‹ Mémoire sur les monnaies du règne de François IerChapitre 47 sur 98 · CLO · texte numérisé non relu

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Les Espagnols poussaient alors leurs expéditions dans l'Amérique centrale et dans la Colombie, où l’or était en abondance et où l’imagination des aventuriers supposait des richesses fantastiques. Ils tirèrent de l’or de la Nouvelle-Grenade, surtout depuis l’expédition de 1 534 : environ 2,000 kilogrammes par an. Quand ils se furent rendus maîtres du Pérou, ils en obtinrent d’abord une valeur en or bien supérieure à celle que rendait l’argent (en poids, environ un tiers en or et deux tiers en ai'gent); mais bientôt l’argent, par suite du développement de l’exploitation des mines, l’emporta, et, lorsqu’eut été découverte la mine du Potosi qui, dès les premières années, produisit plus que toutes les autres réunies, l’équilibre des deux métaux fut tout à fait changé. Cette découverte eut lieu en i 545 : l’influence quelle a exercée est postérieure au règne de François I er . Il est à noter cependant que, de i 545 à 1 56 o, la Bolivie paraît avoir fourni comme moyenne annuelle 1 83 ,20a kilogrammes d’argent contre 1,000 kilogrammes d’or.

Le Chili commença à peu près en 1 545 aussi à produire de l’or.

Durant la période 162 1-1 544 , la moyenne annuelle de l’approvisionnement total de l’Europe a été, d’après Sœtbeer, de 90,200 kilogrammes d’argent, soit 2 0,444,000 francs, et de 7,160 kilogrammes d’or, soit 24,662,000 francs: valeur totale en nombre rond (valeur intrinsèque représentée approximativement en monnaie d’argent actuelle] 45 millions de francs. L’augmentation sur la moyenne de la période précédente est de 67p. 100; mais, quand on considère les deux extrémités de la période, 011 voit que la quantité produite en l’année 1 544 a été au moins triple de la quantité produite en l’année 149 3 et que l’argent a pris une place plus large dans l’approvisionnement.

À partir de la troisième période (i 545 -i 56 o)^ 1) , l’argent l’emporta définitivement : il en a été produit en moyenne

Ces périodes sont celles qu’a à l’état du marché des métaux préadoptées Sœtbeer; elles correspondent deux.

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annuelle 311,600 kilogrammes contre 8 , 5 10 kilogrammes d’or, soit en valeur 69,234,000 francs contre 3 0,201,000 francs : total, 99,435,000 francs.

Une addition de 45 millions à la masse des métaux précieux qui se trouvent aujourd’hui à l’état de monnaie dans le monde civilisé n’aurait aucune influence sur la circulation. Les mines y versent actuellement (année 19 02 ) un milliard et demi en or et on ne s aperçoit pas quil y ait fléchissement, dans la valeur commerciale de ce métal; c’est que le versement se fait dans une masse de près d’une soixantaine de milliards de francs (l) . Si l’on ajoutait un litre dans un réservoir large contenant déjà quarante litres, le niveau ne paraîtrait pas changer sensiblement. En admettant, d une part, la supposition — hypothèse qui 11e repose d’ailleurs sur aucune hase statistique — dune masse d un milliard de francs circulant en Europe à l’époque de la découverte de l’Amérique ® et, d’autre part, 1 évaluation de Sœtbeer pour la production annuelle, un supplément annuel d’une quarantaine de millions s ajoutant durant la première moitié du siècle à la masse aurait élevé le niveau dans le réservoir contenant un milliard plus sensiblement que le milliard dans un réservoir qui en contiendrait une soixantaine.

D’autre part, le commerce qui reçoit et emploie la monnaie est un réservoir dont les parois se dilatent a mesure que se développent les échanges. Or, le commerce , quelque progrès qu’il ait fait au temps de François I e ’, n a , \ ait. pas une puissance d’absorption comparable a celle du commerce de notre temps. La demande de métaux précieux quil faisait alors n’augmentait pas assez pour équilibrer I ollre; aussi les prix ont-ils baissé.

W On ne peut pas calculer exactement le stock monétaire du monde.

C'est par approximation que le Directeur des monnaies des Etats-Unis donne 11,620 millions de dollars, soit milliards de Francs, (Voir Rapport du Directeur des monnaies et médailles au Ministre des finances, année 1901, p. xxvn. )

(2) Un milliard est le chiffre que donne hypothétiquement Michel ChevALiER (De la monnaie), milliard qu’il suppose composé de 700 millions en argent et de 3 oo millions en or. D'autres auteurs donnent un chiffre plus lort, d’autres un chiffre plus faible. En réalité , on n'a aucune idée de celle quantité.

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Dans les évaluations précédentes, nous avons exprimé le montant de la production des métaux précieux en monnaie actuelle et par conséquent d’après le rapport de 1 à i 5 1/2 (1 poids d’or pour i 5 1 ji poids d’argent). Or, le rapport était moindre alors, environ 1 à 11. Si nous calculons d’après ce dernier taux, nous trouvons que, dans la période i493-i 620, la valeur de la production annuelle a été en moyenne et en nombre rond de 56 p. 100 en or et de 44 p* 100 en argent, et que celle de la période 162 1-1 544 a été de 47 p- 100 en or et de 53 p. îoo en argent. Donc, vers la lin du règne de François I er , la valeur de la production des mines d’argent avait, pour les contemporains, dépassé la valeur de la production des mines d’or.

1 3 ° Le rapport des deux métaux. — Le rapport légal de la valeur de l’argent à la valeur de l’or avarié plusieurs fois dans les monnaies de François F 1 ' : entre 9.71 et 11.2 3 pour 1. Mais il n’est guère possible de trouver dans ces variations l’indice d’un changement continu et régulier du rapport commercial des deux métaux {l) . C’est dans la seconde moitié du siècle que la différence s’est nettement accusée : ce qui est logique, puisque jusqu’en 1 545 le Nouveau- Monde a fourni à l’Europe à peu près autant de valeur en or qu’en argent et même plus jusqu’en i 5 *io f3) .

Sous François I or , le changement a été plus sensible dans le poids de métal lin que contenait l’unité monétaire, et par suite dans la valeur commerciale de cette unité.

Le rapport n 1 avait pas non plus change sensiblement dans plusieurs autres pays. Soetbeer ( op. cit. , p, i a 4}, et M. Sbaw (op. cit,, p. 5 q) donnent:

Angleterre, en 1627,11 5 /aa ; en 1 55 2 , 11 1/10, — Pays-Bas, en i48g, 1i. 54 ; en 1620, 10,68; en i 54 o, 10*62, — Allemagne, en 1 5 18-1 5 ^ 5 , 11. 38 ;

en i 55 i, 1 1 . 38 ,

t3) C est su rtout vers la fin d u x vi* et a 11 xvir' - siècle que le rapport a changé* En

France",de 1 56 1 à 161 5 , le rapport légal n’a été que pendant quelques mois audessous de 11 (en 1675 et en 1677, 10*99 et 10.87 ) et ne s’est élevé qu’une fois au-dessus de 12 (en 1670, ia,o4)- En 161 5 , il fut fixé à I 2 ,g 4 ; depuis i 63 û, il n 1 est pas descendu au-dessous de i 3 , (N. de Wailly, op, cit., p, 4 o 3 *) — Voir au chapitre VI le tableau chronologique des monnaies et de leur valeur.

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DU RÈGNE DE FRANÇOIS I er .

En effet, au commencement du règne, le poids d’or fin équivalant à la livre tournois dans l’écu d’or était légalement 1 gramme 846 milligrammes; depuis 1619, il n’était plus que i gramme 618 milligrammes. Dans le teston, le poids d’argent lin équivalant à la livre tournois était, au début, j 7 grammes 926 milligrammes de métal lin et, à partir de l’année i543, i 5 grammes 600 milligrammes (1) .

Entre 1 gr. 846 et 17 gr. 926, le rapport est de 1 à 9.71 ; entre 1 gr. 618 et i 5 gr. 600, le rapport est de 1 à 9.87.

Le rapport légal est aujourd’hui en France 1 à 1 5 1/2. De la différence des rapports au temps de François I er et de notre temps, il résulte que la valeur intrinsèque de la livre tournois, au commencement du règne, serait représentée en monnaie d’or par un poids de 6 fr. 36 , et en monnaie d’argent par un poids de 3 fr. 98.

Quant au billon, le titre légal du métal variait trop d’une espèce à l’autre et parait avoir été trop irrégulièrement observé parles monétaires pour que nous cherchions à lui assigner un poids uniforme de métal lin. Cependant, comme nous l’avons dit, ce billon, douzain et denier, était l’unité monétaire courante.

i4°. La suite des variations sous le règne de Henri IL — Quoique l’histoire des monnaies postérieure à 1 547 11 a P' partienne pas à la période que nous étudions, il nous paraît intéressant d’indiquer brièvement ce que devint le système monétaire après la mort de François I er .

Pour exprimer la. quantité de métal fin contenu dans la livre tournois, Natalis de Wailly a employé une autre méthode consistant a combiner le cours légal de l’or et celui de l'argent et a traduire le résultat en monnaie française actuelle. Il a trouvé, pour valeur de la livré tournois, 5 fr* 178 en i 5 i 3 , et 4 fr* 2^4 en 1 543 *Cette combinaison a été critiquée, notamment par M* le vicomte d’Àvenel, qui a préféré calculer

la valeur de la livre tournois d'après la monnaie d'argent, parce que c'était elle qui, vraisemblablement, servait alors de régulateur des valeurs dans le commerce* On voit que les trois modes d’évaluation, par l'or, par l'argent ou par les deux métaux combinés, conduisent chacun à des résultats très différents. (Voir au chapitre VI le tableau chronologique des monnaies et de leur valeur* Nous y donnons F évaluation de Natalis de Wailly*)

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