‹ Mémoire sur les monnaies du règne de François IerChapitre 35 sur 98 · CXI.I · texte numérisé non relu

CXI.I

la cause qui modifiait le rapport de ces métaux entre eux et celui des lingots avec la monnaie 1

Cependant des réclamations s’élevaient contre la fermeture des ateliers monétaires. L’administration royale s’aperçut que les changeurs et autres marchands, ne trouvant plus à leur proximité d’ateliers où ils pussent vendre leurs matières d’or et d’argent, les portaient à l’étranger. La Régente demanda, le 19 octobre 1 5 1 5 , à la Chambre des monnaies s’il n’était point nécessaire de rouvrir quelques ateliers et lesquels (2) . La Chambre conseilla la réouverture, et la plupart des Monnaies recommencèrent à fonctionner de 1 5 16 à i 520 (î) .

3 ° La monnaie d’argent et le défaut d’unité du système. — La même année 1 5 19, le roi eut la pensée, pour les besoins d’une guerre, d’abaisser immédiatement le titre des testons à 8 deniers. Il ne le fit pas; mais en 1 5 21, par ordonnance du 10 septembre, il l’abaissa de 11 deniers 18 grains à 11 deniers 6 grains : c’était 1/2 denier de fin en moins. Le teston est resté à cette loi jusqu’à la fin du règne.

Mais le cours fut changé trois fois : de 10 sous, il passa à 10 sous 6 deniers en mars 1 5 3 3 , à 10 sous 8 deniers en mars 1 54 1, à 11 sous en juillet 1 543 . Par ces augmentations de valeur nominale de la pièce, la valeur intrinsèque du sou se trouva amoindrie d’environ 1/8.

(l > Voir Histoire de la monnaie (1252- 189 4), par M A. Shaw, traduction de M. A. Raffalovich , p. 49 et suivantes.

Ce n’est guère qu’après l’année i 5 ao que l’influence de l’Amérique a commencé a se faire sentir. (Voir La question de l'or, par E. Levasseur, 1 voL, i 858 .)

W Voir La monnaie d'Angers, par M. Adrien Planchenaui.t, archiviste paléographe, p. 32 .

(5) Angers, i 5 i 8 ou 1 5 19; Bordeaux, 1 5 18; Bourges, 1 5 16; La Rochelle, 1 5 18 ; Montélimar, 1 5 a 1 ; Montpellier, 1 5 19 ; Poitiers, 1 5 18 ; Saint-Lô, 1 5 16 ; Saint-Pourçain, 1 5 16 ; Toulouse,

i 520 ; Tours, 1517; Troyes, 1 5 16 ; Villeneuve-de-Rouergue, 1617; Villeneuve-Saint-André, 1620. — Les actes relatifs à la réouverture de ces ateliers monétaires se trouvent presque tous dans le Manuscrit de iHôtel des Monnaies , in- 4 % n° i 36 . Plus tard, l’atelier d’Âix fut rouvert en 1 54 s, celui de Dijon en i 53 q, celui de Marseille en 1539, celui de Montferrand en 153 1, celui de Tours en 1537. La plupart de ces actes se trouvent aussi dans le Rcc.

de documents de F. de Saulcï, t. IV.

Voir aussi les notes du présent mémoire, chap. IH, section n° 3 , p. lxxxv.

S’il agissait ainsi parce que l’argent commençait à devenir plus abondant, François 1 “ aurait mieux fait, pour soutenir la valeur commerciale du teston, d’en augmenter le poids tout en maintenant le titre. C’est le contraire quil fit, suivant en cela un mauvais exemple que ses prédécesseurs lui avaient souvent donné. La raison invoquée était tantôt le besoin immédiat d’argent pour une entreprise militaire 111 , tantôt le rétablissement de l’équilibre entre des pièces que le commerce acceptait à un taux supérieur au taux légal 121 . Cette dernière raison était plus vraie, car, en 1 533 et en i54i, le roi élevait 3 e cours de l’écu en même temps que celui du teston.

Il changeait par ordonnance le nombre de livres, sous et deniers pour lequel sa monnaie devait être acceptée tout comme il le fixait la première ibis qu’il l’émettait. Sans doute, il n’agissait ainsi qu’api'ès avoir consulté ses con-

M a Gomme pour les grans et urgens affaires qu’avons de présent pour le fait et entretenement do noz guerres, il serait besoing faire venir en toute diligence à nostre espargne les deniers de noz finances : ce que bonnement ne peut se faire sans grans et excessifs frais, pour ce que noz receveurs generaux recqyyent, tant de nos tailles que de nos a y de s, grande quantité de mon noyés, comme domains et dizains, lesquels sont de grans Irais, pour apporter en nostre espargne. A quoy pourrions obvier, ainsi qu’on nous a renionstré, s'il nous plaisoit donner prix, cours et mise aux gros testons faicts à noz coings et armes pour onze sols tournois et demis à l’équipolent, au lieu de dix sols huit deniers tournois et cinq sols quatre deniers tournois, pour lesquels prix ils ont à présent cours. * — Ordonnance du a5 juillet i543î Fontanon, t* II, pi xio.

(iî Exemple : Préambule : « Comme pour donner ordre, pourvoirai! faict de noz mon noyés et autres ausquelles nous entendons donner cours en nostre ro¬

yaume, pais et seigneuries de nostre obéissance, icelles équipoller, avaluer et faire entretenir en telle équahté et correspondance de loy, poids et prix qu une mon noyé n’empire l’autre. . . »,

k Art. 7. Et pour égaler l’argent à la valeur du marc d’or lin et conséquemment faire que les valeurs de nos monnoyes, tant de rouge que de blanc, correspondent et se rapportent en bonté respectivement, voulons qu'à la raison du marc d’or Fin valant huit vingt cinq livres sept sous six deniers, le marc d’argent le Roy vaille et soit pris dores navant dans nostre royaume, pour le prix de quatorze livres. Et que sur lesdïts titre et pied de quatorze livres soit faite nouvelle fabrication de monnoye blanche de domains, autrement dits grans blancs de douze deniers tournois pièce, dont y aura au marc quatre vingt onze pièces un quart, trois deniers seize grains de loy, chacune piece du poix de deux deniers deux grains.. . * — Ordonnance du it) mars i 54 g ( i 54 .i nouveau style). Fontanon , t. Il, 31.98.

DU RÈGNE DE FRANÇOIS I er ,

se il 1er s et même parfois des marchands, et il prenait soin de régler la taille, la loi, le cours des pièces d’or et d’argent d’après la valeur du marc de matière. Mais, quand il venait à changer le cours de la pièce, il pensait faire assez en ordonnant, en même temps, un changement semblable dans le prix du marc aux ateliers monétaires et chez les marchands.

D’ailleurs, le système monétaire bimétallique manquait d’une base générale et d’un étalon fixe. On comptait par livres, sous et deniers; mais le compte pouvait se faire, au gré des parties, en tournois ou en parisis, lesquels valaient un quart de plus que les tournois ; toutefois nous savons que l’emploi du parisis était devenu assez rare au temps de François I er . Les ordonnances ne déterminaient pas d’une manière immuable ce que la livre, monnaie de compte, devait représenter de métal fin ni même en quel métal elle consistait; car le rapport entre la monnaie d’or et la monnaie d’argent était établi empiriquement d’après le cours des matières dans le commerce et changeait ou pouvait changer à chaque fixation nouvelle du poids et du titre des pièces.

4 ° La rançon. — En i 5 ai, la guerre éclatait entre le roi de France et l’empereur ; les débuts n’en furent pas heureux. 11 fallait de largent; le roi eut encore recours à un emprunt de vaisselle d’or et d’argent qu’il fit monnayer à Paris et dans sept autres ateliers llJ , et fit défense aux orfèvres de fabriquer aucune vaisselle d’or et d’argent pendant six mois.

Les années suivantes, des lettres royales réitérèrent la défense expresse de transport hors du royaume de lor, de l’argent ou du billon, soit directement, soit par lettre de cliange; tous les paquets expédiés pour l’étranger durent être visités

Lettres du a1 septembre 1 5 a 1 et ordonnance du ai septembre i 5 ai ( Calai* des actes de François !"•)

W Lettres du 1** juin i 5 aa et du 1S juin 1 5 a 5 . (CataL des actes de François î* r .)

Une des grosses opérations monétaires du règne a été le payement de la rançon du roi (l) . Cette rançon, étant de 1,200,000 écus, représentait un poids d’environ 4,200 kilog ranimes d’or, soit un poids d’or lin égal à celui qui est contenu dans i4 millions et demi de francs, somme énorme pour l’époque (9) . Les ateliers monétaires travaillèrent beaucoup, en i 53 o surtout, pour la fabrication des pièces qui devaient, composer la somme. Cette opération donna lieu à nombre de fabrications frauduleuses ou simplement défectueuses, dont plusieurs furent découvertes^.

Dans des lettres datées de Dieppe, le i 5 janvier i 532 , le roi se plaignit que, lors de la remise, à Bayonne, des 1,200,000 écus entre les mains des agents de fempereur, les mauvaises pièces lui eussent fait perdre plus de cent mille francs [4) .

Des commissaires spéciaux furent nommés pour procéder contre les officiers qui seraient trouvés en faute; les parlements reçurent ordre de fournir toutes les pièces qui pourraient faciliter l’enquête. Des procès furent intentés aux délinquants; plusieurs ateliers monétaires furent suspendus {5 \ particulièrement en Dauphiné, et des condamnations, même des condamnations à mort, furent prononcées.

Cette rançon qui devait libérer les fils de François I" le dauphin de Viennois et le duc d’Orléans, devait être payée à l'empereur en écus d'or au mois de mars i 53 o. (Voir F* de Satjlcy , Rec. de doc., t. IV, p. -461.)

C’est à peu près d’ailleurs au même prêt (1 million d'écus) que Louis XI1 avait, en i 5 i 4 , acheté la paix du roi d'Angleterre.

Voir plus liant le chapitre ni, section n° 8.

' ^ Ardu nat ., Z b 556 , carton.

Ordonnance du 10 décembre i 5 ^q, lettres du octobre i53o, relativement aux ateliers du Dauphiné et à celui de Bordeaux. Lettres du 39 dé¬

cembre i 53 o, ordonnance du a 4 novembre i 53 i, lettres du i3 janvier 153 s, lettres du i 5 octobre i533, etc, ( CataL des actes de François I c \)

Des essais faits à Lyon sur les écus fabriqués à Grenoble par le maître partîculierEticnneNachon constatèrent que certaines pièces étaient à 22 carats 1/2 de loi, d'autres à 22, 21 1/8, a 21. Sur la fabrication faite à Toulouse, à Crémîeu, à Romans, a Bordeaux, a Limoges, à Montpellier, aSaint-Pourcain, à Troyes, on constata aussi des «escharcetésw de 22 carats i/4 à ai carats, F. de SkULÇYjHisLnumism. f p .36 ( i t3^, (Voir, j>, exxi, le passage relatif à Naclion et aux mauvaises monnaies fabriquées alors,)

DO RÈGNE DE FRANÇOIS I". gilï

5° Les ateliers monétaires du Dauphiné et de la Provence. — Les Monnaies des provinces qui étaient administrées sous le contrôle des États jouissaient d’une certaine autonomie, tout en étant placées, comme les autres, sous la tutelle de la Chambre des comptes. Cette autonomie s’amoindrit peu à peu à mesure que la royauté centralisa davantage l’administration.

Celles du Dauphiné avaient été les plus compromises dans les fraudes commises à l’occasion du monnayage de la rançon. Des lettres royales du 7 décembre 1 538 fermèrent les ateliers du Dauphiné et de la Provence. Les Dauphinois réclamèrent et, le 7 mai i54o, la Monnaie de Grenoble fut rouverte en vertu d’ordonnances rendues le a 4 février et le 12 mars i 54 o. L’année suivante, l’ordonnance du 19 mars io4i prescrivit un type nouveau et uniforme pour tous les ateliers monétaires. Grenoble dut s’y conformer et frappa en effet, du i ef juin 1 54 1 au 6 avril 1642, des douzains à la croisette aux armes de François I er . Mais les Delphinois regrettaient que les armes de leur province eussent disparu de leurs monnaies, et François I er obtempéra à leur désir en autorisant, par ordonnance du 1 er avril i 54 'J, la fabrication, comme parle passé, de monnaies aux armes delphinales^.

La Provence était jalouse aussi de ses privilèges. Dans les premières années du règne de Francois 1 er ( 1 5 17), les États de Provence avaient présenté une requête dans laquelle ils rappelaient leurs privilèges et en demandaient la confirmation. Le roi fit droit à la plupart de ces demandes et chargea ses délégués de notifier sa réponse aux États. Sur la question des monnaies, la requête portait « qu’il se plaise que l’ancienne forme et coustume de forger monnoye soit gardée et obsernée en sondict pays, mesmement touchant la monnoye noire, c’est à savoir des deniers dietz couronnatz, dont les quatre valent ung liart, et aussi patas, valans les deux ung

tlJ M. le comte de Castellane a si- luisant le i* r avril 154a. (/ïcruc numwm ,,

gnalé cette ordonnance rendue- à Vau- t* Il, 1898, p, xxil)

Gïidonn* de François 1 er . -— I s

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