‹ Mémoire sur les perceptions obscuresChapitre 14 sur 17 · LX PERCEPTION DE LA DURETÉ · texte numérisé non relu

LX PERCEPTION DE LA DURETÉ

sibililé, la résistance perçue n'est point une idée de sensation. Si la réflexion se borne à ce qui se passe en nous-même, sans s'étendre au dehors, ce n'est pas non plus une idée de réflexion mais si l'on considère que cette perception est une modification propre du sens de l'effort, on pourra l'appeler idée de sensation et en observant de plus qu'elle est inséparable du sentiment du moi on pourra la nommer idée de réflexion.

lleid fait difl'érentes suppositions, pour démontrer qu'un aveugle qui aurait perdu, à la suite d'une longue maladie, toute l'expérience, les habitudes et les notions relatives à la connaissance du monde extérieur par le sens du toucher, qu'un tel aveugle, dis-je, ne pourrait acquérir de nouveau cette connaissance immédiate par des sensations tactiles qu'on lui ferait éprouver, n'y ayant aucun rapport de ressemblance entre ces sensations et l'étendue, la figure, le mouvement extérieur.

1° Le corps de l'individu dont il s'agit étant fixé immuablement dans un lieu oii il ne puisse éprouver que la sensation de toucher, lorsqu'on lui présentera quelque objet palpable; qu'on le pique d'abord, avec une épingle, assurément la douleur qu'il ressent n'a aucun rapport avec la figure ou l'existence de lépingle, pas plus que n'en aurait une douleur de goutte... l'individu peut attribuer cette modification à une cause difl'érente de lui-même mais sans avoir aucune idée^ sans se faire aucune image de cette cause.

2° La même chose aura lieu, si on substitue à l'épingle un corps émoussé, qui presse fortement le corps de cet homme, de manière à lui faire une contusion... C'est une douleur d'un autre genre, mais qui n'a encore aucun rapport avec l'étendue ou la figure du corps comprimant. (Je ne sais cependant si on ne pourrait pas dire que cette dernière sensation doit donner l'idée de plusieurs points sensibles juxtaposés, mais je crois avec Reid que dans ce cas comme dans le troisième, oii il suppose que le corps étranger ne fasse que toucher une certaine partie de la surface du corps propre, il ne pourra y avoir aucune notion de l'étendue, de la figure, ou des dimensions de l'instrument qui presse.

3° Lorsque je touche, dit Reid, les deux extrémités d'un corps avec mes deux mains, je mesure la longueur du premier

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par l.'i distance connue dos d(iux auli'es ; m/iis si j'ignore cette distance, la quantité d'étendue du coi'i)S dont il s'agit me sera également inconnue; de même si je n'ai point eu de notion antérieure et préalable de mes mains, si j'ignore ce qu'elles sont ou ne sont pas, je ne jiourrai jamais acquérir cette notion par le moyen des corps étrangers qui viendront à les toucher (il y a dans la traduction, pour les avoir touchées, mais c'est une faute grossière).

4 Un corps légèrement passé sur les mains ou le visage fait «éprouver à l'individu une nouvelle sensation ; mais il n'est pas concevable qu'une telle sensation donne une notion de Vespace ou du mouvement à celui qui ne l'aurait jamais eue, pas plus qu'il ne l'est, que le mouvement du sang dans les veines et les artères, ne donnât seul une semblable notion.

Ces quatre suppositions se rapportent à un individu qui reçoit du dehors des impressions tactiles absolument passives ; et je suis bien d'accord avec Reid sur la nullité du rapport de ressemblance qu'ont de pareilles sensations avec les notions de l'étendue, de la figure et du mouvement, en un mot, avec l'existence du monde extérieur phénoménal.

Mais voici un autre genre de suppositions.

5° Que l'individu fasse par instinct quelques efforts pour remuer la tête ou les mains, sans qu'il s'ensuive aucun mouvement réel, soit à cause d'une résistance extérieure ou d'une paralysie, cet effort lui donnera-t-il la notion de l'espace et du mouvement? Non, sans doute. Je le crois, de même; l'effort instinctif ne peut donner aucune connaissance. Mais si cet effort était volontaire, et que l'individu, tel que l'a supposé Reid, eût la faculté d'apercevoir et de réfléchir, il sentirait que c'est lui qui veut et détermine l'effort, dans une partie de son corps, et que la force de résistance opposée n'est pas lui ou est hors de lui... J'observe enfm que, n'y ayant point encore d'expérience de motilité, l'individu ne pourrait commencer à vouloir l'effort ou le mouvement d'une partie, retenue dans l'immobilité absolue, soit par une force extérieure, soit par la paralysie : il y a pourtant cette différence entre les deux cas : que l'instinct même ne déterminerait pas le premier effort moteur sur une partie paralysée, pendant qu'il pourrait déterminer cet effort infructueux sur la partie naturellement mobile à volonté, mais qui est em-

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