‹ Mémoire sur les peintures que Polygnote avait exécutées dans la lesché de DelphesChapitre 5 sur 15 · IX · texte numérisé non relu

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- Pausanias signale en effet, à côté de la peinture de Polygnote, une composition d'Onulas, représentant la première expédition. des Argiens contre Thèbes.

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léricurs nous prouvent qu'il devait csislor à cet égard une grande liberté dans la répartition des sujets. Kien n'obligeait à ce (lue toutes les scènes rassemblées sur la même bande présentassent un lien d'unité, et par contre, on pouvait continuer la même histoire à divers étages. En un mot, c'était une disposition générale, semblable à celle qu'on retrouve sur quelques grands vases, tels que le vase François \ et sur les cotés des tables iliaques. L"étude du monument, combinée avec l'inlerprélation du texte de Pausanias, me conduit à reconnaître que le développement des deux sujets traités par Polygnote dans la lesché de Delphes était réparti sur deux registres, mais il aurait pu en exister davantage, sans que pour cela Polygnote eût man(jué aux lois de la composition , telle qu'on l'entendait à son époque.

Parmi les plus récents interprèles, 31. Jahn et M. Welcker n'ont pas entendu de la même manière l'arrangement des compositions de Polygnote. Ils ont pensé que, dans un chanq) unicpie et sans séparation, les figures avec un fond monochrome et des indications légères de terrain à diverses hauteurs, s'échafaudaienl les unes au-dessus des autres jusqu'à former trois rangs superposés; et pour justifier cette ordonnance singulière et presque barbare, ils ont allégué comme exemples les peintures de vases, telles que le vase de ftlidias-, le combat des amazones de la Bibliothèque impériale ^, etc.. où en efîfel les groupes se promènent à travers toute la surface, sans aucun souci des lois de la perspective. Je crois que ce rapprochement repose sur une erreur. Sans doute, parmi les peintures de vases empreintes du grave défaut (jue je viens de signaler, on en i'emar(pie (pii sont traitées avec beaucoup de grâce et de finesse , et l'on a conclu de ce contraste (|ue les artistes qui pratiquaient la mcyalograplne , ceux que nous appelons les peintres d'histoire, associaient au (aient le plus distingué la plus grande indifférence pour la partie de l'art qui tient compte de la dégradation des plans et du fond sur lequel se détachent les figures. Mais les vases qu'on a cités et tous ceux qu'on pourrait alléguer encore dans la même intention , appartiennent sans excep-

< Mon. inéd. de ilitst. arcL, t. IV, pi. LIV-LVIIl. — .I/t/«. Zeitiing, 18i9, t. VIII, pi. XXIII et XXIV.

- Gerhard, Lier die Vase des Midias. Berlin, 183!). 111-4°. — .Yolicc sur le vase de Midias. Berlin, 1840. In-i".

'' Millin, Monumenis i))èdils, t. II, pi. IX.

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lion à une époque très- postérieure à Polygnole. Je doute (pril en existe beaucoup d'antérieurs au règne d'Alexandre, et les plus anciens ne renioiiteni pas au delà du temps d'Epaniinondas.

Je ne voudrais pas entreprendre ici Pliisloire, en partie conjecturale, des progrès de la peinture chez les Grecs depuis Polygnole jusqu'à Protogène, lequel paraît avoir atteint le point qui rapprochait le plus l'art des anciens de celui des modernes. Ce ne serait pas ici non plus le lieu de fixer le degré auquel étaient parvenues chez les Grecs l'application des lois de la perspective à la peinture et la science des fonds. Les peintures d'Herculanum et de Pompéi qui, sans nous offrir autrement qu'à de rares intervalles des productions d'un mérite distingué, fournissenl les renseignements les plus précieux, semblent donner la preuve que les anciens, soit par un reste d'inexpérience, soit par règle et principe de goût et de composition , s'étaient arrêtés à ce mélange d'exactitude et de convention qu'on remarque dans le plus célèbre des tableaux de Raphaël, la transfiguration. On admettait aussi, quand le tableau se composait de deux ordres de ligures l'un au-dessus de l'autre, une dimension plus forte que la perspective rigoureuse ne le permet, pour celles du plan supérieur, el la faculté de les rapprocher de l'œil, avec un tempérament qiu' aide le regard à se rendre compte de la distance réciproque des deux plans. Comme exemple de cette combinaison, je puis citer, parmi les peintures de Pompéi, celle qui représente Zéphyi-e et Flore, ou comme d'autres l'ont expliqué, la Terre endormie el le Songe ("Ovei^wç) personnifié '.

Mais pour en arriver à ce point qui suppose le talent consommé de peindre les terrains, l'architecture el le paysage, surtout l'expérience complète des procédés de la perspective aérienne, il avait fallu s'élever par degrés, et les deux arts, celui du statuaire et celui du peintre, avaient dû exercer tour à tour l'un sur l'aulre une influence heureuse. De même que Polygnole avait dégagé le bas-relref de ses premières entraves, en lui enseignant l'usage des seconds plans, en l'habituant par degrés aux raccourcis, el en lui communi(iuanl, par ces deux moyens, outre la vérité et l'élégance des formes, un mouvement jusqu'alors inconnu, de même la grande sculpture des fron-

' R. Roclielte, Monuments inédits, pi. IX.— Ann. de l'Inst. arch., 182!), t. 1, pi. D. — A^ellino, Osservazioni sopra unapillitra Pompeiana. iVaj)les, 1850.

tous, sous le ciseau créaleur de F^hidias, avait appris aux peintres à donner à leurs compositions plus de profondeur, et à modeler des figures dans les mouvements les plus hardis et les plus difliciles. C'est alors que Vimilalion devint une des conditions essentielles de Part de peindre , et la naïveté des anecdotes que les compilateurs de Tantiquilé nous ont conservées sur Tadmiralion qu'excitaient les raisins de Zeuxis ou le rideau de Parrhasius, sert à indiquer le moment on, pour la figure elle-même, on commença à produire Fillusion de la nature. Celte illusion ne peut exister sans les fonds, et les peintres que je viens de nommer ouvrirent à cet égard la voie où s'illustrèrent Euphranor, Apelle et Protogène.

Au milieu de ces progrès, les artistes obscurs qui continuaient de peindre des vases, sentaient croître leur embarras. Transporter sur une surface convexe des compositions , telles que celles du temps de Polygnole, peu variées déteintes et tracées sur un fond uniforme, clair ou sombre, compositions dont quelques-unes , comme celles de la lesché des Cnidiens , avaient été exécutées sur une surface concave , c'était une entreprise comparativement facile, et dont ils se tiraient avec succès. Les peintures de vases qui rappellent le style de Poh gnote sont les plus belles , non-seulement parce que le style en est plus noble, mais aussi parce que la simplicité du travail empêche qu'on ne s'aperçoive de l'imperfection des moyens dont la céramographie dispose. Mais quand la grande peinture eut acquis tout ce qui lui manquait d'abord, le modelé, les raccourcis, la perspective et les fonds, les peintres de vases qui continuaient, comme naguère nos artistes de Sèvres, à prendre pour modèle les créations de la mégatographie , tombèrent dans un étrange embarras, et ils n'échappèrent à la diflicultéque par un compromis bizarre et malheureux, traduisant en monochromes, ce (pii exigeait la variété des teintes et le charme do la couleur, rangeant les uns au-dessus des autres, et sur le même plan perspectif, des figures, des groupes et des épisodes qui, sur l'original, étaient soumis aux lois de la dégradation et de la distance. Ces arrangements, qui nous choquent malgré la grâce et la finesse des détails , n'ont rien de commun ni avec les procédés de Polygnote, ni avec les peintures de vases directement inspirées par les ouvrages de cet artiste'.

Ea peinture est celle des branches de l'art où il nous est le plus difficile

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^apprécier le mérite des anciens. Les chefs-d'œuvre nous manquent , et nous sommes réduits à étudier ce que les Romains du premier siècle devaient considérer comme des décors insignifiants. Néanmoins, il y a des exceptions à cette condition fâcheuse, et nous n'hésitons pas phis que Letronne ' à envisager les anciennes peintures sur paroi , que les riches iiabitants d'Herculanum avaient encastrées dans les muiaillesde leurs habitations, comme des ouvrages estimés à l'époque même où Home était devenue, en quelque sorte, le musée des chefs-d'œuvre de la Grèce, et dont quelques-uns pouvaient remonter jusque dans le voisinage des grandes époques de l'art.

Ces peintures ne sont pas parmi celles qu'on a découvertes aux environs de Naples, les seules qui puissent donner une idée de la manière des anciens maîtres. On peut hardiment assigner ce privilège aux morceaux qui ornaient un édifice public d'ilerculannm, qu'on présume avoir été une basilique. Si, en elTet, le Télcphe - qui décorait cet édifice peut passer pour une imitation de celui de Parrhasius, mentionné par Pline, si dans le Thésée''' de la même salle, il est permis de reconnaître une reproduction de l'ouvrage du même peintre, qu'on avait placé à Rome dans le Capitule, les Muses '^ enlevées de l'édifice qui a fourni le Thésée et le Télèphe auraient aussi le droit de passer pour la copie de celles qu'on devait au pinceau de Zeuxis, enlevées d'Ambracie et transportées à Rome par Fulvius Nobilior, l'an 1 89 avant notre ère, pendant la guerre contre Philippe de Macédoine.

Déjà les académiciens d'Herculanum ^, frappés du contraste qu'ott're le grand caractère de ces peintures avec quelques négligences qu'on y remarque dans l'exécution des détails, avaient émis l'opinion que ces morceaux avaient été peints d'après des originaux célèbres. Cimon de Cléones passait pour avoir le premier rendu les figures de (rois quarts, oW«V/«as imagines, de même que les divers mouvements des têtes de face de bas en haut, et de haut en bas, varie for mare vullus respicientes , suspicienfes vel despi-

' Lettres d'un antiquaire à un artiste, \)\). 74 cl siiiv. - Pittiire d'Ercolano, t. I, tav. VI.

' IlmL, t. J , tav. V.

" Jbid, t. II, tav. MX.

^ îbi(L, p. 21 , iiot. i.

cientes\ et s'il est vrai, comme l'a pensé Bœttiger^, d'après une épigramme de Simonide '", que ce Cinion fut contemporain de Dionysius de Colophon , le(|ucl ayant imité avçc talent les ouvrages de Polygnote, lui avait sans doute inimédialemcnt succédé, ces deux peintres occupent rintervalle qui s'étend (Mitre le peintre de Thasos, très-peu antérieur à Phidias, cl les deux rivaux en renommée, Zeuxis et Parrhasius, (pii florirent depuis la délivrance d'Alliènes jusqu'à l'avènement de Philippe en Macédoine.

Cimon fut sans doute, puisque les anciens l'attestent, celui qui introduisit dans la peinture les perfectionnements que je viens d'indiquer , mais la révolution ne s'accomplit d'une manière éclatante que sous le pinceau de Zeuxis et de Parrhasius : le premier plus énergique de relief, le second plus savant et plus fin dans les contours. L'un et l'autre, je l'ai indiqué plus haut, faisaient déjà usage des fonds de paysage et d'architecture, mais au besoin ils devaient encore traiter des sujets à l'ancienne manière , c'est-à-dire avec un fond monochrome. Les Muses d'Herculanum, qu'un heureux concours de circonstances a fait arriver dans le musée du Louvre, offrent une combinaison frappante des nouveaux progrès de la peinture avec ses anciens procédés. Ces figures isolées, s'enlevanl en vigueur avec des teintes peu variées sur un fond clair, offrent dans la disposition des têtes cette variété de mouvement que Cimon passait pour avoir introduite le premier dans la pratique de l'art. Nous ne devons donc pas croire (fu'il ait existé rien de semblable dans la leschè de Delphes; mais pour le reste, les Muses avec leur chainie mêlé de gravité , leurs mouvements nobles, leurs draperies déjà souples et légères, donnent une idée de ce que devaient être les captives et les héroïnes, peintes par Polygnote, et je désirerais, pour l'intelligence de ce Mémoire, que le lecteur en eût constamment l'image présente à son souvenir.

I Plin., //t.s/. nut., XXXV, 34.

- Ideen znr Arclneolof/ie (1er Malerei , p. 256.

' AiitlioL (jvavc, t. I, \i. 74, n" LXXVIII. éd. ,];icobs.

SUR LES PEirSTURES DE POLYGNOTE. 33

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