‹ Mémoire sur les migrations des Tsiganes à travers l'AsieChapitre 3 sur 11 · III. Transplantation de Zott avant l'Islam · texte numérisé non relu

III. Transplantation de Zott avant l'Islam

Les dix à douze mille Tsiganes qui, sous le règne de Bahrâm Djonr, avaient été expédiés de l'Inde en Perse, n'étaient pas les seuls Sindiens qui fussent transportés loin des bords de l'Indus. Nous trouvons, au temps de la conquête de l'Iraq par les Arabes au septième siècle, dans Tarmée persane, des détachements nombreux de Sindiens, qui, lorsque les chances du Roi des rois commencèrent à s'empirer, passèrent du côté des Arabes et embrassèrent rislam, à la condition qu'ils conserveraient leur rang et leur solde*). Ils se joignirent à la tribu de Tamîm et se fixèrent pour la plus grande partie à Basra ^). Ils ne prirent

1) Ci-de88U8 p. 10. 2) Belâdh. 372 et saiv., 377, Tab. I, 2562 et suiv. 3) Tab. I, 8126 1. 7 et 17, 3134, 3181, Mobarrad, éd. Wright, 82, 1. 16 et Bui?.

d'habiles maréchaux. Cela nous rappelle les Çolaïb, nommés aussi Çolouba^ qui vivent de la chasse, n'ont pas de chameaux, mais seulement des ânes, parcourent le désert syrien et celui de l'Arabie du nord, sont tellement méprisés qu'un Bédouin ne les attaquera point, comme il n'attaquera pas le sanglier, portent avec eux les outils de maréchal et se rendent utiles aux Bédouins comme forgerons, spécialement comme maréchaux. Or, si les Djat (Zott) étaient réellement ce que je pense, une peuplade nomade militante, il me semble probable que les Tsiganes les auront accompagnés pendant leur lent progrès vers Tlndus, comme musiciens et forgerons. Car les peuples nomades qui n'ont pas la gravité sévère des Arabes, ont besoin non seulement de forgerons, mais aussi d'amusements. Une observation du professeur Caro sur les Juifs russes et polonais vient à l'appui de ma conjecture. Il dit que les Juifs suivaient les expéditions des Huns, des Avares, des Tatares, des Khazares et autres peuples nomades. Comme les Juifs furent les vivandiers de ces peuples, les pères des Tsiganes auraient suivi les Djat nomades comme musiciens et forgerons".

Selon Trumpp ^) les Djat qui habitent le riverain de rindus, à partir des embouchures jusque dans la vallée de' Peshâwer, constituent la population aréenne originaire du pays. Ils sont agriculteurs et éleveurs de chameaux, mais on trouve au milieu d'eux des familles demi-sauvages qui vivent de la chasse et de la pèche et qu'on appelle Bhangi (biberons^).

1) Zeitschr. D. M. Ges. XV, 690 et suiv.

2) Mac Ritchie, The Gjpsies of India, 84: «Dr. Mitrn, of Calcutta, states, with regard to the Bediyâs, a people whom he compares with the gypsies, that «chiefis of clans assume the title of hhangy^ or 'drinkers of bbang"* (India hemp), jpar excéllencdy as a mark of honour".

Trumpp ajoute que ceux-ci lui semblent être nos Tsiganes. Ce dualisme de caractère que les Djat présentent en Inde, nous le retrouvons en Asie et même dans l'Europe orientale. A côte des Zott qu'on employait, comme nous le verrons bientôt, au service militaire, qui se rendaient redoutables comme corsaires, qui savaient organiser une résistance énergique contre le khalife lui-même, et qui se prêtaient à la vie sédentaire, on trouve des groupes du même nom qui ont en tous points le caractère tsigane. Toutefois, il ne faut pas oublier qu'en 'Asie le nom de Zott était devenu le nom générique de tous les hommes d'origine indienne, comme le dit l'auteur du Modjmil at-tawârikh *), de sorte que ce nom ne suffit pas à prouver que celui qui le porte soit réellement issu des Djat.

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