Tome XXXIII
mais sans vouloir .manquer à l'estime que je fais des travaux de ce jeune physiologiste, je ne crains pas de dire qu'elle ne me semble pas destinée à se créer beaucoup de partisans. Là voici du reste :
M. Chauveau, comme on l'a vu plus haut, non-seulement admet la succion ventriculaire , mais il lui fait jouer un rôle des plus efficaces ; et pourtant il ne lui reconnaît pas pour cause l'activité de la dilatation ; il croit même ne pas devoir admettre comme telle l'élasticité des parois. Selon lui , les parties qui enveloppent le cœur, à savoir : les poumons, le diaphragme et même les parois thoraciques, éloignées de leur position d'équilibre par la systole, tendent à revenir à cette position, et tirent à leur tour en sens inverse, c'està-dire excentriquement, sur les parois de la masse ventriculaire, dont les cavités se dilatent ainsi et opèrent la succion.
Le seul fait que les mouvements du cœur continuent et se succèdent même encore dans l'ordre normal, après l'ouverture du thorax, suffit pour faire écarter l'opinion de M. Chauveau.
L' élasticité des parois ventriculaires. — Cette propriété a été donnée comme cause de la dilatation par Magendie, Hope, J. Reid , Weyrich , Cartwright, Donders et par d'autres encore. Il est inutile de rappeler qu'elle est ce qu'on appelle communément la relaxation; et pour l'usage que nous avons à en faire ici , nous pouvons la considérer aussi comme identique avec la tonicité musculaire des auteurs.
Il est incontestable que la contraction des parois musculaires du cœur est suivie d'une relaxation , et que leur seule élasticité suffit à les tenir moins serrées les unes contre les autres pendant la diastole. On ne peut pas nier non plus que si la valvule auriculo-ventriculaire était abaissée pendant ce temps , une certaine quantité de sang pourrait passer de l'oreillette dans le ventricule, ainsi qu'on l'admet communément comme règle ; mais il est évident que cette élasticité même s'opposera à ce que la dilatation excède certaines limites trèsrestreintes; sous son influence exclusive, les ventricules ne pourront pas devenir plus larges que nous les trouvons sur le cadavre récent.
Bruecke, qui est si compétent dans une question de cette nature, dit positivement que l'élasticité des parois ventriculaires n'est que d'une importance secondaire ; selon lui , la pesanteur de la masse musculaire fait presque équi-
libre à la force avec laquelle elle tend à revenir à l'état diastolique '.
Pour nous qui considérons la dilatation comme présystolique , la doctrine de l'élasticité cesse absolument d'être applicable; nous en admettons les effets, quoique dans une étendue de beaucoup inférieure à celle qu'elle devrait avoir si toute l'aspiration cardiaque en dépendait; mais ces effets opèrent la diastole, et restent entièrement étrangers à la présystole.
La turgescence vasculaire. — On connaît les incidents de la discussion qui a divisé deux célèbres professeurs de l'université de Vienne, au sujet du rôle que les artères cardiaques joueraient dans la dilatation du cœur; mais on sera généralement surpris d'apprendre que la doctrine soutenue par Bruecke a été formulée déjà, en 1819, parmi jeune docteur de l'université de Liège. En effet, Jean-François Vaust, dans sa thèse 2, fait la remarque que les artères cardiaques ne peuvent se remplir pendant la systole : d'abord parce qu'elles sont comprimées par la substance musculaire qui les entoure ; ensuite parce que, dans ce moment, les valvules sigmoïdes recouvrent leur orifice. Il croit, par conséquent, que le sang n'entre dans ces artères que pendant la diastole, quand les fibres musculaires sont relâchées et les valvules sigmoïdes fermées. Plus tard , Charles Williams ?, qui ne semble pas avoir eu connaissance des idées de Vaust, a affirmé le premier que la réplétion des artères coronaires, ne pouvant se faire qu'après la contraction des ventricules, doit contribuer pour quelque chose à la dilatation de ces cavités.
Bruecke a publié ses idées en 1 854 , dans la forme suivante : « Les valvules sigmoïdes,» dit-il4, « ouvertes pendant la systole , recouvrent parfaitement les orifices des artères coronaires ; aucune portion de sang ne pourrait donc y pénétrer; mais à la fin de la systole les valvules s'abaissent, le sang entre brusquement dans les artères en question, et restitue ainsi la forme diastolique aux parois du cœur. 11 est même probable, ajoute-t-il, qu'en outre, les muscles
1 Bulletins de l'Académie de Vienne. Classe physico-mathém., t. XIV, p. 545.
i Jean-François Vaust a été le premier prosecteur de l'université de Liège. Sa dissertation inaugurale (De structura et molibus cordis. Leodii, 1819, p. 14) mérite d'être préservée de l'oubli; outre les remarques citées dans le texte, elle contient des observations ingénieuses sur la circulation dans les veines cardiaques, qui complètent la théorie.
3 Rational exposition, etc., trad. par Velten, p. 193.
4 Sitzungsberichte der Wiener Akademie. Math, naturw. Classe, t. XIV, p. 345.
papillaires, gonflés fortement par la réplétion de leurs vaisseaux artériels, doivent à cette circonstance de pouvoir régler les mouvements des valvules auriculo-ventriculaires , lors de la diastole. »
Cette doctrine a rencontré un puissant adversaire au sein même de l'Académie à laquelle elle fut présentée *. Cela ne Ta pas empêchée cependant de se concilier les suffrages d'hommes tels que Brown-Sequard et Donders , qui compare le phénomène à l'expansion et au redressement des villosités intestinales ayant également lieu, après chaque contraction, sous l'influence de la pression du sang 2.
Il a été démontré cependant par C. Fr. Endemann3, à l'aide d'expériences dirigées par Fick , que les artères coronaires se remplissent pendant la systole. Panum 4 est arrivé au même résultat en employant la section du nerf pneumogastrique pour obtenir la persistance de la systole. Enfin, Ruedinger5 a définitivement démontré que les valvules sigmoïdes ne s'appliquent point aux orifices artériels coronaires.
Je dois avouer, pour ma part, que toute cette discussion m'a étonné dès le début ; car j'avais plusieurs fois constaté, à la vue et au toucher, que le pouls des artères cardiaques est isochrone avec celui de l'aorte. Je ne m'y serais même pas arrêté ici, sans la considération de la valeur des hommes qui sont descendus dans l'arène, et sans la nécessité de déblayer le terrain. Au reste, la théorie de Ch. Williams et de Bruecke serait-elle vraie, elle ne s'appliquerait qu'à une dilatation diastolique , et non pas à celle dont nous cherchons à découvrir le mécanisme.
La contraction musculaire. — Vésale expliqua déjà la dilatation par la présence de fibres musculaires antagonistes de celles qui opèrent le resser-
1 La réponse de Hyrtl se trouve dans le même volume des Bulletins de l'Acad. de Vienne p. 373. Bruecke a répliqué ensuite dans une brochure intitulée : Verschluss der Kranzschlagadern durch die Aorten- Klappen , Wien, 1855, et la duplique de Hyrtl a pour titre : Ueber die Selbststeuerung des Herzens. Wien, 1855.
2 Donders , Physiologie, trad. allem. de Theile. Leipzig, 4856, t. I, p. 41. 5 Beitraege zur Mechanik des Kreislaafes im Herzen. Diss. Marburg, 1856.
* Ueber den Einfluss der Nerven aufdie Herzbewegung, in SchmidtsJahrb. d. Mediz, 1. 100, p. 156.
s Zur Mechanik der Aorten-und Herz-Klappen. Erlangen, 1859, p. 16. — Voyez aussi Froriep's Notizen. 1858, II, n° 2, et Mierswa in Deutsche Klinik. 1859, n° 19.
renient. « Porro cordis dilalationern, » dit-il 1 , « quae mucronis ipsius ad basis centrum est attractio , et omnium laterum cordis distentio,RECTAEEFFic\um fibrae, mucro?iem versus basin contrahentes. Quod sane ita perficitur , ac si vimineo circulo orbiculatim eademque série complurimas juncorum scirporumve radiées connecteres , et mucronibus illorum simul collectis, velut pyramidem quandam efformares, ac demum funiculum ex illius verlicis medio per circxdi centrum dimitleres, quo deorsum tracto , pyramis brevior,
intusque multo capacior redderetur Transversarum autem seu circula-
rium fibrarum actionem ad aliquid referre, facilius videtur. Hae enim cordis contractioni in primis praesunt, quae mucronis ipsius a basi est discessus, et quaedam cordis productio. »
Après que Harvey eut combattu cette manière de voir 2, il n'en a plus été question jusqu'au deuxième quart du siècle dernier, où Claude Perrault 3 et Auguste Scharschmidt l'ont reprise.
Malgré sa longueur, je ne puis m'empêcher de citer textuellement un extrait de la dissertation de ce dernier :
« Duplex autem fibrarum , » dit-il 4, « inter se cohaerentium slratum duplicem quoque exercit effectum, ut videmus in oesophago, venir icido Moque intestinorum canale. Praeditae enim sunt istae partes fîbris tam longitudinalibus, qùam circularibus : hae diametrum coarclando , illae coarctationem tollendo, partemque quoad longiludinem breviorem reddendo. Id enim nos docent physiologi omnes , fibras longitudinales in parte intus cavitate donata , sub actione partem abbreviare, cavitatem vero secundum latiludinem ampliare, id est latera ab invicem separare ; circulares seu transversales vero in actione constitutas arctare cavitatem, partis autem ipsius longiludinem augere. »
La même opinion a été soutenue plus lard par Samuel Scharschmidt 5, et l'histoire de la médecine gardera le souvenir de la discussion que le grand Haller a soutenue à ce sujet avec le célèbre professeur de Jena , G. Ehrh. Ham-
1 De corporis humani fabrica. Venetiis, 1568, p. 433.
2 De motu cordis, éd. Lugdun. Batav., p. 27. 5 Essay.s de Physique, t. III (selon Haller).
* Aug. Scharschmidt (praes. H. Schulze) Diss. de nonnullis ad motum cordis perlinentibus. Halle, 1730, p. 8.
5 Physiologie. Berlin, 1751 , cap. 12, g 8.
berger i. Depuis cette discussion, dans laquelle l'autorité personnelle de Haller a exercé trop d'ascendant, personne n'a plus osé renouveler l'opinion de Vésale, de Scharschmidt et de Hamberger. Ce n'est que chez Laennec que j'en trouve comme une réminiscence; car il dit qu'on doit supposer que le même faisceau musculaire ne sert pas à la dilatation et à la contraction 2.
Dans les pages suivantes, je m'efforcerai de remettre en vigueur la doctrine de Vésale. Comme lui, je dirai que le cœur possède, dans ses parois, des fibres musculaires qui, dirigées en sens opposé, doivent être considérées comme antagonistes. Les unes sont communes aux deux cœurs et s'approchent de la direction longitudinale ; les autres sont propres à chaque ventricule et plus ou moins transversales. Les premières , à ce que je pense, se contractent pendant la présystole , et opèrent la dilatation des ventricules; les secondes, pendant la systole, en resserrant les mêmes compartiments.
Pour appuyer cette manière de voir , qu'il me soit permis de rappeler en quelques traits généraux la disposition anatomique des fibres du cœur.
Disposition des fibres musculaires du cœur. — Selon une formule heureuse , donnée par M. Cruveilhier 3 : « Le cœur ventriculaire est formé de deux sacs musculeux contenus dans un troisième, commun aux deux ventricules. Les fibres communes ou superficielles, parvenues à la pointe du cœur, se retroussent en quelque sorte, pour pénétrer dans l'intérieur des ventricules par cette pointe, et constituer les fibres profondes de ces deux ventricules, de telle manière que les fibres propres de chaque ventricule se trouvent situées entre la portion directe et la portion réfléchie des fibres communes. »
Les fibres communes superficielles descendent obliquement de la base du cœur, en se dirigeant vers la pointe à la manière d'une spirale assez ouverte.
1 Physiologia medica. Jenae, 1751, § 81. Diss. qua ostend. diaslolen cordis a sanguine venoso non perftcieri, n° 39 (selon Haller, Elem. Physiol., édit. Lausann., I, p. 586).
2 Traité de l'Auscult. mèd., 4me édit., t. III, p. 56. — Ceci était écrit lorsque j'ai reçu un mémoire de H.-M. Cohen, intitulé : Die Myodynamik der Herzens (Berlin, 1859), dans lequel l'antagonisme et l'alternance des fibres soi-disant longitudinales et transversales du cœur et des vaisseaux est soutenu de nouveau. Cet auteur, cependant, confond avec presque tous les physiologistes de l'époque, la dilatation avec la diastole. Ses idées sont donc réfutées d'avance par Haller et ses successeurs.
3 Traité d'Anatomie descriptive. Paris, 1845, t. II, p. 520.
Ce sont elles qu'on a désignées tant de fois sous le nom de filtres longitudinales; elles sont Xanaloguc des fibres longitudinales des autres muscles de la vie organique, qu'on trouve dans l'œsophage, les intestins, la vessie et l'utérus; comparées aux fibres propres, elles se rapprochent, il est vrai, beaucoup plus que ces dernières, de la direction longitudinale; mais, exactement, elles sont obliques de droite à gauche.
A la pointe du cœur, les fibres communes superficielles, destinées à la paroi antérieure , et celles qui se rendent à la paroi postérieure , restent distinctes sous la forme de deux faisceaux ou nulles. Ces deux nattes, selon la description de M. Cruveilhier, se contournent réciproquement, en formant une demispire, de telle manière que la nalte antérieure qui est embrassée à gauche par la nalte postérieure, embrasse à droite cette dernière. A partir de ce point, continue M. Cruveilhier, les fibres, de descendantes qu'elles étaient, deviennent ascendantes, de superficielles deviennent profondes; elles entrent dans le cœur par la pointe, et continuent à se réfléchir de bas en haut, pour former le plan profond ou la couche interne des fibres musculaires du cœur.
Les fibres réfléchies, ou du plan profond, toujours d'après M. Cruveilhier, dont la description me paraît à la fois la plus claire et la plus vraie, présentent trois modes de disposition bien distincts : les unes forment des anses simples avec la portion directe ; d'autres forment des pas-de-vis ou des 8 de chiffre ; d'autres forment les colonnes charnues.
1. Les fibres à anses appartiennent par leur moitié directe et par leur moitié réfléchie à des parois opposées des ventricules, de telle sorte que les fibres superficielles de la paroi antérieure vont constituer, par leur partie réfléchie, la couche profonde de la paroi postérieure, et vice versa. On remarquera ce que cette disposition a d'avantageux pour l'écarlement des parois.
2. Les fibres en pas-de-vis ou en 8 de chiffre, se contournent après leur réflexion , de façon que leur moitié profonde appartient à la même paroi que la moitié superficielle 1.
3. Les colonnes charnues sont assez connues pour que nous n'ayons pas besoin de rappeler à leur égard aucun détail.
1 Ces fibres, décrites et figurées en premier lieu par Lower, sont-elles différentes de celles que Ludwig désigne sous le nom de Achtertouren?
Les fibres propres sont placées dans l'épaisseur des parois ventriculaires, entre la partie directe et la partie réfléchie des fibres communes; elles constituent une couche dont l'épaisseur est surtout considérable au ventricule gauche. Elles prennent leur origine à l'anneau fibro-cartilagineux veineux, et sont dirigées circulai rement ou transversalement, en se croisant avec les fibres communes. Ludwig a démontré que chaque anse fait deux tours et constitue ainsi un 8 de chiffre plus parfait que celui de certaines fibres communes '. Entre les fibres propres et la couche superficielle des fibres communes, il est interposé une lame de tissu conjonctif ; mais ce tissu manque presque complètement dans Yintérieur des couches musculaires tant communes que propres 9.
Antagonisme des muscles du cœur. — Ainsi, deux espèces de fibres composent la masse musculaire des ventricules : les fibres communes et les fibres propres; ces deux espèces de fibres suivent une direction opposée; elles sont séparées l'une de l'autre par une couche de tissu conjonctif, d'un côté du moins. Y a-t-il témérité de croire qu'elles se trouvent l'une à l'égard de l'autre dans un rapport semblable à celui qui existe dans tous les autres muscles de la vie organique , entre les fibres longitudinales et les fibres circulaires? L'hypothèse sera-t-elle taxée de gratuite, qui, d'une similitude constatée de structure conclut à une analogie de fonction, ou mieux encore, qui ne fait qu'appliquer au cœur une loi régissant tous les autres muscles de la vie organique : la loi qui s'appelle antagonisme et alternance?
L'iris de l'œil , par exemple , possède des fibres circulaires et des fibres longitudinales ; les premières resserrent et les secondes dilatent la pupille 5.
Le mécanisme du troisième temps de la déglutition ne se comprend que par des contractions alternatives progressant de point en point , des fibres externes ou longitudinales et des fibres internes ou circulaires de l'œsophage.
1 Zeitschr. f. ration. Med., t. VII, p. 189.
1 Voyez Searle, in Todd's Cyclopaedia, vol. II, p. 619.
3 Pour démontrer la dilatation active de la pupille, Wedemeyer s'est déjà servi du fait que, sur le cadavre, la pupille n'est jamais aussi dilatée qu'elle l'est sous l'influence de l'hyoscyamine , par exemple, sur le vivant. — Untersnchnngen ueber den Kreislauf des Bluts. Hannover, 1828, p. 65, note.
Celles-là dilatent la portion du canal qui se trouve immédiatement devant le bol alimentaire, et celles-ci le poussent ensuite dans la portion dilatée.
Il me paraît que tout mouvement périslallique , celui des intestins comme celui des canaux excréteurs, suit ce mécanisme1 qui est plus manifeste encore dans le rectum. L'antagonisme entre les fibres longitudinales et les fibres circulaires n'est ici ignoré de personne.
Le même antagonisme existe entre les fibres longitudinales de la vessie et les fibres circulaires qui constituent le sphincter de ce réservoir. Enfin , je crois n'avoir pas besoin de décrire, au point de vue qui nous occupe, le mécanisme de l'accouchement, pour faire voir que, dans l'utérus aussi, il y a antagonisme entre les fibres longitudinales et les fibres circulaires, et alternance dans leur contraction -.
Je crois donc que, dans le cœur aussi, les deux espèces de fibres, que nous considérons comme antagonistes, ne se contractent pas simultanément, mais alternent régulièrement dans leur action, de manière que les unes sont relâchées quand les autres sont contractées. Je crois que les fibres communes opèrent la dilatation présystolique, et que le resserrement syslolique est dû à l'action subséquente des fibres propres des ventricules. Pendant la diastole, les deux espèces de fibres se trouvent à l'état de repos.
Mécanisme de la dilatation. —Pour faire comprendre ce mécanisme, rappelons d'abord qu'au temps de la diastole la cavité ventriculaire est vide , ou presque vide; qu'elle est effacée, et que la paroi antérieure et la paroi postérieure sont appliquées l'une à l'autre.
Les fibres communes, les premières appelées à l'activité , sont des anses ou des arcs, prenant leur point fixe aux anneaux fibro-cartilagineux qui entourent les orifices veineux et artériels, et ayant leur point de résistance d'une part au tourbillon de la pointe du cœur, et de l'autre sur toute l'étendue de la paroi antérieure et de la paroi postérieure. Ici, la masse des fibres propres,
1 Dans mon cours de physiologie, j'ai exposé ce mécanisme avec détails. J'ai donné cette définition du mouvement péristaltiqve en général : qu'il est « un mouvement progressant de point en point, le long d'un canal, et consistant sur chaque point en une dilatation suivie de contraction. »
- Cohen, dans le mémoire cité plus haut, insiste également sur l'analogie des autres muscles organiques; il cite spécialement le mouvement péristaltique des intestins (/. c, p. 49). Tome XXXIIL H
inactives en ce moment et abandonnées à leur élasticité, est comprimée entre la couche superficielle et la couche profonde des fibres communes, et gagne ainsi une certaine roideur.
Par la contraction des fibres communes la pointe est relevée vers la base, et les parois s'écartent l'une de l'autre; en d'autres termes, la cavité ventriculaire se reforme et, au fur et à mesure qu'elle s'agrandit, elle aspire une quantité de plus en plus grande du sang des oreillettes. Le ventricule se remplit, se raccourcit et s'élargit.
Les fibres communes sont dirigées obliquement delà base à la pointe, dans le sens d'une spirale très-ouverte; par leur contraction l'axe de la spirale se raccourcit, par conséquent, la courbure devient plus grande; en d'autres termes, l'espace qu'elles circonscrivent s'élargit. Il s'ajoute à cela que la majeure partie des anses communes ont leur portion réfléchie engagée non dans la même paroi que la portion directe , mais dans la paroi opposée. Cette circonstance, ainsi que la courbure en 8 de chiffre des autres fibres qui continuent de faire partie de leur paroi d'origine, contribuent également à opérer l'ouverture des ventricules et leur dilatation.
Pour se rendre sensible le mécanisme de la dilatation, on pourra prendre une ventouse en caoutchouc vulcanisé, pourvue d'un anneau rigide. Les effets que produit l'élasticité dans cet appareil, appartiennent, dans le cœur, à la contraction musculaire. Les doigts qui compriment la ventouse et effacent sa cavité représentent les fibres circulaires ou propres du cœur, et la paroi élastique représente les fibres communes.
Ou l'on pourra attacher deux ressorts de montre à un anneau rigide, de façon à imiter la disposition des fibres communes , c'est-à-dire que la partie directe de l'arc qu'on leur fait décrire soit fixée sur un point de l'anneau, et la partie réfléchie sur un point opposé , et qu'on réunisse le sommet de la courbure des deux arcs par un fil serré; on aura alors une excellente démonstration de l'utilité de cette disposition des fibres communes , en vue de la dilatation des ventricules.
Enfin, ce qui sera plus simple, on pourra joindre les deux mains par leur face palmaire, en laissant agir d'abord les seuls muscles extenseurs des doigts. Si les muscles extenseurs et fléchisseurs agissent à la fois, on ne parvient pas
à fermer la main ; mais relâchez les muscles extenseurs et laissez jouer les fléchisseurs seuls, alors les extrémités des doigts resteront seules serrées les unes contre les autres, et il s'ouvrira entre les deux mains un espace dont Tétendue sera en raison du degré de flexion des doigts. L'extrémité des doigts nous représente la pointe du cœur; les muscles fléchisseurs sont les fibres communes ou dilatatrices, et les muscles extenseurs sont les fibres propres ou contrac.tr ices. Les os, en tant que corps rigides, sont représentés dans le cœur par la couche de fibres musculaires inertes, qui, au moment de l'action des autres fibres, est abandonnée seulement à son élasticité.
Rides transversales sysloliques. — Tous ceux qui ont observé le cœur nu signalent la formation de rides transversales à la surface de l'organe lors de la systole; elles sont en effet très-manifestes, surtout chez les sujets affaiblis, et vont en augmentant vers la fin de la systole. M. Cruveilhier les a vues sur le cœur humain : « Pendant le temps de leur contraction ou systole, » dit-il *, « les ventricules pâlissent, leur surface devient rugueuse, fortement plisséc et comme ratatinée; les veines superficielles se gonflent, les colonnes charnues des ventricules se dessinent; les fibres tournoyantes du sommet du ventricule gauche, qui constitue à lui seul la pointe du cœur, deviennent plus manifestes. »
Haller a vu dans ces rides la preuve de la contraction2; mais un muscle contracté n'est pas plissé! Des rides et des inflexions se forment, selon Ed. Weber 7' , quand tous les faisceaux d'un muscle ne se contractent pas au même moment ; c'est-à-dire lorsqu'on interpose entre les fibres actives d'autres fibres qui ne se contractent point.
II nous est donc permis de voir dans ces rides une preuve que tous les faisceaux musculaires du cœur ne se contractent pas en même temps. La surface des ventricules est lisse pendant la présystolc; elle est plissée ou ridée pendant la systole, alors que les fibres qui existent à cette surface sont relâchées.
1 Traité d'Anatomie descriptive, t. II, p. 532. - Elem. Phi/siol., éd. Lausanne, t. I, pp. 587 et 389.
3 Art. Muskelbewecjuncj , dans R. Wagner's Hand-Woerlerbuch der Physiologie, t. III. partie II, p. 66.
La dilatation étant le mouvement dirigeant, il ne pourrait plus paraître extraordinaire que les mouvements des deux cœurs, du cœur gauche et du cœur droit, soient toujours simultanés, à l'état de maladie et au milieu de tous les désordres possibles, aussi bien qu'à l'état de santé. La dilatation est faite par les fibres communes; c'est un seul et même mouvement qui s'empare des deux ventricules. Le resserrement au contraire est propre à chaque ventricule; aussi peut-il n'exister que d'un côté seulement, et différer de quantité ou de degré , du ventricule gauche au ventricule droit.