‹ Memoire sur Les Microcephales ou Hommes SingesChapitre 32 sur 38 · LANGAGE ARTICULÉ · texte numérisé non relu

LANGAGE ARTICULÉ

Voici ce qu’en dit Gratiolet (Ment. Soc. Anlhrop. vol. I, p. 66): « Après avoir essaye de vous démontrer que les microcéphales conservent les caractères matériels ou zoologiques de l’homme, je ferai remarquer qu’ils en conservent également les aptitudes intellectuelles propres ; la plupart ont un langage intelligible, très-peu riche, il est vrai, mais articulé et abstrait; leur cerveau, inférieur en apparence à celui d’un orang et d’un gorille, est cependant celui d’une Ame parlante. Celte virtualité innée et pour ainsi dire ineffaçable, est certainement le caractère le plus éclatant, le plus noble de l'homme ; elle frappe en regard de cette atténuation, de cet anéantissement partiel des organes de l’intelligence ; ainsi, la maladie, l’aslhéniogénie peuvent amoindrir l’homme, elle n’en font point un singe, p

R. Wagner (l’eber den llirnbau der Microeephalen) s’exprime ainsi (p. 63): « Ils ne se prêtent A aucune éducation. Le langage se borne A la répétition de quelques mots souvent entendus à la façon des perroquets. • (Papagey-artiges Naehbilden). Plus tard (p. 70, 78 », Wagner rapporte les observations et réflexions un peu tronquées, il est vrai, de Jean Muller, sur les Sohn et de Leubuscher, sur les Aztccs, dont nous parlerons tout A l'heure.

.Maintenant, laissons parler les faits.

Nous avons rapporté dans les chapitres précédents ce que nous savons des microcéphales examinés. Frédéric Sohn, Jéna, Raeke, la Mæhler, les trois Mœgle, la Wyss, n'ont jamais parlé. Celte dernière prononce le mot « Amen > beaucoup plus mal qu’un perroquet nu une pie. Rien n’est marqué A ma connaissance pour Mæhre, ni pour les cas observés en France (N™ 1 1 A 19 de l’énumération); quelques-uns étaient trop jeunes; je suppose qu'on aurait mentionné ce point important, si un langage avait existé chez les plus Agés.

Voici ce que dit M. Gore de son cas (N 0 43 de l'énumération), femme Agée de 42 ans et menstruée : « Quant A l’intelligence, la meilleure expression que l’on peut employer, c’est de dire qu’elle était enfantine, correspondant A celle d'un enfant de 3

l'YIISIOUIGIE.

à 4 ans qui commence à parler. Kilt- pouvait dire quelques mois comme c good » « child » < marna » « inoriiing > avec une clarté tolérable, mais sans connexion ni raisonnement lucide (clear meaning), et elle était incapable de quelque chose lesseniblant à une conversation. Scs habits étaient décents et propres, mais elle ne pouvait se nourrir clic-mémo, au moins pas avec méthode et précision. Klle traînait et dorlotait une poupée. Sa démarche était inconstante et vacillante, les pieds ne posaient pas ferme sur le sol. * Le cerveau pesait 288,75 grammes.

Cas de M. John Sliorlt (Énumération N° 39). « L'étal mental peut être qualifié comme enfantin ; il ne peut prononcer un seul mot ; le seul son qu'il pousse est < nah. >

Cas de Leyde (Énumération N" 30). « Hic juvenis semper fuit amens, ferox. alimenta ulque potulenla cuin somma voracilalc appetens ; sonum pcculiarem validum edebat, mmquam vero verba pronunciare potuil. » (Sandifort, 1. c.)

Les suisses N“* 31, 35, 8G, ne pouvaient parler.

Cas de Baslanclli (Énumération N"* 37 et 38). N° 37 : « Mori di auni 3l> avendo esercitato automalicamcnte pcralcun tempo qualche incumbcnza di slalliere. « N" 38. Sordoiuuto ed idiota microcelalo fin delta nascita non escreita alcima professione ed ebbe una maniera di vivent brutale. »

Quant aux Azlecs, sur lesquels Gratiolet me semble avoir en partie fondé ses assertions, voici ce qu'en dit M. Lcubuscher (I. c., Énumération N°* 40 et 41), qui a eu l'occasion de les observer comme médecin pendant quelques temps: * Les mouvements sont trés-vifs, mais sans fermeté et portant même pendant leurs jeux le caractère d’une certaine rapidité ; ils sont, comme dit bien un observateur français, semblables à ceux de la danse de saint Guy. Ils ont cette activité inquiète, papillonne, qui se trouve quelquefois chez des enfants idiots ; il est rarement possible de lixer leur attention pour un temps plus long; ils peuvent cependant aimer un jouet et s’en occuper, comme je l’ai vu souvent, pendant un quart d’heure, lorsqu’on n'appelle pas leur attention ailleurs. On dit qu’ils étaient jadis tranquilles et déprimés ; il n'y en a plus trace maintenant; ils sont gais et enclins à des espiègleries qu'ils se font entre eux et aux enfants boshismans et qu’ils souffrent aussi de leurs connaissances. Ils sont aimants et se laissent volontiers caresser; comme signe de leur joie et comme moyen de conrersaliou entre eux, et avec d'autres, ils poussent souvent des sons criards ei font des signes de tète. La production en public, la présence de beaucoup de gens les

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agile, leurs mouvements deviennent alors plus vifs. La première impression, comme l'observation continue, démontrent qu'ils ont un tempérament nerveux et irritable ; ils saisissent vivement; leur attention peu durable, du reste, est facilement éveillée ; ils obéissent vite aux ordres de leur guide. 11 m’était important de les voir plusieurs fois éveiller dtt sommeil, même lorsqu'ils dormaient si profondément qu’ils n’entendaient pas qu'on approchait du lit; ils étaient cependant vite éveillés à la voix du guide et exécutaient ses ordres après quelques mouvements involontaires (seulement des simples choses : me up! gire hand Tous les deux rêvent et parlent quelquefois dans le sommeil, surtout le garçon. Ils comprennent tout ce qu’on leur dit, en tant que cela se rapporte au cercle de leur vie habituelle, à leurs besoins, à leur entourage immédiat; nu-mêmes ne possèdent que quelques mois; leurs impressions et roux ne, sont exprimés habituellement que par des sons criards et inarticulés, mais dont le sens est intelligible pour leur entourage, par leur modulation. Ils imitent quelques mots; • tea » est bien, < good bye s mal articulé. Cependant ils font des efforts, surtout le garçon, qui s’y prête volontiers, pour formuler des mots qu'on leur prononce, et après plusieurs essais, j'ai la conviction qu'une instruction continuée pourrait les mettre eu possession de quelques mots articulés de plus. Ils ont de la mémoire pour les choses qui ont captivé leur attention fortement, pour des personnes qui se sont occupées d’eux ; mais la distraction continuelle, causée par les productions devant le public, ne contribue pas à la concentration de leur mémoire. Le garçon paraissait se rappeler des procédés de mensuration lorsque je faisais les miennes, et comme cela lui était désagréable, il me montrait toujours sa soeur pour la mettre à sa place. Il se rappelait ces procédés pendant huit jours et les faisait comprendre à ma demande, en traçant des ligues sur sa tête ; mais j’étais oublié, moi et tout le reste, lorsque j’avais interrompu mes visites pendant quelques jours ; la fille de même. Ils ont apprisà saluer des étrangers, de la tête et d'un son ayant quelque ressemblance avec « good bye » ; ils donnent la main à la demande. Ils sont habitués à la propreté et font connaître leurs petits besoins. Ces enfants jouent, mettent leurs jouets dans un certain ordre, ouvrent une boite, ne se contentent pas de l'extérieur et se communiquent les résultats de leurs jeux. Ils montrent joyeusement à d’autres ce qu’ils ont trouvé; ils se partagent leur manger, dès que l’un d'eux seul a reçu quelque chose , mais ils se fâchent lorsqu'un étranger leur prend quelque chose ; leurs habits brillants leur font plaisir ; leurs

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bottines résonnantes étaient pour eux, comme pour les enfants qui apprennent à marcher, un sujet de triomphe. Ils prennent quelquefois un livre et font semblant de lire en poussant des sons inarticulés, à la manière de personnes adultes, et le garçon me traçait, lorsque je lui donnais mon crayon, sur un feuillet de mon carnet, des lignes irrégulières. Ils ont donc pour eux-mêmes le désir d'une espèce de combinaison de leurs idées et le désir de les communiquer d’une manière très-bornée, il «si vrai. Ceci élève leur organisation psychique bien au-dessus de celle de l’animal ; cela témoigne d'une possibilité de développement, d’une mobilité de l'action cérébrale que nous ne trouvons pas dans les instincts les plus artistiques des animaux les plus élevés, lesquels ne peuvent montrer, au-delà de leurs limites fixées, aucune faculté de mouvement ou de sensation progressive, mais seulement tout au plus une modification, mais toujours suivant une règle donnée cl immuable. Les facultés intellectuelles des Aztecs peuvent être à peu près colles d'un enfant d'un an et demi et même au-dessous. Ce que nous appelons des idées, doit leur manquer complètement, parce que ce degré de développement psychique ne peut se produire que sur la fondation de la personnalité délimitée et de la conscience individuelle de soi-même. Je n’en ai pu voir qu’une trace dans la répulsion du garçon qui ne voulut soulïrir les mensurations, en montrant sa soeur. » Quant aux deux Sohn (N°* 2 et 3,) il y a des rapports contradictoires. M. Ollenroth, qui les a observés chez eux, qui les a signalés à l'autorité prussienne, dit qu’ils ne pous-

sent que des cris inarticulés, et que Frédéric seul produit des sons semblables à des mots (wortæhnliche Laute). Le f) r Behn, qui l’examina plus tard, n'en mentionne aucun mot articulé ; Frédéric cependant est, de l’aveu de tous, le plus doué des deux frères. Michel, l’aîné, est malade, M. Behn ne peut s’occuper beaucoup de lui. On le transporte à l’hôpital de Brombcrg, où il est observé on ne sait par qui et là il doit avoir parlé constamment et non pas seulement des mots, mais des phrases même, que nous avons citées plus haut (Voir p. 22). Certes, c’est bien étonnant, car Michel est sous tous les rapports très-inférieur à son frère cadet et étant bien portant, il n’a pas même proféré comme le cadet, des sons semblables à des mots, cl les deux Docteurs, dont l’un est Conseiller médical, n’ont jamais rien entendu de lui. La mère qui, certes, avait le premier intérêt & ce que ses fils parlassent, ne fùt-ce que quelques mots, est muette sur ce point. Il faut bien croire que Michel était peut-être de la race des cygnes qui ne chantent qu’au moment de la mort.

l'IIYSIOUMK.

Mais, même en acceptait! ce rapport sur la maladie mortelle de Michel comme ne renfermant que l'exacte vérité, je dois faire remarquer que, de tous les microcéphales, dont nous avons des rapports, aucun, sauf lui, n'a jamais formulé une phrase; que les plus doués n’ont pu faire autre chose que répéter plus ou moins mal, comme des perroquets, quelques mots qu’on leur a appris, et qu'ils imitaient machinalement ; que, même pour ceux-là, ces mots n'étaient pas des moyens de communication, ni entre eux ni avec les autres, et que la plupart ne possédaient que le cri strident de l'animal, modulé suivant les besoins.

Telle est l’exacte vérité, comme elle résulte des faits cités, et, en présence de ces faits, ou peut, à bon droit, s'étonner des phrases de Gratiolet que nous avons citées plus haut. Je ne sais où l'on pourrait trouver des assertions plus contraires aux faits observés!

Mais Michel Sobnf me dira-t-on.

Je mets de côté, pour le moment, mes doutes sur la véracité des rapports sur la dernière maladie; et, pour discuter à fond le cas, je cite d’abord en entier les paroles de Jean Muller (Voir le mémoire cité, n* 2.):

* Quant à la physiologie des fonctions de l'âme, il résulte de ce cas, comme de beaucoup d'autres, que les fonctions intellectuelles, comme tes instincts, dépendent du développement du cerveau, dont l’activité dépend à son tour de la grandeur des surfaces des hémisphères. Les circonvolutions ne manquaient pas au cerveau de notre microcéphale ; mais elles étaient peu frisées, peu nombreuses et proportionnellement grandes, certainement pas plus petites en diamètre qne d'ordinaire. La force musculaire ne dépend pas du développement du cerveau, mais de celui de la moelle épinière. Ce fait, enseigné déjà par l’anatomie comparée, est confirmé par notre cas. Les microcéphales de Kivittsblott n'étaient point faibles. Us ont souvent escaladé des arbres. Cela suffit pour prouver l'intégrité de leur force musculaire. Mémoire , imagination, réflexion, raison, voilà les facultés décrépites. Ils se forment des images (Vorstellungen), mais ils ne s'élèvent pas à des idées. En ceci, ils ressemblent aux animaux, qui se forment aussi des images réfléchies de l'extérieur des choses sur de certaines impressions sensuelles. Lorsque ces images excitent leurs besoins, leurs désirs sentis, ils sont conduits à des actions ; mais ces actions ne montrent pas qu'ils se forment des idées. Le chien sait que le chapeau doit couvrir le chef de son mailre;

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il l’a toujours vu ainsi ; mais il n’a pas l'idée d’un couvre-elief, et il parait que c’est ainsi chez nos microcéphales. Leur mémoire est extrêmement faible; ils ne savent pas s'orienter dans le voisinage boisé de la maison et ne retrouvent point le chemin pour revenir chez. eux. Cependant, le souvenir du père, mort depuis cinq ans, est vivace dans les délires de la maladie de Michel Sohn, et il parle beaucoup de son père. Ici, comme dans d’autres cas, des images à demi effarées sont revivifiées par l’excitation cérébrale. Ce phénomène n'élève pas l’idiot au-dessus de l'animal, qui reconnaît aussi son maître après un temps très-long, quand même son image n'a pas occupé le sensorium depuis longtemps. Ce qui est le plus surprenant chez nos microcéphales, c'est que, malgré une stupidité extraordinaire, ils prononcent, quoique incomplètement, des mots pour exprimer leurs sentiments et leurs besoins. Il est vrai que le rapport du conseiller médical Ollenroth refuse aux deux frères la faculté du langage articulé ; mais le docteur Belin témoigne que même Michel Solin désignait le manger et le boire qu'il demandait, quoique incomplètement, mais cependant avec des mots. Les mots pronuncés : « Koppe dutc weh (Tète fait mal!) contiennent même une combinaison de sujet, adjectif et verbe, et il n’est pas probable qu'il ait entendu assez souvent ces mots dans cette même combinaison pour qu'il les ait répétés, sans se douter de la combinaison, seulement pour désigner son étal. C'est aussi te seul fait qui élère notre microcéphale au-dessus île l'animal. L’oiseau peut aussi être dressé pour prononcer ces mêmes paroles ; il les apprend en combinant les mouvements de ses organes pour produire certaines articulations entendues d'abord par lui, ou plutôt en produisant des articulations variées et en s'inculquant celles dont les sons correspondent à ceux qu'on lui a dit; mais ces tons ne lui représentent rien. Leur combinaison et les tons eux-mêmes n’ont aucune valeur et n’expriment, pas plus chez lui que chez le chien, certaines manières de hurler. Nos microcéphales ne sont pas au-dessus de nos animaux domestiques et apprivoisés par leur bonté et innocuité. Cette humeur bonasse et celle domestication ont ici presque la même signification. Elles montrent un certain degré de perfectibilité. Il n’y a pas de trace manifeste de sentiments moraux, lisse disputent en mangeant; ils sont, pour cela, des égoïstes comme tous les hommes mal élevés. Mais nous ne savons pas si, et comment, ils se sont réconciliés ; s’ils ont jamais regretté quelque chose; s’ils étaient vindicatifs ou faciles à réconcilier; et, dans ce dernier cas, si cela se faisait par bonté, par stupi-

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dite ou par manque de mémoire. Même la pudeur manifestée par Frédéric Sohn, lorsqu’on voulut mesurer ses parties génitales, n’a pas grande importance. Cette répulsion contre la nudité est le résultat de l'habitude. Je ne veux pas prétendre que le germe des sentiments moraux dépende en entier du développement cérébral; mais il est certain que ce germe ne peut se montrer lorsque le développement du cerveau est arrêté.

> Je suis, en général, bien loin de croire qu'une modification dans la structure du cerveau puisse modifier l’essence de l’âme. Je me suis prononcé là-dessus dans ma physiologie, et je ne puis que répéter mes paroles. L'existence de l’Ame ne dépend point de la structure intacte du cerveau; son existence se manifeste dans son essence, aussi dans d'autres parties, et même dans des parties soustraites à l’influence du cerveau. La volonté, la sensation et ses images, la jouissance, peuvent, chez les animaux inférieurs, se séparer conjointement avec le corps; le sperme, qui communique au germe les facultés de l’Ame du père, se sépare de l’organisme cl était déjà séparé de l'organe de l'âme avant l'éjaculation; le germe qui se sépare de la mère contient les facultés de l’Ame de celle-ci. Bref, l’essence de l’Ame n’est pas bornée au cerveau. Mais la manifestation de l’Ame dépend de cet organe, et le germe se crée à lui-même cet organe, pour mettre en évidence les facultés dormantes en lui. Tout l’appareil organique des fibres cérébrales est nécessaire pour ces manifestations, et il n’v a ni pensée, ni conscience de soi-mème, ni idée, ni mémoire, sans cette intégrité. La faculté, la structure et l’étal de l’organe se meuvent donc toujours parallèlement. Les derniers commandent la première ; mais l’essence de l’âme, sa force latente, ne se laissent pas déterminer par l’action cérébrale. »

Restons, pour le moment, au langage articulé de Michel. Le seul caractère qui le distingue, suivant Jean Muller, et qui distingue Michel seul parmi tous les autres microcéphales de l'animal, ce n'est pas la prononciation de quelques mots articulés, ce n’est pas leur application à certains besoins, — tout cela, Muller en convient, le perroquet le fait aussi, — c’est la combinaison de trois mots pour une phrase, dont Muller ne suppose pas qu’il l'ait entendue avant pour la graver dans sa mémoire. C’est donc la créatùfn d'une phrase combinée que Muller attribue à Michel, et une pareille création, si elle existe, suppose, en effet, une entente raisonnée de la langue. Examinons donc ce point. La famille dont lès deux microcéphales faisaient partie, compta

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tait les deux parents et sept enfants, dont trois et le père sont morts. El on veut que dans une famille pareille, l'idiot n'ait pas entendu, pendant quatorze ans de sa vie, mille et mille fois la phrase: « la tète me fait mal; j’ai mal à la tête? » Tous les autres mots qu’il doit avoir prononcés ne sont que des réminiscences des choses les plus ordinaires de tous les jours, que tout étourneau ou corbeau un peu domestiqué apprend de lui-mème sans malice et sans peine, cl ici l'on veut que cette phrase, indiquant un mal de tous les jours, indiquant des sensations sans lesquelles ni le père ni les frères de l’idiot n'auraient pu mourir, on veut que cette phrase ait été composée par lui pour les circonstances pénibles dans lesquelles il se trouvait? Eu outre, il est mort d'une maladie cérébrale, et certes ce n'était pas la première attaque du mal dont il succomba. El l'on veut qu'une mère, qui voit souffrir son enfant, même idiot, no devine pas qu'il a mal à la tète, et ne lui demande pas cent fois s’il a mal à la tète ! Hélas ! je me rappelle un enfant mort d’hydrocéphalie aiguë avant l’âge où il pouvait parler, et la mère avait tant demandé et parlé de ce mal de tète, que la petite soeur > qui était encore au Ijorccau lors de la mort de son frère, disait encore des années après : « Tète fait mal » en montrant son ventre quand elle avait des coliques ! Et encore une fois on trouve « invraisemblable » que l’idiot n'ait pas entendu celle phrase, ne l’ail pas apprise machinalement comme tout autre?

Croit-on que cette phrase et son application soient de trop? Je connais un perroquet, actuellement vivant à Stuttgardt, qui applique merveilleusement à son juste endroit la phrase : < Sei nur nicht so groh! r (Ne sois pas tant grossier!), et qui se tordait et se pâmait un jour, en riant aux éclats, lorsqu'il vit un de mes amis, qu’il n'aimait pas trop, auteur cl victime d'une petite maladresse. Qu’on lise le répertoire des phrases et leur application par le célèbre Jacol ou Papchen, de Salzbourg, acheté en 1827 à Trieste, et mort de chagrin en 1854 â Salzbourg, peu de temps après son maître, et qui dit en se mettant au lit : < Le pauvre Papchen est malade. > et on verra que l'idiot est bien loin d'atteindre cet animal ! (Brehm-Thierlebcn, vol. NI, p. 23). Et qu’on veuille bien le remarquer : « Il était si attentif, qu’il saisissait et appliquait à l’occasion et à l'étonnement de tous des phrases qu'on ne lui avait jamais enseignées. »

Nous voyons donc que les microcéphales et même Michel, dont on raconte de véritables merveilles de langage, sont loin d’arriver à la hauteur des perroquets ou au-

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très oiseaux parlants. Ils articulent plus mal, moins facilement ; leur répertoire est beaucoup plus borné et l’application bien moins fréquente. Et je cherche en vain dans ces quelques mots, prononcés avec peine par quelques-uns seulement, quelque chose d'abstrait; — à moins que des « pommes » et du t lait » deviennent des abstractions lorsqu'un être humain prononce ces mots, tandis qu'ils sont des images réfléchies d’objets extérieurs quand un perroquet les emploie. Enlin, qu'on veuille bien encore observer ceci, que jamais ni les deux Sohu, ni les deux Aztecs ne communiquent entre eux au moyen de ces mots et de ces phrases apprises machinalement cl prononcées machinalement. C’est par des signes, par des modulations de leurs cris inarticulés, par tous les moyens par lesquels un chien, un singe peut manifester ses impressions, ses désirs et ses sentiments, que ces êtres échangent le peu de conceptions primitives qu’ils peuvent avoir.

Je dirai plus et je prétends que les microcéphales, tels que nous les avons sous les yeux, ne peuvent pas avoir, en raison de leur structure cérébrale, de langage articulé comme moyen de communication et de perfectionnement, comme le possède l'homme normal.

Qu’on me permette d'abord une petite digression. Il y a, sans doute, dans le langage articulé, non seulement un phénomène, mais aussi une fonction complexe, même lorsqu’on considère la fonction cérébrale seule, en mettant de côté l'exercice au moyen des muscles et de leur action combinée. Je veux élucider ma pensée par un exemple.

J'ai observé pendant des aimées une malade, femme de haute intelligence, qui avait été paralysée du côté droit et du langage par un coup d'apoplexie. Elle était parvenue, au moyen de toutes sortes de procédés plus ingénieux les uns que les autres, à se passer entièrement de tout aide et à soigner seule un jardin, lorsque la répétition de la maladie l'emporta.

La langue n'était point paralysée ni dans ses mouvements, ni dans sa sensibilité, mais le langage. Elle ne pouvait plus dire, habituellement, que < Dædæ » ; ses petitsenfants ne l’appelaient pas autrement que la Dædx. Mais elle savait si bien moduler ces syllabes et leur répétition, que sa fille cadette comprenait non seulement lorsqu'elle voulait parler d’objets extérieurs, de choses immédiates, mais aussi de choses abstraites. Elle pouvait rappeler ainsi A sa fille des anecdotes de sa jeunesse, des sen-

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tentes de son grand-père, etc. Elle se servait donc de scs deux syllabes, comme un chien excessivement intelligent se sert de scs cris, de scs hurlements et aboiements pour se faire comprendre.

La fatuité d'articulation et de prononciation n'était cependant pas abolie. Plusieurs fois, dans de grandes émotions, elle s’était écriée : « Herr Jésus! (Seigneur Jésus!) et t Schru'cklich » (épouvantable!); et, ce dernier mot, avec ce vrai accent guttural suisse que je délie toutes les bouches à langage articulé de France d’imiter. El les enfants d’accourir et de crier : « La Dædæ sait parler! » Mais la a Ikeda: » retombait dans ses deux syllabes.

Donc, les organes du langage, la communication nerveuse, tout l’appareil exécutif, en un mol, étaient intacts, et cependant celte femme, qui avait le désir de se faire comprendre, qui pleurait quelquefois de rage eu voyant que ses gestes et scs intonations n’étaient point compris, cette femme ne parlait pas, malgré tous ses elTorts.

Ce n’était pas faute d’entente. Elle suivait fort bien toutes les conversations, même les plus abstraites sur des questions philosophiques. Nous en avons fait expressément l’expérience.

L’entente musicale de la langue parlée, si j’ose m’exprimer ainsi, était donc intacte. Ce qui entrait par l’oreille était reçu, compris, assimilé dans son cerveau.

Il n’en était pas de même pour la vue, cette autre porte de réception pour l’intelligence. Celle femme, qui lisait beaucoup et avec plaisir avant son accident, avait désappris à lire du coup et ne l’a jamais réappris. Cependant, elle voyait bien. Elle jugeait parfaitement des travaux d’aiguille qu’on lui soumettait; pas la moindre mauvaise herbe ne lui échappait. En prenant un livre, elle ne le mettait jamais à rebours; niais, après avoir regardé longtemps avec une attention des plus soutenues, elle le mettait de côté en secouant tristement la tête et en faisant comprendre qu’elle n’y comprenait rien. Les mots imprimés ne lui disaient rien, ne réveillaient aucune idée, ne parvenaient pas à l’entente commune, au sensorium. Mais elle comprenait quand on lui lisait à haute voix, ce qu’elle ne comprenait pas en voulant lire par les yeux.

Mais elle voulait se faire comprendre; elle sentait le besoin d’augmenter ses moyens de communications. Elle se mil à apprendre à écrire de la main gauche. Elle parvint, par un rude labeur, à trgeer enfin les lettres, à imiter les modèles d’écriture. Mais, malgré toutes ses peines, elle n’est jamais arrivée plus loin. Cette femme'

rilYSIOt.OGIE.

douée, je le répète, d'une belle intelligence, et qui était dévorée, minée d’un ardent désir de se faire comprendre; celte femme qui, jadis, avait écrit de fort jolies et longues lettres, qui maniait sa langue et sa plume parfaitement ; celte femme qui connaissait les lettres de l'alphabet et savait les tracer, n'a jamais pu lire un mot, jamais pu assembler quelques lettres pour en faire un mot.

I.’autopsie n'a pu être faite, .le ne doute pas qu’elle aurait donné les résultats analogues à ceuv mentionnés dans les derniers débats sur le siège du langagé articulé.

Oc cas a pour moi une certaine importance parce qu'il contient une sorte d’analyse du langage.

L’entente musicale n'est pas diminuée, l'oreille perçoit les sons combinés des mots et des phrases.

L'intelligence n’est pas diminuée non plus, elle peut suivre par l'oreille, même des conversations sur des sujets abstraits.

La volonté de se faire comprendre par le langage existe aussi, elle est plus forte que jamais.

L’organe exécutif est intact, la transmission aussi. Qui peut prononcer «schrœcklich.i peut tout dire.

Cependant cette transmission n’est établie que pour des cas et des moments extraordinaires ; la transmission ordinaire est tout ce qu'il y a de plus borné.

.le mets de côté la perception visuelle dit langage par l’écriture. Celle-ci est impossible par la même cause qui empêche le parler.

Cette cause est, à mon avis, la destruction de la faculté de combinaisons de sons et fie lettres, nécessaire pour former des mots et des phrases. Notre malade connaît les simples lettres, elle connaît les signes imprimés dans les calendriers et règle là-dessus, après comme avant son malheur, scs travaux de jardinage; elle ne peut plus combiner deux ou trois lettres, signes ou sons.

Si je ne tne trompe, c’est justement cette faculté de combinaison, laquelle suivant les admirables travaux de M. Broea, réside dans la partie postérieure de l’étage sourcilier gauche. Les observations où certains mots, certaines catégories ont été conservées, montrent même, à mon avis, que cette faculté possède pour ainsi dire, son magasin, lequel peut être détruit en entier ou en partie.

Maintenant, si je compare avec ces données le langage des animaux, il me semble

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qnp les singes, les microcéphales ne parlent pas, parce que la faculté de combinaison et le magasin de la troisième circonvolution leur font défaut.

L’entente musicale y est sans doute. Microcéphales et singes apprennent la signification de l’intonation, et même du mot et de la phrase simple.

L'intelligence est sans doute très-bornée, et si l'homme, comme dit Gratiolet, se distingue de l'animal, de l'Orang et du Chimpanzé, parce que ceux-ci • ont une idée des objets extérieurs, mais qui est liée essentiellement 4 celle de son objet, tandis que l’homme seul peut avoir l’idée d’une idée, et ainsi de suite, presque à l'infini; » si 14 se trouve la différence, le microcéphale, certes, n’est point un homme, mais un animal. Mais, enfin cette intelligence bornée suffirait pour la conception et la création de quelques phrases et mots simples.

La volonté de se faire comprendre existe aussi ; l'organe exécutif est intact an moins chez les microcéphales.

Ce qui manque, c’est celle faculté de combinaison et de rattachement de mots et de phrases ensemble, déposée, dans la troisième circonvolution. Nous avons prouvé que cette partie est incomplète chez les singes et les microcéphales ; si les faits pathologiques qui placent dans cette partie le siège du langage articulé, sont exacts et bien interprétés (ce que j’admets avec une confiance pleine et entière dans les observations) il doit y avoir liaison entre cette défectuosité et l'absence de la fonction dans tes groupes signalés.

Et, si celle liaison existe, nous pourrons juger, par l'inspection d’un cerveau de microcéphale, si l’individu avait une aptitude plus ou moins grande pour le langage articulé. Nous trouverons que les individus 4 bec ethmoïdal, à lobule orbitaire entièrement lisse, 4 étage sourcilier tout 4 fait rudimentaire, chez lesquels les plis centraux s'interposent largement entre les lobes frontal et temporal, et où le lobe frontal est le plus réduit, que ces individus-14 n’auront jamais pu proférer une parole, pas même la plus simple, pour désigner le plus simple et le plus journalier des besoins; nous trouverons que les individus 4 bec ethmoïdal amoindri, 4 lobule orbitaire impressionné, sinon plissé, 4 étage sourcilier plus formé, auront eu quelques mots 4 leur magasin, quelques cordes 4 leur arc vocal, et qu'ainsi la faculté du parler se sera augmentée 4 mesure que ces parties se seront développées aussi. Peut-être aussi trouvera-t-on que, dans la série de cerveaux dont nous donnons les figures, celui de Michel est

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encore, malgré la réduction de son cerveau en entier, celui de tous les microcéphales qui présente l'étage sourcilier le mieux formé, les plis centraux les plus élevés, le manche de la scissure de Sylvius le mieux développé. D’un autre côté, on pourra se convaincre aisément que tous les cerveaux de singes ont le bec cthmoïdal développé, le lobule orbitaire creusé, l’étage sourcilier peu développé, et que tous manquent de manche Sylvien et de parole. Donc, s’il existe un caractère « d’un cerveau d'une âme parlante, » comme dit Gratiolet, c’est bien celui-là et aucun autre, et ce caractère ne se trouve développé que chez l'homme et non pas chez le microcéphale, dont le cerveau, sous ce rapport, est semblable à ceux des t âmes non-parlantes » du Gorille et de l’Orang.

Je n’ai pas besoin d’ajouter que cette absence de langage a ôté observée depuis longtemps dans ce qu’on appelle les idiots. » Un caractère principal de tous les cas graves dans l’idiotie, dit M. Griesinger (Pathologie und Thérapie der psychischen Krankheiten, Stutlgardt, 1861, p. 376), c’est l’absence du langage à tel point que, pas même un essai n’est tenté, ou, au moins, son imperfection est extrême. C’est le mutisme idiotique, dont la cause n’est point la surdité. Ce mutisme est fondé, soit dans le manque des idées ou dans le manque des reflets que devraient produire les idées dans l’appareil mécanique du langage ; les premiers n'ont rien à dire , les autres n'éprouvent pas le besoin de dire quelque chose. Il manque à l’idiot, avec le mot prononcé, aussi le langage intérieur, et, avec celui-là, le chaînon principal dans le mécanisme des procédés d'abstraction. >

Je puis être court, je pense, par rapport aux autres fonctions physiologiques et psychologiques qui sont relatées en leur lieu et place. 11 me reste , cependant, encore quelques erreurs à éliminer, qui viennent souvent, non d’une observation fautive, mais d'observations isolées qu’on a trop généralisées. < La science, a dit avec infiniment de raison M. de Baër, n'a pas seulement à construire; les constructions fautives et erronées, qu’elle doit déblayer avant de pouvoir asseoir une vérité, donnent bien plus de travail que les constructions nouvelles. >

Une autre remarque préliminaire encore. Ce que nous disons ici se rapporte à la microcéphalie pure, normale, pour ainsi dire, sans complications ultérieures. Ces complications existent; souvent, ce sont des anomalies congéniales ou, aussi, engendrées par des maladies qui, le plus souvent, se portent au cerveau, cet organe étant le

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plus débile de tous, el prêtant, par conséquent, le plus souvent le point d’attaque. Nous avons vu que beaucoup de microcéphales sont morts par des accidents cérébraux. Il y en a qui ont montré des extravasations de sang, des ventricules hydropiques, des parties ramollies et endurcies. Ces procès morbides ont eu leurs reflets pendant la vie. D'autres ont montré des contractures, des diflbrmatious des membres, (la Mailler) qu'on prendrait à tort comme des conséquences accessoires de la microcéphalie, mais dont les effets troublent l'image de la microcéphalie pure.

Nous dirons donc que les microcéphales atteignent le plus souvent la tadle ordinaire du corps (déduction laite de quelques centimètres pour la hauteur du crâne) ; que ce corps est parfaitement bien constitué lorsqu’ils arrivent à l'âge adulte; mais que, seulement, ils paraissent se développer plus lentement que d’autres enfants. Si les Azlccs étaient des nains élégants dans leurs formes, c'est qu'ils n'avaient pas encore atteint l’âge de la puberté. La plupart des adultes, la VVyss même, à l'âge de 16 ans, ne sont pus au-dessous de la taille moyenne.

Les organes génitaux se développent aussi lentement, il est vrai, mais suffisamment à la tin. 1-es femmes sont menstruées (Mæhler; cas de M. Gore); mais la menstruation arrive tard (la Wyss, à 16 ans, ne l'est pas encore); quelques faits paraissent prouver que les appétits sexuels existent aussi chez les hommes arrivés â un certain âge. Malheureusement, nous ne connaissons aucun examen plus approfondi, aidé du microscope, des organes sexuels mâles; mais, quant aux femmes, il est certain qu'elles auraient été capables d’avoir de la progéniture.

Les mouvements sont toujours vifs, saccadés, rapides cl parfaitement coordonnés. La force musculaire est grande, l'agilité considérable. Des sauts, des gambades, des mouvements extraordinaires sont la règle. L'agilité est souvent telle que des observateurs les comparent à des oiseaux. De plusieurs il est noté qu’ils aimaient â grimper sur les meubles, sur les arbres. Des mouvements sans but (déchirer du papier et des étoffes) sont fréquents. Les grimaces les plus diverses et les pins comiques variant avec la rapidité de l’éclair, sont la règle.

La démarche est simienne : la tète penchée en avant, le dos uniformément courbé, les bras pendauts, les genoux un peu fléchis. Souvent, et surtout pour certains mouvements tmon ter des escaliers), ils rampent à quatre pattes, en s’aidant des mains.

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La sensibilité de la peau paraissait très-amoindrie dans quelques cas, mais parfaitement saine dans beaucoup d'autres. Les organes des sens sont parfaits; ils voient et entendent bien. Je ne vois aucune raison pour leur nier l’odorat, comme le fait M. Wagner. Le goftt existe : ils préfèrent certains mets à d’autres.

Les fonctions de la vie végétative sont parfaitement normales. Digestion, circulation, respiration, sécrétion, tout se fait avec une grande régularité. Ils peuvent atteindre un âge assez avancé, et ne meurent pas du tout de bonne heure. Il est vrai que, dans la vie civilisée, dont ils ne comprennent ni les exigences ni les devoirs, ils doivent succomber souvent par des causes accidentelles. Mais, insensibles aux intempéries des saisons, se nourrissant de tout, ces êtres vivraient sans doute encore plus longtemps, si, élevés par leurs semblables, ils avaient appris à satisfaire eux-mêmes à leurs besoins.

Quant aux qualités psychiques, leur caractère essentiel est la versatilité. Personne, ni dans les mouvements ni dans les manifestations des impressions, ne peut nier la ressemblance la plus frappante avec les singes. Attention constamment attirée et détournée ; les sentiments les plus contraires se chassant tour à tour, sans un instant de repos ni nul intervalle; affections d’amour et de haine sans motif, oubliées et reprises à chaque moment; joie et abattement, colère et contentement, vengeance immédiate et abandon complet à un objet aimé ; voilé ce qui sc suit dans une rotation continuelle , et qui est manifesté par les mouvemenls les plus excentriques et les plus grotesques.

L’intelligence, enfin, est ordinairement au-dessous de celle du singe. Les idées immédiates même sont sans doute obscures. Quant à des idées abstraites cl à toutes ces belles facultés dont jouit certainement l’homme, et qui sont, comme dit fort bien Graliolct, vis-à-vis du « nombre simple de la béte, > comme « une puissance dont l’exposant est plus ou moins élevé, suivant le degré de perfection des individus ou des races, • quant à toutes ces « facultés d’abstraction propres à l’homme, » elles font absolument défaut.

J’ai dit que l’intelligence était ordinairement encore au-dessous de celle d’un singe. Qu’on épluche tout ce que l’on nous rapporte des manifestations intellectuelles des microcéphales, qu’on le compare avec ce qu’on a observé sur de jeunes Chimpanzés ou Orangs vivant dans les ménageries et les jardins zoologiques de i'Europe, et l’on

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conviendra que si les manifestations des sentiments, des affections, sont absolument simiennes, celles de l’intelligence sont encore au-dessous de ce degré, et que rien, absolument rien, ne manifeste un rapprochement aux facultés humaines, telles qu'elles se montrent dans les intelligences les plus obtuses.

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