‹ Mémoire Sur Les moyens. suivi de quelques considérations relatives aux canaux et aux chemins de ferChapitre 7 sur 20 · EAUX DE SAINT- ETIEININE · texte numérisé non relu

EAUX DE SAINT- ETIEININE

La ville de Saint-Etienne, située au pied de la chaîne du Mont-Pilat dont la cime s’élance à 4454 mètres (4) d’élévation au-dessus du niveau de la mer, devrait

(1) D’après le savant géologue, M. Fourncl, professeur à la faculté des sciences de Lyon.

posséder des eaux abondantes. 11 n’en est rien cependant. La rivière de Furens qui la traverse ne tarit pas dans les étés les plus secs et sa pente énorme permettrait de la conduire sur des points culminans ; mais le Furens appartient aux usines et non à la population qui se presse sur ses bords. On ne pourrait détourner une parlie de ses eaux sans causer un préjudice aux riverains et aux industriels qui emploient des moteurs hydrauliques. D’un autre côté, à la suite des pluies d’orage qui se précipitent sur les croupes déclives du Mont- Pilat, le Furens roule par fois une masse d’eau considérable, il sort de son lit et inonde la ville et ses environs. Aussi, depuis long-temps on a songé h établir des réservoirs destinés à régulariser ce torrent et à conserver pour les saisons sèches les eaux qui s’écoulent en pure perte ou qui font tant de ravages.

Les réservoirs d’alimentation ont été appliqués avec un succès remarquable à Greenock en Ecosse. Quoique cet exemple ait été cité souvent et que M. Mallet , inspecteur des ponts-et-chaussées en ait fait l’objet d’une notice dans le journal du géniecivil, cependant, comme ce sujet nous intéresse d’une manière toute spéciale, nous consignerons ici quelques détails puisés dans les publications originales.

Le système hydraulique de Greenock se compose d’un réservoir principal , d’un réservoir compensateur, d’un réservoir régulateur eide six bassins auxiliaires qui tous ensemble occupent une superficie de ^G0,4 hectares, reçoivent les eaux de 2,015 hectares de terrain etont unecapacité de 8,784,000 mètres cubes. Le

^rand réservoir doiil la diwue(l) de lS'^SO de hauteur a été achevée en quelques mois, contient 8, 05G, 405 mètres cubes d’eau. 11 inonde une surface de 120 hectares. M. Thom avait d’abord évaluée 17 millions de mètres cubes la quantité d’eau fournie parles 2,015 hectares de versans , mais l’expérience de deux années a prouvé que ce cube dépasse 19,855,400 mètres. La dépense d’eau d\me des lignes d’usines est de 54 mètres cubes par minute (1 ,200 pieds anglais) ou de 24,480 mètres cubes par jour de 12 heures. Le second bief d’usines en absorbe autant; ce qui donne pour 510 jours de travail 15,177,600m. c.

La consommation de la ville de Greenock peuplée de 25,000 habitans calculée à raison de 56,67 litres par tête et par jour, est de. . ‘ 517,124

Total. 15,694,724

Les réservoirs peuvent donc subvenir h tous les besoins pendant plus de six mois, ce qui permettra de conserver l’eau recueillie pendant les temps pluvieux, non-seulement pour les saisons, mais encore pour les années où l’on aura à craindre des sécheresses.

L’eau destinée aux habitans de Greenock est conduite par un aqueduc particulier dans les filtres situés près de la ville. Ceux-ci sont accompagnés d’un bassin assez vaste ponr contenir la quantité d’eau filtrée qui se consomme pendant un jour. L’aqueduc de 0'”58 en carré est formé de conduites en pierres réunies avec du ciment. 11 n’a pas coûté le tiers du prix d’un tuyau de

(i) Cetto digue est entièrement construite en terre avec corrois d’argile.

fonte d'une sccllon égale , en sorte qu'on doit préférer ce système lorsque la pression n’est pas considérable (4). Sur le développement de l’aqueduc, on a ménagé des bassins de dépôt dans lesquels le liquide se dépouille d’une partie des matières étrangères qu’il tient en suspension avant d’arriver aux filtres. Ceux-ci sont au nombre detrois, chacun de I5'"'24 de longueur 5"‘66 de largeur et 2"M4 de profondeur. Ils fonctionnent par ascenssum et descenssum ^ ce qui permet de les nettoyer par la seule pression de beau eh moins d’une Jieiire die temps. Par ce moyen bien simple, la ville de Greenock est pourvue d’eau excellente moyennant une taxe minime de 2 1/2 pour 0/0 du loyer des maisons , tandis qu’à Edimbourg et à Glasgow cette taxe est de 5 pour 0/0. D’un autre côté , on a pu utiliser une chute de 150 'mètres dont 6 mètres seulement étaient précédemment employés.

Le prix de location de l’eau par force de cheval est

de 75fr.

La rente du terrain cédé aux usines et l’intérêt des roues hydrauliques, etc., ont porté

cette somme à 155

A Glasgow, la même force revient, par l’emploi de la vapeur, à 767

La dépense des constructions s’est élevée, pour les réservoirs à 275,000f.; pour les deux dérivations des usines, à^25,000f. en tout à 400, OOOf. Dans cette somme, on comprend les machines motrices, mais

(1) L’auteur anglais ajoute que dans un a(|ueduc en pierre, le liquide gagne plus qu’il ne perd en qualité , tandis que c’est le contraire dans les tuyaux de fonte.

non la valeur des emplacemens occupés par les usines.

Les beaux établissemens bydrauliejiies de Greenock ont été exécutés de 4 825 à 1827 par M. Tlioin pour le compte d’une compagnie qui a doté le pays d’une force immense et très-économique. Il faut lire dans l’ouvrage imprimé à Greenock (I) ia description des ouvrages ingénieux, des vannes automotrices inventées par M. Tliom pour l’aménagement et la distribution des eaux. Selon M. Thom , si la hauteur d’eau pluviale annuelle est de 0'^‘702 , le quart de cette quantité pourra être recueilli dans des réservoirs. Une ville de 200,000 aines consomme, à raison de 2 pieds cubes ( anglais) par tête et par jour, 4,4 57^000 mètres cubes par an et peut être alimentée par les eaux provenant d’une surface de 2,485 hectares, ou si l’on veut, de 2,428 hectares. Quant aux procédés de filtrage, M. Thom , après avoir dit que les galeries souterraines creusées dans les graviers de la Clydepour clarifier les eaux de Glasgow s’envasaient promptement (2) , assure que les filtres s’épurant par eux-mêmes ( self cleaning fllters ) établis à Greenock, ont parfaitement répondu à son attente. 11 évalue les frais de construction de ces filtres à 7,500f. pour 54 7,4 24 mètres cubes d’eau filtrée annuellement (70,8 pouces métriques ) (5).

(1) La bibliolhéque de Saint-Etienne possède un exemplaire de cet ouvrage. Il est intitulé : A brief account ol the Shaws water scheme and présent State of the Works (Greenock , 1829).

(2) Le même inconvénient s’est manifesté à Toulouse pour les filtres-galeries de la Garonne. Voy. Histoire de rétablissement des Fontaines de Toulouse, par M. d’Aubuisson de Voisins , et l’ouvrage de M. Dupasquier.

(3) M. Bergeron étudie dans ce moment , pour la ville de Saint-Etienne, un projet de filtres dans le système de ceux d« Greenock,

Les ingénieurs qui ont résidé à Saint-Etienne , ont tous adopté , en principe , le système des réservoirs pour fournir des eaux à la ville , aux usines et même au canal projeté en amont de Rive -de-Gier. MM.Lacor’ daire , Burdin, Michal, Blondat, ingénieurs des pontset-cliaussées ou des mines ont rédigé des projets et formulé des propositions dans ce sens. M. Barreau (I) ingénieur ordinaire de Tarrondissement de St-Etienne, chargé en ^858, de Létude du canal de la Loire au Rhône , a repris la question au point où Favaient laissée ses devanciers et a posé les bases dVine solution définitive. Voici quelques-unes des données que M. Barreau a bien voulu nous communiquer :

Le bassin hydrographique du Furens , en amont de Saint-Etienne , embrasse une surface de 59,029,050 mètres carrés. Celui de Semène, jusqu’au point d’intersection de la rigole de dérivation de la Loire ( à 2,500 mètres de Fembouchure de cet affinent) a 1 29,057,750 mètres carrés. Le ruisseau de Langonan , au-dessus de .Sorbier est alimenté par 0,594^200 mètres c. de versans et le réservoir de Couzon , par 20,525,500 mètres carrés. En évaluant seulement à 0"’G5 la hauteur des [)luies annuelles^ et à 0"*21 la hauteur du prisme d’eau qui s’écoule dans le lit des rivières, on trouve que Furens reçoit annuellement 8,490,100 mètres cubes d’eau. Semène. . . 27,109,100

Langonan . . 1,542,782

Couzon . . . 5,570,555

(1) M. Barreau est uii de ces jeunes ingénieurs (jui joignent à la puissance de conception une activité infatigable et l’aiaour du bien public. Fuissionsnous le conserver long-temps à Saint-Etienne !

A Paris, d’après les observations de M. Dausse , ingénieur des ponts-et-cliaussées , la Seine roule les 0,55 des eaux pluviales qui tombent sur son bassin, sur desversans très-inclinés comme ceux des environs de Saint-Etienne , cette proportion devrait être plus forte, mais M. Dausse nous paraît avoir pris une moyenne beaucoup trop faible en adoptant les résultats fournis par Tudomètre de l’observatoire de Paris (0 "'55) Il est à peu près démontré aujourd hui qu’il tombe sur les lieux élevés une quantité d’eau plus considérable que dans les plaines. Nous possédons des observations météorologiques pour Alais (I), Valleraugue, Saint- Etienne-de-Valfrancesque et Joyeuse. Ces quatre villes situées sur les versans méridionaux des Cévennes , reçoivent, année commune:

0'"99M La 2« J 9II I

T Ke i' ^oo / moyenne d eau pluviale.

La O ‘A i

La 4' A 500 j

La ville de Saint-Etienne est placée sur le flanc septentrional des Cévennes, à peu près à la même élévation que celle qu’on peut assigner, terme moyen , à ces quatre localités. La masse d'eau qui tombe à Saint- Etienne et k fortiori sur les sommets environnans, s’élèverait donc par induction à A "’582.

Si, pour ne pas négliger une autre donnée impor-

(1) M. d’Hombres-Firmas , d’Alais , a consigné dans son excellent recueil de mémoires sur la physique, sur l’histoire naturelle, etc., une série d’ob-* servations météorologiques qui embrasse 35 années. Nous lui avons emprunté les chiffres concernant Alais et les villes voisines.

tante, la latitude , nous faisons entrer daiks le calcul précédent les 0"'805 d’eau trouvés à Genève après 54 ans, et les 0"‘84G trouvés h Maçon après 18 ans d’observations , nous aurons :

Pluie au midi de Saint- |

Etienne |"‘582 / inoyenne I"'I05.

Idem au nord — id. 0 825 5

M. Déribier de Gbeissac (1) donne au bassin de la Loire, à Tentrée de notre département , une étendue superficielle de 5,2G0 kilomètres carrés, que l’on peut porter à 5,520 à l’origine de la plaine du Forez. Or, on sait par expérience et par l’application des formules d’hydraulique que le volume d’eau charrié par ce fleuve est , année moyenne , de :

'150 m. c. pendant 50 jours de navigation.

de grande crue

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