II. — DE LA MARCHE DU SANG A TRAVERS LE CŒUR
Réplélion et évacuation des oreillettes. — Nous considérons les oreillettes , avec Laennec, comme des réservoirs contenant habituellement beaucoup plus de sang que les ventricules n'en prennent à chaque dilatation. La pression périphérique, à laquelle se joint la double aspiration du thorax et du cœur l'y font affluer.
Les oreillettes se remplissent donc peu à peu, graduellement, et leur degré de réplétion dépend même, jusqu'à un certain point, de circonstances
accidentelles, telles que l'attitude du corps, l'effort et les mouvements respiratoires en général.
De même , elles ne se vident jamais complètement. La contraction de leurs parois est d'un effet très-limité, et, en outre, comme on le verra plus loin , la même cause qui fait avancer le sang vers les ventricules exerce une attraction sur celui contenu dans les troncs veineux voisins du cœur.
C'est ainsi que j'ai vu l'état des oreillettes chez les vertébrés supérieurs. Chez la grenouille, le fait de l'évacuation complète m'a laissé des doutes 1. En général , les choses se passent autrement chez les batraciens que chez les mammifères.
Ceux-là semblent avoir trop préoccupé M. Beau, qui professe à l'égard des oreillettes une opinion entièrement contraire à celle que je viens d'exposer, et qui semble être partagée par le plus grand nombre. Il soutient 2 non-seulement que l'oreillette se vide entièrement à chaque systole, mais qu'immédiatement après, le sang des veines y entre violemment, en masse, et choque sa paroi antérieure, d'où il fait dépendre le second bruit cardiaque.
Pour toute discussion , je ne puis que déclarer une seconde fois que ces assertions sont contraires à ce que j'ai vu moi-même constamment; que l'origine du second bruit est positivement tout autre; enfin, que M. Beau ne peut invoquer l'assentiment que d'un très-petit nombre d'observateurs 5.
Evacuation des ventricules. — Les ventricules sont-ils entièrement vides après leur contraction, ou y reste-t-il encore une certaine quantité de sang ?
D'après l'opinion générale, l'évacuation est complète. Cependant il y a des voix dissidentes graves. Ainsi, Hope dit qu'il n'est pas probable que tout le
1 Haller l'a admis implicitement : Expallescit dum contrahitur et dum adeo sanguinem suum in cor pellit. Opéra minora, t. I, p. SI. — Hope, au contraire, nie l'évacuation complète même chez la grenouille. (Diseases ofthe heurt, 1840, p. 11.)
2 Traité d'Auscultation, p. 237.
5 Nega (Beitraege zur Kenntniss der Funktion der Atrio-ventricular-klap'pen. Breslau, 1852, p. 11) semble admettre, d'après ce qu'il a vu sur le cœur du mouton, l'évacuation complète des oreillettes, produite par la contraction des parois. M. Fossoin (Recherches sur les mouvements du cœur, dans les Mèm. de l'Acad. roy. de médecine de Belgique, t. Il, p. 601 ) pense aussi que la dilatation des oreillettes ne se fait pas petit à petit, mais brusquement.
sang soit expulsé à chaque contraction; et MM. Chauveau et Faivre affirment 1 qu'il existe à la fin de la systole, sous la voûte valvulaire, une cavité conique contenant encore une certaine quantité de sang. Hamernijk pense même 2 qu'une évacuation complète serait incompatible avec la continuation de la vie, et Bamberger allègue 5 des raisons sérieuses, qui lui semblent parler en faveur d'une évacuation partielle seulement.
La question est difficile à décider pour les animaux supérieurs , dont le cœur est opaque; mais chez les grenouilles, on sait que le ventricule devient entièrement pâle lors de la systole, et que celte pâleur persiste même encore quelque temps après. Chez l'homme mort sans agonie ou sans épuisement, la cavité du ventricule gauche est complètement effacée; les deux cavités le sont chez les individus morts par décapitation 4. Enfin, si nous considérons l'énergie et le mécanisme de la contraction ventriculaire, nous sommes porté à croire qu'en général, après la systole, il ne reste pas de sang dans les ventricules, ou qu'il y en reste cette faible quantité seulement qui, au ventricule droit, peut être contenue dans le cône artériel. L'objection de Hamernijk dit Irop, et celles de Bamberger ne me paraissent sérieuses, que si l'on croit devoir maintenir les idées actuellement régnantes sur le mécanisme du cœur en général, et sur celui des valvules en particulier. Le" présent travail a précisément pour but de modifier ces idées.
Réplélion des ventricules. — Quand le sang passe-t-il de l'oreillette dans le ventricule? Est-ce immédiatement après la systole ou immédiatement avant ce mouvement? Est-ce en une fois ou en deux temps? Est-ce brusquement ou graduellement?
Telles sont les questions qui décident à elles seules déjà de la théorie des mouvements du cœur. Nous aurons donc à les traiter avec beaucoup d'attention.
Après Vésale, on avait cessé de faire la distinction entre la dilatation du cœur et le repos. Le mot diastole était devenu synonyme de dilatation. Dès
1 Gazette médicale. Paris, 1856, p. 410.
2 Das Herz und seine Bewegung. Prag, 18S8, p. 39. s Lehrbuch der Krankheiten der Herzens. Wien, 1837.
4 Cruveilhier, Traité d'Anat. descriptive. Paris, 1845, t. II, p. 510.