‹ Mémoire sur les peintures que Polygnote avait exécutées dans la lesché de DelphesChapitre 2 sur 15 · Tome XXXIV · texte numérisé non relu

Tome XXXIV

Mo MEMOIRE

La véritable définition du nom de lesché, appliqué à un édifice publie, nous est donnée par le lexique d'Harpocration ' : « On appelait /(?sc7ics, dit-il, » certains lieux publics où les gens inoccupés pouvaient s'asseoir en grand

» nombre. » A.éay(ac, û^eycv ây]jj.Gcn'où<; xtvaç tôtouç èv olç •■jyoXriv ayovzec, iv.oâé't.ovzo nokloi.

Lorsque le lexique de IMiolius - rapporte qu'autrefois on appelait leschés les endroits dans lesquels les pbilosophes avaient coutume de se réunir, il indique un des usages auxquels ces édifices étaient consacrés; les mêmes endroits étaient fréquentés par les pauvres, pendant l'hiver, et c'est ce que d'autres témoignages font entendre ^. Ce n'était pas seulement en Béotie que les leschés servaient aux festins publics*; Cratinus, dans sa comédie les Riches^', tournait en ridicule les Lacédémoniens qui , suivant lui, afin de régaler les étrangers, suspendaient dans les leschés, où avaient lieu les repas nommés y.orJ.dsç, des saucissons, «pûa/af, que les vieillards pouvaient mordre à belles dents.

Les leschés n'en étaient pas moins, à Sparte, le lieu de réunions plus graves. Si les jeunes gens les fré(|uentaient par manière de divertissement , lorsqu'ils n'étaient pas en campagne, c'était aussi dans les leschés, qu'à la naissance d'un enfant, les vieillards de la tribu venaient s'asseoir pour y prononcer leur sentence sur la préservation ou la perte du npuveau né que le père leur apportait ''. De leur côté, les Athéniens avaient cherché, par des lois, à donner une direction utile aux conversations qui se tenaient dans les leschés. Proclus '^, qui nous fait connaître cette circonstance, ajoute que l'on comptait à Athènes trois cent soixante de ces édifices, et M. Bœckh, en reproduisant dans le premier volume du Corps des inscriptions grecques ^, une délibération de l'an 345 avant notre ère, où il est dit qu'un marché conclu par les habitants du dème des vExoniens, ki'imzïç, pour la coupe des oliviers, sera transcrit sur deux stèles de marbre qu'on déposera , l'une dans

•^ Siibverho.

^ Schol. ad Honicr. Odyss. 2, \. 3:28. — Hcsych., v° -\écx>t-

* Etym. MtHjn., v" Xéux"-'-

" Ap. AUieii. IV, p. 138, E.

^ Pliitarcli., Lyciirg. tC.

''Ad Hesiod. Op. et dies , v. 495.

>* Corp. imrr. grive, n" 93.

le temple d'Hébé, l'autre dans la lesché , M. Bœckh a bien soin de faire remarquer que ces leschés de village différaient des trois cent soixante monuments de ce genre qui existaient dans la ville même d'Athènes. Enfin , outre la lesché de Delphes , Pausanias en cite deux comme existant encore de son temps à Lacédémone.

Le mot léoxn ne veut pas dire seulement en grec un lien destiné à la conversation, c'est aussi et avant tout l'expression propre pour désigner la conversation elle-même '. L'élymologie (jui déduit Hg^^ de léyw ne me parait pas douteuse. Il n'y a donc du mot lesché en lui-même aucune induction à tirer pour savoir quelle était la forme affectée à ces édifices. Rien n'empêche de croire qu'il ait existé chez les Grecs des lieux de diverses formes destinés à la conversation. Cependant s'il nous arrive de rencontrer dans les anciens auteurs un nom d'édifice d'une forme déterminée, qui serve à peindre la figure la plus ordinaire des leschés, c'est celui d'huty-ùylcm , de même que léa)^/! en exprime la destination. Pourquoi ne considérerail-on pas ces deux mots, léa^Yj et ■}i[JMÙ-/}My , comme synonymes, au moins dans le |)lus grand nombre des cas? C'est ce que parait avoir pensé M. Wachsmuth- lors(|u'aprês avoir cité les deux passages identiques de Plularque, dans la Vie d'Alcibiade et dans celle de Nicias^, où il est question des hémicycles d'Athènes, il rapproche dans la même note la citation de Proclus qui parle des trois cent soixante leschés de celte ville. L'historien raconte que les espérances de l'opinion étaient tellement excitées par l'expédition de Sicile, qu'on se rassemblait dans les hémicycles autour des vieillards occupés à tracer sur le sol les contours de l'Ile et sa position par rapport à la côte d'Afrique. Évidemment il est ici question d'une circonstance qui se produisait à la fois, pour ainsi dire, dans toutes les parties de la ville. Aussi la mention des trois cent soixante leschés vient-elle fort à propos. On peut même remarquer que, dans la Vie de Nicias, Plutarque nous dépeint les vieillards assis, non-seulement dans les hémicycles,

' SophocL, OEdip. Col., v. 1G7; AiiHg., v. 160. — Euripid., Hippolyt., v. 384; Iphig.Aul., V. 1001. — Epicrat., ap. Attien. II, p. b9, F. — Callimach., Epigr. II, v. 5. — ^Elian., De mit. aniin. VI, îiS.

2 Hellenische Alterthumskunde , t. Il, p. 405 (2™" édition).

5 Piutarch., Alcibiad. 17; Nie. 10.

mais encore dans les ateliers : répcvzaç, sv épymzr]f,tatç xal r,y.ai.Mliati; !}uy/.ot5eiloij.iy:jç.

Homère dit x'^^M'-'a «^/"s?, Hésiode ■/ài.v.doç, 5mz5; là où Plutarqiie dit i^yMvn^ii.v, rhisiorien donne r,myjjùx:,v là où les poètes s'expriment par le mot de 'tizyr, , et les deux indications, celle de la forge ou de Tatelier, celle de la lesclié ou de riiémicycle, se trouvent réunies dans des ouvrages si divers, moins par im effet de rimilalion que par une espèce de nécessité, les poêles comme le prosateur ayant voulu désigner les lieux de réunions et de conversations populaires. J'en conclus que ^.eV/n et yiiny.û/.h:v étaient le plus souvent synonymes, et que la lesché avait presque toujours la forme d'im hémicyde.

Ainsi la lesché se confondait avec riiémicvcle, autrement dit, Tédifice (|u'on nommait hémicycle pour la forme était une lesché pour la destination; nous pouvons ajouter qu'outre les témoignages littéraires, l'antiquité nous a légué un assez grand nombre de ces monuments. On en voit un à l'entrée du port de Cnide *. La voie des tombeaux de Pompéi en montre deux, celui de Mamia - et celui de Marcus Veius ~\ décorés chacun d'une inscription dédicatoire. Ces trois hémicycles ou leschés consistent en un banc semi-circulaire construit ou taillé dans le roc à ciel ouvert. Mais les leschés ne se bornaient pas à celte disposition élémentaire. Un banc en demi-cercle, que nous avons observé au sud de Delphes, est surmonté d'un cul-de-four taillé dans le roc comme le banc lui-même. A Pompéi, sur la voie sépulcrale, s'élève un hémicycle couvert qui consiste en une sorte de niche plus profonde que large, arrondie en abside, entourée de bancs exhaussés sur deux degrés, et destinés à offrir un lieu de repos aux passants et aux promeneurs '*. Cette dernière lesché, dont la décoration extérieure était fort riche, était ornée de peintures au dedans, et cette circonstance nous explique ce que veut dire Pausanias ^, lorsqu'après avoir mentionné la lesché des Crotanes, qui sans doute n'était (|u"un hémicycle découvert comme ceux dont nous avons d'abord parlé, il ajoute qu'on voyait également à Sparte une autre lesché appelée

' Voy. Ne-svlon, Discoveries (it Halicarnds.fiis , Ciikliis tuul liruiichidd' . pi. L et LXXI.

- Mazois, Les mines de Pompéi , 1. 1, pi. 11, 111 et Vil. "' Ibiil., pi. II, 111 et VII,fig. I.

* Ihid., pi. XXXllI et XXXIV.

SUR LES PEIINTURES DE POLYGISOTE. 13

la lesclic pcinle , car c'est là le sens propre de l'expression de lé'j-/yi mai'/:/] (|u'il emploie, et ce qu'on sait du Pœcile d'Athènes le prouve surabondamment. Sans, avoir toutes la même importance, les leschés grecques pouvaient servir de lieu de consécration à des inscriptions et à d'autres monuments. Celle d'Aulus Veïus, à Pompéi, a son titulus dédicatoire gravé sur un l)loc qui s'élève au centre du dossier de l'hémicycle. C'est de la même manière ou au-devant de leur lesché que les yExoniens avaient dû placer la stèle rapportée dans le Corpus. Un passage de la Vie des Grcunmairiens , par Suétone \ donne l'idée de ce que pouvaient être les accessoires d'une lesché couverte. Le l)iogra|)h(' raconte qu'on avait élevé une statue à Verrius Fiaccus dans la partie basse du forum de Préneste, en face de l'hémicycle où il avait fait graver sur la paroi de marbre (coi-respondante sans doute à l'abside peinte de la lesché couverte de Pompéi) l'édition des Fastes dont il était l'auteur : Contra hemicijduin in quo Fastos a se ordinatos et marmorco parieti incisos publicaral.

L'usage des leschés ou des hémicycles avait persisté dans les temps romains, mais il semble que l'une et l'autre dénomination soient peu à peu tombées en désuétude. La première qui ait cessé d'être en usage est celle de lesché; on ne l'employait plus du temps de Pausanias (|ue pour désigner (juelques anciens édifices. Quant au mot d'hémicycle, Cicéron en fait encore usage, mais peut-être par une espèce d'archaïsme, au début du traité de l'Amitié'^, lorsqu'il rapporte les discours (jue, dans son enfance, il avait recueillis de la bouche de Scévola le pontife dorni in hemicydio sedenleui. On rencontre encore l'hémicycle dans Vitruve ^ , mais seulement comme partie d'un plus grand édifice, et c'est ainsi que l'expression se retrouve employée jusque dans Sidoine Apollinaire *. Le terme qui , dans les temps de la domination romaine, parait avoir communément remplacé les mots de lesché et d'hémicycle est celui d'exèdre. Le lexique des dix orateurs dit, sur la foi de Cléanthe, dans son traité mplBsàv que les anciennes leschés ressemblaient aux exèdres : 'E^éS^Mç Je bij.da.ç, yévsaBai aÙTdç ^ 11 est vrai que l'exôdre, qui,

' De illi(slr. Grammul , 17.

"^ De Amicit., 1.

-' De Anliitecl., V, I.

4 Epist. II.

■^ Harpocrat., v° Af'(T%«/.

a MEMOIRE

d'après son élMiiologie, désigne tiii lien où l'un Iroave à s'asseoir, clail, de même que la lesché, susccplible de recevoir plusieurs formes diverses, et le luxe que les Romains déployèrent dans leurs construclions fut un obstacle à ce qu'on restât fidèle à Pancicnne simplicité des Grecs. La forme semi-circulaire n'en dut pas moins demeurer, dans le plus grand nombre des cas, affectée à l'exèdre. Parmi les nombreuses explications que l'on doinia du -/liaiov de l'Odyssée \ quelques-uns prétendaient que ce mot désignait une exèdre en forme de sigma lunaire, où l'on plaçait les lits pour le ieslin , è^éâpdv uva aiyij.a.-:o£ièfi 2, cc qu'IIésychius ^ exprime par ces mots iv ymIm ■Kpr-d5M^.ct /So^ptiJï?, ronsfruclion circidaire portée sur un soubassemenl. Celte prédominance de la forme serai -circulaire dans l'exèdre explique et justifie l'babitude (|u'ont prise les architectes modernes de désigner par le nom iVexèdre les hémicycles de l'antiquité. Cléanthe, cité par Harpocration ^ disait aussi que les leschés étaient consacrées à Apollon, d'où le dieu avait reçu quelquefois le surnom de Leschenorius. Ce renseignement n'est point à dédaigner, si l'on se rappelle la place qu'occupait la lesché de Delphes auprès du temple d'Apollon. Mais une remarque que nous avons faite sur les leschés dont l'emplacement nous est connu peut conduire à une conclusion plus importante. Les trois hémicycles de Pompéi sont dans la dépendance des tombeaux qu'ils avoisinent. Il en est de même de la lesché couverte qui existe au midi de Delphes, elle 'fait partie d'un ensemble de tombeaux creusés dans le roc à l'extérieur de la ville. La lesché des Crotanes, ainsi nommée d'une portion de la tribu des Pitanates, était située tout auprès du tombeau des rois de la ligne des Agiades, et la lesché peinte avait été construite dans le voisinage des heroa de Cadmus et de ses descendants. Quant à la lesché de Delphes, Pausanias, dans une phrase sur laquelle nous reviendrons plus loin, fait entendre qu'elle était comme l'accessoire et le complément du tombeau de Néoptolème, fils d'Achille. Sans approfondir ici les motifs de ce rapport des leschés avec les tombeaux, nous nous contenterons de dire que, dans notre opinion, le caractère sépulcral

- Araerias ap. Eustatli. ad li. l.

'' V° YHiaiov.

* V" Aéd'xai.

de rétablissement des leschés avait Irait au rôle que la parole jouait connue symbole du renouvellement de la vie , dont la pensée se retrouve à chaque instant dans la décoration des sépultures antiques. Cette réflexion, sur laquelle j'évite d'insister, servira du moins à faire comprendre le caractère funèbre et sépulcral des sujets choisis par Polygnote pour décorer la lesché de Delphes.

Quoi qu'il en soit, ce que nous avons dit jus(|u'ici peut être considéré comme un traité assez complet des leschés dans l'anliquilé grecque. J'ai fait en sorte de ne négliger aucune des questions qui se rattachent soit aux témoignages anciens sur ce sujet, soit aux monuments qu'on peut ou qu'on doit en rapprocher. Les explications que j'ai données rendent compte de tout, ce me semble, excepté du monument qui nous intéresse le plus, c'est-à-dire de la lesché de Delphes. Dés qu'à l'aide de Pausanias et de Plutarque nous en abordons l'examen, nous rencontrons des particularités qui ne peuvent convenir aux édifices soit découverts, soit voûtés, qui nous ont occupés jusqu'à présent. Montrer en quoi la lesché de Delphes différait des autres leschés et en quoi elle s'en rapprochait, ce ne sera pas la partie la moins difficile de notre lâche. Ne craignons pas néanmoins de l'aborder. Si l'insuffisance des renseignements nous em|)êche de mener la démonstration jusqu'au bout, peut-être l'étude des peintures elles-mêmes et de la disposition que Polygnote en avait faite nous fournira-t-elle un supplément d'informations précieux.

Dans les diverses explications (pie les anciens nous ont fournies sur la lesché en général, on a remarqué depuis longtemps celle qui la désigne comme un édifice public sans portes, â/ji^é-jiov â5ùp<à-oy oU-/i^.a, el, soit dit en passant, il suffisait de cette définition pour faire comprendre que, par le mot de IsGxriJes Grecs entendaient un monument d'une forme |)articuliêre. Ce que nous avons dit jusqu'à présent à ce sujet est entièrement d'accord avec les expressions qui viennent d'être rapportées : les hémicycles qu'on rencontre encore dans les villes antiques sont ouverts par devant el par conséquent sans portes : ils semblent inviter les passants à s'asseoir, et dans l'hiver, quand le soleil y donne, les pauvres gens devaient y trouver un abri pour se réchauffer à ses rayons. De son côté, Plutarque, au commencement du dia-

i() MEMOIRE

loguc sur la cessation des oracles ', nous dépeint ses interloculeurs comme arrivant aux portes de la lesché des Cnidiens, ènl xaîç, Bùocuç ■zfn Kwc3;&)v Àc'a;»^>7ç, et les critiques qui ont considéré cette mention comme indifférente, me semblent avoir commis une erreur. M. Welcker ^ a raison, quand il fait remar(|uer qu'il n'en est pas de la locution i-nl zaïç, Bi>f,aiç, en cet endroit comme de la métaphore emplo) ée par Démosthène ^ quand l'orateur s'écrie : Philippe est à nos portes. Dans le passage de Plutarque, la valeur de l'expression est positive, et l'on doit en conclure que la lesché de Delphes, contrairement aux autres édifices du même nom, communément existant dans la Grèce, était fermée par des portes.

Le prix extrême qu'on attachait aux peintures de Polygnole aurait suffi pour justifier cette précaution, quand bien même, à l'origine, \a lesché eùl é{é ouverte à tous venants. La conservation d'objets d'art aussi précieux, et même la spéculation desexégètes et des pylores, exigeaient qu'on mil un tel trésor à l'abri de toute visite indiscrète. Mais si l'édifice de Delphes avait été de tous points semblable aux autres leschés, des portes s'y seraient difficilement adaptées après coup, à moins qu'il n'eût été question que de simples grilles; on n'y aurait eu alors, pour voir commodément les peintures, ni reculée, ni jour suffisants. Un antiquaire de Goettingue, M. Wieseler '*, trouvant, dans Athénée ^, sous le nom de trésor des tableaux BYinmpbç mvivMv, la mention d'im édifice dont il n'est nulle part ailleurs question, a émis la conjecture que c'était là tout simplement une autre manière de désigner la lesché des Cnidiens. L'expression, en effet, répond à l'idée qu'on se faisait du mérite des peintures de Polygnole, et je ne m'étonne pas que les critiques de l'Allemagne aient tous ou presque tous approuvé la conjecture de M. Wieseler. Ceux (|ui ont visité l'emplacement de Delphes pourraient, au besoin, ajouter à l'appui de cette opinion un argument tiré de la disposition des lieux. Sur la pente extrêmement rapide où s'élevait la ville antique, et avec la nécessité où l'on

' De defecL orac, C.

- Mémoires de l'Académie roijide de Berlin pour tS47, p. 82. ■' Philipp. IV, p. 140, cd. Reiskc.

* Gôtting. Anzeig., IS^I, p. 1844. — Cf. Raoul Rochettc, Peintures antiques inédiles, p. 113.

^ XIII, p. GOG,D.

élail tle soutenir le sol et de construire des terrasses pour établir Taire des monuments, on a peine à comprendre comment les anciens ont pu accumuler tant d'édifices, et il devient diflicile de s'imaginer comment, dans un espace aussi étroit et aussi incommode, on aurait pu en ajouter un de plus à une liste aussi nombreuse.

r.a question de savoir si Polygnote avait exécuté les peintures sur la muraille ou sur bois n'a rien à faire dans l'expression de trésor des tableaux. Le mot mvoiKSi s'applique, par extension , à toute espèce de peinture; mais puisqu'au rapport de Polémon, que cite Athénée dans le passage en question, il y avait des statues dans la lesché de Delphes, rien n'empêche de croire qu'indépendamment du travail de Polygnote, qui appartenait à la décoration même de l'édifice, on avait profilé de ce que le lieu était fermé avec soin et visité par les curieux pour y exposer en outre un certain nombre de tableaux de prix. Sans doute , si la lesché des Cnidiens eût ressemblé à toutes les autres , il aurait été diflicile de trouver de la place pour l'objet que nous venons d'indiquer. Mais que le lecteur, malgré l'étrangeté du sujet, cherche à se rendre un compte exact de l'anecdote rapportée par Athénée, il ne manquera pas d'en tirer la conséquence que les deux statues de marbre placées dans la lesché étaient nécessairement de grandeur naturelle, et même qu'elles ne pouvaient avoir été placées dans des niches. Ce qui nous force de conclure qu'il fallait un assez grand espace pour se prêter à la réunion de tant d'objets divers, et qu'un édifice où l'on voyait à la fois les vastes compositions de Polygnote et des statues de grandeur naturelle, comme celles dont parle Athénée ', pouvait admettre encore quelques tableaux détachés sur les parois, et justifier ainsi de plus en plus l'expression caractéristique de %axjphç, mvdyMv : nouvel argument pour croire que la lesc/té de Delphes, quant à la forme et à l'élenduc, dilïérait probablement de toutes les autres.

Arrivé à ce point, si l'on prend la description de Pausanias et si l'on en pèse les termes, on sera obligé de reconnaître qu'il existait dans la lesché de Delphes deux parties entièrement parallèles, disposées exactement de la même manière, d'une dimension égale et susceptibles de recevoir chacune un

■jui'TM'TX Tii/ct awyxxTax'uiobViVaii , au rij; ôfijX/a; xaTj:>(7rf7y ffTÉj/avoi/. Loc. cit.

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