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C. MOUVEMENT DE TOTALITÉ

L'idée qui a dû se présenter en première ligne lorsqu'on a voulu se rendre compte des causes du battement cardiaque, c'est que le cœur agit à la manière

1 Lehrbuch der Physiologie, 2me édit. , p. 437.

2 Verhandlungen der physiccd. medicin. Gesellsch. in Wuerzburg , t. I, p. 44.

3 Voyez Bamberger Lehrbuch der Krankheiten des Herzens. Wien, 1857, p. 29.

4 Zur Lehre vom Herzen. Grahdationsschrift. Erlangen, 1860.

d'un marteau suspendu et projeté horizontalement en avant. C'est cette idée aussi qui perce toujours de nouveau, malgré les dénégations qu'elle a essuyées du côté de la théorie, et le peu d'encouragement qui lui est venu de la part de quelques expérimentateurs modernes.

On nie le mouvement de projection , principalement parce qu'on le croit impossible dans le thorax hermétiquement fermé; puis parce qu'on croit avoir observé que la pointe du coeur reste continuellement en contact avec la paroi thoracique. J'ai déjà répondu à ces deux objections, en combattant la théorie de Kiwisch; mais il faut que j'établisse encore, par des preuves directes et positives, l'existence de ces mouvements.

Expériences. — En passant, chez une oie, l'index de la main gauche derrière le cœur, je pouvais comprimer l'aorte descendante sans gêner les excursions du premier. Eh bien, à chaque compression que j'opérais, les contractions du cœur devinrent plus fortes, la projection en avant , qui avait été peu marquée auparavant, devint très-apparente, et l'organe sembla avoir changé sa forme ordinaire en une forme plus allongée; les dilatations allèrent en s'affaiblissant. La succession des actes , qui avait été régulière avant la compression de l'aorte, se troubla ensuite; il y eut des interruptions durant cinq à six secondes, après dix ou douze contractions successives.

Je passai l'index de la main droite également derrière le cœur, pour rendre complète la compression de l'aorte; alors la projection et l'allongement du cœur furent encore plus considérables ; mais les interruptions des mouvements avaient déjà lieu après cinq ou six contractions, et duraient au delà de dix secondes.

En éloignant l'un des doigts pour rendre la compression imparfaite, il y eut chaque fois diminution de l'allongement, affaiblissement de la projection et raccourcissement de la durée des interruptions. En cessant entièrement de comprimer, le tout rentrait dans l'état où nous l'avions vu auparavant. 11 va sans dire que la respiration artificielle a été établie et entretenue autant que possible.

Je comprimai ensuite, à l'aide des doigts également, à la fois la veine cave supérieure et les veines pulmonaires gauches. Au bout de cinq à six secondes, les contractions du cœur devinrent extrêmement faibles , et l'on ne remarqua

plus aucun mouvement de projection, ni aucun allongement de la pointe; mais le jeu des dilatations et des contractions venlriculaires continua régulièrement; la forme permanente du cœur fut globuleuse.

Ces expériences, répétées un grand nombre de fois, en mars 18-41 , devant les élèves de mon cours de physiologie et devant plusieurs personnes qui le suivaient en amateurs, m'ont paru décisives. J'en ai conclu : que le choc du cœur est produit par l'allongement des ventricules et par la projection du cœur en avant; que ces deux mouvements sont susceptibles d'être augmentés de beaucoup par tout ce qui augmente la tension du système artériel , et qu'ils sont affaiblis quand cette tension est diminuée.

J'ai tenté la même expérience sur des mammifères; j'y ai vu des résultats suffisants pour ne pas douter que les faits s'y passent de la même manière; mais la nécessité d'entretenir artificiellement la respiration crée des difficultés opératoires si grandes, que ces animaux se prêtent peu à la démonstration.

Tout en considérant donc comme démontré le mouvement de projection , je dois convenir cependant que, dans le thorax clos, il est beaucoup moins étendu que dans le thorax ouvert, surtout chez les mammifères.

En introduisant le bras par une ouverture du ventre chez des porcs qu'on venait d'abattre par un coup asséné sur le front, je sentis très-aisément le cœur à travers le diaphragme, et je m'assurai, à n'en pas douter, de l'existence du mouvement de projection ; mais il était peu prononcé, et devint insensible quand l'action du cœur s'affaiblit.

Chez le lapin et chez le chien, on peut mettre à nu la plèvre costale sur un point convenable du thorax; on voit les mouvements du cœur à travers cette plèvre et le péricarde. C'est la méthode employée par Donders; le balancement du cœur est à tel point certain , que cet excellent observateur a été forcé de le constater malgré des préoccupations théoriques contraires *.

1 En effet, après avoir, dans le texte, déclaré impossible le mouvement de balancement, par la raison que le cœur est partout entouré des poumons (Physiologie des Menschen; éd. Theile. Leipzig, 1856, t. I, p. 29), Donders s'exprime dans les développements ajoutés au même paragraphe ( l. c., p. 34 ) littéralement ainsi : « Il n'échappe cependant pas à notre attention que le cœur, grâce à l'allongement des grandes artères , est un peu déplacé en bas , à chaque systole; nous nous en sommes assuré de la manière la plus positive sur un chien, en regardant à travers un espace intercostal et le péricarde. Une observation de Skoda, faite sur un enfant

Ainsi, un mouvement de translation a réellement lieu dans le thorax clos; niais il ne devient bien sensible que quand il y a augmentation d'énergie dam les organes de la circulation. A l'étal ordinaire, où le choc est très-peu sensible, la projection ou le mouvement de translation en avant se manifeste plutôt comme tendance que comme un mouvement réel.

Observations faites sur l homme. — Harvey a constaté le mouvement de projection chez lé jeune comte de Montgomery, dont le cœur se présentait à travers une ouverture du sternum. « Simal cordis ipsius motum observavimus. Nempe illud in diastole introrsum subduci et relrahi, in systole vero emergere denuo et prolrudi;.... denique cor tune pectus fer ire et prominulum esse , cum erigitur sursum et in se contrahitur '.

Nous avons vu plus haut que M. Cruveilhier a constaté le même fait chez un enfant atteint d'ectopie du cœur, quoique, sous l'influence peut-être d'idées préconçues, il n'ait pas publié son observation dans des termes franchement accusés. Skoda, qui a eu une occasion semblable, affirme que la locomotion du cœur est un fait inaccessible au doute; enfin Bamberger, dont le témoignage est ici d'autant plus précieux, que ce clinicien est partisan de la théorie de Kiwisch , l'a observé chez l'adulte. Il lui fut donné de plonger le doigt à Iravers une plaie pénétrant au bord inférieur de la cinquième côte gauche, et de loucher directement la pointe du cœur. Voici ce qu'il a constaté : « Dans la systole , la pointe durcie et un peu atténuée glissa le long de la paroi thoracique , dans la direction de haut en bas , et un peu de droite à gauche ; et , comme le doigt introduit dans une direction parfaitement horizontale le constatait, elle descendait chaque fois encore un peu en dessous du bord inférieur de la plaie; chaque fois le sang s'écoulait plus abondamment de la plaie du cœur dans ce moment, tandis qu'au moment de la diastole, la pointe remontait et échappait ainsi au doigt qui l'avait palpée dans la systole 2. »

privé de sternum, donne au moins la probabilité que la chose a lieu de la même manière chez l'homme. »

1 Exercitat. de generatione animalium. Amslelodami, 1681 , p. 511.

2 Virchow's Archiv, t. IX, n° 5. — Bamberger s'explique la locomotion par l'allongement des artères. Je ne comprends réellement pas comment, en présence du fait de la locomotion, démontré par lui-même , il puisse encore maintenir la théorie de Kiwisch. (Voyez Lehrbuch der Krankheiten des H er zens. Wien, 4857, p. 50.)

Cause du mouvement de projection. — On ne connaîtrait qu'imparfaitement le mouvement de projection ou de balancement, et Ton ne pourrait guère en faire profit en séméiologie, si Ton n'était bien fixé sur sa cause et sur son mécanisme.

A cet égard, il est inutile de s'arrêter à l'ancienne opinion de W. Hunter, d'après laquelle la projection du cœur serait due au redressement de la courbure de l'aorte ; ni à celle de Carson , qui cherchait la cause de ce déplacement dans une réplétion subite des oreillettes, ayant lieu, selon lui, au moment de la systole ventriculaire. On ne peut sérieusement discuter dans ce moment que sur deux opinions :

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