LA PERCEPTION DE LA DURETÉ
EST-ELLE UNE IDÉE DE SENSATION OU DE RÉFLEXION î
Observations sur Reid*.
Appellerons-nous, dit Reid, la perception de la dureté (ou la résistance) une idée de sensation, ou une idée de réflexion'^ Ce dernier nom ne lui convient pas du tout. Le premier ne lui convient guère plus, à moins que nous ne voulions appeler une idée de sensation quelque chose qui ne ressemble en rien à la sensation.
Et ailleurs « la sensation du toucher nous atteste la dureté des corps quoiqu'elle n'ait ni ressemblance, ni connexion nécessaire avec elle... »
Reid confond ici la résistance aperçue hors du rnoi, qui fait et s'attribue Veffort, avec les sensations tactiles proprement dites ; assurément le chaud, le froid, le rude, le doux, etc., ne ressemblent en rien à ce qui est conçu dans le corps ou attribué à lui, mais lorsque je perçois directement l'effet d'une force vive qui s'oppose à ma volonté, l'idée que j'acquiers ainsi de cette force opposée à la mienne ne lui ressemble-t-elle pas ? et cette perception directe n'a-t-elle pas une connexion réelle avec ce qui est hors de moi?
Si l'on appelle sensation uniquement ce qui affecte la sen-
1. Rkid (Thomas), philosophe, écossais né à Strachau près d'Aberdeen, en 1710, mort à Glasgow en 1796. La lecture du Traité de la Nature humaine, publié par Hume on 1739, l'amena à des recherches qui ont produit la philosophie écossaise. De 1751 à 1764 il professa la philosophie à Aberdeen. En 1764, il fut appelé à la chaire de philosophie morale de l'Université de Glasgow. La même année, il avait publié ses Recherches sur l'entendement humain d'après les principes du sens commun. Deux ouvrages contiennent l'essentiel de sa doctrine psychologique et morale : Essais sur les facultés intellectuelles (1785). Essais sur les facultés actives (1788).