire remarquer que les deux microcéphales chez lesquels le volume et la surface du cerveau sont inférieurs au Chimpansé, le dépassent, néanmoins, de beaucoup pour le volume et la surface du cervelet, et que cet organe est du double plus grand que chez le singe. N'avant pas des moules de singes anthropomorphes adultes sous la main, je ne puis dire si cette disproportion sera un peu plus égalisée par la croissance, ce que je suis porté à croire, vu que le corps du singe se développe d'une manière remarquable pendant la seconde dentition.
I! est évident que la surface proportionnelle du cervelet, lorsqu’on la compare à
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celle du cerveau, doit être énorme chez le microcéphale, l'hémisphère étant rapetissé, tandis que le cervelet ne l'est pas ; il serait superflu d'insister là-dessus.
Ce qui résulte d’uue manière irrévocable de nos mesures, c'est que le microcéphale est homme par le cervelet, comme il est homme par son corps. Ce fait donne aussi immédiatement l'explication de la position du cervelet, dont on a voulu tirer tant de conséquences. Nous avons vu dans les descriptions, et nous prouvons par nos dessins, que l'on a exagéré de beaucoup la proéminence du cervelet sur les lobes postérieurs, parce qu'on regardait l’organe dans une position fausse et non conforme au plan horizontal sur lequel on place le crâne; mais nous avons dû reconnaître aussi que, malgré la correction faite, le cervelet dépasse, chez la majorité des microcéphales, ce bord postérieur.
On sait aussi que, chez les singes, le cervelet ne dépasse point le bord postérieur des hémisphères.
Et de crier que le microcéphale, loin de se rapprocher du singe par la conformation du cerveau, s’en éloigne au contraire davantage I
Nous trouvons, je le répè.te, dans nos mesures, la raison de ce fait. Le cervelet du microcéphale ne dépasse point parce qu’il y a conformation anormale : il dépasse parce que c’est un cervelet humain, placé sur un tronc cérébral humain et couvert seulement par un hémisphère simien rapetissé.
Passons aux hémisphères et examinons d’abord les surfaces proportionnelles.
Dans cette considération, le lobe occipital des microcéphales atteint le chiffre normal du genre humain, comme du singe. La moyenne des microcéphales se place entre le chiffre du nègre et celui du blanc, qui dépasse cette moyenne, tandis que le nègre reste un peu inférieur. Le singe montre exactement la même surface proportionnelle que le blanc. Nous venons de déduire plus haut la même conclusion du chiffre proportionnel résultant des mensurations de M. Hermann Wagner.
Le lobe occipital a donc, par rapport à la surface totale de l’hémisphère, la même valeur proportionnelle chez l'homme, chez le microcéphale et chez le singe.
Nous arrivons à d'autres conclusions quant au lobe temporal, qui est, proportionnellement, beaucoup plus grand chez les microcéphales que chez l’homme blanc, tandis que le nègre se rapproche davantage du microcéphale.
Je n'ai pas pu mesurer la surface du lobe temporal du singe ; les moules ne permet-
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tenl aucune délimitation rigoureuse vis-à-vis du lobe pariétal. Dans le tableau emprunté à M. H ermann Wagner, la surface proportionnelle du lobe temporal de l'orang est un peu plus faible que celle de l'homme.
Le loin- pariétal montre la réduction de la surface proportionnelle poussée au maximum chez les microcéphales. La moyenne s’écarte considérablement du nègre et plus encore du blanc, chez lequel ce lobe acquiert son maximum de surface proportionnelle.
Il en est absolument de même pour le lobe frontal; la série ascendante, pour les surfaces proportionnelles de ce lobe, est : microcéphale, nègre, jeune chimpansé, blanc.
Le cerveau du microcéphale se distingue donc de celui de l'homme par la réduction proportionnelle des surfaces très-considérables du lobe pariétal, moins considérable du lobe frontal, nulle du lobe occipital, et par l'augmentation considérable du lobe temporal.
Le lobe temporal appartient presque en entier à la base du crâne. Nous savons, par nos mesures relaté,es dans le premier chapitre, que la base du crâne a, chez les microcéphales, & peu près la même longueur moyenne que chez l’homme, qu’elle croit d’après la loi humaine ; le lobe temporal remplissant les fosses médianes de la base du crâne, doit donc participer à cet accroissement humain de la base; il doit, sinon atteindre, du moins se rapprocher du volume humain, comme le cervelet, comme le Ironc cérébral, et acquérir, pour celte raison, une surface proportionnelle plus considérable.
Les rapports sont naturellement obscurcis dans la considération des valeurs proportionnelles qui se rapportent A la surface comme unité, dans laquelle unité sont compris les lobes reposant sur la base du crâne et ceux qui s'adossent seulement aux parois intérieures de la voûte. Il faut donc ici procéder d’une autre manière.
En envisageant le cerveau humain comme le terme final auquel doit aboutir la série, on peut se demander quels sont les rapports entre les surfaces des différentes parties du blanc comparées à celles du singe et des microcéphales. En mettant la surface entière, ainsi que les surfaces des différents lobes du cerveau blanc chacune = 100, on trouve les valeurs suivantes pour les singes et les microcéphales;
CERVEAUX ET MOULES
Sarfirc totale Lobe fruotal Pariétal leu forai ïeoip. rt Pariétal Otriptlal.
reuart
Microcéphales 44,6 37,5 34,4 68,2 49,3 41,3
Chimpansé. . 33 35,9 37,6 36,8
En d'autres termes, le cerveau du jeune singe présente, en surface, le tiers de la surface de l'homme blanc ; tandis que les microcéphales dépassent, en moyenne, ce chiffre. Mais, si l’on considère les lobes, on trouve que cher, les microcéphales, les lobes frontal et pariétal de l'hémisphère sont plus rapelissés en surface que l’hémisphère entier, que le lobe occipital arrive près du chiffre total, mais que le lobe temporal est si peu rapctissce, qu’il rachète par son développement excessif le rapetissement du lobe pariétal, lorsqu’on considère ces deux lobes ensemble. Cher le jeune chimpansé les rapports sont un peu diflérents; les lobes frontal et occipital sont un peu moins rapetissés que la surface totale, et les lobes temporal et pariétal réunis dépassent aussi, mais d'une quantité beaucoup moindre que cher les microcéphales. Cela prouve que chez le singe comme chez le microcéphale, c'est surtout le lobe pariétal qui souffre ; car toutes les surfaces des lobes mesurées isolément n’atteignant pas la mesure de la diminution totale, il faut bien que celle-ci trouve sa compensation dans le lobe pariétal.
Or, ceci bien établi, nous voyons que le rapetissement du microcéphale comme du singe, porte surtout à la voûte, du cerveau comme du crâne. Le. lobe pariétal appartenant exclusivement à la voûte, est le plus maltraité ; le lobe frontal, qui, par sa surface inférieure, reposant sur les orbites et l’éthmoïde, prend encore une certaine part à la base du crâne, a un peu moins souffert ; le lobe occipital encore moins, grâce à sa position reculée. Le lobe temporal participe à la base humaine chez le microcéphale, et montre presque la double surface, comparée au lobe temporal de l’homme, que le lobe pariétal
Nous arrivons donc, par toutes ces comparaisons, exactement au même résultat que pour le crâne, savoir : que les parties basses du cerveau des microcéphales obéissent à la loi du développement humain, le tronc et le cervelet en entier, le lobe temporal en partie, tandis que les parties supérieures et voûtées obéissent à la loi
simienne, le lobe pariétal et frontal en entier, le lobe occipital moins, mais que tous
ir
CERVEAUX ET MOULES
ccs lobes restent même un peu inférieurs au développement de la voûte du jeune singe.
Mais remarquons bien que le retard imprimé au cerveau des microcéphales n'est pas absolument le même, qu’il y a des variations et que de même aussi le mouvement qui s’imprime au cerveau, ne porte pas d’une, manière égale sur les parties. Mettons en regard, pour faii e ressortir ces variations, le microcéphale le mieux doté avec la femme qui, pour le volume, est restée au-dessous du singe, en prenant comme en haut, le cerveau du blanc et scs lobes comme unité.
Sortir, MaJr
Ut» frMlil
Pariétal
Trapural
Ttap. (1 Pariél.
rmiv
Orcifilal.
Rackc . 57,5
Mæhler 31,7
Nous apprenons, peut-être pas sans étonnement, que tout le mouvement d’élévation a porté, dans le cerveau de Raeke, sur le lolie temporal qui a atteint son chiffre normal en le dépassant même un peu, mais que le lobe frontal est resté dans une disproportion elTrayante, tandis que le lobe pariétal s'est amélioré. Et, si nous comparons la Mæhlcr au chimpansé, nous voyons qu’en effet, chez elle, la surface totale est restée au-dessous du singe ; que le lobe occipital atteint à peu près le chiffre de la réduction totale, taudis que pariétal et frontal restent en dessous et que le lobe temporal démontre sa tendance humaine par son augmentation.
Mais un autre enseignement résulte encore de cette dernière comparaison. On dirait qu'une main puissante s’est abaissée sur le front en le comprimant ; on voit que le mouvement formateur continue dans le cerveau des microcéphales en suivant la première tendance embryonnaire, savoir à perfectionner la base avant de construire la voûte, cl que le mouvement, qui plus lard se porte sur la voûte, est arrêté surtout dans la partie antérieure. Chez Rackc, le cervelet, le lobe temporal et tout ce qui touche à la base du crâne a atteint son développement normal ; le milieu de la voûte même a commencé â se lever, mais la partie frontale est restée en arrière, immobile, sans pouvoir briser les obstacles qui la retiennent dans une infériorité marquée.
Le lobe occipital doit être pris spécialement en considération. On a vu qu'il parli-
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cipe davanlage au mouvement ascensionnel chez le chimpansé, que chez la moyenne des microcéphales, que chez Raeke ou chez la Mæhler. On pourrait en conclure que c’est le cas partout et qu’en effet ce lobe est, chez les microcéphales, en arrière de la surface totale. Il suffit d’établir pour les deux microcéphales les plus simiens, sous le rapport des arcades temporales et des arêtes musculaires, la même série que pour les antres et cette erreur disparaît.
Surface tnule
LoV frotul
Pariétal
ft-aporal
Tt«p. et pariétal r foins
Occipital
Schuttelndreyer 87,3
Jéna 40,6
Le lobe occipital dépasse ici, comme dans le chimpansé, la surface totale dans son mouvement ascensionnel. Ne dirait-on pas que ce mouvement se lie au développement des arêtes?
J’ai essayé de tirer de mes mesures encore un autre renseignement.
Nous avons vu que le microcéphale est homme par son cervelet, que la structure comme la surface de cette partie correspondent au terme humain normal. J'ai, en conséquence, comparé les différents lobes au cervelet, en prenant ce dernier comme unité et en me disant que la mesure d’une partie normale doit servir comme étalon pour la mesure des parties affectées d’une réduction morbide. Voici les résultats que j’ai obtenus.
TABLEAU
COMPARATIF DES SURFACES CÉRÉBRALES, LA SURFACE DU CERVELET ÉTANT = 100.
IiOBBS
frontal
fiaritHal
temporal
occipital
1 Louis Racke
Gotifncd Mæhre
Frédéric Sohn
Scbuttelndrever
Jéna
Mæhler
Jean-Georges Mcrgle
Jacques Motgle
Crétin
Jeune Chimpansé
Nègre
Blanc
CERVEAUX ET MOULES
En examinant attentivement ce tableau, on trouve que le nègre lient toujours le haut de l'échelle ; son cervelet est, comparativement à tous les lobes du cerveau, d’une petitesse excessive. Est-ce caractère de race? Est-ce peut-être anomalie individuelle? Je ne saurais le dire. Des recherches sur des moules plus nombreux doivent nous l'apprendre. Mais en étudiant les rapports des lobes au cervelet, nous obtiendrons les séries suivantes que je dispose en descendant depuis l'individu le plus favorisé & l'individu le plus dégradé :
Lotie (routai.
Pariétal.
Temporal.
Occipital.
Nègre.
Nègre.
Nègre.
Nègre.
Crétin.
Crétin.
Crétin.
Blanc
Blanc.
Rlanc.
Jéna.
Chimpansé.
Chimpansé.
Mæhre.
Blanc.
Crétin.
Frédéric Sohn.
Frédéric Sohn.
Racke.
Frédéric Sohn.
Mæhre.
Jean-Georges M.
Frédéric Sohn.
Jéna.
Jéna.
Racke.
Mæhrc.
Schuttelndrever.
Jean-Georges M.
Jéna.
Mæhler.
Mæhrc.
Scliuttelndreycr.
Schuttelndrever.
Schuttelndrever.
Mæhler.
Mæhler.
Mæhler.
Jean-Georges M.
Jean-Georges M.
Racke.
Racke.
Jacques M.
Jacques M.
Si l'un recherche la signification de ces séries, on verra immédiatement que les lobes frontal, pariétal et occipital appartenant à la voûte, sont frappés chez tous les microcéphales, et que, pour ces trois lobes, races blanche et noire, crétin et singes tiennent le haut de l’échelle. Cela doit être ainsi, car nous comparons ici une partie normale à des parties rapetissées par anomalie. Et quelles différences! Le plus doté des microcéphales, sous le rapport du lobe frontal, a ce lobe presque de moitié plus petit que le chimpansé. Même rapport pour le plus doté, quant au lobe pariétal, et l'homme blanc, qui se place à côté de lui dans la série; tandis que, pour le lobe occipital, la différence est beaucoup moindre. Remarquons ici en passant que le
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lobe occipital du chimpansé est, par rapport à celui du blanc, un peu plus petit, mais de bien peu de chose (4,1 °/,), et que, par conséquent aussi, sous ce rapport, il n'y a pas de différence sensible entre l'homme et le singe.
Il en est autrement pour le lobe temporal. Les différences entre les individus normaux et anormaux ne sont plus très-sensibles. Jéna s’intercale entre le blanc et le crétin, et on ne remarque pas le hiatus considérable qui lient éloigné les termes des séries pour les autres lobes. Cela vient conlirmer ce que nous avons dit au sujet de ce lobe ; il ne participe pas autant à la réduction ; il se rapproche des formes normales, étant celui de tous les lobes cérébraux qui s'applique le plus à la base du cr&ne.
Enfin, nous devons remarquer que des différences sensibles existent entre les microcéphales, quant à la manière dont les lobes cérébraux sont attaqués.
B. Circoiirolvlitms.
J'attache une grande importance à la considération de la face inférieure du lobe frontal reposant sur le plafond des orbites, et que M. Gratiolet a appelé le tabule orbitaire.
On sait bien que le plancher des fosses frontales ou antérieures du crâne présente, dans l’homme blanc, un segment de cercle divisé au milieu par la crête de coq de l’éthmoïdc et limité en arrière par les ailes orbitaires excavées à bord tranchant. Les deux orbites font saillie des deux càtés de la crête de coq, laquelle s'élève au milieu d'un enfoncement à bords assez évasés, et est fermée par la lame criblée de l’éthmoïdc. Sur les orbites mêmes se dessinent des jougs cérébraux en saillie, très-compliqués, très-fortement accusés, beaucoup plus visibles, en général, sur cette partie, que sur aucune autre de la face interne du crâne; les jougs sont des plus irréguliers, très-différents même des deux côtés, et il est presque impossible de les décrire en général. On y distingue cependant ordinairement une traînée parallèle au bord tranchant de l’aile du sphénoïde et distante de celle-ci à peu près d’un centimètre, de laquelle parlent, en rayonnant vers le front, trois ou quatre arêtes, bifurquées souvent
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du côté du front, relevées en nœuds par-ci et par-là, et souvent aussi courbées ou géniculées. Le milieu du plafond orbitaire voôté est ordinairement marqué par une arête ou un nœud plus relevé.
Toutes ces aspérités doivent sc traduire nécessairement sur le moule intérieur de la cavité crânienne par des impressions, des rigoles, des fissures pins ou moins profondes, tandis que les parties excavées se traduisent par des élévations, des bourrelets, des plis.
Si l'on considère le moule d'un crâne blanc, on est, en effet, frappé du développement considérable et divers des plis qui se marquent sur le lobule orbitaire. Les deux lobules sont séparés au milieu par la fente qui se continue sur le iront. Les plis qui la bordent des deux côtés sont larges, bien accusés, et montrent en général une fissure latérale courte, parallèle à la fente médiane. Le milieu du lobule est enfoncé. Il ressemble à un creux de montagne vers lequel se dirigent une quantité de rigoles creusées par l'érosion. Le côté extérieur est relevé, longé qu'il est par la circonvolution inférieure du lobe frontal et un sillon court ordinairement parallèlement au bord de la ligne de séparation entre le lobe frontal et l'extrémité antérieure cl inférieure du lobe temporal. Par ce relèvement des bords, un plan général presque horizontal est l'établi, et, en effet, lorsqu'on regarde le moule ou le cerveau de l'homme blanc de profil, les plis correspondant à la lame criblée dépassent à peine et seulement de quelques millimètres le bord extérieur. Aussi, le cerveau de l'homme blanc présentet-il, vu d’avant, deux lignes arquées et très-surbaissées qui se rendent au milieu vers deux éminences mousses et séparées par une fente médiane.
Cette même partie se présente déjà gin peu différemment chez le nègre. Les lobes frontaux étant beaucoup plus étroits, la partie orbitaire du moule ne se présente plus sous la forme d’un segment de cercle, mais sous celle d’une demi-ellipse allongée. On remarque, en même temps, que sur le crâne, les orbites sont beaucoup plus saillantes vers l’intérieur, cl l'espace dans lequel sont cachées la lame criblée et la crête de coq de l'élhinoïde beaucoup plus enfoncé. Il s’ensuit que cette partie est beaucoup plus saillante sur le moule du nègre, et que si l’on peut se représenter la vue de devant du blanc sous la forme de deux voûtes très-snrbaissées reposant à l'intérieur sur un pilier bifurqué et deux piliers externes à peine plus courts, cette même vue du moule du nègre présente deux voûtes incomplètes au-dehors et reposant sur un pilier médian,
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fendu aussi, mais bien plus étroit et plus long. La saillie moyenne se présente donc, cher, le nègre, sous forme de bec. Dans la vue de profil, la troisième circonvolution inférieure du nègre est beaucoup plus relevée, plus échancrée, de sorte qu’on voit le bourrelet médian dépasser beaucoup plus que chez le blanc. En mettant le moule de cerveau de nègre, que je me suis fait faire pour mes comparaisons, sur un plan horizontal où la partie antérieure repose sur le bourrelet médian et sur les extrémités des lobes temporaux, je puis aisément passer le doigt entre la table et le bord du lobe frontal ; en plaçant le cerveau du blanc de la même manière, un crayon de moyenne épaisseur y passe tout juste.
Les plis et fissures de la surface du lobule ne paraissent guère moins compliqués chez le nègre que chez le blanc, et, en outre, ils sont arrangés d’après le même système. Il faudrait au moins des sujets beaucoup plus nombreux de comparaison que je n’en possède pour pouvoir soutenir le contraire.
Si je continue cet examen sur le crâne et le inouïe du singe anthropomorphe (jeune chimpansé), j’y trouve l’exagération des formes observées chez le nègre. L'espace occupé par la lame criblée est profondément encaissé entre les orbites faisant saillie vers l’intérieur, et le plafond même des orbites montre des aspérités bien moins compliquées. On y distingue au milieu une arête géniculée, de laquelle parlent une ou deux petites arêtes secondaires. On n’y voit plus ce système compliqué de collines et de vallons intermédiaires, dessinés comme les chaînes de montagnes sur les anciennes cartes de géographie. Le moule cérébral fait voir les mêmes différences. Vu de profil, le lobe frontal se montre encore bien plus échancré relativement que sur le moule du nègre ; lu partie médiane descend comme une large arête, comme un bec à large tranchant. Je puis placer le doigt médian entre le lobe du bord frontal et le plan horizontal, lorsqu'on place le moule dans la position décrite. Or, ce moule n'a que le quart de volume du moule cérébral du nègre. Vu de face, ce bec fendu au milieu par la fissure correspondante au pli de la dure-mère se montre dans une forme tout à fait caractéristique, et il ne se fait pas moins remarquer par la vue du lobule d’en bas. Dans cette dernière vue aussi, les plis correspondant aux arêtes du toit des orbites se font voir; ils sont bien plus simples. La surface du moule est presque lisse ; une rigole se fait voir au milieu, qui envoie une ou deux branches très-faibles. Une autre fissure va contre le bord externe, où elle passe à la troisième circonvolution.
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Le cerveau du singe se distingue donc de celui de l’homtnc par l'appauvrissement des plis (lu lobule orbitaire et par la formation d’un bec tHkmdidal.
Ce caractère se soutient dans toute la série des singes. On n’a qu’à parcourir, à défaut d’originaux, les belles planches données par Gratiolet dans son mémoire sur les plis cérébraux de l’homme et des primatés, pour s'en convaincre aussitôt La formation du bec élhmoïdal se rencontre partout, sur les cerveaux comme sur les moules; ce bec me semble, pour la distinction du cerveau simien, bien plus important comme caractère que tous les autres caractères signalés jusqu'à présent. Quelquefois, il est vrai, la formation du bec médian n’est pas aussi saillante chez les singes, mais c’est lorsque l’extrémité entière du lobe frontal est taillée en bec, comme c’est le cas, par exemple, chez la Guénon Grivel (Ccrcopitheus griseus, F. Cuvier), dont j’ai pu faire un examen complet, grâce à la complaisance de M. Breslau, professeur à Zurich, lequel a eu la bonté de m’envoyer immédiatement après sa mort le cadavre d’un singe de cette espèce qu’il tenait chez lui.
Les plis du lobule orbitaire se remarquent partout chez les singes, suivant Gratiolet, sauf peut-être l’Ouistiti, qui a le cerveau presque lisse. Mais, dans la généralité, ils sont fort simples ; une fissure parallèle accompagnant le bec et un enfoncement médian duquel partent quelques rainures secondaires peu accentuées constituent l'ensemble des plis. Tel est aussi l’arrangement dans la guenon que je viens de citer. Par l’étroitesse relative de la partie frontale chez les singes en général, le lobe frontal en entier se présente plutôt sous la forme d’un triangle équilatéral, divisé par une verticale, et cette forme contribue encore à l’apparence du bec dont nous venons de parler.
Voyons maintenant jusqu'à quel point nos microcéphales s’accordent, soit avec la formation humaine, soit avec celle des singes.
La formation d'un bec est des plus prononcées chez la Msehler, chez Jacques Mtegle, le crétin de Zurich, Schultelndreycr et Michel Sohn. C’est ce bec qui frappe au premier abord, qu’on regarde le moule d’en haut, d’en face ou d'en bas. Chez Sehuttelndreyer seul, il n’est pas aussi prononcé sur la face inférieure, mais, en revanche, il est d’autant plus prononcé dans la vue de profil et d'en haut, à cause de ce profond enfoncement que nous avons décrit plus haut et qui sépare le bec du reste du lobe frontal. Il est moins prononcé chez Jean Mtegle et chez Frédéric Sohn, où la mesure absolue de sa hauteur est à peu près la même que chez le nègre ; il a à peu près le même déve-
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loppcment relatif que chez le nègre dans les moules de Mashre cl de Rackc, et il n’en existe aucune trace chez Jéna.
Nous avons donc quatre vrais microcéphales et le crétin, dont le bec élhmoïdal est simien, deux chez lesquels son développement est intermédiaire entre les grands singes et le nègre, deux où il égale le nègre et un qui dépasse même le blanc par son absence complète.
Quant au développement des plis à la surface inférieure, il ne s’en trouve aucune trace chez la M, -chier, Jacques Mœgle, Michel Sohn, le crétin, Scliultelndreyer et Jéna. Ces six sont, sous ce rapport, encore inférieurs au chimpansé et à la grande majorité des singes. Chez les quatre premiers, une arête relevée, mais mousse, part de l’extrémité postérieure du bec pour rejoindre des deux côtés le bord du lobe temporal. Audevant de cette arête on remarque chez Scliultelndreyer un enfoncement un peu irrégulier, mais il n'y a pas trace de fissures et de plis correspondants. Nous avons décrit plus haut la conformation de Jéna et de Michel Sohn.
Chez les autres, savoir: Jean Mmgle, Frédéric Sohn, Mæhre et Racke, les plis sont apparents, mais ils présentent entièrement le même système d’arrangement que chez le chimpansé, avec des variations tout à fait insignifiantes. C’est une fissure géniculée médiane, de laquelle parlent quelques fissures secondaires peu importantes, trèscourtes et peu profondes. Aucun ne présente la richesse de plis compliqués, que l'on peut voir sur les moules du nègre et du blanc.
Les seules figures de cerveaux dépouillés de leurs enveloppes cl vus d’en bas, sont celles données par M. Theile sur Jéna (Renie et Pfcufer, Zeitschrift, 3« série, vol. XI, Taf. 11), et par Gratiolet (Lcuret et Gratiolet, Atlas, pl. 32). Chez Jéna on voit un pli géniculé très-peu profond sur la surface lisse du lobule; dans la figure de Gratiolet on voit deux plis parallèles, un de chaque côté du bec (affaissé) et au milieu une petite fissure droite sur le lobule ganche, une géniculée sur le lobule droit. Que l’on veuille comparer ces ligures avec la richesse de plis et de fissures sur les lobules orbitaires du Charruas (même ouvrage, pl. XXI), ou avec celles d’orangs et de chimpansés (Plis cérébraux, pl. III et VI), et on se convaincra de l’énorme distance qui sépare les microcéphales des hommes, et du rapprochement qui existe entre eux et les singes, quoique ces derniers soient encore plus richement dotés sous ce rapport.
Nous voyons donc que chez les microcéphales à cerveau moins volumineux que les
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grands singes, la majorité a le bec éllinioïdal simien, et la surface orbitaire lisse et sans plis, et que chez tous la complication des plis ne va point au-delà du système simple des grands singes, que dans aucun cette complication ne se rapproche de la complication humaine.
Examinons maintenant les autres plis du lobe frontal.
L ’étagi- tourcilier ou frontal inférieur, ce pli qui remplit le cote externe de l’espace frontal en s'adossant sur la paroi interne de l’écaille du frontal en bas ta’ — I de Gratiolet) est très-compliqué dans l'homme. Il s'applique, par sa face postérieure, sur le bord antérieur du lobe temporal, séparé seulement par la scissure de Sylvius ; il forme la paroi antérieure de cette scissure dans sa branche commune jusqu'à sa bifurcation en branche ascendante et horizontale ; il montre, même sur le moule, des fissures nombreuses secondaires et tertiaires qui entament son bord et se montrent multiples et variées sur la face externe. Sur le moule, les bordures et les tissures qui se montrent sur la face orbitaire, se continuent sur le boni de cette circonvolution, en lui donnant un aspect crénelé.
Dans les singes anthropomorphes, il existe encore quelque chose de semblable, cependant à un degré moindre. On ne remarque ordinairement sur le moule du cerveau qu'une seule incision du bord ou bien deux Irès-rapprochèes. Dans la plupart des autres singes, le bord est entièrement lisse et se continue dans la face externe et supérieure par une surface régulièrement courbée. C’est ainsi que je ne vois chez la guenon Grive!, qu'un bord ondulé indiquant deux entailles, mais qui n’arrivent pas à former des véritables fissures secondaires. Celte circonvolution, en outre, n’arrive à loucher le lobe temporal, chez les singes, que dans le cas où la branche ascendante de la scissure de Sylvius u’est pas parfaitement formée et où elle reste à l’état de simple fissure qui s'arrête un peu avant la scissure de Sylvius sans y aboucher. Dans la guenon Grivel, je vois la partie postérieure de l’étage sourcilier se réunir, par un pont, mince et un peu affaissé, à la circonvolution centrale antérieure (A. Premier pli ascendant 4 de Gratiolet), de manière qu'une véritable branche ascendante de la scissure de Sylvius n’existe pas en continuation directe avec la scissure elle-même, il eu est de même des cerveaux d’oratig et de chimpansé dont Gratiolet a donné les ligures (PI. III, tig. 4 et G., PI. VI, fig. 2 et 6) ; et, ce qui plus est, dans tous les cerveaux de singes dessinés par Gratiolet.
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Il ''ensuit que cet étage sourcilier offre dans les singes et les hommes des différences profondes. Chez l'homme, il est parfaitement défini dans sa partie postérieure; il est séparé des autres circonvolutions et notamment du lobe temporal, par la branche commune de la scissure de Sylvius ; il est très-compliqué cl enrichi par des plis secondaires et tertiaires. Chez le singe, il est simple dans ses plis qui souvent même font entièrement défaut ; il est relié par un pont au pli ascendant ; la branche commune de la scissure de Sylvius n’existe pas, et la branche verticale séparée du tronc ne rencontrerait le tronc dans sa continuation que sur le bord même de l’hémisphère. Cela veut dire, en d'autres ternies, que chez l’homme, l’opercule du lobe central ou insula formé par les plis centraux (A et B, 4 et 5 de Gratiolel) est libre de trois côtés et pendant de haut en bas sur ce lobe caché, tandis que, chez le singe, ce lobe est fixé par son extrémité inférieure. Cela veut dire encore que, chez l’homme, la scissure de Sylvius représente une fourchette à deux branches ou un Y, chez le singe au contraire un V.
Examinons maintenant les microcéphales. On nous a donné deux séries de figures du cerveau de Jéna : l’une plus grossière, mais plus vraie peut être, faite sur le cerveau intact par M. Theile ; l’autre, plus artistique et faite après dissection, par Wagner. Chez Theile, un large pont réunit l’étage sourcilier au pli ascendant. Chez Wagner, ce pont a disparu dans la continuation de deux fissures verticales indiquées par Theile comme interrompues. En tout cas, chez les deux il n’existe aucune branche de la scissure de Sylvius ; ces deux branches se réunissent dans la vue de profil en angle aigu au contour même du bord inférieur.
l'observe une différence entre les deux cerveaux figurés par Gratiolel. L’un (PI. XXIV, fig. 4), montre la branche ascendante de la scissure de Sylvius complète et l’étage sourcilier défini. L’autre (PL XXXII, fig. 2|, montre la scissure interrompue et l’étage sourcilier réuni par un pont au pli ascendant. Chez tous les deux, il n’y a pas trace d’une branche commune de la scissure ; le pli ascendant descend jusqu’au bord. L’un est entièrement simien, l’autre Test à demi seulement.
Pour ce dernier point, tous les moules s’accordent cnsSmble. Chez aucun il n’existe une trace d’une branche commune de la scissure. Chez tous, les sillons plus ou moins profonds indiquant ces branches, se réunissent en angle aigu sur le bord même de l’hémisphère. Sous ce point de vue, tous les microcéphales sont simiens.
Des différences existent quant aux autres détails de la structure.
CBItVEAl'X ET MOULES.
La branche ascendante de la scissure de Sylvius est assez nettement marquée chez Rai'ke, Michre et Frédéric Sohn ; le sillon qui en résulte est assez profond pour qu'on puisse croire qu'il n’existait point de pont.
Chez tous les autres le sillon n'est point visible dans la partie inférieure ; un pont y est visible et même fortement accusé chez la Madrier, Schutlelndreycr, les deux Mœgle et le crétin ; on voit un sillon correspondant à la partie supérieure chez Jean Mœgle, chez le crétin et chez Jéna
On voit donc aussi ici se reproduire probablement la différence qui existait chez les microcéphales dont les cerveaux mêmes ont été examinés, mais on y aperçoit peutêtre une loi de conformation. I,es cerveaux à moindre volume sont entièrement simiens, plusieurs, même sous le rapport des plis, se rapprochent des singes inférieurs ; les microcéphales à cerveaux plus richement dotés se rapprochent un peu plus de l'homme.
Les deux étage s supérieur» des plis frontaux («' et <r, 2 et 3 de Gratiolet), présentent des différences fort notables dans les microcéphales.
« L’étage frontal supérieur, dit Gratiolet (Plis cérébr. p. 87), parait le plus important de tous; simple dans les guenons, il se subdivise dans les primatès les plus élevés de chaque groupe et, dirns l'homme blanc, il se décompose en trois plis larges et flexueux. Cette division, dont on retrouve des traces dans l’orang et dans le chimpansé, est un signe évident de perfection relative. >
« Pans la plupart des cas (1. c., p. 59), chez les individus appartenant à la race blanche, l'étage moyen est contourné de la manière la plus compliquée et se mêle en si belle façon à l'étage frontal supérieur, qu'il est le plus souvent extrêmement difficile d’assigner à ce pli ses véritables limites. »
Voici quels sont les rapports de ces deux étages dans nos microcéphales :
Chez Jacques Mœgle et Schuttclndrcyer, un large pli simple, un peu bosselé seulement chez le premier, lisse chez l'autre, accompagne la grande scissure médiane des hémisphê-rcs et descend dans le bec éthmoïdal. C'est l'étage frontal réduit à sa plus simple expression, à un bourrelet longitudinal.
Perrière ce pli se trouve, chez les deux microcéphales mentionnés, un creux profond, séparant le bec du reste du lobe frontal Des petites bosselures horizontales indiquent il peine, sur ce large sillon, des séparations en étages superposées. On ne peut distinguer un étage frontal moyen.
CERVEAUX ET MOULES
Le même bourrelet longeant la fissure médiane se retrouve simple chez les autres, sauf Moehre et Itaeke. Mais, chez Mailler, Jean Mœglc, Jéna et Frédéric Solm, se trouvent, derrière le bourrelet, deux vallons séparant le lobe frontal en trois plis, dirigés verticalement de haut en bas et s’étendant entre le pli sourcilier d’un côté et le pli frontal supérieur de l’autre.
Les étages frontaux ne sont donc pas chez ces microcéphales superposés, mais placés l’un derrière l’autre ; les séparations verticales dépassent de beaucoup en importance les horizontales. Cette disposition est surtout frappante de simplicité chez Ma'hler et Jean Moegle, moins chez Jéna et Frédéric Solm. Elle se remarque encore chez Ibeclte et Moehre, mais elle se complique ici davantage, par l’adjonction de plis secondaires horizontaux.
Cette même disposition se remarque sur les cerveaux représentés par Graliolet et Wagner. La séparation de l'étage supérieur est très-accusée ; les fissures horizontales qui devraient séparer les autres étages sont fort peu marquées; les plis sont trèssimples et à peine incisés.
Nous pouvons donc dire, en résumé, qu’autant pour le volume et la surface, que pour l’arrangement de scs plis simples, pour la production d’un bec étbmoïdal, pour la formation de la scissure de Sylvius, le lotie frontal des microcéphales est en moyenne entièrement simien, que, pour certains de ses rapports, le lobe frontal des microcéphales moins dotés se rapproche des singes inférieurs, mais que même les mieux dotés restent encore dans les limites tracées pour les singes anthropomorphes.
Qu'on nous permette encore quelques mots sur la scissure de Sylvius, si importante, parce que, suivant la manière de voir de Graliolet, elle n'existe que chez les hommes et les Primates.
La différence peut s’exprimer par quelques mots. La scissure de Sylvius de l'homme se présente sur la face extérieure du cerveau, sous la figure d'une fourchette à deux branches ou d’un Y, celle des singes et des microcéphales sous celle d’un V.
D’où vient cette différence'?
Evidemment du développement considérable chez l’homme de l'étage sourcilier.
Cet étage refoule chez l'homme les deux autres étages en haut, en s'avançant horizontalement et d'avant en arrière ; il soulève, pour ainsi dire, les étages frontaux supérieurs et l’extrémité inférieure des plis ascendants, et s’applique ainsi contre le
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boni antérieur du lobe temporal, en formant ainsi le mam-he de la fourchette sylvienne. Chez les microcéphales et les singes, au contraire, les plis centraux ou ascendants se développent davantage, s'interposent entre l'étage sourcilier et le lobe temporal, atteignent par leur extrémité inférieure le boni de l’hémisphère, et forment ainsi le remplissage de l'angle formé par les deux branches de la scissure de Sylvius.
Cette marche de développement est confirmée par l'étude de l'embryogénie.
Nous savons aujourd’hui que le cerveau du fœtus humain de six mois, entièrement lisse et sans aucun pli ’, présente sur le coté une grande fosse presque triangulaire, au fond de laquelle apparait le lobe frontal è découvert.
« L’enfoncement transversal de la lace inférieure du cerveau, dit Schmidt (Beilræge iur Entwickclungsgeschichle des Gehirns, dans Zeitschrift, etc., de Sicbold et krelliker, vol. II, p. 52, 1862), est d’abord très-large et peu profond, mais devient toujours plus étroit et plus profond; c’est la scissure de Sylvius, dont la profondeur est, par conséquent, toujours l'expression du développement des hémisphères, et se trouve en rapport direct avec la grandeur de ceux-ci. La partie fixée de l’hémisphère forme autour du pédoncule cérébral croissant un bord recourbé ; en dedans de cc bord se forme le lobe central, d’abord entièrement libre et situé à la surface de l’hémisphère ; mais comme les parties adjacentes augmentent proportionnellement davantage, elles sc voûtent par-dessus le petit lobe d’avant, d’en haut et d’en arrière. »
Qu’on suive maintenant cc mouvement soit sur les planches de Kciehert (Dcr Rail des mcnscblichen Gehirns, lab. XII», soit sur celles de Gratiolet iLcuret et Gratiolet, tab. XXIX, XXX et XXXI), et l'on pourra sc convaincre facilement, que les plis ascendants restent à la hauteur du triangle, cil ne se développant guère davantage, taudis que l’espace se ferme par l’accioissance, surtout de l’étage sourcilier, qui finit par rencontrer le bord du lobe temporal, en fermant ainsi le triangle pour en faire une scissure bifurquée en haut.
Si nous n’avons pas de matériaux pour suivre cc développement embrvonal chez les singes, nous voyons at» moins, dans la série des espèces, qu'il doit être analogue, (fiais différent, en ce sens que la lacune sylvienne doit se fermer, chez eux, par
1 Les plis et tissures que l’on remarque avant cette époque, et qui se montrent du troisième au quatrième mois, disparaissent plus tard pendant le cinquième mois, et les hémisphères redeviennent lisses. Voir Kœlliker, F.ntwicklnogsgeschichle des Menschen, p 233, 1 8lîl .
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la descente des plis centraux, et non pas par la propression en arrière de l’étage sourcilier, puisque les plis centraux descendent toujours jusqu'au bord de l'hémisphère.
Nul doute que cette modification dans le développement doit exister aussi chez les microcéphales. Dans l’un des cerveaux dessinés par Gratiolel (L. c., pl. XXXII), on voit de profil, et mieux encore d’en bas, au fond de la scissure de Syivius largement béante, le lobe central à découvert. Mais le pli ascendant descend au-devant de ce lobe pour se réunir, par un pont très-patent, à l’étage sourcilier, et, en fermant la scissure par une pression, on l'appliquerait sur le lobe temporal, sans que l’étage sourcilier vienne i toucher le bord de ce lobe. Dans l’autre figure (L. c., pl. XXIV, flg. 4), on voit au-dessous de l'extrémité inférieure et recourbée du pli ascendant, signée J, une espèce de coin, sur lequel on peut être en doute, l'explication des planches, ni le texte ne fournissant aucun éclaircissement. Mais que ce soit le lobe central ou l’extrémité du pli ascendant séparé de ce dernier par une incision peu profonde, toujours est-il que l’étage sourcilier n'atteint pas le lobe temporal, que la scissure de Syivius est en V, comme dans les singes, et que le pli ascendant se montre tout à fait disposé pour descendre jusqu’au bord et remplir le petit triangle béant encore, si toutefois il n’est pas rempli.
Peul-êli-c qu'on aura trouvé cette dissertation un peu longue ; je l’ai crue nécessaire, vu l’importance de ce pli sourcilier, dont la formation semble en connexité si étroite avec le langage articulé.
En passant au loin 1 pariétal, nous devons d’abord nous occuper des deux plia ascendants de Gratiolel, ou plia centraux suivant Wagner. (X et B dans nos figures.)
A proprement parler, ces deux plis forment plutôt un lacet, dont les deux branches sont séparées en haut et près de la ligne médiane par la scissure de Rolando, tandis qu’elles se réunissent en bas en formant l’opercule couvrant le lobe central, et remplissent l’espace entre le* deux branches bifurquées de la scissure de Syivius.
t Les plis ascendants du lobe pariétal de l’homme, dit Gratiolel (Plis cérébraux, p. 60), sont épais et assez llexueux; toutefois, leur développement général est loin d'élre en rap/iort avec celui du cerveau pria en totalité.
> On doit remarquer la longueur de l’intervalle qui sépare la racine du deuxième pli, du sommet de la scissure de Syivius. Le pli marginal, dans ce point, présente, chez l’homme, de nombreux replis dont la masse forme un lobule, souvent assez
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grand, qui remplit ccl intervalle. Ce lobule est particulier à l'homme, et ne se retrouve ni dans l’Orang ni dans le Chimpansé. >
Le pli central antérieur communique, dans sa partie supérieure, avec les racines postérieures des deux étages frontaux supérieurs; le pli central postérieur s’étend par un lobule formant un coude vers le lobe occipital, en suivant parallèlement la grande scissure médiane du cerveau et en se soudant souvent à la racine du premier pli de passage.
Sauf dans les derniers singes américains, la scissure de Rolande se trouve partout dans la série des singes, et on y remarque, par conséquent aussi, constamment les plis centraux.
J’ai déjà fait remarquer que le pli antérieur présente, chez les singes, et comme caractère tout à fait général, un pont qui le relie au pli sourcilier, que ce pont existe également chez les microcéphales et qu’il fait défaut dans l'homme normal.
Il va de soi-mème que ccs plis soient beaucoup plus ondulés, coupas et entamés par des tissures secondaires et plus chiffonnés chez l’homme que chez les singes, où ils se montrent en général presque droits, sans indexions et incisions latérales. Les autr es particularités de structure, me paraissent d’une importance moindre.
Sur les moules, les plis centraux se laissent en général très-bien distinguer. Dans nos microcéphales pauvres en volume (Mæliler, Schultelndreycr, le crétin, Jean Mceglc, Jéna), ils se laissent facilement distinguer, et dans les trois premiers surtout, comme deux bourrelets uniformes, séparés par une vallée profonde et large, et sans apparence de subdivisions. On les remarque encore aisément chez les deux Sohn, Mælire et Racle, mais ils sont évidemment frisés, plissés transversalement, plus chiffonnés et plus ondulés dans leurs décours. Sur le moule de Jacques Muîgle, je les distingue seulement du coté droit ; sur le eùté gauche, l'espace qui les sépare est rempli par l’artère des méninges, subdivisée en plusieurs branches parallèles. Dans ce cerveau aussi, les plis et les vallons qui les séparent sont si peu accusés, que le moule présente presque une surface uniforme.
Les plis centraux sont donc simiens chez tous les microcéphales par le pont à l’étage sourcilier, et dans la plupart par leur décours droit et sans complications. Ce dernier caractère s’etlaee petit à petit dans les cerveaux mieux dotés, qui, cependant, restent bien en arrière de la complication humaine.
CERVEAUX ET MOULES
J’avoue que je suis très-embarrassé au sujet du pli cuurhc de Gratiolet. Voici le résumé qu'en donne cet auteur (Plis cérébraux, p. 88): « Ce pli naît tantôt au-devant du sommet de la scissure de Sylvius, comme dans les Guenons, les Macaques, les Cynocéphales, les Sais, les Sajous et les Sagouins ; tantôt au sommet de la scissure, comme dans les Scmnopithèqucs, les Gibbons, les Orangs et les Aléles 1 , tantôt derrière ce sommet, comme cela a lieu dans l’espèce humaine. Ce pli aune portion ascendante qui appartient au lobe pariétal cl une branche descendante qui appartient en partie au lobe temporal. >
Pour faire comprendre mon embarras, je suis forcé d’aller un peu plus loin.
Parmi toutes les scissures qui se voient sur les cerveaux de la série des Primatès, les deux plus constantes sont la scissure de Sylvius, laquelle ne manque jamais, et la scissure parallèle du lobe temporal, qui n’est qu'indiquée chez les Ouistitis, Land i s que partout ailleurs elle est fort bien accusée. La scissure de Rolando ne vient qu’en troisième rang.
En général, les deux scissures, de Sylvius et parallèle, marchent parallèlement, mais elles se réunissent en haut, sous un angle très-aigu, d’après les dessins de M. Gratiolet, chez les Cébus, les Sapajous, les Macaques, une partie des Guenons et des Cynocéphales. Le Papton les a en effet séparées, tandis qu’elles se réunissent chez le Mandrill; la Guenon Callitriche et la Mone montrent la confluence; le Mangabev et le Grivct, que j’ai examinés, la séparation qui fait loi chez l'homme, les Anthropomorphes, les Gibbons, les Scmnopithèqucs, les Atèles, les Sagouins.
Il résulte, comme il me semble, que la réunion des deux scissures n'est point un fait important, puisqu’elle peut se rencontrer chez des espèces d’un genre, tandis que chez d’autres il y a séparation.
1 11 existe entre le résumé et le texte la même contradiction que nous signalerons plus tard pour les plis de passage. Je viens de citer textuellement la phrase du résumé ; citons aussi les mots par lesquels Gratiolet décrit le pli courbe du cerveau de l’Aléles Bcelzebuth. (L. c., p 75). « Le pli courbe est très-remarquable. Il naît, comme don* l'homme , on peu en arrière du sommet de la scissure, mais sa disposition est fort différente. Il s’élève en effet assez haut, et sa direction se confond si bien avec celle du pli marginal postérieur, qu'il peut à peine en être distingué. Arrivé audessous de ta portion inclinée du deuxième pli, il se recourbe et descend, comme à l’ordinaire, dans le lobe temporal. •
Et daus la description des plis de l'homme (L. c., p. 60). t Le pli courbe est dans l’homme comme dans l'orang, complètement scsxile et naît au niveau du sommet de la scissure. »
CERVEAUX ET MOl'LES.
Je trouve aussi des rapports divers pour la longueur de ces deux scissures.
La scissure parallèle est plus courte que celle de Sylvius qui se recourbe par dessus le sommet de la scissure parallèle, pour former un espèce de crochet chez les Atèles ; cette formation commence à se dessiner chez les Sagouins et les Ouistitis, où la scissure parallèle est quelquefois réduite à une simple expression.
Le contraire a lieu chez le Chimpansé, les Guenons, l'Orang, le Papion, lesHylobates, les Semnopithèques, et l'homme blanc suivant Gratiolet, où la scissure parallèle forme un crochet courbé en avant, qui entoure le sommet de la scissure de Sylvius.
Enfin, dans la Vénus hottenlotc, le Pilhccus innus et le Lagothrix, la scissure parallèle est plus longue, mais sans former le crochet dont je viens de payler.
Si je compare maintenant avec ces données, les indications de Gratiolet sur la naissance du pli courbé, je trouve des contradictions que je ne saurais résoudre facilement.
Ainsi, dans l'homme seul, le pli e.ourbe doit naître derrière le somme! de la scissure de Sylvius et n'entourer par conséquent que le sommet de la scissure parallèle plus longue ; mais dans les Semnopithèques, les Gibbons, les Orangs où les scissures ont absolument les mêmes dispositions réciproques, le pli courbe doit naître au sommet de la scissure de Sylvius; — dans les Atèles, où existe la disposition contraire des scissures, le pli courbe doit naître en avant de la scissure de Sylvius, tandis que dans les Sagouins et les Ouistitis, où les scissures sont placées comme dans les Atèles, le pli courbe doit naitre d’une autre manière.
Or, il me semble que ce qui distingue les plis, ce sont les scissures par lesquelles ils sont séparés, et que si l'on ne se lient pas à ce caractère distinctif, on tombe dans l’arbitraire. El il me semble aussi que, vu cette diversité dans la disposition des scissures quant à leurs extrémités supérieures, lesquelles, dans les espèces du même genre sont tantôt séparées, tantôt confluentes, dont la longueur réciproque et la disposition varient également; il me semble, dis-je, que toute cette partie qui entoure les extrémités supérieures des deux scissures et relie ensemble le pli central postérieur et les plis du lobe temporal, doit être considéré comme un seul pli courbe et décrit comme tel.
Gratiolet a fort bien remarqué qu'il faut aller du simple au composé pour pouvoir se reconnaître dans les plis cérébraux, et je trouve que le simple nous est donné par
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la plupart des singes, où un pont ou une voûte commune nous est donnée, dont la courbe embrasse les extrémités des deux scissures et où cette voûte commune en haut, possède tantôt deux piliers, lorsque les scissures se réunissent, tantôt trois, lorsqu’elles restent séparées.
Je vois que d'autres observateurs ont éprouvé les infimes difficultés que moi. i Je dois confesser, dit M. Huxley (On tho brain of Ateles paniscus, p. 12, dans Proceedings of the zoological Society of I.ondon. June II, 18C1), que la partie du traité de ce grand observateur (M. Gratiolet), qui me parait la moins satisfaisante est celle qui se rapporte à l'identification du pli courbe et des plis de passage dans toute la série des Primatès. >
Pc cette incertitude engendrée par une conception, à notre avis, fautive du pli courbe, résultent aussi des divergences fort notables sur sa racine antérieure, confluente avec le lobe pariétal et surtout avec le pli central postérieur. M. Gratiolet considère cette racine intercalée entre la scissure de Sylvius et le pli central postérieur, comme un lobule à part particulier à l'homme, et dépendant du pli temporal marginal.
< On doit remarquer, dit-il (I. c., p. 60), la longueur de l’intervalle qui sépare la racine du deuxième pli (chez l'homme) du sommet de la scissure de Sylvius. Le pli marginal, dans ce point, présente, chez l'homme, de nombreux replis dont la masse forme un lobule souvent assez grand, qui remplit cet intervalle. Ce lobule est particulier à l'homme et ne sc retrouve ni dans l'Orang, ni dans le Chiinpansé. »
Or, si j’examine les dessins donnés par Gratiolet lui-même, je trouve chez l'Orang, intercalé entre le pli central postérieur et la scissure de Sylvius, un gros pli, gros comme le pli central même, llexueux, portant des incisions secondaires et sc réunissant en haut au pli désigné comme pli courbe, et chez le Ghimpansé, je retrouve le même pli arrangé d’une façon analogue-, et en comparant ces plis des deux singes au lobule désigné par A dans la figure du cerveau de la Vénus hottentolc, 'je trouve absolument la même disposition générale, sauf que, chez la Vénus, ce pli est plus compliqué, plus subdivisé que chez les grands singes.
Et je retrouve le même pli ou lobule dans la vue photographiée du cerveau du Chiinpansé par M. Marshall, et je lis dans son texte (On the brain of a yung chimpanzée, p. 14; dans Natural history Review, July 1861): « Quant à ce que M. Gratiolet décrit comme un caractère remarquable du cerveau du Chimpansé, savoir : la large racine
CERVEAUX ET MOULES
du pli courbe au devant du sommet de la scissure de Sylvius au lieu de la naissance sur son sommet, comme dans l'homme et dans l'Orang, je me sens disposé, après une comparaison de ces parties dans le Chimpansé et le cerveau de l'homme, de considérer cette racine ainsi nommée, insolitement large et portée en avant du pli eourbe, pour être en réalité l’homologue du lobule du pli marginal, que Gratiolel considère comme particulier à l'homme, et, dans cette supposition, le pli courbe de l'homme, de l’Orang et du Chimpansé arrive au même point ; et, si la supposition du D r Rollcslon est juste, tous ces êtres ont ce lobule, lequel, du reste, peut être plus développé chez l’homme, comme les plis de passage aussi. »
Les rudiments de ce lobe se montrent encore suivant les dessins de Gratiolel, sous forme d’un pli simple longeant la partie supérieure de la scissure de Sylvius, chez les Semnopilhèques, les Guenons, les Gibbons ; il y a donc, comme pour tant d’autres parties, développement successif dans la série et non pas particularité de l’homme.
Malheureusement! serais-je tenté de m’écrier, car s’il y a une formation semblable il celle des cerveaux des singes, chez les microcéphales, c’est bien celle du pli courbe ! Dans le premier des cerveaux dessinés par Gratiolel (I. e., pl. XXIV), un gros pli simple et court, moins compliqué encore comme celui du Chimpansé, sans autres incisions, s’intercale entre la scissure de Sylvius et le pli central postérieur ; dans le second (pl. XXXII), cette partie est encore plus réduite et encore moins semblable à la conformation humaine. Le lobule humain manquerait donc dans les deux cerveaux microcéphales cités, si on les considérait suivant l'opinion de Gratiolel, ou, ce qui revient au même, ce lobule, qui est loin d'être l'apanage exclusif de l’homme est, chez les microcéphales, réduit à la structure simienne.
Je vois la même structure dans le ce i veau de Jéna , figuré par Wagner (1. c. tab. 3). Ici le lobule en question, désigné par Wagner sous le chiffre 63, ressemble tellement au lobule du Chimpansé, qu’on pourrait presque croire & une copie.
On peut être souvent dans l’embarras quant au pli courbe et au lobule marginal sur les moules. Je ne puis guère le distinguer chez, la Maehler, où le lobule parait manquer complètement chez Jaeques Moegle ; mais il me semble assez apparent chez Racke, Mæhre, Frédéric Sohn, Schuttelndreyer et Jean Mœgle, et le lobule est surtout bien accusé chez les quatre premiers, mais toujours dans des proportions assez modestes.
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Si le pli courbe est mal défini ou avant, lorsqu'on l’accepte seulement dans la définition de Gratiolet, il l'est encore moins vers sa partie postérieure, où il se combine avec les plis de passage. Mais les plis de passage devant être examinés daus leur ensemble, et deux au moins entre eux étant liés avec les plis du lobe temporal, je les réserverai jusqu’après examen de celui-ci.
Le lot»' temporal, dirigé obliquement d’arrière en avant et de haut en bas, remplit les fosses moyennes de la base du crâne, eu se moulant sur la surface des rochers et des pallies voisines, ainsi que sur la partie postérieure du pariétal et de l’écaille du temporal. Parfaitement défini de tous les côtés, sauf par son extrémité supérieure, où il se confond avec les lobes pariétal et occipital, il est surtout caractérisé par la scissure parallèle qui le longe de haut en bas, en le divisant en deux étages. L’étage supérieur est représenté par le pli temporal supérieur ou pli marginal de Gratiolet; l’étage inférieur se subdivise souvent par une seconde scissure parallèle, toujours plus incomplète que l’autre, en un pli temporal moyen et inférieur.
Partout, dans l’homme comme dans les singes, la scissure parallèle est parfaitement indiquée â l’état adulte. Nous avons déjà parlé des relations qui existent, autant pour la longueur que pour la direction, entre la scissure parallèle et celle de Sylvius. Daus la plupart des singes, la scissure est droite, sans inflexions; dans les anthropomorphes, elle devient flcxucusc, et les plis temporaux plus compliqués par des incisures latérales. Dans l’homme, ces complications deviennent plus fortes. Je ferai cependant remarquer que, sous le rapport de la complication, le lobe temporal de la Vénus hotlentole reste, suivant les dessins de Gratiolet, au-dessous de l’orang et du chimpansé.
J’avoue que je n’aurais pas songé à insister sur la formation du lobe temporal ou sphénoïdal, dont les variations me paraissent très-légères et parfaitement gouvernées par la loi de la complication ascendante dans la série, si je ne lisais dans le mémoire de Gratiolet sur la microcéphalie (Mémoires de la Société d’ Anthropologie, vol. I, p. 64), les passages suivants :
« Les circonvolutions teinporo-sphénoïdales apparaissent les premières dans les singes et s’achèvent par le lobe frontal ; or, c’est précisément l’inverse qui a (lieu dans l’homme : les circonvolutions frontales apparaissent les premières ; les tcinporo-sphénoïdalcs se dessinent en dernier lieu; ainsi, la même série est répé-
CERVEAUX ET MOULES
lée ici d’i en la d’.. en ». De ce fait, cpnstaté très-rigoureusement , résulte
une conséquence nécessaire : aucun arrêt de développement ne saurait rendre le cerveau humain plus semblable à celui des singes qu’il ne l'est dans l'âge adulte; loin de là, il en différera d'autant plus qu'il sera moins développé. Celle conséquence est complètement justifiée par le cerveau des microcéphales : au premier abord, on pourrait le prendre pour quelque cerveau de singe nouveau et inconnu ; mais il suflil de la plus légère attention pour éviter celte erreur. Dans un singe, la scissure parallèle serait longue et profonde ; le lobe sphénoïdal serait chargé d'ilicisures compliquées. Dans un microcéphale, au contraire, la scissure parallèle est toujours incomplète et quelquefois nulle, et le lobe est presque entièrement lisse. »
Je ne discuterai pas, pour le moment, la première partie de cette citation qui a trait au développement embrjonnaire comparé de l’homme et du singe, n’ayant jamais eu l'occasion d’examiner moi-mème des fcelus de singes. Ne connaissant, dans toute la littérature, aucune observation publiée ayant Irait au développement des plis cérébraux chez les fœtus de singes, et Graliolet n’ayant pas publié celles qu'il aura pu faire lui-méme, je ne saurais ni appuyer ni combattre, Qu'il me soit permis seulement de faire remarquer que, sur le cerveau du fœtus humain, on a bien souvent confondu les plis temporaires apparaissant au quatrième mois environ et qui disparaissent entièrement vers la fin du cinquième, de manière que le cerveau est totalement lisse au sixième, avec les [dis persistants, dont les premiers vestiges ne se montrent que vers la fin du sixième mois, et que l'on a confondu également les crispations produites par l'action de l'esprit-de-vin sur les hémisphères minces, couvrant les ventricules énormes et renqdis de liquide avec des vestiges de circonvolutions réelles.
Ceci dit, examinons la seconde proposition.
J'invoque comme témoins la figure du cerveau de l’homme blanc, donnée par Gratiolet lui -même, celles des auteurs récents, faites en vue des circonvolutions (Wagner et Keicherl), et le premier cerveau venu d’un cadavre quelconque de race blanche, pour qu’ils démontrent qu'aucun cerveau de singe n'approche de la complication des plis temporaux dans l'homme blanc, et que les incisures compliquées sont l’apanage du cerveau blanc. Ici, la discussion n’est pas possible.
Quant aux microcéphales, la vérité est facile à constater.
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Dans le cerveau dont la pl. XXXII de Gratiolel donne l’image, la scissure parallèle est, en effet, incomplète, peu accusée dans sa partie inférieure surtout. Mais dans l'autre cerveau de microcéphale, dessiné pl. XXIV, fig. 4, la scissure parallèle, désignée par est énorme, beaucoup plus longue que la scissure de Sylvius, profonde et semblable. par ses ineisures latérales, à celle de l’orang ou du chimpansé. Dans le cerveau de Jéna, figuré par Wagner, la scissure parallèle est simple mais très-profonde, allongée en arrière et encore plus en avant, de manière à entamer même le bord inférieur du lobe visible de profil, et se continuant, même sur la surface inférieure, comme le prouve la figure donnée du même cerveau par M. Theile.
Sur les moules, je trouve la scissure parallèle marquée avec la dernière évidence cher Mæhre, Frédéric Sohn, Jéna, transformée en un vallon profond et formant la rainure la plus manifeste du cerveau entier chez la Mæhler, visible encore chez tous les autres, même chez Jaques M<i‘gle, où, en général, les plis sont presque effacés.
Il est donc évident que Gratiolet a pris la conformation d’ttn seul cerveau, anormal et déformé, même comme cerveau microcéphalique, comme règle générale.
Nous avons, de nos mensurations, tiré la conclusion que le lobe temporal participe chez les microcéphales, et surtout par sa partie inférieure, à la tendance humaine, manifestée dans la base du erâne et dans le tronc du cerveau ; nous voyons que, par la disposition de la scissure parallèle et «les plis qui l'environnent, il se montre simien sous tous les rapports.
Quant aux plis de passage, j'aurais voulu laisser dormir en paix cette malheureuse question, dans laquelle un observateur distingué, oubliant ses propres découvertes, répétait une erreur manifeste avec tant d'insistance, que cette erreur menaçait de prendre racine dans la science, grâce à l'autorité de son nom. Je renvoie sous le rapport des plis de passage des singes cl du caractère exclusivement humain, qu’ils devaient fournir, à mon ouvrage (Leçons sur l’Homme, page 218 et suivantes). Aujourd’hui donc, il est avéré, autant par l'examen de PAlèles Belzebuth, fait par Gratiolet, que par celui de l’Atèles paniscus, fait par Huxley, sur un cerveau entièrement frais, que tous les plis de passage sont libres et superficiels chez ces singes américains comme chez l'homme, que tout ce que l’on a dit sur le caractère spécialement humain de l’un ou de plusieurs plis de passage, est contraire aux faits, et que le développement d’un opercule, cachant un ou plusieurs do ces plis, n’est pas plus un fait général pour tous
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les singes, que la réduction de la scissure occipitale ou perpendiculaire n'est un fait propre à l'homme.
Le fait est qu'on a trop généralisé la structure cérébrale des singes de l'ancien monde, et qu'on a oublié trop souvent, qu'à côté du plan général commun à tous, il y a des traits d’organisation qui nous démontrent que les singes américains forment une série à part, qui, tout en restant pour l’ensemble de l’organisation plus éloignée du but final humain, s'en rapproche cependant, par quelques autres traits, même davantage que les anthropomorphes de l'ancien monde. C’est le cas pour le crâne des Sais et des Saïrniris, où la prognathie est à peine plus prouoncéc que. cher, le nègre ; c’est encore le cas, dans le cerveau, pour la région postérieure des hémisphères, lobe occipital et plis de passage. Les anthropomorphes ont, en effet, cet opercule, cette scissure transversale profonde, ces plis de passage en partie recouverts par le bord de l’opercule, tandis que les singes du nouveau monde sont, ou entièrement dépourvus de ces caractères, ou bien ne les montrent que très-faiblement accusés. Tout cela est si évident, que l’on pourrait formuler une proposition disant que les hémisphères humains sont le développement ultérieur d’une fusion opérée entre le cerveau des anthropomorphes pour les parties antérieures, et des Atèlcs, et probablement des Alouattcs pou.r les parties postérieures. Mais je me hâte de quitter ce domaine, plutôt spéculatif, pour rentrer dans le domaine des faits.
On peut dire que le lobule postérieur du second pli ascendant, ou lobule du pli courbe, dont nous avons parlé plus haut, et les plis de passage ensemble, forment un système de circonvolutions particulières destinées â relier la partie antérieure du cerveau avec la partie postérieure. Ce système se développe à mesure que les lobes frontal et pariétal se portent en avant, et il atteint le terme de sa complication chez l'homme. On dirait que les hémisphères, en se voûtant sur l'orbite, laissent un vide derrière, qui doit être comblé par ccs plis. Aussi peut-on suivre pas à pas leur réduction dans la série des singes où, â la lin, les plis centraux s’appliquent presque sans intermédiaire au lobe temporal en bas et au lobe occipital en haut, et où le lobe temporal aussi ne montre plus des plis de passage entre son bord supérieur et le lobe occipital. Partant de ccs données, on pourrait peut-être appliquer à tout ce système le nom de plis de retnplissaijc.
Examinons maintenant ces plis chez les microcéphales. Dans le cerveau figuré
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pl. XXIV, par Gratiolet, le lobule du pli ascendant est conformé exactement comme chez l’orang; — c’est un pli simple, flexueux, s’étendant horizontalement en arriére et rejoignant ici le premier pli de passage replié sur lui-même. A ce pli touche le lobe occipital formant un véritable opercule par un repli ou une anse tournée en avant, et dont le boni est séparé du pli de passage par une scissure très-marquée. Le second pli de passage, flexueux, se porte en descendant obliquement vers la racine postérieure du pli courbe avec laquelle il sc confond, tandis qu'à son extrémité supérieure il se confond avec le repli inférieur de l’opercule. Dans l'orang, ce pii doit être, suivant Gratiolet, constamment couvert par l’opercule comme daus le chimpausé, tandis que, dans l'homme et dans les atèles, il est toujours libre. Suivant Rolleslon (Nalural hislorv Review, IHfil), ce pli manque à l’orang. Dans l’un des cerveaux figurés par Gratiolet (Plis cérébraux, pl. III, lig. 6) est dessiné un pli que Gratiolot envisage comme un dédoublement de la racine descendante du pli courbe, en le désignant 6’, et que l’on pourrait tout aussi bien considérer comme deuxième pli de passage. Ce pli n'est guère marqué dans le cerveau, lig. 2, où l'opercule est plus réduit et ne couvre en réalité aucun pli quelconque. Les troisième et quatrième plis de passage sont disposés dans le microcéphale comme dans l'orang. Ce sont de simples plis se portant, depuis la base de l'opercule, vers l’étage moyen et inférieur du lobe temporal.
Dans le cerveau de Jéna, le lobe occipital est très-réduit, mais on découvre cependant une certaine analogie avec la pl. XXIV de Gratiolet. Le lobule du pli ascendant et le premier pli de passage sont bien développés. Ce dernier est séparé du lobe occipital par une profonde fissure transversale. Le second pli descend obliquement pour se réunir au pli marginal ; les troisième et quatrième, simples comme les autres, ne présentent point de difficultés dans leur détermination.
Dans le cerveau représenté par Gratiolet, pl. XXXII, il y a une anomalie, même pour un cerveau microcéphalique. Le lobe occipital est atrophié du côté gauche et réduit à l'état d’une simple bandelette, tandis qu’il est développé par le côté droit. Or, c’est précisément ce côté gauche, atrophié en partie, que Gratiolet a choisi pour la vue de profil. Si je juge des plis de passage par la vue d’en haut du côté droit , le lobule du pli ascendant et le premier pli de passage sont bien développés; le second longe la fente occipitale ; le troisième réunit, autour de l’extrémité extérieure de cette
io
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fente, le lobe oceipital au lobe temporal. Tous ces plis sont simples, à peine flexucux ou incisés sur les côtés.
11 y a donc, dans les trois cerveaux -connus, toujours une fente transversale profonde, un premier pli de passage conformé comme chez l’orang, les autres plis à découvert comme chez l'homme et les atèles; mais une grande conformité pour tous avec les singes, en ce qu’ils ne sont jamais compliqués, subdivisés, chiffonnés comme dans l’homme.
Examinons maintenant les moules : * Le moule le plus propice pour les circonvolutions, dit M. Wagner (L. c., p. 58), est le moule deMæhre, où l'on peut distinguer les circonvolutions principales dos lobes frontal, temporal et les plis de passage du lobe pariétal. Ici, l’opercule (de l'insula et non du lobe occipital) était formé. On distingue les deux branches de la scissure de Sylvius. »
On distingue, en effet, fort bien le pli courbe, les plis de passage, la scissure transversale sur ce moule. On les distingue encore sur Frédéric Sohn et Jéna, moins bien sur les autres.
Quant au lobe occipital, j’ai déjà tout dit ce qui me semble nécessaire. 11 serait impossible de tfouver un moule de cerveau humain, où il fût mieux dessine et circonscrit que chez les deux Sohn.
Une question assez importante est celle de l’époque où l’arrêt de développement commence à frapper le cerveau des microcéphales. Nous ne pouvons trouver une solution que dans l’examen des parties mêmes, ainsi que de celles qui seraient frappées conjointement.
Or, pour cette derhière partie de la question, je ne trouve que le second cas de Cruveilhier (page 85) qui peut jeter quelque lumière. Il y avait, en effet, chez un enfant microcéphale par simple atrophie du cerveau, en même temps division congéniale de la voûte palatine et du voile du palais, sans division correspondante du bord alvéolaire cl de la lèvre supérieure.
Ce cas nous indique une époque assez précise. «Dès la huitième semaine,
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dit M. Kœlliker ( Entwicklungsgeschichtc des Menschvn, page 212), les plaquespalatinales commencent à se souder d’avant en amère, mais de telle manière qu'elles se fondent aussi avec le bord inférieur large de la cloison nasale encore fort courte. La partie antérieure du palais correspondant au palais osseux futur, est déjà complètement fermée dans la neuvième semaine, mais le palais mou est encore fendu. Cette fente cependant se ferme tellement vite, que des embryons de la seconde moitié du troisième mois montrent déjà le voile du palais formé et la luette en voie de formation. >
Le cas de M. Cruveilliier indique donc environ la fin du second mois de la grossesse. Le bord alvéolaire avec la lèvre supérieure étaient fermés, la voûte et le voile fendus. Le travail de soudure du palais avait commencé lorsque l’arrêt de développement a frap|)é celte partie.
Je suis loin de prétendre que l’arrêt de développement du cerveau doit nécessairement entraîner celui du palais et vice versa. Le cas de M. Cruveilhier est un cas isolé. Tous les autres microcéphales examinés ont montré un palais magnifiquement développé ; et nous savons fort bien qu’un arrêt peut frapper une partie fort isolée, témoin le colobôme de l’iris, etc. ; mais on pourra difficilement se soustraire à l'idée que, dans les cas où il y a arrêt dans plusieurs organes, ces organes ne doivent pas avoir été frappés simultanément.
Or, à la fin du second mois environ de la grossesse, le cerveau est encore dans un état rudimentaire qui rappelle celui des derniers singes américains, et lui est encore inférieur. L’hémisphère présente un sac à parois épaisses qui, vu de côté, a la (orme d'une lève, l'incision inférieure correspondant à la future fissure de Sylvius; la surface de ce sac est entièrement lisse, sans traces de circonvolutions; le bord postérieur touche le cerveau moyen, sans encore le couvrir; à l’intérieur commencent à se montrer, à côté et au-devant des couches optiques énormes faisant saillie depuis en arrière, les corps striés; les corps quadrijumeaux forment une vésicule située derrière les couches optiques et entièrement à découvert ; le cervelet forme un mince pont transversal derrière lequel se montre le sinus rhomboïdal largement ouvert.
Il est évident que cet état, correspondant à peu près au cerveau de quelques reptiles, n’est conservé nulle part dans les microcéphales.
Mais nous savons aussi que les parties frappées d’arrêt de développement ne res-
CKRVEAIX ET MOULES.
tent pas absolument à l'étal primitif, comme si elles avaient été momifiées; elles continuent à croître, à se développer d'une autre manière différente plus ou moins, par sa direction, du plan de développement de la partie normale. Autrement, l’existence d’un arrêt de développement ne serait possible, même dans un organe isolé; les causes qui produisent un arrêt agissant presque toujours dans une période de la vie embryonnaire, où le foetus est encore réduit à des dimensions fort exiguës. Nous voyons cette croissance anormale se produire partout dans les organes frappés de ces arrêts que l’on peut nommer spécialement de développement, tels que le colobômc, la fistule congéniale du cou, le renversement de la vessie urinaire, les difformités des organes génitaux, la formation de mains attachées ê l’épaule, etc. Dans tous ces cas, l’origine de la déformation date depuis le moment où se montre sur l'embryon le fond de la difformité, comme formation normale. Toutes les autres différences sont dues au développement anormal en direction divergente de la partie frappée. Qu’on me permette d'éclairer le lond de ma pensée par un exemple.
Nous trouvons, dans la fistule congéniale du cou, un orifice sur le cùlé du cou, perforant jusqu'à l’œsophage. Cette anomalie est, sans aucun doute, un arrêt de développement, un reste des fissures branchiales que l'embryon a possédé dans les troisième et quatrième semaines environ de son existence, et il est impossible que la date de cet arrêt soit plus rapprochée, puisque, dans la cinquième semaine à peu près, les fentes branchiales primitives sont déjà oblitérées. Or, à cette époque, le véritable œsophage n’existe pas encore. Le cul-de-sac qui le représente, et qui forme une espèce d'entonnoir fermé vers le bas, n'a pas encore reçu son enveloppe musculaire, et sa communication avec l’intestin n’est pas encore établie. La fistule, reste d’une conformation antérieure, perfore donc un oigane dont le développement date d’une époque plus récente. Il en est de même du colobùine qui traverse l’iris et qui date d'une époque où l'iris n’était pas encore formé ; du bec-de-lièvre présentant le résultat d’un arrêt de développement manifesté à une époque où la lèvre n’existait pas encore. Ce que nous nommons arrêt de développement est donc plutôt une déviation de la voie normale, laquelle, en suivant une tendance particulière, reflète encore le moment où la déviation s’est opérée.
Si nous examinons sous ce point de vue la conformation du cerveau microcéplia- I ique, nous devons nous dire que ce n’est pas dans l'arrangement des plis et des fis-
CERVEAUX ET MOULES
sures, mais dans celui des parties primordiales que nous devons chercher les traces de l’arrêt primitif. Le plan de distribution des circonvolutions, le plan de conformation des parties étant le même pour tout le groupe des primatès, il est évident qu’un cerveau frappé d’un arrêt, mais qui ne suffit pas pour la suppression des circonvolutions, suivra ce plan tracé pour les circonvolutions, la corne supérieure d'Amnton, etc. Il s’agit donc de rechercher la date où une conformation essentielle se montre comme manifestement normale sur le fœtus, et de démontrer que cette conformation est restée reconnaissable sur le cerveau microcéphalique en dépit du développement ultérieur que peuvent avoir acquis les autres parties.
Or, cette conformation essentielle qui imprime au cerveau de l'homme, des microcéphales et des singes, son caractère primordial pour ainsi dire, c’est la conformation de la scissure de Sylvius et des parties qui l’avoisinent, notamment des plis centraux et la troisième circonvolution frontale.
J’ai insisté sur la différence de développement de ces parties entre les groupes nommés. Chez l'homme, troisième circonvolution et lobe temporal se touchent sur un espace large, formant ainsi le manche de la fourchette sylvienne; les plis centraux restent en haut pour remplir l'interstice entre les branches ; chez les microcéphales et les singes, les plis centraux descendent jusqu'au bord de l’hémisphère, la scissure de Sylvius se bifurque à la naissance ; il n’existe pas de manche commun des branches. C’est là que doit être cherché le point de départ pour la déviation qui sépare les deux groupes.
Eh bien, ce point de départ nous ramène à peu près à la même époque où nous avait conduit la fente du palais du second cas de M. Cruveilhier. Il nous ramène à l’époque où la scissure de Sylvius existe encore à l’étal d’enfoncement large, à bords évasés, dirigé obliquement de bas en haut, et où son fond entier est formé parle lobe central naissant et ù découvert. C’est à peu près cet étal que représentent les fig. 1 et 3 de la pl. XXIX de l’atlas de Leurel et (îratiolet, où ce dernier a figuré un cei-veau donné par le docteur Lemaire d’un fœtus d’environ deux mois cl demi ; d'un cerveau de quatorze semaines figuré par M. Reichert (L. c., lab. XI, fig. 32; lab. XII, fig. 41 et 42), cl encore d’un cerveau de trois mois figuré par M. Kœllikcr (L. c., fig. 109, p. 233; fig. 3, p. 235; fig. If fi, p. 243). A cette époque, rien ne s’est encore différencié sur les bords de cette scissure uniforme de Sylvius; on ne distingue pas
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encore les parties qui doivent former les plis centraux, l’étage sourcilier, le manche et les branches de la scissure.
Mais, à dater de celte époque, la différenciation et avec elle la tendance humaine se démontrent. Qu’on regarde les figures données sur la même pl, XXIX, d’un fœtus âgé d’environ 14 semaines ' et donné par M. Alix à Gratiolel (f. 4 â fi); qu'on compare la figure 44, pl. XII, donnée par M. Reichert, d’un cerveau évalué à 20 semaines et l’on verra, que dans ces cerveaux, la conformation humaine est déjà indiquée par un recourbement de l’étage sourcilier encore complètement lisse qui continue à s’avancer sur la scissure de Sylvius encore ouverte, en prenant bientôt la forme d’un bec ou d’un crochet Le bord supérieur de la scissure restant pour ainsi dire suspendu et ce bec s’avançant toujours, la scissure de Sylvius toujours béante au milieu, prend petit à petit la forme d’un trépied, dont les trois branches sont le manche tourné en bas et les deux branches tournées en haut. Ce n’est qu’après la formation de ce trépied qu’on peut distinguer la scissnrc de Rolando et les incisions indiquant les plis centraux et les étages des autres circonvolutions frontales.
C’est cette marche progressive de l’étage sourcilier, dépassant celle des autres parties qui avoisinent la scissure de Sylvius, par laquelle se distingue le cerveau humain, et dont dépend la formation caractéristique du manche de la scissure de Sylvius.
R est évident qu’un pareil développement ne peut avoir lieu dans les singes et les microcéphales. Ici, ce sont les plis centraux qui doivent prendre le pas sur l’étage sourcilier et descendre en couvrant le lobe central de haut en bas, tandis que dans l’homme il est couvert d’avant en arrière et aussi de bas en haut. La déviation, le moment d’arrêt doit donc dater de celle époque et non pas, comme on a voulu le prétendre, d’une époque postérieure.
Le cerveau des fœtus de singes n'est pas encore examiné, il est vrai, cl nous avouons que, jusque-là, notre manière de voir n’est qu'une hypothèse vraisemblable, mais non vérifiée. Mais jusque-là aussi, toutes les déductions tirées des faits parlent pour
1 Ce cerveau est d’un fouis évidemment plus âgé que celui des figures 1 et 3, de 15 jours au moins à mon avis. Ou sait combien toute détermination de l’âge d'un foi us humain est sujette â caution. Aussi Gratiolel a-t-il eu soin d'ajouter s environ > et d’autres auteurs auraient dû imiter eette sage précaution.
CERVEAUX ET MOULES
elle; le développement de la scissure de Sylvius, celui divergent des hémisphères avec leurs plis, le curieux assemblage de caractères humains et simiens dans le cerveau des microcéphales, et le rapport de ce développement anormal, avec les facultés intellectuelles et le langage articulé en particulier. C'est à dater du troisième mois environ que le cerveau microcéphalique prend, pour me servir d'une expression de Gratiolel en la renversant, la direction d’un c cerveau d’âme non parlante. »
J’ai déjà indiqué dans la description du cerveau, autant que dans le résumé, que le degré si diffèrent de déformation qu’ont subie les cerveaux nticrocéphaliques doit nécessairement dater du point de départ. Il me semble probable que dans les cerveaux où l’étage sourcilier est [dus développé, le moment d’arrêt doit être arrivé un peu plus tard, lorsque le crochet de l’étage avait déjà acquis un certain développement; il est certain aussi que la déviation imprimée doit avoir été plus forte pour l’un que pour l’autre cas; mais, tout en faisant droit à ces modifications particulières, je crois que nous pouvons placer le moment de la déviation anormale à l’époque indiquée et que nous pouvons la préciser, pour le cerveau, comme étant celle de la délimitation précise de la scissure de Sylvius.
C’est donc depuis cette époque que le développement du cerveau microcéphalique prend une direction divergente de celle de l’homme, au moins pour ses parties supérieures, pour les hémisphères et pour les lobes appartenant à la voûte. Les lobes et les plis se forment initialement d’après des lois différentes, car il n’y a ni plis, ni lobes marqués au moment où la déviation commence, et ici des différences individuelles et générales se remarquent. Générales, puisque, comme nous l’avons démontré, le tronc cérébral obéit plutôt à la loi humaine, la voûte plutôt à la loi simienne; individuelles, puisque le degré d'influence anormale est différent pour chaque cas et pour chaque partie, de sorte que c’est tantôt le lobe frontal qui est plus frappé, comme chez Racke, tantôt le lobe pariétal ou occipital même.
On comprend ainsi maintenant pourquoi Wagner avait en même temps tort et raison en disant : « Les cerveaux des singes et des microcéphales ne deviennent pas plus ressemblants entre eux par la réduction du cerveau de l’homme ;» — car pour réduire un cerveau humain sur celui d’un microcéphale, il faudrait d’abord le conduire en arrière jusqu'au point initial où a commencé la déviation, puis le pousser en avant dans la fausse route sur laquelle le microcéphale a marché, tout comme il faudrait d'abord
CERVEAUX ET MOULES
faire reculer le cerveau du microcéphale au point initial, pour le pousser de là dans la route normale suivie par le cerveau humain.
En résumé, toutes les différences s’expliquent en admettant cette manière de voir, savoir: que le cerveau du microcéphale n’est pas le résultat d'un simple arrêt de développement (ce qui ne se trouve pas, du reste, dans la nature), mais d’un arrêt suivi de développement dévié, laquelle déviation se rapproche pour les parties voûtées, plus ou moins de la route humaine ou de la route simienne, suivant les cas.
PHYSIOLOGIE