‹ Mémoire sur les peintures que Polygnote avait exécutées dans la lesché de DelphesChapitre 4 sur 15 · Tome XXXIV · texte numérisé non relu

Tome XXXIV

on ne poul que la comparer à Tadverbe relsMc, et en conclure que Polygnote |)eignail les combats en perfeclion. Tel est le mérile qui distingue éniineminenl les bas-reliefs du temple de Thésée ; el quand on pense que le monumoiil qu'ils décorent avait reçu à l'intérieur des peintures de Polygnote, il n'est pas téméraire d'attribuer à cet artiste au moins le dessin original d'après lequel les sculpteurs avaient opéré. En parlant dC cette observation, il suffit d'énumércr les sujets traités par Polygnote dans les monuments d'Athènes, selon l'indication que les auteurs anciens nous en ont donnée, et de se souvenir que ces mêmes sujets sont devenus les thèmes favoris des sculpteurs de rAttirjue à la plus belle époque de l'art, pour ai'river à cette conclusion, (|ue les peintures de Polygnote avaient dû fournir aux nombreuses imitations sculpturales qui nous sont parvenues, la plupart des motifs dont elles se composent.

Il faut donc restituer à Polygnote la gloire d'avoir le premier, et avant Phidias lui-même^ déterminé l'impulsion qui devait mettre fin à la longue enfance des arts du dessin chez les Grecs. L'éloge que Lucien ' fait de la Cassandre que Polygnote avait peinte à Delphes, l'expression sublime de la rougeur et de la confusion, la correction el la légèreté des draperies, n'excluent pas une certaine fidélité au style austère de l'époque antérieure. On sait que Polygnote usait encore avec une grande sobriété des moyens de coloration, et ce que les anciens'^ disent du genre de progrès que Cimon de Cléones introduisit dans la peinture, nous porte à croire que Polygnote ne hasardait ])a^s encore les tètes de face ou de trois quarts , surtout (piand il fallait rester fidèle aux lois de la beauté. Toutes ces observations se trouvent justifiées par la belle peinture de vase représentant l'enlèvement d'Orithyie ^, où M. Welcker * a reconnu un exemple du style de Polygnote, et nous souscrivons sans hésiter à ce jugement, en tenant compte seulement d'un certain excès de roideui' (lu'ofi're le vase, et qu'il faut attribuer à l'inexpérience du céramographe.

' Imag., 7.

2 Plin., fli.sl. nul., XXXV, U. — Cf. .Elian., Var. Iiisl., VIII, 18.

■' Monuments inédits fiuhlivs par la section franvntsi' de l'Institut iiiehéologi(jiie , pi. XXII .1 XXIII.

'' Nouv. Ann. de t'inst. unh., t. II, pp. 358-597.

SUR LES PEirSTURES DE POLYGNOTE. 27

Mais ce rapprochement, dont nous sommes redevables à M. Welcker, entraine des conséquences que ce célèbre antiquaire a négb'gées. Dans la composition qui représente l'enlèvement d'Orithyie, les figures qui se suivent, généralement détachées les unes des autres et avec peu de variété dans les plans, forment une longue bande qui, étendue sur une surface plane, a plus l'aspect d'un bas-relief que d'un tableau. Cette sorte de peinture ne semble pas conçue pour recevoir des fonds, et on n'y rencontre aucun accessoire de paysage ou d'architecture. M. Welcker a fait remarquer lui-même que, dans la lesché, la maison d'Anlénor se trouvait suffisamment désignée par une peau de panthère suspendue en travers de la porte, et qu'un seul arbre, servant, de point d'appui commun à Orphée el à Promédon, devait indiquer tout le bois sacré de Proserpine. Cette ordonnance, (jui suppose un fond monochrome comme celui qu'offrent les peintures de vases, empêche de comprendre la réunion d'un certain nombre de sujets ou d'épisodes de la même composition sur une paroi, autrement (pie par la superposition de bandes horizontales. Jamais, au reste, la tradition de ce genre d'arrangement ne s'est perdue chez les anciens, et les litres du treizième siècle, disposées les unes au-dessus des autres sous le portique de Saint-Laurent hors les murs, offrent une ordonnance semblable à celle qui dominait dans la décoration des temples de l'antiquité. De ce que Pausanias ', avec son système habituel de réticences, ne nous donne pour sujet du travail de Polygnote à l'entrée du temple de Minerve Aréia, à Platées, ([ue l'épisode d'Ulysse, venant d'accomplir le meurtre des prétendants, je n'en conclus pas que tout se bornât à une seule grande peinture, et je suis plutôt disposé à croire qu'un ou plusieurs artistes avaient peint, à droite et à gauche de l'entrée, divers sujets de l'histoire héroïque en rapport avec la déesse du temple, tels que les aventures du héros qui avait été l'objet de la faveur constante de Minerve ^.

C'était dans ce système, j'en suis profondément convaincu, qu'on avait exécuté les peintures du Pœcile et du temple de Thésée. Les exemples pos-

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