‹ Mémoire sur les monnaies du règne de François IerChapitre 4 sur 98 · XXX» MÉMOIRE SUR LES MONNAIES · texte numérisé non relu

XXX» MÉMOIRE SUR LES MONNAIES

En i 5 12 Louis XII avait créé une monnaie de billon qui était ie demi-gafos (voir p. xxxviii).

Il y avait longtemps qu’on voyait en France, et surtout dans ie bassin du Rhône, de grosses pièces italiennes, dites testons; elles étaient importées des duchés de Milan et de Savoie. II existe même beaucoup de contrats dans lesquels les sommes à payer sont désignées en testons^.

Louis XII, étant seigneur d’Àsti avant de monter sur le trône, puis duc de Milan et seigneur d’Àsti, avait fait fabriquer des testons càson effigie dans ses seigneuries italiennes, à l’exemple de ce que faisaient communément alors les princes italiens. Quand il eut interdit, par ordonnance du 5 décembre i 5 u, le cours des monnaies étrangères, puis perdu le Milanais, le commerce se trouva privé d’une espèce à laquelle il était habitué. Cette raison probablement décida le roi à créer lui-même une monnaie de ce type. C’était, pour la première fois qu’une pièce française portait, comme certaines pièces italiennes, le portrait en buste du souverain : d’où son nom.

Le teston était la pièce en argent la plus grosse qu’on eût frappée jusque-là en France sous la troisième race. Au droit, autour de la ligure était (sous le règne de François F r ) la légende FRANCISCVS DEI GRA- FRANCORVREX: au revers, était l’écu aux trois fleurs de lis couronnées avec la légend e : XPS ; VINCIT ; XPS : REGNAT : XPS : IM PER A <*>, ou S1T NÔMEN DNI BENEDICTVM, ou d’autres inscriptions. Sur les pièces bretonnes l’écu était flanqué d’une ou deux hermines couronnées; sur d autres, il était encadré d’arcs perlés.

Le teston avait de 3 1 à 26 millimètres environ de diamètre. C’est à peu près la dimension de la pièce actuelle de 2 francs, laquelle 327 millimètres de diamètre.

f13 Voir De la circulation des monnaies suisses en Dauphiné, aa xvf siècle; Des causes de la fabrication des premiers lésions en France f i5i4, par M. Pogër Va llentik {■ fi evue su îsse de n u m isma t iq u e t J 8t)4 et 1895*)

Ces légendes sont celles de pièces frappées à la Monnaie de Paris vers la fm du règne de François 1 er * Voir F. de Saulcy, HisL ntimism p F 116* Voir p. li la légende un peu différente d’un teston frappé à Lyon*

XXXHI

François I er en fit fabriquer dès son avènementW; mais la frappe de cette pièce ne paraît pas avoir été régulièrement continuée^. On en taillait 2 5 1/2 au marc d’argent^ : ce qui donne, en poids décimal, 9 grammes 598 milligrammes. Le poids légal «trébuchant», d’après les ordonnances, était de 7 deniers 1 2 grains^, soit environ 9 grammes 555 milligrammes.

Les trente et un testons du Département des médailles et des antiques de la Bibliothèque nationale forment un poids total de 290 grains /|8, soit un poids moyen par pièce de 9 grammes 33 7 milligrammes (5) .

fI) Voir F. de Saulcy, Hist nam. t p. 87, L'ordre de frapper des testons fut donné l\ Paris le 24 juillet 1 5 1 5 , a Lyon le 20 mai i 5 i 6 . L'ordre fut renouvelé le 16 septembre i 5 ai, etc, [Id . 3 p. 88), ^ Le Blanc donne dans ses tables la date du 17 février 1 5 1 5 ( 1 514, vieux; style) comme étant celle de la frappe des testons à 25 1/3 de taille au marc et a 1 i deniers 18 grains de fin. F, m Saulcy {Rec. de doc. t t. IV, p. 170) cite des lettres royales prescrivant a Paris et à Lyon de fabriquer pendant deux mois des testons du même type,

w Ce qui est exprimé dans plusieurs actes par 2 sols 1 denier 1/2; par exemple, pour les testons de la Monnaie de Lyon , 7 août i 453 . F. de Saulcy, Jke. de doc. t t. IV, p. 4 17, L’explication sur la manière d’exprimer le poids des pièces en sols se trouve au chapitre IJf, section n a 6, du présent mémoire.

Le teston le plus fort pèse 9 gr. 58 , le plus faible g gr. 1 o ( non compris une pièce de 8 gr, 16).

Le poids ne parait pas avoir été d ailleurs absolument rigoureux ou, pour parler plus exactement, Ü y avait deux manières d'exprimer ce poids, poids à la taille et poids trébuchant. Dans l'ordonnance du 2 3 janvier 1824» il est dit : 7 den, 12 grains ou environ de poids î puis, quand en novembre 1 5 1 5 le roi lit fabriquer des testons en Italie, il prescrivit qu'ils fussent de 7 den, 1 1 à 12

OanoNN, de François FL — J,

grains. F, DE Saulcy, ikc. de doc» M t, IV.

Dans un mandement des généraux aux gardes de la Monnaie de Saint-Lô {F. de Saulcy, Rec. de doc., t. IV, p, 343 } le poids est de 7 deniers 12 grains 12/17 ou 3/3 de grain à la pièce, « en sorte que les gardes n’en laissent passer une qui ne pèse 7 deniers 12 grains trebuchans»; ce qui signifie qu’en moyenne, d’après la taille a 261/2 au marc, la pièce devait peser 7 deniers 12 grains 2/3, mais qu’elle était de bonaloi jusqu’à la limite de 7 deniers 12 grains ( voir le chap. Il J du présent mémoire, section n° 0 ),

Voici à Rouen,en i 538 , une frappe qui ne payait pas conforme à la règle générale : «Gros testons de 2 s.

1 d. t/2 poids au marc de Paris qui sont 26 pièces au marc de Paris et de poids, taille et recours chacune pièce de 7 d.

12 gr, treb. a un gr. de remède sur chacune pièce, en sorte que le plus fort ne soit plus fort d’un grain que le droit, et le plus foibie aussi ne soit plus foible d’un grain que le droit et qu'il n’y ait sur chacun marc plus de foihles que de fors si lesd, deniers n’estoiont droits de taille, h F. de Saulcy, /kc, de doc., t. IV, p. 3 ig.

Les testons frappés à Turin en 1 53 S paraissent avoir différé, comme les cens, du type ordinaire; ils étaient a

2 5 2/3 de taille et à 10 deniers 18 grains de loi, F. de Saulcy, Rec. de doc., t. IV, p, 330 .

I II' F RI WF. TL IC XÀTIüViLI:.

Les douze testons de la collection de l’Hôtel des monnaies pèsent en moyenne 9 gi\ 1 7 ' :i) . Hoffmann ne donne le poids que d’un teston (9 gr. 5 o) et d’un demi-teston (4 gr. 75).

Comme pour les écus, le poids des testons de nos collections est inférieur au poids légal, à cause soit d’une fabrication frauduleuse, soit d’usure du temps, soit de rognure [ü 4 On sait que le titre de l’argent se comptait par deniers, de 1 à 12 deniers. L’argent à 12 deniers était l’argent fin, c’est-à-dire à 1000/1000 suivant la numération décimale. Un denier correspond à 83.3 3/ 1000, et un grain a 3.4 7/1 00o. L’argent qui servait de base au calcul de la loi et d’après lequel était fixé le tarif des achats de matières par les ateliers monétaires et parles changeurs était à 11 deniers 1 2 grains; c’est ce qu’on nommait l’argent le Roi, et c’est à partir de ce titre que l’on comptait en deniers et grains le degré de lin des pièces {3) . Les maîtres particuliers des Monnaies payaient un lingot de 2 marcs au titre de 5 deniers 18 grains le même prix qu un lingot de 1 marc au titre de 11 deniers 12 grains, un peu moins même, parce qu’on tenait compte des frais d’affinage.

Le teston renfermait peu d’alliage; car il était dans le principe à 11 deniers 18 grains de loi, c’est-à-dire de titre argent le Roi, soit g 38 /iooo w ; on admettait 1 grain de re-

t 1 ) Le plus fort, un teston de Bretagne, pèse 9 gr. 54 ; le plus faible, un teston de Dauphiné, 8 gr* 38 .

Voir au sujet du poids moyen la note relative aux écus d’or, p. XX vi.

Pî Quelquefois les généraux des monnaies indiquaient dans leur ordonnance le rapport de l’argent lin et de l’argent le Roi. Exemple : « Louis Prost, maître particulier de Romans, lera lorger et tailler les deniers dizains de 8 s.

2 d. de poix au marc de Paris, qui sont 98 pièces blanchies et monnoyées, à

3 d. 3 8 gr. de loy A. R. qui sont 3 d.

i 4 gr, cpart fin, à 2 gr* de remède À.

R., de poix un g denier 18 gr, la pièce », F. df, Sàuloy de doc ,, t IV,p. 3 16.

Les ordonnances admettaient soit

1 grain par denier, soit plus souvent

2 grains, quelquefois même 3 grains de remède par denier sur le titre, c’est-àdire deux ou trois grains de tolérance au-dessous du titre légal* EU es admettaient aussi 1 grain de remède en dessus ou au-dessous pour le poids* Le 28 avril 1 538 , le roi accorda un remède de 2 grains de loi et de 1 denier et demi de poids par marc à la monnaie de Turin ; en même temps il mit la taille a 25 3/4 au marc. (Voir chapitre 111 , section n n 6.)

François I 4f , étant en guerre, avait songé, en i5ig,a réduire le fin du teston à 8 deniers; ayant été victorieux, il ne le fit pas. Voir F* de Saulcv, Hkt ntimism. t p. 88.

jnède, c’est-à-dire de tolérance. Le titre fut abaissé en 1 5 2 1 111 (ordonnance du 10 septembre} à 11 deniers 6 grains* 2) , soit 898/1000 ; i! resta à ce taux jusqu’à la fin du règne* 1 ' 1 .

Il y avait pour la monnaie d’argent, comme pour la monnaie d’or, une tolérance de poids et de titre.

Le teston avait cours d’abord pour 10 sous tournois (,|) . Il fut porté le 5 mars i 533 à 10 sous 6 deniers.

La frappe de cette espèce, suspendue en 1619, fut reprise en principe dans sept ou huit ateliers en vertu de lettres patentes du 10 septembre 1621, puis dans d autres ateliers.

Une ordonnance du 2à lévrier i 54 o prescrivit de cesser la fabrication des testons, sous prétexte que cette monnaie était «facille à estre lavée, rongnée et dyminuée plus que autres monnoyes » et de les remplacer par des douzains* 0 '.

L’ordonnance du 19 mars 154 1 confirma cette défense; mais en même temps elle éleva à 10 sous 8 deniers le cours’ des testons et déclara qu’ils devaient continuer à être reçus dans le commerce jusqu’à ce que les pièces fussent parvenues entre les mains des maîtres des Monnaies qui devaienl les fondre.

François I er augmenta encore le cours des testons par l’ordonnance du 26 juillet i 543 * r> h « Ayant besoin de beaucoup d’argent pour la guerre et le transport des deniers du roi, comme douzains et dizains étant très coûteux », il décida « sur conseil »que les gros testons auraient cours pour 11 sous

(L > N. de Wailly donne 20 septembre 1 5 a 1 ; F. dk Sàulcy ( ütfe. de doc , 1 t, IV p. 3 87} donne plus exactement 10 septembre 1 5 s 1.

{î) D'après lit comparaison de Vécu d'or au soleil et du teston, le rapport de 1 poids d’or monnaye est égal eu valeur à 1 1*82 poids d*argent le Roi.

^ Les douae testons et les neuf dernitestons de l’IIôtel des monnaies ont été cotés à 897/1000 environ en moyenne depuis les tarifs : ce qui correspond au titre légal, quoique les tarifs cotent en général un peu au-dessous du litre réel.

W Le teston n'était pas un sous-multiplc de l’ëcu qui valait alors SG soi* s 3 deniers; mais c’était un multiple du sou»

* U n mois a upa ra va nt, le 2 8/j an y ier 1 54 o, le roi ordonnait encore à la Monnaie de Saint-Lô une fabiication de testons et prescrivait d’y mettre la lettre d’atelier. F, de Sàtjlcy, Hist. namûm. t

t. IV, p. 343.

Le roi avait déjà T revenant surl 1 ordonnance du a 4 février i 54 o, autorisé, en i 54 a une émission de testons par la Monnaie de Paris,

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