IL— DE QUELQUES AUTRES PREUVES DE LA DILATATION ACTIVE
Prouver l'aspiration cardiaque, c'est démontrer l'activité de la dilatation. Je n'aurais donc, à la rigueur, plus besoin de produire d'autres preuves. Cependant, comme c'est aux arguments subsidiaires plus souvent qu'à l'argument principal qu'ont répondu les adversaires de la dilatation active, il sera utile
1 Expériences sur l'Asphyxie, dans Anat. Phys. and Path. Researches , chap. 3. 1 Mêm. de l'Acad. de Méd. de Belgique, t. II, p. 604.
de faire apprécier de nouveau ceux-là. J'y joindrai quelques considérations propres à faire ressortir l'appui que la doctrine peut puiser dans notre théorie des mouvements du cœur.
I. Bichat, Dumas, Arnold et d'autres, ont fait remarquer que le cœur mort est loin d'avoir les dimensions du cœur vivant à l'état de dilatation. Le fait est vrai , mais les adversaires de la dilatation active l'expliquent par la relaxation que les fibres musculaires n'éprouveraient que sur le vivant, et par le retrait du sang qui , pendant la vie , donne du volume aux vaisseaux cardiaques et à leurs ramifications. Quoi qu'il eh soit, il est certain que l'état dans lequel le cœur se trouve après la mort, qu'il y ait raideur cadavérique ou non, diffère sensiblement de l'état de diastole et de présystole sur le vivant.
II. On a dit que la dilatation a lieu n'importe s'il arrive du sang au cœur ou non ; qu'elle a lieu dans le cœur extrait de la poitrine et séparé des troncs vasculaires ; tout le monde a vu le fait sur le cœur de la grenouille ; il est plus rare chez les animaux à sang chaud. Cependant, je me suis assuré que , chez le veau et chez l'oie, souvent, après un repos plus ou moins long, les parois ventriculaires se soulèvent, s'étendent brusquement, et que cette expansion est suivie immédiatement et invariablement d'une contraction.
Quand on excite les contractions par le galvanisme, elles sont également toujours précédées d'une brusque expansion. Ce fait avait été signalé déjà par Wedemeyer *.
Cartwright2 a fait une incision dans l'oreillette; le sang s'écoula dans la poitrine, et le ventricule n'en opéra pas moins plusieurs dilatations ensuite.
III. De tous les arguments, le plus ancien et celui qui est invoqué le plus souvent, constitue une espèce de démonstration directe : c'est la force avec laquelle la dilatation triomphe d'un obstacle mécanique qu'on essaie de lui opposer.
Pechlin 5 avait le premier remarqué le fait sur le cœur du requin. Laennec l'a confirmé 4, en disant que la dilatation est assez énergique pour qu'on ne
* Untersuchungen , etc., p. 65, note.
2 Lancet, 1852, nov. et déc. , et Monthly Journ. of med. se, 1854, vol. IX, p. 189.
3 Diss. de fabrica et usu cordis. Rilon., 1676. Réimprimé dans Haller , Diss. Anatom. , vol. II, p. 517.
4 Traité d' Auscultât, mèd., 4e édit., t. III, p. 56.
puisse pas l'empêcher. Magendie, à son tour, a signalé l'énergie toute> particulière avec laquelle la dilatation s'effectue ', et Charles Williams, cet observateur si exact, a vu qu'elle se faisait, chez les ânes et les veaux , avec une telle force, qu'elle ouvrait la main qui serrait le ventricule 2. M. Cruveilhier, en rapportant ce qu'il avait observé chez l'enfant atteint d'eclopie du cœur, dit que l'on ne se fait pas d'idée de la force avec laquelle la dilatation triomphe de la pression exercée sur cet organe. La main serrée sur le cœur est ouverte avec violence par la diastole3. Enfin, selon Mayo, si l'on prend dans la main même le ventricule vide du cœur excisé de la tortue , on sent encore qu'il se dilate avec force *.
Aucun de ces observateurs ni des autres que je pourrais citer encore, n'a essayé de bien préciser le moment où cette dilatation énergique a lieu ; tous étaient persuadés qu'elle coïncidait avec la diastole.
Rien n'est plus facile cependant que de s'assurer qu'elle correspond au commencement de la systole dans le sens reçu, ou à notre présystole : en prenant en mains un cœur d'oie, de chien, de lapin ou de chèvre, on distingue trèsbien qu'un état de flaccidité succède à chaque systole, et la sépare de ce choc qu'on ressent au début de la systole suivante.
Parmi ceux qui combattent la dilatation active , plusieurs semblent cependant avoir reconnu que le mouvement signalé par Pechlin correspond à la systole plutôt qu'à la diastole. De là est née cette opinion embarrassante que le cœur, en se contractant, augmenterait de volume. On a vu plus haut que c'était l'avis du Comité de Londres et celui de Ruerschner. Jean-François Vaust, en contrôlant une expérience de Bichat, a plongé le doigt d'une main dans l'intérieur du cœur, pendant que de l'autre il étreignait l'organe à l'extérieur. Comme son doigt était serré au même moment où la main sentait l'effort du cœur pour l'écarter, il en concluait que, pendant la systole, il y avait augmentation dans le sens de l'épaisseur 5.
1 Précis élém. de Physiologie, 4e édit. Bruxelles, 1854, p. 256. — Magendie considérait même cette dilatation comme la cause du second bruit.
* Rational exposition of the physical signs, etc.,trad. allem. parVelten. Bonn, 1858, p. 193. 5 Traité d'Anatomie descript., t. H, p. 533.
4 Outlines of Human Physiology, 4e édit. London, 1837, p. 42.
5 Diss. iriàug. de structura et motibus cordis. Leodii, 1819, p. 22.
D'autres observateurs croyaient que le phénomène pouvait être produit uniquement par l'augmentation du diamètre antéro-postérieur 1.
L'expérience d'Oesterreicher 2 que J. Millier, entre autres, considérait comme péremptoire contre la dilatation active 5 , perd elle-même , on en conviendra , de sa valeur , puisqu'elle prouve seulement que l'effort du cœur a lieu pendant la systole et non pendant la diastole, ou, pour parler plus exactement, pendant la période d'activité et non pendant celle du repos. Oesterreicher a vu le cœur d'un jeune chien qui pesait à peine une demi-livre, soulever un poids de six livres et demie. Quand il chargeait un cœur de grenouille d'un poids suffisant pour l'aplatir , et assez petit pour permettre d'observer les mouvements, il constatait alors que ce poids n'était soulevé que pendant la systole et non pendant la diastole. C'est ce que nous avons vu aussi en renouvelant l'expérience; mais, je le répète, la dilatation pour nous est précisément un phénomène systolique dans le sens ordinaire du mot.
IV. Aux anciens arguments j'en voudrais ajouter un nouveau; mais il a été suffisamment développé dans notre premier article.
C'est l'ensemble des faits qui nous ont déterminé à établir la présystole ; c'est la circonstance que le sang n'arrive pas aux ventricules au commencement de la diastole , mais à la fin de ce temps ; c'est enfin l'apparence d'un mouvement brusque de dilatation , bien distinct de la simple relaxation , le mouvement qui précède immédiatement la systole proprement dite 4.