III. — DU MÉCANISME DE LA DILATATION PRÉSYSTOLIQUE
D'après tout ce qui précède , il semblerait qu'il n'est guère permis de douter encore de l'aspiration cardiaque et, par conséquent, de la dilatation active;
1 Cette opinion a été émise en premier lieu par Arnold (Lehrbuch der Physiologie des Menschen. Zurich, 1842, t. 1, p. 507.)
2 Lehrevom Kreislauf des Blutes. Niïrnberg, 1826, p. 33.
3 Handbuch der Physiologie des Menschen, 3" édit. Coblenz, 1858, t. I, p. 175.
4 La plupart des observateurs ont vu ce mouvement, sans y attacher dans leurs écrits l'importance qu'il mérite; c'est ainsi que Hope lui-même, par exemple, tout en se déclarant pour la dilatation passive, dit, en rendant compte de ses expériences sur des lapins , que « le ventricule se souleva brusquement, et non par extension passive. » (Treatise on the diseuses of the Heart, etc., trad. allem. de Becker, p. 11.)
Et pourtant, je l'ai déjà reconnu, la majorité des physiologistes a toujours penché vers la négative, et aujourd'hui encore, en soutenant celte doctrine, je m'attends à rencontrer chez beaucoup un sourire d'incrédulité. Comment expliquer cette opposition?
Pour le plus grand nombre, elle a sa source, j'en suis convaincu, dans une préoccupation théorique. Ils craignent d'être obligés d'admettre en même temps la doctrine de l'élongalion active de la fibre musculaire. Les autres ne se doutent pas qu'il puisse y être question d'autre chose que de la relaxation diastolique dont le caractère passif est incontestable.
L'élongation active de la fibre musculaire a été enseignée par Bichat et par Dumas de Montpellier. Ce dernier condamna même expressément l'hypothèse de Perrault et de Hamberger , d'après laquelle des fibres musculaires spéciales seraient chargées d'opérer la dilatation. Selon lui, les mêmes fibres exécutent leurs oscillations non-seulement des extrémités au centre, mais encore du centre aux extrémités *. D'autres ont même pensé que, dans le cœur, la force d'élongation des fibres était plus grande que leur force de contraction. Cependant, parmi les physiologistes marquants de l'époque, je n'en connais qu'un seul qui soit encore disposé à admettre cette élongation , c'est William Carpenter 2. Pour ce qui regarde ma propre manière de voir, le fait dont il s'agit me semble tellement contraire à tout ce que l'étude approfondie des propriétés de la fibre musculaire en général nous a appris, qu'il serait oiseux de m'arrêter ici à sa réfutation, au point de vue particulier des fonctions du cœur.
Il n'y a, à mon avis, à discuter sérieusement que sur les trois doctrines suivantes : celle qui voit dans la dilatation des ventricules un effet de leur élasticité ; celle qui l'attribue à une turgescence vasculaire ; et une troisième qui l'explique par la contraction de fibres musculaires différentes de celles qui resserrent les ventricules.
Il y aurait bien encore une quatrième doctrine, celle de M. Chauveau3;
1 Principes de Physiologie. Paris, 1800, t. III, p. 256.
! Il déclare ne pas être éloigné d'admettre, outre l'élasticité, une force active d'élongation, opposée à la force de contraction. Principles of Human Physiology , 4e édit. London , 1853, p. 478.
r' Gazette méd. de Paris, 1858, n° 57 et 58.