C. OPINION DE LANCISI, OU DOCTRINE DU MOUVEMENT ANTICIPANT
(Burdach, Kuerschner, Carpenter, Schiff, Chauveau et Faivre).
La distinction entre la systole des oreillettes et celle des ventricules, de même qu'entre la diastole des unes et des autres cavités , semble avoir été faite en premier lieu par Lancisi. Le célèbre médecin de Clément XI croyait que les mouvements avaient lieu de la même manière dans les oreillettes que dans les ventricules, mais que celles-là anticipaient, ou, selon l'expression employée par quelques auteurs, enjambaient sur ceux-ci 2.
Pour bien faire comprendre leur succession et leur coïncidence, il distingua trois moments dans chaque acte : 1° le commencement, 2° le milieu et 3° la fin; et proposa une formule que nous abrégeons de la manière suivante :
Oreillettes.
Systole. Diastole.
Systole. Diastole.
Ventricules.
1 Article Heart dans Todd's Cyclopaedia, vol. II, p. 602.
2 De motu cordis et aneurysmatibus. Neapoli, 1738, p. 129.
Depuis la découverte de l'auscultation, une opinion analogue à celle de Lancisi a été professée d'abord par Burdach *. Voici sa formule :
Premier temps : Diastole des oreillettes et systole des ventricules. — Deuxième bruit.
Deuxième temps : Diastole des ventricules et persistance de la diastole auriculaire. — Silence.
Troisième temps : Systole des oreillettes, pendant laquelle les ventricules arrivent au point culminant de la diastole. — Premier bruit et choc du cœur.
La durée de la systole entière , c'est-à-dire du premier et du troisième temps réunis, serait à celle de la diastole ou du deuxième temps à peu près dans la proportion de 1 : 3.
Il y a dans la manière dont Burdach a présenté la succession des actes quelque chose qui s'éloigne tellement de l'habitude générale , qu'on éprouvera peut-être quelque difficulté à y reconnaître l'affinité qui relie son idée avec celle de Lancisi. La difficulté disparaîtra cependant, si l'on nous permet de la traduire en une formule analogue à la précédente.
Si l'on mesure la durée de la révolution cardiaque par huit divisions du temps , on aura d'après la proportion de 1 : 3 établie par Burdach :
Oreillettes.
Oreillettes.
Diastole. Systole.
Systole. Diastole.
Systole. Diastole.
Ventricules.
ou t. 2. 5. 4. 5. 6. 7.
Systole. Diastole.
Ventricules.
1 Lehrbuch der Physiologie, Leipzig, 1852, t. IV, pp. 232 et 248. Traduction de Jourdan , t. VI, p. 242. — Burdach est cité presque partout en compagnie de Corrigan, Pigeaux, Stokes et Beau, parce que, comme eux, il fait dépendre le choc du cœur de la diastole et non de la systole. Mais ce n'est qu'en s'abstenant de consulter le texte de sa Physiologie, ou en n'y prêtant qu'une attention incomplète que plusieurs auteurs ont pu compter Burdach parmi les partisans de la dilatation préalable.
Selon Kucrschner ', la contraction des oreillettes prend au plus le tiers d'une révolution, et la relaxation les deux autres tiers; mais dans les ventricules la systole et la diastole occupent chacune la moitié. Et , comme les ventricules terminent leur diastole pendant la contraction des oreillettes, nous pouvons représenter son opinion par la formule suivante :
Oreillettes.
Systole. Diastole.
Systole. Diastole.
Ventricules.
William Carpenter 2 fixe ainsi qu'il suit la succession et la coïncidence des
actes :
Oreillettes. Ventricules.
Dilatation Contraction.
Idem Dilatation.
Contraction Idem.
Cela donne une formule analogue à celle de Burdach , avec la seule différence que le nombre des divisions est ici de six au lieu de huit. Ainsi :
Oreillettes.
Diastole. Systole.
Systole. Diastole.
Ventricules.
M. Schiff3 croit s'être assuré positivement que la systole auriculaire persiste encore un moment après que la systole venlriculaire a déjà commencé.
' Article Herzthaetigkeit dans R. Wagners ffand-Woerterbuch der Physiologie, t. II, p. 34— Funke, en adoptant la théorie de Kuerschner, l'a exprimée dans un diagramme qu'on trouvera dans son Lehrbuch der Physiologie. Leipzig, 1855, t. I, p. 57.
i Principles of human Physiology , 4e édit. London, 1853, p. 478.
5 Archiv fur physiolog. Heilkunde, 1850, t. IX, livr. 3 et 4.