TROISIÈME OBSERVATION
Catarrhe vésical causé par un polype de V uretre sans cause vénérienne : guéri par quinze cautérisations en cinquante jours de traitement.
Le 5 août 1826, M. Lamoureux, âgé de 5o ans, vint me consulter pour un catarrhe vésical qui le tourmentait depuis plus de dix ans. Il réunissait en effet tous les symptômes les plus graves de cette terrible maladie. La plus grande
partie du temps , il urinait goutte à goutte, quelquefois par un jet très-délié , qui était subitement interrompu. Pendant le jour l’émission des urines avait lieu de quatre en quatre heures, et dans la nuit de deux en deux heures. Son sommeil était encore troublé par une incontinence d’urine trèsdésagréable. Les urines étaient fétides, fortement ammoniacales ; elles contenaient beaucoup de glaires jaunâtres , qui équivalaient quelquefois au sixième de F urine évacuée. L’inflammation de la vessie avait été portée au point de causer plusieurs fois de la fièvre, et de nécessiter diverses applications de sangsues au périné.
En remontant à l’origine d’une si affreuse maladie , il m’apprit qu’il n’avait jamais eu de maladie vénérienne, mais seulement en 1812 un suintement muqueux qui ne dura que huit jours, quoiqu’on ne lui eût opposé aucun remède. Jamais son médecin ordinaire ne lui avait proposé ni sonde, ni bougie, parce que plusieurs fois il était parvenu à le soulager au moyen des sangsues et de la banale eau de gomme ; qu’en 1 825 , déjà affecté depuis plusieurs années des symptômes ci-dessus , il consulta M. le professeur Dupuytren, qui lui prescrivit encore de l’eau de gomme et des pilules de térébenthine, sans lui proposer de le sonder.
Cette négligence fut aussi malheureuse pour
la science que pour le malade ; car celui-ci ne fut nullement soulagé , et Fart y perdit l’autorité d’un grand nom , pour persuader aux médecins français qu’ils ignorent généralement le moyen efficace de guérir la plupart des catarrhes de la vessie.
Quoi qu’il en soit, M. Lamoureux, las de prendre des remèdes, que son bon sens reconnaissait insignifîans , s’en plaignit à son médecin ordinaire, qui avait appris depuis peu que je savais guérir des maladies réputées incurables , et lui conseilla de se confier à mes soins. Je vais donc rendre compte de l’analyse du traitement que je lui fis.
Le premier jour, une bougie emplastique d’une ligne ne parvint qu’à 6 pouces; mais une autre de moitié plus petite (demi-ligne J , ne fut arrêtée qu’à 7 pouces 3 lignes. Une sonde exploratrice n° 6 (choisie aussi fine, à cause de l’inflammation de l’urêtre) indiqua que ce canal avait deux tiers de ligne de diamètre à 6 pouces.
Le deuxième jour , après un bain de siège, la même bougie, qui le matin s’était encore arrêtée à 6 pouces , pénétra dans la vessie et revint un peu sanguinolente.
Le troisième jour, la bougie du soir détacha une bride filiforme de 5 lignes de longueur et une de 3 lignes.
Les quatrième et cinquième jour, aucune bougie ne put traverser le rétrécissement.
Le sixième, une deuxième empreinte indiqua une ligne et demie de canal à six pouces du méat urinaire, et le soir, je fis passer dans la vessie une bougie du même volume.
Le septième jour de ce traitement préparatoire^ la même bougie ayant pénétré aussi facilement dans la vessie, je pratiquai la première cautérisation à 6 pouces, avec mon plus petit porte-caustique. Ce malade, très-nerveux et trèsaffaibli , éprouva presque une défaillance dans la journée, passa cependant la nuit mieux que de coutume , et se trouva très-bien le lendemain. Les huitième et neuvième jours, les urines contenaient déjà moins de glaires; rescarrhe incomplètement détachée fit varier le jet de burine et empêcha les bougies de pénétrer dans la vessie.
Le dixième jour, l’empreinte à 6 pouces avait i ligne deux tiers ; la pointe à 6 pouces 5 lignes indiquant des végétations en haut, sur lesquelles j’appliquai la seconde cautérisation ; la troisième fut pratiquée à 6 pouces 3 lignes.
Le douzième jour du traitement, le porte-caustique rapporta une escarrhe d’une demi -ligne d’épaisseur, de 4 lignes de longueur avec une base d’une ligne et demie.
Le quinzième , je pratiquai à 6 pouces 6 lignes
la quatrième cautérisation , qui fut déjà suivie d’une grande diminution dans la quantité de glaires. La cinquième , faite à 6 pouces 9 lignes sur un bourrelet situé en bas, fut suivie d’un effet si heureux que les glaires disparurent totalement deux jours après cette opération.
Le malade qui , à son arrivée dans ma maison de santé, pouvait à peine marcher, voyagea dans Paris , à pied et en voiture, toute la journée sans être très-fatigué.
La sixième cautérisation fut faite à 7 pouces, encore en bas. Dès-lors, plus de dépôt dans burine ; bon sommeil ; plus de souffrances dans la vessie; exercice prolongé sans fatigue.
Le vingt* unième jour, devant m’assurer qu’il n’existait pas de calcul dans la vessie , j’employai une sonde d’argent d’une ligne et demie , avant de pénétrer dans la vessie , elle détacha une carnosité filiforme de 4 lignes de longueur. Le soir, je pratiquai la septième cautérisation. Deux jours après , en cautérisant à 7 pouces 3 lignes, où se trouvait une carnosité en forme de massue , mon porte-caustique la rapporta cautérisée ; elle avait 6 lignes de longueur. Je fus obligé de faire la neuvième cautérisation â 7 pouces 1 ligne, où s’implantaient auparavant les carnosités en partie détruites. Il en fut de même à 7 pouces 6 lignes , où j’appliquai la dixiè-
me cautérisation. L’instrument rapporta encore cette fois une escarrhe fibreuse de 2 lig. carrées.
Le trente-unième jour du traitement (6 septembre) voulant dilater un peu l’urètre avec une bougie de 2 lignes seulement, elle ne parvint qu’à 7 pouces 8 lignes sans pénétrer dans la vessie : il en fut de même de la sonde d’argent qui , dix jours auparavant, était entrée assez facilement dans ce viscère (1). Quoique j’eusse fait plusieurs petites tentatives pour charger ma sonde , elle ne rapporta rien. L’urètre était encore embarrassé de beaucoup de corps étrangers et cependant le jet de l’urine était toujours trèsfort; la vessie se vidait complètement, puisque le malade put passer toute la nuit sans uriner. Le trente-troisième jour, une bougie conique en gomme élastique , bien choisie , ne pénétrant pas dans la courbure de l’urètre, j’eus recours à mon extracteur des carnosités. Dans ma première opération , il en rapporta un fragment rouge et dur, de la grosseur d’un grain de chénevis. Dans la deuxième opération , après avoir éprouvé deux secousses , il pénétra dans la vessie ; une bride filiforme sortit d’abord avec l’urine ,
(1) Cette espèce d’insuccès de la part du meme opérateur, mérite d’être médité , parce qu’il doit contribuer à préciser les signes qui indiqueront la présence de carnosités flottantes dans l’urètre près du col de la vessie.
mais je remarquai que cette dernière ne sortait qu'à moitié du calibre de cette sonde; ce phénomène était dû à deux fragmens très-durs , d’une texture analogue au premier sorti.
Le trente-deuxième jour, l’empreinte m’ayant indiqué, à 7 pouces 6 lignes, des végétations irrégulières , surtout en bas , avec une pointe beaucoup plus grosse ( quoique la veille le malade eût parcouru la ville à pied), j’y pratiquai la onzième cautérisation.
Le trente-cinquième jour, il restait en haut quelques végétations que je causérisai, de 7 pouces 5 lignes à 7 pouces 8 lignes. Le trente-sixième jour, je cautérisai un dernier bourrelet qui restait en bas à 7 pouces 9 lignes. Le lendemain il sortit des escarrhes qui parurent énormes au malade. Le surlendemain , l’empreinte , plus grosse dans toutes ses parties , ne présenta plus de bourrelet, près de sa pointe, qui se trouva à 8 pouces ; je fis la quatorzième cautérisation.
Le quarante-unième jour du traitement , l’empreinte n° 8 présentant un gros sillon en spirale , je pratiquai si bien la quinzième cautérisation , qu’une escarrhe irrégulière formait un bourrelet sur le cylindre du porte-caustique. Cette escarrhe avait 6 lignes de longueur et une ligne et demie de largeur.
Du quarante-troisième au quarante-huitième
jour , j’exerçai le malade à se servir de bougiesà-ventre destinées à entretenir la dilatation de l’ur être , que deux autres cautérisations (de sûreté contre les récidives) avaient rendue parfaite jusqu’à 3 lignes de diamètre.
Le cinquantième jour, convaincu de sa parfaite guérison, le malade voulut retourner dans sa famille.