‹ Mémoire sur les mouvements du cœurChapitre 19 sur 43 · DE LA DILATATION VENTRICULAIRE · texte numérisé non relu

DE LA DILATATION VENTRICULAIRE

Ce qui caractérise surtout la doctrine exposée dans le précédent article , c'est la dilatation présystolique. Elle est susceptible d'être démontrée encore par une autre voie que celle que nous avons dû suivre d'abord; puis, la force qui la produit a besoin d'être définie. Cela forme le sujet de ce deuxième article.

J'y mettrai en œuvre la méthode employée dans le premier. Considérant la vérité comme une force qui se développe et se dépouille en passant au creuset des intelligences diverses, je tâcherai de la saisir dans ses origines, et je reproduirai les formules les plus remarquables sous lesquelles elle a été énoncée dans les diverses écoles. Appuyé sur cette base, j'offrirai mon propre tribut : critique , observations et doctrine.

Les anciens se sont déjà demandé si la dilatation du cœur est opérée par le sang qui y arrive, ou si elle est due à des forces inhérentes au cœur lui-même? en d'autres termes, et pour nous servir du langage de l'école, si elle est passive ou active ?

En réponse à cette question, Galien avait fait la remarque, renouvelée plus tard par Langrish * que, comme le cœur se dilate pour recevoir le sang, la dilatation doit être antérieure à l'entrée du fluide, et par conséquent ne saurait en dépendre.

A l'époque de la restauration des sciences anatomiques, Vésale, comme on

1 Lection the third on musculur motion. Philos. Transact., vol. 44, p. 2.

a vu dans l'article précédent, se prononça franchement en faveur de la dilatation active, dont il a en outre expliqué le mécanisme; après lui, celte opinion fut soutenue par Pechlin, Claude Perrault, Hamberger.

Elle fut combattue par Harvey, Lower, Haies, Haller. Harvey croyait que la force avec laquelle les oreillettes se contractent suffit pour pousser le sang dans les ventricules et, par conséquent, pour forcer la dilatation de ces derniers. Haies, de son côté, a cherché à démontrer que la force développée par les ventricules suffît non-seulement à pousser le sang à travers le système artériel, mais encore à le faire revenir par les veines, et qu'il s'ajoute à cette force encore l'élasticité des parois artérielles. C'est la démonstration qu'affectionnent aussi les iatro-mécaniciens modernes, en y ajoutant que l'action du cœur comme pompe aspirante est une hypothèse gratuite, qu'une saine physiologie doit jeter sur bord.

Cependant la dilatation active a été de nouveau enseignée, au commencement de ce siècle, par Bichat, Charles- Louis Dumas et leurs disciples. Laennec, tout en la qualifiant d'hypothèse, l'admet pourtant positivement, et son élève Marc d'Espine va jusqu'à en faire dépendre le second bruit du cœur.

Repoussée de nouveau par presque tous les physiologistes de l'époque actuelle, à la suite de Legallois, je ne trouve plus que M. Cruveilhier, qui s'en déclare partisan. « Il semble, » dit-il ', « que la contraction et la dilatation des ventricules et celles des oreillettes résultent de deux forces opposées, toujours actives, qui l'emportent alternativement et comme nécessairement l'une sur l'autre dans un ordre invariable; à la manière des deux mouvements alternes d'un pendule ou d'un balancier parfaitement équilibré. »

Je n'ai pas besoin de dire qu'ainsi entendue, je devrais moi-même combattre la dilatation active. En général, les objections produites par Harvey, Haies, Haller, Legallois, Volkmann, etc., sont justes, et les physiologistes ont bien raison de repousser la dilatation active aussi longtemps qu'on la fait coïncider avec la diastole, comme cela a eu toujours lieu, si nous faisons abstraction du seul Vésale, dont on ne s'explique pas que la doctrine ait pu tomber dans un oubli complet et prolongé jusqu'à ce jour.

1 Traité d'Anatomit descript., t. II, p. 532.

Pour nous, comme pour Vésale, il s'agit d'une dilatation active distincte de la diastole et précédant immédiatement la systole.

Pour la démontrer, nous devons en premier lieu mettre en avant un fait qui lui-même a une histoire indépendante assez considérable, et qui a besoin d'être étayé d'une foule de raisons critiques et expérimentales : je veux parler de l'aspiration du cœur. Son étude prendra la première place dans notre argumentation ; nous traiterons comme secondaires toutes les autres preuves alléguées ou à alléguer , et nous terminerons cet article par la démonstration de la force qui produit la dilatation active présystolique.

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