Celle de l'élongation des artères aorte et pulmonaire
A. Théorie de la pression hydro-dynamique ou théorie du recul. — En 1836, Skoda a fait connaître une théorie du choc conçue par le docteur Gutbrod i. S'appuyant sur la loi hydro-dynamique qui régit le mouvement de la roue de Segner, les deux médecins de Vienne pensaient qu'au moment de la systole le cœur doit reculer ou fuir dans la direction opposée à celle des orifices d'écoulement, et qu'il est lancé ainsi contre la paroi thoracique avec une force directement proportionnelle à la vitesse et à la quantité du sang s'écoulant dans les artères.
En 1854, M. Hiffelsheim 2 a exposé la même théorie devant l'Académie des sciences de Paris, en l'appuyant sur des expériences exécutées à l'aide d'un appareil de son invention.
Soutenue en Allemagne par Skoda et par ses disciples, la théorie du recul hydrostatique y fut combattue par Joli. Mueller, Kuerschner, Valentin ,
1 Medicin. Jahrbuecher des Oesterreich. Staates , t. XIII, cah. 2. — Abhandlung ùber Percussion und Auscidtation. Wien, 1839, p. 122.
2 Comptes rendus, t. XXXIX, p. 1048, et t. XLI, p. 253 (1855). — Je trouve dans les Mémoires de M. Hiffelsheim des assertions dans lesquelles je serais tenté de voir un indice que cet habile expérimentateur a vu le mouvement présystolique , sans toutefois s'en rendre un compte bien précis. Dans le premier mémoire, il dit que le mouvement de recul ne coïncide pas avec la systole , mais que celle-ci le précède ; et dans le deuxième mémoire , il enseigne que le cœur, dans sa contraction , prend le point d'appui vers la base, et que dans ce but, il tend à rendre fixes les liens qui le maintiennent; — ce qui n'est possible, ajoute-t-il, qu'à l'aide d'une translation vers sa base.
Ludwig, Wintrich et Bamberger. Au point de vue du théorème de physique invoqué , on fil voir qu'il existe une différence essentielle entre les machines à recul et la poche contractile suspendue; que les premières ont des parois inertes, tandis que la poche contractile, le cœur, crée lui-même toute la force déterminant l'écoulement du liquide, et oppose, par conséquent, une résistance au recul qui est toujours au moins égale à la tendance que le système pourrait avoir à reculer.
Au point de vue du fait, Valentin * a vu le battement persister dans le cœur de grenouille alors qu'il en avait réséqué la pointe, c'est-à-dire la partie opposée aux orifices artériels.
Les mêmes objections ont été faites, en France, à M. Hiffelsheim. M. Giraud Teulon , entre autres, a présenté sa réfutation dans la séance même où M. Hiffelsheim avait lu son second mémoire'2. Déduisant, avec toute la netteté d'abstraction possible, les raisons qui s'opposent à l'application du théorème au cœur, il ajouta que des expériences, multipliées dans les conditions indiquées par la théorie, lui ont pleinement confirmé les aperçus spéculatifs 5.
R. Théorie de l'élongation des artères aorte et pulmonaire. — A propos de cette seconde théorie, je dois d'abord faire observer que son énoncé manque de précision. Une fois le redressement de l'arc aortique rejeté, on ne peut concevoir le mouvement de projection du cœur sans l'allongement des artères auxquelles il est suspendu. Ainsi, il faut l'admettre dans le cas même où l'on se déciderait en faveur des idées de Gutbrod, Skoda et Hiffelsheim.
J'ajouterai qu'indépendamment de toute théorie du choc du cœur, il n'est
1 Lehrbuch der Physiologie. Braunschweig , 1844, t. I, p. 425.
- Comptes rendus, t. XLI, 1855, p. 258.
3 M. Hiffelsheim s'est certainement fait illusion, quand il a cru , par la manière même dont il a formulé son théorème, avoir répondu aux objections faites jusqu'alors contre Gutbrod et Skoda. Pour ce qui regarde sa réponse à Valentin (voyez deuxième mémoire. Comptes rendus, t. XLI, p. 257), elle me fait trop l'impression d'un expédient, pour que je sente le besoin de rappeler que c'est précisément chez la grenouille que la pointe du cœur se trouve, lors de la systole, dans le prolongement de l'axe des artères. — Les idées de M. Hiffelsheim ont été réfutées aussi par M. A. Chauveau de Lyon , à la suite de vivisections dont il a entretenu l'Académie des sciences de Paris, le 14 septembre 1857.