‹ Mémoire sur les polypes de l'urètre et de la vessieChapitre 9 sur 11 · CINQUIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

CINQUIEME OBSERVATION

Exemple de bride chez un homme qui n avait jamais fait usage de sonde ni de bougie .

M. le major P. . . , âgé de ans, vint me consulter le 24 mai i825, et m’apprit qu’il était tourmenté d’une si grande difficulté d’uriner , qu’il ne doutait pas qu’il eût dans l’urètre un obstacle analogue à celui d’un de ses camarades que j’avais guéri radicalement, et qu’il n’avait jamais fait usage de la sonde. J’employai une sonde exploratrice n° 10 (3 lignes de diamètre); elle parvint facilement jusqu’au-devant du col de la vessie , puis elle y pénétra en sollicitant , comme à l’ordinaire, des envies d’uriner. Sa pointe fut altérée dans le lieu correspondant au côté droit de l’urètre, de manière à. me faire craindre une affection du col de la vessie et de la vésicule séminale du meme côté , ce qui fut à l’instant confirmé par le toucher. La pression que j’exerçai sur le col de la vessie porta le malade à rendre une demi-once d’urine, qui entraîna une bride filiforme très-mince de 7 à 8 lignes de longueur; plus, une membrane des plus ténues, pénétrée par du sang dans l’étendue de trois lignes de largeur, sur une longueur de plus d’un pouce. Ce

fut pour moi un nouvel indice de Inexistence de polypes vésiculeux dans l’urètre.

Le 25, une sonde exploratrice de 3 lignes et demie de diamètre (n° 12), s’arrêta à 7 pouces

3 lignes du méat urinaire; sa pointe était déprimée en bas de manière à faire soupçonner un accroissement morbide du vérumontanum . Une pression très -forte, sans être douloureuse, fit prendre à la masse emplastique le diamètre de

4 lignes , sans faire pénétrer la sondé dans la vessie. Le malade ne rendit point de sang. J’employai une sonde exploratrice de 5 lignes seulement , dans l’idée de prendre une empreinte sur le vérumontanum j mais la plus légère pression la fit passer outre et parvenir dans la vessie. Je l’en fis sortir et l’y fis rentrer avec la même facilité , de manière à me persuader qu’il n’existait plus d’obstacle dans l’urètre. L’urine que le malade rendit contenait un filament rougeâtre qui fut bientôt suivi de deux bribes ayant 22 lignes de longueur et 1 ligne d’épaisseur , dont l’une saignante par un bout, et l’autre par les deux extrémités.

La troisième empreinte n’offrant que la forme que l’on remarque dans l’état naturel , je fus convaincu , i° que la deuxième sonde exploratrice de 4 lignes avait rencontré la bride que j’avais rompue la veille seulement en partie, et

qui , ne fournissant plus de sang le lendemain , avait pu être comprimée fortement sans faire saigner; tandis que la sonde plus petite avait pu passer plusieurs fois et dans le même instant sur des brides aussi minces avec des frottemens suffisans pour les rompre^ comme leur apparition le démontrait. Ce phénomène deviendra moins étonnant si l’on considère que ces brides existaient sans engorgement de la membrane de Fur être.

Le 26 mai, le malade m’apprit que, la veille au soir , il avait rendu quelque peu de sang pendant qu’il urinait, et que son linge en fut ensuite très-légèrement taché ; que d^ailleurs il ne souffrait qu’en urinant. Il rapportait ses douleurs au méat y circonstance qui m’indiqua quelles devaient être attribuées au contact inaccoutumé des instrumens.

Le 27, un peu moins de sensibilité que la veille. Le malade , habituellement très-affecté par l’influence de l’atmosphère, craignait davantage l’action des instrumens; aussi une sonde exploratrice, de 3 lignes seulement, se courba deux fois , et ne pénétra pas dans le col de la vessie extraordinairement contracté.

Le 3o, la sonde sortit si régulière que je conçus déjà que l’on pourrait guérir sans cautérisation des brides parfaitement arrachées , comme il arrive pour certains polypes des fosses nasales.

Jusqu'au 5 juin, les dilatateurs et les sondes exploratrices de 5 lignes et demie que j’employai me confirmèrent dans Fidëe de la guérison ; mais pour ne pas renvoyer Mr le major à son régiment sans une santé parfaite, j’eus recours de jours à autres à de nouvelles explorations , qui ne m’apprirent rien , excepté qu’en laissant longtemps séjourner dans le col de la vessie une sonde exploratrice , elle s’y trouva tellement comprimée et altérée, quelle aurait pu en imposer à l’inexpérience, faire croire à un rétrécissement à l’entrée du col (où il en existe réellement quelques-uns) et porter à cautériser témérairement. Le moyen d’éviter une pareille méprise sera d’employer, comme moi, mon plus gros dilatateur , avec lequel je parvins au meme instant dans la vessie. C’est ainsi que la guérison parfaite fut confirmée. Elle ne s’est pas démentie depuis deux ans.

Si je me fusse contenté d’employer des sondes exploratrices des nos 6 et 7 , comme le recommande Ducamp , et même du n° 8 , comme on le pratiquait toujours dans l’ancienne école, descarnosités aussi minces eussent échappé à mes recherches, et par conséquent à leur destruction , qui en a été la suite naturelle. D’où j’établis le principe, qu’il faut se servir d’une sonde exploratrice dont le diamètre se rapproche le plus possible du canal , sans une vive douleur.

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