Tome XXXIV
et son petit- fils et les trois captives d'en bas, nous avons en tout douze personnages, qui se développent sur la bande inférieure, tandis que le registre de dessus ne nous montre que huit personnages, (piatre à droite et (piatre à gauche, avec un assez grand espace dans Tintervalle. Cette lacune, je la comble au moyen de quatre auti'es captives que me fournit la description de Pausanias. La manière dont l'écrivain a marqué la place de ces dernières figures a fort embarrassé les antiquaires : ye^p^u^ev» a"e M yàîv/n
ÙTièp zaijxai AjjiVôpv) re Y.a\ MyjTtéyy], y.al ihïrSLç, icsxi v.a.1 K).£S(5i')'.yj. On n'a paS SU Comment se tirer de cet xmïp Taûta;; les uns ont pensé, pour la première fois, à un troisième rang de peintures; les autres se sont représenté Déinomé , Mèlioché, Pisis et Cléodice, comme paraissant sur l'arrière-plan , entre les têtes des quatre captives précédentes. Personne ne s'est avisé que cette préposition ùr.èp pouvait avoir reçu une troisième acception, et désigner par conséquent une place au delà. Ce sens est pourtant le véritable; mais il s'agit de savoir si c'est à droite ou à gauche des quatre premières captives qu'il faut placer celles dont il est ici question. A gauche, on verra bientôt que l'espace est assez rempli ; à droite , nous trouvons une lacune à combler. Par conséquent, ùnèp, en cet endroit, ainsi que je l'ai dit plus haut, désigne ce qui est par delà, en se dirigeant vers le commencement du tableau. L'observateur revient sur ses pas, et s'aperçoit qu'il a oublié quatre ligures du second ordre. Mais que veut dire ce lit, xXtv>j, sur lequel les quatre dernières captives sont placées? C'est une circonstance assez singulière pour mériter qu'on en cherche la signification. A gauche comme à droite, tout se passe à l'extérieur, et rien n'autorise à penser qu'on ait figuré un édifice intermédiaire. Pour moi, je ne m'explique la présence de ce lit, en dehors des maisons, qu'en complétant la description de Pausanias, et en supposant qu'on avait accumulé en cet endroit la dépouille des palais dont les Grecs allaient charger leurs vaisseaux. On verra plus loin que, de l'autre côté, à la place correspondante, il y avait une accumulation de cadavres. Sans entrer encore dans l'étude de la signification du sujet , on peut remarquer que les morts d'un côté et le butin de l'autre offrent un contraste favorable à la peinture. Hélénus, assis dans la sombre contemplation de l'avenir, les trois Grecs blessés prêts à partir et préposés peut-être à la garde des dépouilles, les quatre Troyennes assises
sur le lit el faisant partie du butin, suivies de quatre autres femmes dans une altitude diiîérente sans doute, mais que le Périégète n'a point indiquée, c'est un complément raisonnable et bien entendu des scènes d'horreur que nous allons rencontrer de l'autre côté.
Dans la description du rang inférieur, l'énuméralion d'Hélène, de sa suite et des plus illustres captives se terminait par l'indication du personnage de Nestor et de son cheval. Après les huit captives d'en haut, moins célèbres et confondues avec le butin , Pausanias nous montre Épéus et le cheval de Troie. Ces deux groupes, composés chacun d'un homme et d'un cheval, occupent, sur les deux rangs, le milieu de la composition, et l'on ne peut s'empêcher d'être frappé du contraste qu'ils présentent. En haut, nous voyons Épéus , dans toute la force de la jeunesse, occupé à renverser de ses propres mains
les murailles de la ville conquise, yiypadlcu. èï xai 'Enuhi yu^ivoç, Y.oac£iklw èi 'îh^foc
Twj TpùMv Ts reïyoi;. Il est nu , et SOU travail ne cessera pas avant que la destruction soit complète. Auprès de lui est le cheval qu'il a construit, et l'on ne voit que sa tête derrière la muraille, se dressant au-dessus des Troyens dont il a causé la perle : àvây^ii ai îmèp aùziZv y.sfxlri tsô 'limou iJLÔv/j ToD âsvpdou. Cette apparition de la tête du cheval de Troie a quelque chose de funeste, et rappelle un détail des bas-reliefs sépulcraux chez les Grecs, sur lequel notre confrère, M. Philippe Le Bas, a publié un remarquable mémoire ^
Au-dessous, le vieux Nestor se montre avec les préparatifs du départ, la tète couverte d'un bonnet feutré, mXo?, et tenant une lance à la main. On a été embarrassé d'expliquei" le mouvement du cheval représenté auprès de lui : y.a!. 'imoi y.ovki^M pi'klavroi noLpiyizM a^rip-o^- ^'C chcval, évidemment dégagé de tout lien, dessiné sur un plan plus recidé, et dont le corps devait se cacher en partie derrière le roi de Pylos , était figuré dans l'attitude d'un animal qui s'apprête à se rouler dans la poussière; c'est-à-dire qu'on le voyait couché, comme les chevaux et les mulets qui, après une journée de marche, au moment où l'on vient de les décharger, s'étendent sur le sol et s'arrêtent un moment la tète en l'air , avant de se rouler sur le dos avec une espèce de fureur. H semble que l'artiste, dans les deux groupes d'Epéus et de Nestor, oppose la jeunesse , la force et l'activité , à la vieillesse et à la lassitude.
' Monuments d'antiquité figurée recueillis par la Commission de Morée, pp. 83-226.
En même temps Épéus sert de transition des scènes de butin à celles de carnage, de même que Nestor, qui doit s'embarquer avec Ménélas, ainsi que Pausanias a eu soin de le remarquer, lie les épisodes du vaisseau, de la tente, d'Hélène et d'^Ethra, avec les scènes que nous allons rencontrer dans le reste de la bande inférieure. Mais ici je me trouve dans un dissentiment si complet avec les interprètes qui m'ont précédé, (|u'il m'est impossible de ne pas développer en détail les motifs sur lesquels ma conviction se fonde. Pour les frères Riepenbausen , Goëtbe, Siebelis, Jahn, Welcker, Fr. Hermann, |)our tous, en un mol, Néoptolème se montre sur la bande inférieure après Nestor, ou du moins sur une bande intermédiaire. Pour moi, et pour moi seul jusqu'ici, Néoptolème appartient à la rangée d'en haut, et ce sont les héros grecs rassemblés autour de Cassandre qui continuent l'ordonnance inférieure. Si je me trompe, j'aurai malheureusement cherché à substituer une opinion hasardée à une opinion grave et concordante : si j'ai raison, l'éclaircissement que je prétends apporter aura d'autant plus de mérite qu'il aura été moins soupçonné : la chose vaut la peine qu'on s'y arrête un moment.
Polygnole avait traité deux fois le sujet d'Âjax et de Cassandre , au Pœcile d'Athènes et dans la lesché de Delphes. La description du Pœcile est, chez Pausanias , de tout point concordante avec celle de la lesché. Voici ce que nous lisons dans le&Alliques, 15. 3. « Outre les Amazones, on voit les » Grecs après la prise de Troie : leurs rois sont rassemblés à cause de l'at- » tentai d'Ajax contre Cassandre : le tableau nous montre le personnage » d'Ajax et des femmes captives au nombre desquelles est Cassandre elle-
» même. Enl «K raïi k^où^ôiiv KiX-f^viz shtv r,p/)->i6zei IXtov, ncd di (Scailslç ri^poia^Àvti ôià TÔ » A'avTOi; de, zr)v KanG:ivêpav TÔÀ^>j/ota ' xat aùzàv yj ypotar} xov klavla z'/et , y.ixl yuvcây.aç Twi/
» oK/j^aViToûv aXkai zs Y.a.1 Kaiaii/ôpav. » Plutar(iue ' parle de celte peinture d'Athènes, à propos de Cimon, fils de Milliade et de sa sœur Elpinice. Il rapporte les mauvais bruits qu'on avait fait courir sur elle, et ce qu'on disait de ses rapports avec Polygnole, que ce peintre, en peignant les Troyennes dans le Pœcile , avait représenté Laodice sous les traits de la sœur de Cimon :
V.3.'. m'y. ■ZQjvo i^anlv sv Tr, YIIïi'Jmvixktim tsTc v.oàvJiJ.ivn , ïlom^ri àï v'm otso'., ypiffavlc. ràç TpMx-
&ti, TÔ T/jç Atxoâùofiç mtfiGou npôcsmnov iv si/.évi Tjjç 'Eh:ivM-/iç. Ainsi (lonc, (lans la C'Oni|)0-
sition du Pœcile, où Polygnote avait peint les Troyennes (ce qui est conforme à la description de Pausanias), parmi les captives jointes à Cassandre, se trouvait le personnage de Laodice.
Dans la description de la lesché, nous trouvons d'abord Polypœlès, fils de Pirithoùs, et Acamas , le second fils de Thésée, puis Ulysse avec les Atrides (description du Pœcile : d (ixiàùiYi^poi'JiJ.évoi). Ajax est entre eux jurant sur Tautel de Minerve à l'occasion de l'attentat contre Cassandre ( description du Pœcne : àà zo A'ioa/zoç dç r/jv Ka.'j'jci.vôpa.v To7^>;^a ' xodaùrov f) ypvm zhv Ai'avTa È'xej). Cassandre est assise à terre, tenant la statue de la déesse. Plus loin nous voyons d'autres captives, au nombre desquelles est Zrtorf^ce. Mais, suivant mes devanciers, ce serait seulement dans la peinture du Pœcile que Laodice aurait été réunie à Cassandre, tandis qu'à Delphes, Polygnote aurait fait deux parts de sa composition , l'une pour le plan supérieur où l'on aurait vu Cassandre, Ajax et les rois des Grecs, l'autre pour la ligne d'en bas, où Laodice se serait montrée au milieu des autres captives. Voilà, il faut en convenir, une distinction qui n'a guère de vraisemblance; mais qu'y faire, si le texte sur lequel on la fonde est aussi formel qu'on l'a cru jusqu'à présent?
La description de Pausanias, je l'ai déjà dit, est remplie d'anacoluthes. L'auteur néglige souvent d'avertir en introduisant un nouvel épisode, s'il suit la même zone ou s'il se reporte à l'autre rang. Dans l'arrangement proposé par mes devanciers, on n'évite pas plus cet inconvénient que dans le mien. Après avoir indiqué la scène de carnage à la fin de laquelle se trouvait le groupe de Sinon et d'Anchialus emportant le cadavre de Laomédon, Pausanias passe sans transition à la description de la maison d'Anlénor; et pourtant, tout le monde en est d'accord, cette maison était figurée à un autre rang (|ue la scène précédemment indiquée. Par conséquent, de ce qu'après Épéus et le cheval de Troie, se trouvent de même, sans transition, mentionnés Polypœlès et Acamas, plus les autres héros grecs rassemblés autour d'Ajax, fils d'Oïlée , il ne s'ensuit pas que les nouveaux personnages fussent placés sur la même ligne qu'Épéus. Au contraire , après que l'auteur a terminé la description de la première moitié, par les figures centrales de Nestor d'abord
el d'Épéus ensuite, il semble qu'on le voie se reporter vers le bas qui lui a fourni le commencement de son énumération; puis, après avoir nommé plusieurs personnages rapprochés par Taclion, remonter à l'autre rangée, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il n'ait plus qu'à raconter le dernier épisode , placé, comme le premier de tous, en dehors de la superposition des deux zones.
Mais on se sent enchaîné par une expression significative : on trouve iXéoptolème placé en ligne directe du cheval qui se vautre auprès de Nestor, y.xrejBi à roD 'Ikkou toD napk tm Ne'are^i , et l'on en conclut que le fils d'Achille venait sur la même rangée immédiatement après le cheval. J'ouvre les lexi- (|ues, même la dernière édition d'Henri Estienne, et je n'y trouve rien qui autorise à entendre y.ixxsuBv,en un ou deux mots, d'une autre manière. Heureusement pour moi, j'ai à ma disposition un auteur qu'on n'a peut-être pas suirisanmicnl étudié, et l'usage fréquent (jue les études égyptiennes m'obligent de faire de cet écrivain me met en mesure de résoudre la difiiculté devant laquelle on a mieux aimé mettre en doute l'évidente analogie des deux compositions du Pœcile et de la lesché, que de trancher le nœud gordien.
Horapollon énumérant (1,6) les idées dont l'épervier était le symbole, après avoir dit que cet oiseau désignait ou la hauteur ou l'abaissement, /j' ij<poi -^ zansivcm-j , ajoulc pour Commentaire que « les autres volatiles qui veu- » lent s'élever dans le ciel, ne le font qu'obliquement, à cause de l'impos- » sibilité où ils sont de prendre la ligne droite, tandis que l'épervier seul » s'envole directement ; et de même pour l'abaissement : pendant que les » autres animaux , incapables de suivre la perpendiculaire , ne gagnent le » sol qu'en biaisant , l'épervier se précipite en ligne droite. » Et dans ces deux exemples de la perpendiculaire, prise de bas en haut et de haut en bas, c'est de l'adverbe xarsuB-ù que l'écrivain fait usage : î-'tfsç ai, iml rk i^èv hspa Çc3« ek
ijipoç TzézeaBat r.poaipoùiMva , TtXaj/tMç TzepKfipezau , à^hvaro^vza ^az suBù )((,)peîv, ^ôvoç, àï lépa^ £eç ittpoi y.azevâù nézezai' zomslwximv âk, énsi zà szepx Çwat où xazà y.xBezov Tipbç zoûzo X'^P^h nlayiuç âè y.azaaépszou , lipa^ Si v.txzevBi dnl zà zacTtSivov xpénzza.'..
Que veut dire zara^i? purement et simplement la ligne droite, soit horizontale, soit verticale. Pour entendre dans ce mot uniquement la ligne horizontale, on n'est pas même contraint par la tyrannie de l'usage. Si donc nos
SUR LES PEINTURES DE POLYGNOTE. m
autres remarques nous obligent à interpréter la phrase : xarsjSi ôk xoû ïnm'j xqXj r.ixpk Tc^ NêCTTojoj Neo7t7o7e/j.!3; . . è^n, en ce sens que la figure de Néoptolème était placée en ligne directe au-dessus du cheval représenté à côté de Nestor, nous ne ferons rien qui ne soit autorisé par un bon exemple : et c'est là certainement la véritable explication. La clarté de l'arrangement qui en résultera pour la composition tout entière en fournira la preuve convaincante. Nous avons vu qu'Épéus et Nestor étaient disposés à peu près au-dessus l'un de l'autre dans le centre de l'hémicycle. Mais Épéus pouvait incliner un peu sur la droite, en laissant le point précis du milieu au cheval de Troie; de l'autre côté, Néoptolème, dont le corps se portait en avant, avait la tête justement au-dessus de la moitié apparente du cheval qui se roulait auprès de Nestor; et de là il faut conclure que la ligne verticale qui partait du cheval de Troie descendait sur la tète de Nestor. Celui-ci se trouvait comme un terme entre les deux moitiés du registre inférieur, et au-dessus, Néoptolème et Epéus, séparés par le cheval dont la tète colossale se montrait au-dessus de la muraille, offraient deux images opposées et contrastées de l'activité ardente de la jeunesse.
Qu'il me soit permis maintenant, sans m'astreindre davantage au procédé de morcellement employé par Pausanias, de présenter sans interruption les deux grands sujets de la seconde moitié , afin de faire sentir la liaison d'idées qui préside à l'arrangement de chacun de ces sujets. Nous avons laissé, au centre de la rangée inférieure, Nestor debout et prêt à partir, les pieds probablement tournés du côté d'Hélène et du vaisseau de Ménélas, mais sans doute aussi le regard attiré de l'autre côté par un des incidents du sac de la ville. Peut-il sembler naturel de voir Néoptolème, dans l'élan du carnage, venir en quelque sorte s'aheurter à Nestor immobile, et aux pieds duquel un cheval débridé se roule, comme ses pareils le font quand arrive l'heure du repos? Il n'est du reste pas possible de tourner dans un autre sens la tète de Néoptolème, derrière lequel nous verrons bientôt s'accumuler les victimes de sa fureur. Dans notre hypothèse, au contraire, le premier groupe qui se rencontre à gauche de Nestor, est celui des deux amis, Polijpœlès et Acamas , l'un fils de Pirithoug, l'autre de Thésée , renouvelant ainsi l'union alïectueuse de leurs parents. Si Acamas ne parait pas avec son frère Démo-
plioii , c'est que celui-ci s'esl délaclié pour aller reconnaître ^llira , leur aïeule ; mais malgré cette séparation momentanée , on doit s'attendre à les trouver Tun et Taulre dans la même rangée, et c'est là un argument de plus en faveur de l'ordre que nous avons adopté.
Selon toute vraisemblance, Polypœlès et Acamas tournaient le dos à >estor , et ils regardaient du même côté que le vieillard de Pylos. Nestor est roi ainsi que Polypœtés, signalé comme tel par l'artiste, qui avait placé un l)andeau autour de sa tête, âsàiiévoç rriv y-efcà-hv zaïvia. Ulysse armé qui vient ensuite est un troisième monarque, et leur réunion avec les Atrides répond à l'expression que nous avons trouvée dans la description du Pœcile, oi (baulsiç r.'b^oaixh/oi àk xh Aïovtog eiç xw lia'^advùpocu xo^^ij-yi^j^x. Pausanias a omis de décrire le geste accusateur d'Ulysse, mais on voit par sa description qu'Ajax, fils d'Oïlée, s'efforçait par un parjure de détourner la colère des chefs de l'armée , épouvantés des conséquences de son impiété. Agamemnon et Ménélas, l'un déjà louché du sort de Cassandre qui lui tombait en partage, l'autre n'attendant (jue la fin de cette dernière réunion pour s'embarquer, devaient nécessairement être placés de l'autre côté de l'autel , en face d'Ulysse , de Polypœtés et d'Acamas; car il fallait que tous les regards fussent tournés vers l'autel, qu'Ajax prenait à témoin de son innocence. N'oublions pas de signaler la convenance qu'il y avait à placer sur la même ligne Ménélas et Nestor, son compagnon de voyage, de même qu'Hélène et le vaisseau du roi de Lacédémone.
Quant à Cassandre , il semble bien (|ue le peintre Pavait représentée assise à terre auprès de l'autel , avec l'idole de Minerve dans ses bras : par conséquent , elle aurait figuré entre Ajax et les Atrides. Il est vrai que, dans la description correspondante du Pœcile, Cassandre paraît plus rapprochée des autres captives, zatyuvaSwtç xàv cd-;Qjjxkw(M ayiyç, Tîxal ICa7C7âv^/5av. Mais Cette dernière expression n'a rien d'absolu , et rien n'empêche que l'ordonnance du Pœcile ait été semblable à celle qui résulte de la description de la lesché, c'est-à-diro que les Atrides debout y aient de même séparé Cassandre de ses compagnes d'infortune.
L'intervention du personnage de Laodice montre que ce qui suit était le complément de la composition exécutée par Polygnote dans les deux villes.
SUR LES PEINTUKES DE POLYGINOTE. 57
Nous avons d'abord, en conliiuianl daller de droite à gauche, un second aulel surmonté d'une cuirasse et un enfant que la crainte porte à embrasser cet autel , Laodice debout , un labre sur un soubassement , Méduse assise à terre et s'attachant des deux bras à cette base de marbre , enfin un personnage ambigu, soit vieille femme, soit cunu(|ue, assis et tenant dans ses bras un enfant qui , par l'effet de la peur , mot la main devant ses yeux. (]elte partie de la composition comprend la réunion des personnages auxquels Pausanias, en parlant du Pœcile , a donné le nom de captives plutôt par forme de prolepse qu'avec une rigoureuse exactitude, les femmes et les enfants dont il est ici question étant dévolus à l'esclavage , mais attendant encore leur destinée dans l'intérieur des palais.
C'est ce que démontre, pour les deux monuments, le personnage de Laodice. Polygnote excellait déjà par rex|)ression , et l'on citait, comme un admirable exemple de son talent sous ce rapport , la tête de Cassandre. Si le visage de Laodice avait exprimé la terreur, comme les autres ligures qui l'accompagnent, comment le peintre aurait-il songé à lui communiquer les traits d'EIpinice, dont il tenait à flatter la vanité féminine? Car la contraction de ly crainte aurait donné à ce portrait idéalisé un singulier aspect. Mais Laodice était debout, tandis que les figures voisines se roulaient à terre dans les angoisses du désespoir, et Pausanias fait entendre que, malgré la place assignée par l'artiste à cette Troyenne, il n'était pas probable que les Grecs l'eussent emmenée en captivité : sa qualité de femme d'Hélicaon, fils d'Anténor, avait dû la faire respecter. Un rayon de confiance devait donc animer les traits de Laodice, et c'était un heureux contraste avec Méduse, la fille de Priam, qu'attendaient toutes les horreurs de l'esclavage.
Un des détails dont l'intention est la plus difiicile à saisir, c'est cet autel surmonté d'une cuirasse et qu'embrasse un enfant épouvanté. Pausanias s'interrompt ici pour discuter la forme de cette cuirasse qui, lorsqu'il vivait, avait depuis longtemps cessé d'être en usage. 11 remarcpie qu'Homère en mettait une semblable sur les épaules de Phorcys le Phrygien; mais, d'un autre côté, il se rappelle avoir vu dans le temple de Diane, à Éphèse, une peinture de Calliphon de Samos, où des femmes étaient représentées attachant à Patrocle une cuirasse du même genre. L'intention qui a dicté cette digression Tome XXXI V. 8
est diflicile à saisir; toutefois je pense qu'elle n'a pas eu d'aulre objet cpie de rendre compte de l'embarras qu'éprouvaient le voyageur ou même les exégèles qui lui expliquaient la composition de Polygnote à déterminer la signification de cette cuirasse placée sur un autel. On ne pouvait dire avec certitude si elle avait appartenu à un Grec ou à un Troyen. C'était peut-être celle d'un des héros rassemblés dans le temple de Minerve, car le Périégèle a eu soin de nous faire remarquer que, seul de ces héros, Ulysse avait endossé la cuirasse. Ajax et Ménélas portaient un bouclier; Acamas se distinguait par un casque surmonté d'une aigrette; Agamemnon et son frère avaient aussi un casque, mais on n'a mentionné pour Agamemnon ni bouclier ni cuirasse. Si l'objet placé sur l'autel est d'origine grecque, ce ne peut être que la cuirasse d'Agamenmon déposée là négligemment à l'entrée du temple , et comme pour marquer la confusion d'une pareille scène; si, au contraire, il faut y reconnaître une arme phrygienne, elle appartient sans doute à un Troyen qui, réveillé au milieu des ténèbres, se sera précipité au dehors, sans avoir le temps d'endosser la cuirasse (ju'il a laissée sur l'autel de Talrium, et c'est son enfant qui, entendant les cris du carnage, se sera réfugié à l'abri de cet autel.
11 faut remarquer ici par quels degrés successifs l'artiste nous a conduits depuis le plein air du rivage jusque dans l'intérieur des palais. Grâce au système abréviatif que nous retrouvons sur les vases, et qui permettait d'indi(|uer le tout par la partie, une série non interrompue de figures a pu se dérouler en passant du dehors au dedans. Je ne trouve pas dans la composition de Polygnote, comme plusieurs critiques ont paru le faire, une distinction de place entre l'acropole d'Ilion et le reste de la ville. La zone d'en haut appartient en général aux rues et aux places de la cité conquise; à droite, on s'approche du rivage; à gauche, les personnages semblent prêts à sortir par une des portes opposées. En bas , nous avons d'abord la mer et le camp des Grecs sur le rivage, puis nous arrivons à l'entrée de la ville. De là le peintre nous introduit dans l'hypèthre du temple de Minerve, d'où nous passons à l'atrium d'un palais. Le labre ou lulerium dont Méduse end)rasse le soubassement est le signe de la partie la plus secrète de l'habitation. L'épouvante de celte jeune fille, celle de l'enfant que tient la vieille nourrice, sont le résultat des cris de carnage qui retentissent au dehors. Laodice seule échappe
à I effroi généial; car elle compte sur son alliance avec la famille d'Anténor pour se faire respecter par les Grecs. Toutes ces remarques font comprendre pourquoi la maison d'Anténor elle-même se trouve immédialement après celle où le peintre avait figuré 31éduse et Laodice, et comment cette dernière scène d'intérieur se liait aux précédentes.
Mais avant d'en venir aux détails du départ d'Anténor et de sa famille, il faut reprendre l'élude du registre supérieur au point où nous l'avons laissée. Déjà apparaissait jNéoplolème, le seul qui frappait encore, tandis que de la pai-t des autres Grecs, le carnage avait partout cessé. Pausanias s'est d'abord contenté de décrire le groupe du fils d'Achille perçant de son épée AsUjnous tombé sur le genou, tandis ([w'Êlassus, sa précédente victime, semble près de rendre le dernier soupir. Puis il a complété la composition commune à la lesclié et au Pœcile par la description des figures rangées autour de Laodice. Arrivé alors à la limite de l'hémicycle, il reprend le registre supérieur, à peu près au-dessus de la figure d'Ajax, et continue le récit de l'action représentée jusqu'à l'extrémité de la peinture. Tout cet espace, depuis Néoptolème jusqu'au groupe de Sinon et d'Anchialus, est rempli par des cadavres, monuments du passage furieux du fils d'Achille et des autreS Grecs. Ce sujet imposait au peintre des conditions particulières. Sans se rendre infidèle à sa loi de symétrie, il avait dû multiplier les plans, et la plupart des figures (|ui, ailleurs, s'offraient debout ou assises, se présentaient nécessairement dans 'une situation horizontale. C'est ce qui explique la manière vague et embarrassée dont Pauleur désigne leur position réciprocjuc. Le secours de la composition elle-même nous serait indispensable pour sortir de ce redoublement de difficulté. Toutefois il n'est |)as impossible d'éviter les principales embûches, et si Pausanias ne nous fournil pas tous les renseignements dont nous aurions besoin, il ne lui arrivera pas du moins de nous contredire.
Cet écrivain nous représente d'abord un monceau de trois cadavres. Pélis, nu et dépouillé, est renversé sur le dos; au-dessous, Èïonée et Admète sont encore revêtus de leur cuirasse. Ces corps étendus correspondent aux figures de Cassandre et des Atrides. Plus loin sont encore deux cadavres : Pausanias a soin de remarquer que l'un, celui de Léocrite, est au-dessus du labre, et que l'autre, celui de Corœbus , est placé sur ou \i\\\[ôl par delà , ùr.ip, les
corps d'Éionée ol (rAdmélc , déjà au-dessous de celui de Pélis. Comme entre Agnmemnon el le labre il faut mettre Tautel et Tenfant, ainsi que Laodice, nous devons croire que, des deux personnages indiqués en dernier lieu , le |)remier, nommé Léocrite, était vers la gauche, et qu'un espace s'étendait entre lui et Corœbus, couché vers la droite, proche d'Éionée et d'Adméte. L'auteui- ajoute qu'un dernier groupe, ou plutôt un dernier monceau, composé des corps de Priam, à'Axion et tVAyénor, était placé au-dessus de Corœbus, eVrivco To5 KcpoiScv: mais, pour justifier cette expression, il suffisait que ces trois figures fussent un peu plus rapprochées de Corœbus et sur un plan plus élevé. Rien n'empêche d'ailleurs de leur faire occuper l'espace entre Corœbus et Léocrite, en se les représentant accumulées l'une sur l'autre, avec le corps de Priam par-dessus, comme appartenant au personnage le plus important. Pour achever la correspondance des deux zones, il reste encore à remplir l'espace qui s'étend au-dessus de Méduse et de la vieille nourrice, assise avec l'enfant dans ses bras. Si, comme je le pense, Sùion o\ Anchiahis , emportant le corps de Laomédon, étaient au second plan, ils n'avaient pas besoin de plus de place que n'en ont laissée nos délimitations successives, et le dernier cadavre, celui tX'Érésus, étendu sur le devant, comme plusieurs de ceux dont il vient d'être (luestion, pouvait, sans confusion, compléter cette partie de la peinture.
Après avoir terminé la restitution de la rangée supérieure, redescendons à la partie du registre d'en bas, qui s'étend au dehors de l'hémicycle. Nous y trouvons la maison d'Anténor et les préparatifs d'un départ, dont le calme fait un contraste frappant avec les terreurs de l'habitation voisine. Une peau de panthère, suspendue au-dessus de l'entrée, désigne la sauvegarde qu'Anténor doit à ses liens d'hospitalité avec lHysse et 3Iénélas. Néanmoins un chagrin profond se peint sur tous les visages : on ne cpiilte |)as sans regret el pour toujours une patrie livrée à toutes les horreurs de la destruction. Théano, la femme d'Anténor, se montre à nos yeux entre ses enfants assis, (Uaucus, sur une cuirasse semblable à celle (|u'on a vue précédemment sur l'autel, Qi Eitrymachus , sur un bloc de pierre. Auprès de ce dernier est J«lénor, el ensuite Crino , sa fille ; celle-ci tient un enfant nouveau-né. Après cela, c'est un âne, sur lequel des serviteurs chargent une cassette et d'autres
objets précieux. Un petit enfant est assis sur ces bagages. Supposez (|ue, par ce pluriel vague, oiyJzcu, Pausanias ait indiqué trois esclaves, nous compterons dans la maison d'Anténor onze figures d'hommes, de femmes, d'enfants et d'animaux \ et c'est précisément ce nombre de onze que nous a fourni la double scène des préparatifs du départ des compagnons de Ménélas ^. On s'en va des deux côtés , mais les Grecs sont aussi joyeux que les Troyens sont tristes, et l'on distingue entre les deux extrémités de la composition l'harmonie des mouvements et le contraste de l'expression.
Si, après ces remarques minutieuses, il restait quelque doute sur l'arrangement que je propose, j'espère que toute hésitation cesserait en présence des résultats clairs et concordants que présente désormais l'ensemble du tableau. Nous avons d'abord des rapports de nombre, qui ne peuvent être le produit du hasard : onze figures à chaque extrémité, douze figures depuis Briséis j-usqu'à Nestor, douze figures immédiatement au-dessus, depuis Hélénus jusqu'à Épéus; le centre est occupé, avec la nuance que nous avons indiquée plus haut, par Épéus et par Nestor. Au delà, la division qui comprend Cassandre et Laodice, et qui fait pendant à celle que domine la figure d'Hélène, renferme onze figures au lieu de douze, sans parler de l'enfant dans les bras de la vieille esclave; mais je ne compte pas non plus le petit Astyanax, suspendu au sein de sa mère, et le labre, par la place qu'il occupe, peut bien compter pour une figure de plus. Enfin au-dessus de Cassandre et de Laodice, nous avons les scènes de carnage où Ton voit Néoplolème frappant encore et Priam assassiné. Les personnages, en cet endroit , ne sont pas moins de quinze, et c'est là un assez fort excédant sur les douze de l'autre côté et les onze de la division qui se développe au-dessous. Mais n'oublions pas que les cadavres étaient accumulés, et tenaient par conséquent moins de place que des figures animées, debout ou assises. Au-dessous, des accessoires d'une grande dimension servaient à rétablir l'équilibre avec le registre supérieur, où abondaient les figures.
Ainsi l'artiste, sans s'asservir à de purs rapports de nombre, avait pro-
' Théano, Glaiicus, Euryniaclius, Anténor, Crino, son enfant, 1 ane, un enfant, trois esclaves. "^ Phrontis et trois matelots sans nom, Ithœménès, Écliœax, Poiitès, Strophius, Alpiiius, Ampliialus, un enfant.
diiil , entre les diverses parlies de la composition , Thannonie des pleins et des vides, complément obligatoire de la symétrie des distributions. Sans entrer prématurément dans rétiule des idées que Polygnote avait voulu i-endre, nous pouvons dès à présent observer les heureuses coïncidences qu'offre le balancement des épisodes. J'ai déjà parlé de la ressemblance et du contraste qui existent entre le départ d'Anténor et celui des compagnons de .Ménélas. Hélène, l'épouse infidèle, trouvant un nouveau triomphe dans la ruine de sa patrie adoptive et reprenant, par l'ascendant de sa beauté, sa plac(! auprès de l'époux qu'elle a trahi, offre une opposition dramatique avec le malheur de la chaste Cassandre, victime d'une odieuse brutalité. On a vu l'antithèse de la vieillesse qui renonce à l'action dans Nestor, el de la bouillante jeunesse dans Épéus et dans Néoplolème. De chaque côté de ces deux héros sont, d'une part, les dépouilles des vaincus, et, de l'autre, les trophées de la mort; comme disposition pittoresque, les détails du butin répandu à terre sont une satisfaction pour l'œil, qui se reporte au point correspondant sur les monceaux de cadavres. Les Grecs blessés et prêts à partir s'accordent également bien avec les autres Grecs (]ui empoitent un cadavre à l'extrémité opposée de la ville. Ces conséquences, tirées d'une étude préliminaire du sujet , trouveront encore leur justification dans le résultat de nos recherches sur la signification intime et précise de la composition de Polygnote.
RESTITUTiON DE LA COMPOSITION UE GAUCHE.
Le résultai aucpiel nous sommes parvenu en étudiant la première composition de Polygnote doit rendre plus facile le travail (|ue nous réserve la seconde. Nous savons déjà que le champ de la peinture était à gauche exactement le même qu'à droite , el nous devons chercher une ordonnance semblable à celle que nous a révélée l'examen de l'autre côté. En même temps , si I ambiguïté des expressions dont Pausanias fait usage nous causait trop
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Mr
HÉLÉNIIS.