SIXIÈME OBSERVATION
Exemple d'un malade qui détruisit les deux tiers de son polype, d'après le témoignage du docteur Duquenel : succès de deux cautérisations contre les récidives j guérison d'un catarrhe vésical , causé par des fongus de V urètre et de la vessie .
M. D., âgé de 68 ans, éprouva pendant deux à trois ans des besoins duriner qui devinrent successivement plus fréquens et plus douloureux , surtout pendant la nuit ; quelquefois ils se renouvelaient toutes les demi-heures , et ce malade ne pouvait uriner qu’à genoux et dans des attitudes plus ou moins gênantes.
Le 8 février 1826, il éprouva après le dîner une première rétention d’urine, pour laquelle M. Duquenel , docteur en médecine à Compïègne* fut obligé de le sonder après avoir employé sans succès les sangsues et un bain. Quelque temps après , ayant parfaitement apprécié les symptômes d’une maladie, qui paraissait différer du catarrhe vésical , quoique le malade rendît constamment des urines glaireuses , il reconnut que la maladie de M, D. ne devait point être rangée dans la catégorie des catarrhes ordinaires , parce que pour la première fois , il avait observé certains corps
rougeâtres membrani formes etdifferensde la jibnne . L’impossibilité où il s’était trouvé de faire parvenir une sonde dansla vessie le porta à conseiller au malade de se mettre dans un bain de siège , d’y garder la sonde le plus qu’il le pourrait, en cherchant de temps en temps à la faire pénétrer dans la vessie. Cette sage réserve et cette bonne précaution devront servir de règle à ceux qui n’ont pas une grande habitude du cathétérisme ; le moyen réussit au-delà de toute espérance. Le médecin prudent s’en rapporta au malade pour les opérations ultérieures , afin qu’il pût se soulager lui-même , chaque fois qu’il en aurait besoin. Dès-lors , on remarqua dans la sonde et dans les urines un grand nombre de fragmens membraneux que les yeux de la sonde de gomme élastique détachaient irrégulièrement; il s’ensuivit une amélioration notable dans les souffrances du malade, quoique l’affaiblissement fût porté au point d’obliger le malade à garder le lit pendant plus d’un mois dans un état fébrile.
Ayant reconnu avec la sonde exploratrice de Ducamp que, malgré l’introduction libre d’une sonde n° 8 dans la vessie , il existait encore des végétations dans l’urètre , je conçus qu’elles étaient la principale cause du mal que l’on déplorait. Mon instrument d’argent fit sortir de l’urètre des portions membraneuses analogues à celles dont je viens de parler. Le lendemain, il en détacha d’autres der-
riére le col de la vessie , et pour la première fois , le malade put vider en partie sa vessie sans la sonde. Nous convînmes avec M. le docteur Duquenel qu il fallait continuer à détruire avec la sonde de gomme élastique , toutes les carnosités qui céderaient aux manœuvres nécessaires pour vider la vessie, et que, lorsqu’il cesserait d’en rendre ^ il viendrait à Paris , faire cautériser le lieu de l’implantation des carnosités polypeuses de l’urètre.
Le 24 avril, M. D. fut étonné d’avoir fait îq lieues en diligence en neuf heures de temps sans éprouver un seul besoin d’uriner ; après setre reposé 24 heures en ma maison de campagne, je pris une empreinte à 7 p. 6 1. qui se trouva beaucoup moins déprimée en bas que celle que j’avais prise en présence du docteur Duquenel, un mois auparavant. Outre la dépréssion en bas, elle en présentait une autre en haut et à gauche : néanmoins une forte pression la ht parvenir dans la vessie; après quoi le malade vida presque entièrement ce viscere sans sonde. Le lendemain la vessie avait repris plus de ressort. Son appétit ses forces augmentèrent en raison de son espérance*
Le 27, l’empreinte présenta les memes diamètres, et les memes altérations en haut et à gauche. J’y appliquai la première cautérisation avec le gros porte- caustique de Ducamp. Cependant il n’y eut rien de remarquable pendant toute la journée ni
dans l’excrétion del’urine, ni dans les douleurs. Le lendemain, il sortit quelques fragmens rougeâtres dont deux vraiment charnus , provenaient évidemment d’un endroit qui n’avait pas été cautérisé, et qui était plus rapproché du col delà vessie.
Le 5o, cette prévention fut changée en certitude par l’apparition d’autres fragmens qui sortirent par la sonde d’argent, et qui, à la vérité, avait pénétré dans la vessie. Cette circonstance me laissa la fâcheuse incertitude quhl pouvait en exister et dans le canal de l’urètre et dans la vessie.
Le 1er mai, nouvelle empreinte à 6p. 9 h; toujours végétations en haut et à gauche ; deuxième cautérisation. Le porte-caustique rapporta une escharre mollasse : plusieurs autres escharres sortirent le jour suivant^ et dès lors le malade urina moins souvent pendant le jour. Le 4 ? la sonde exploratrice du n° 10 étant passée dans la vessie sans altération, je ne m’occupai plus qu’à guérir le catarrhe de vessie par des injections au moyen d’une sonde de gomme élastique, qui servit encore à extraire quelques fongosités de l’intérieur de la vessie. Le 19 mai, sa santé était considérablement améliorée ; il put faire une lieue à pied ; l’urine se rapprochait de plus en plus de l’état naturel. Le 26 , la guérison de l’urètre fut confirmée par une sonde exploratrice de 3 1. 1/2, qui passa dans la vessie sans altération ni douleur.
À l’exception de quelques petits fragmens fongueux rougeâtres , ou fibrineux ? comme on voudra les appeler , il ne restait plus de traces de maladie chez Monsieur D. Le repos qu il prit dans sa famille lui avait si bien réussi, que deux mois suffirent pour lui donner un embonpoint dont il n avait jamais joui. Ainsi, ce n’est pas une erreur de croire que , lors même qu’un catarrhe vésical est accompagné de fongosités implantées dans ce viscère, l’art ne puisse aujourd’hui dissiper presque constamment les symptômes d’une maladie si souvent mortelle jusque dans ces derniers temps.