‹ Mémoire sur les refoulements qui ont plissé l'écorce terrestre et sur leChapitre 15 sur 23 · Infrillia; 1. Bajodan; 3. Bitbonisa · texte numérisé non relu

Infrillia; 1. Bajodan; 3. Bitbonisa

Ëeh»Ua-=t:i<.»do.

du Crétacé; du moins les couches crétacées restent partout à peu près horizontales. Ainsi le pli couché apparaît, à Salernes, comme un phénomène plus complexe qu'au Beausset et à la Sainte-Baume : il y a des plis secondaires, aussi bien dans le subslratum que dans la masse de recouvrement, et les deux sortes d'irrégularités sont indépendantes l'une de l'autre, c'est-à-dire que, là où le substratum est plissé, la série de recouvrement est restée horizontale, et que, là où cette dernière est plissée à son tour, le substratum (Muldenschenkel) n'en parait pas affecté.

Des accidents plus ou moins analogues, mais insuffisamment étudiés, semblent se reproduire auprès de Sillans; plus loin, du côté de Saint-Barnabe, ils s'effacent et disparaissent, et la falaise, au contact du Crétacé, est de nouveau formée par l'infrallas, régulièrement et faiblement incliné vers le sud; on ne trouve même plus le liséré de couches renversées. Cette disparition des couches Vallon de Sai renversées n'est d'ailleurs que locale; absentes aux affleurements, elles s'inter- rinfraiiâs faisaat calent de nouveau au sud, en profondeur, comme le montre l'intéressante ^^eurer, au lieu coupe du vallon de Saint-Barnabe (Jig- 94)- Dans ce vallon, on marche batiioniennc. pendant i*"" vers le sud sans rencontrer d'autres couches que les dolomies de rinfralias; en arrivant près d'un petit élargissement du vallon, à l'est du point 410, on voit apparaître sous ces dolomies la lumachelle à Avicula con-

torta; les couches se sont donc localement un peu relevées vers le sud; par conséquent, dans la petite plaine cultivée qui s'ouvre en ce point, on devrait s'attendre à trouver du Trias ; au lieu du Trias ce sont les marnes bathoniennes qui la remplissent, de toutes parts entourées et dominées par l'Infralias. Plus au sud, la série régulière de l'Infralias, du Bajocien, du Bathonien et même des dolomies se succède jusqu'à la faille de Cotignac. C'est la reproduction du phénomène signalé à Valensole, au sud du bassin d'Esparron : le Bathonien forme évidemment en ce point le subslratum de l'Infralias, mis localement au jour par les dénudations, et un puits creusé dans ce Bathonien rencontrerait le Crétacé.

Ainsi les couches renversées, supprimées au nord, reparaissent au sud, el elles reparaissent même avec une certaine épaisseur, car il y a plus de 20"" de

Fia. 94- — Coup« du Vallon de Saint-Barnibé.

tAvicHlacoBtarla; 1. lahiliui 3. Bijoeica; 4. Rithon

Bathonien visibles dans l'enclave de Sainl-Barnabé. Il est probable que ce développement indique le voisinage de la charnière synclinale qui, au lieu d'être écrasée comme à la Bouissière, se développerait au contraire en une courbe régulièrement arrondie. On pourrait, il est vrai, être tenté de croire la pénétration du Crétacé plus profonde, à cause de la bande crétacée qui, partant de Bognette, vient se terminera a""" au nord de Cotignac ('). Mais cette bande ne va pas rejoindre en profondeur celle de Saint-Barnabe; ce n'est pas un H golfe 11 comparable à celui de ta Bouissière^ car, dansée cas, elle devrait être limitée de toutes parts par l'Infralias horizontal, tandis qu'au contraire elle est limitée au nord par le Jurassique supérieur, plus ou moins incliné, mais R«brou9sem«nt da plongeant SOUS elle. 11 y a donc là en réalité deux, bandes crétacées, séparées par un éperon jurassique, toutes deux reposant au nord sur le Jurassique supéiLerrompu rieur et s'enfonçant au sud sous l'Infralias, mais réellement distinctes el ne se anivcnai. rejoignant même pas en affleurement; car la bande septentrionale, celle de Salernes, Sillans et Saint-Barnabe, quoique se poursuivant assez loin vers les Cabanons, s'amincit et disparait dans les bois, avant d'atteindre à cette ferme la seconde bande crétacée, celle de Bognette et de Barjols. La place de sa continuation virtuelle est seulement marquée par une faille, qui met en contact d'une

(1) Voir la Carte géologique détaillée de la France, feuille 336 {Draguignan).

pli au nord de Hq.

QUI ONT PLISSÉ L'ÉCORCE TERRESTRE. I yS

part les dolomies, et de l'autre l'Infralias ou le Bathooien. Si l'on voulait supposer que les deux bandes se réunissent en profondeur, la coupe serait celle de la figure ci-jointe (^g- 95). Une coupe plus satisfaisante (^g. 96) semblerait, au contraire, supposer deux plis distincts, dont le dessin en plan n'est pas possible à suivre sur la Carte géologique. 11 y a là une diffîculté semblable à celles que nous avons rencontrées à Simiane et à Artigues, et qui doit s'expliquer de

h'io. <>'>. — Rapports entre la bande crétacée de SalerDes et celle de Ro|;nctlu (l'remitTC hypndièse}.

fH^

Via. gG. ~ Rapports entre la bande crétacée de Salernes et celle de Rognelt

LitORHDI CDUUUnl AUX ridURH U aT M :

t. InfraliM; 1. Bajociaa; latt. BathODbn; a, Juraaaiqiu «ipérie Échells d«8 longs aura ^ i ;4scHia,

Raccordement

pli couché de Saler

la même manière, par une torsion brusque, ou plus exactement par une sorte de rebroussement du pli. Ce serait le même pli, reporté plus au sud par cet accident, que la coupe {/Ig- 96) rencontre deux fois..

La bordure sud du bassin crétacé se poursuit avec les mêmes caractères jusqu'à Pontevès et à Barjols; il est donc certain que, sur toute celte longueur, le ! Crétacé s'enfonce sous le Jurassique, mais il est permis de croire qu'il s'enfonce ""'^'i-'"'' ""e fria». moins profondément qu'à l'est du bassin, et que les masses des deux Bessillons ne reposent qu'en partie sur le Crétacé. Quoi qu'il en soit, les différents termes de la retombée normale du pli couché vont, à Barjols, s'appliquer par faille contre la grande bande triasique, tant de fois mentionnée, et le bassin crétacé, réduit à une traînée étroite, remonte vers le nord, en s'appujant, au delà de Barjols, directement contre le Trias. Des lambeaux de calcaires jurassiques

reposent çà et là sur cette étroite bande crétacée. On a donc ainsi la preuve que la bande triasique s'est déversée, qu'elle a été poussée sur les couches qui prolongent le synclinal de Barjols et de Salernes. Far conséquent, cette bande, au moins dans sa partie orientale, doit être considérée comme la continuation du pli couché de Salernes.

ie lï char- H est assez remarquable qu'à Barjols, au point même où ce pli vient s'étranprès de gler pouF se fondre dans la bande triasique, il semble se compléter par la réapparition de couches renversées de plus en plus puissantes, et par l'amorce au moins de la boucle terminale, de la courbure anticlinale. En effet, à partir de Pontevès, c'est-à-dire à partir du point où la limite méridionale des affleurements crétacés'se dévie vers le nord, si l'on prend une série de coupes normales à cette bordure, la première montre le Batlionien et le calcaire à silex réduits, surmontés par rinfraiias, au-dessus duquel reprend la série normale inclinée vers Barjols (fg. 90 c) ; plus loin l'Infralias fait défaut, et le centre du pli ne montre plus que le Bathonïen supérieur, superposé à l'Oxfordien. L'Infralias est donc complètement enveloppé par les couches plus récentes, et comme il ne reparaît pas de l'autre côté de la colline, il faut que la coupe du nord au sud soit disposée comme l'indique le croquis schématique ci-joïnt (Jig. 97). Il est à remarquer que, si celte interprétation est exacte, et je n'en vois pas d'autre pos-

Fia 9 ~ Eilrémité du pli couché i Barjols.

IB. S G F 3 série l X\II 8H8 89 p. i4i,)

sible, elle montre que les couches tendent à se compléter autour de la charnière Schéma complet anticlinale, de même que d'après d'autres exemples elles nous ont indique une

d'un pli couché. , . 1 r ■ 1 i 1 ■• i> 1 t i r in i-

tendance a le laire autour de la charnière synclinalc. Le schéma compléta un ph couché serait donc celui qu'indique la figure 46, et le maximum d'étirement, correspondant à la suppression complète des couclies renversées, aurait lieu vers le milieu de la bande de recouvrement- Résumé reiaiir à En résumé, le pli de Salernes, quoique ne se présentant que le quatrième ' saierneG. dans l'écliclonnement générât que j'ai indiqué du sud au nord, offre des dépla-

cements horizontaux presque aussi considérables que les deux premiers; il permet en outre de délinir et d'étudier des apparences encore plus complexes, dues aux froissements secondaires des masses mises eu niuuvcineiit, aux enviruns des charnières synclinalc et anticlinale.

qVl ONT PLISSÉ L'ÉCOitCE TERRESTRE. l'J'J

8* Le pli d'Aups.

Le bassin d'Aups est séparé de celui de Salemes par un bombement juras- Rombement qui le sique qui n'a guère plus de 4*"" <le largeur et qui, sur la route de Salemes à sa^eroe»," '**'" Àups, ne fait apparaître que les dolomies jurassiques; mais à l'est comme à l'ouest le pli s'accentue, et il laisse apparaître une série de boutonnières infraliasiques, dont plusieurs sont partiellement limitées par des failles, du côté nord; celte dissymétrie marque une tendance du pli à se renverser vers le nord, tendance qui s'accentue au sud de Fox-Amphoux; du côté de Tourlour, ce même bombement, quoiqu'il ne se prolonge pas très loin dans cette direction, s'ouvre jusqu'au Muscheikalk (route de Tourlour à Villecroze).

Le bassin crétacé d'Aups est, du côté du nord-ouesl, divisé en deux branches, celles de Régusse et de Montmeyan, par le large bombement anticlinal de Peyroste. Du côté du sud-est, au contraire, il se rétrécit et va, par une bande étroite, se perdre au milieu des dolomies jurassiques. Mais le synclinal auquel il correspond se continue plus loin. M. Zorcher a pu en suivre la trace, jalonnée par une série de lambeaux crétacés. Ces lambeaux, dont quelques-uns sont isolés au milieu du Trias, s'alignent d'abord en ligne droite le long de la vallée de Florieille, puis entourent, au-dessus de Lorgues, le pied du monticule de Saint-Ferréol, et vont ainsi se raccorder avec le bassin crétacé de Salernes. C'est le pli synclinal de Salernes qui, en tournant de près de 1 80", vient former te pli synclinal d'Aups. A la suite d'une tournée commune dans cette région, nous avions été amenés, M. Zilrcher et moi, à présumer la probabilité de cette liaison; les recherches de M. Zurcher sur le terrain l'ont pleinement confirmée. Le cas est tout à fait analogue à celui que j'ai décrit à Bras, et à celui de Saiot-Maximin , dont je parlerai tout à l'heure.

Mais l'exemple actuel est particulièrement intéressant par l'étirement exceptionnel des flancs de ce synclinal, dans la partie où sa direction se trouve ainsi brusquement déviée : c'est la masse entière du Jurassique qui, en certains points, est supprimée entre le Trias et le Crétacé. Je ne puis entrer dans la description des coupes que m'a montrées M. Zîircber et dont je n'ai pas étudié le détail, maisje tenais à indiquer le fait, parce qu'il complète d'une manière bien instructive les nombreux exemples d'étirements déjà cités dans ce Mémoire.

Le pli, en tournant vers le nord-ouest, continue à être recouvert par les terrains venus de l'extérieur; le renversement qui avait lieu vers le nord sur le pli de Salernes, se fait alors vers le sud-ouest. U n'est d'abord que faiblement accentué, mais prend de plus en plus d'importance à partir des Infirmières et du château de Cresson. Si, de ce point, on suit vers Aups la limite septentrio- T. L. — h" 2. 23

)- naie des couches crétacées, on voil partout une falaise, plus ou moins nettement accusée, mettre ces couches en contact avec Tlnfralias, et, le long du petit canal qui amène la source des Infirmières à Aups, une galerie de recherches ouverte à la limite de ces deux terrains a montré la superposition horizontale du plus ancien sur le plus récent.

En se rapprochant d'Aups, des termes renversés, de plus en plus développés, s'intercalent au-dessus du Crétacé, jusqu'aux calcaires blancs qui affleurent au milieu de la première montée de la route de Riez; entre ce point et ta chapelle Notre-Dame, une petite colline est composée à sa base de Bathonien, puis de calcaires à silej; bajociens, et au sommet d^Infralias, le tout plongeant doucement au nord-est. Ainsi l'existence d'un pli couché, renversé vers le sud sur le bassin d'Aups, est bien nettement établie.

es A Aups, le pli semble se détourner vers le nord jusqu'aux Gipières, et aller se perdre dans les dolomies au nord-ouest; mais cette déviation apparente est due probablement à la naissance d'un pli secondaire, et les collines qui bordent

s- le Oélacé entre Aups et Moissac montrent la continuation de renversements

'" analogues. Déplus, en avant de ces collines, près de Saint-Jean, à rai-chemin Ilot de sainr-jcan ^'11''^ Ics dcux villagcs, uu mamelon (538), formé à sa base par les marnes et

Ie grés rouges crétacés, est couronné par les calcaires à silex bajociens {fig- 98). La colline qui porte l'église de Moissac, et qui dessine un promontoire au mi-

deli de M<

PiQ. 98. — Coupe de l'Iloi de Saint-Jeao (bassin d'Aups). clan; I. Bathanisn^ 1. JuraHiqas sapérieur^ t. CréUcé.

lieu du Crétacé, est également formée de calcaires à silex bajociens. Les recouvrements, de ce côté, atteignent donc et dépassent i*"".

linfin, au nord-est du pli d'Aups, à Ampus, on trouve un dernier bassin crétacé, également orienté vers le nord-ouest. Là encore, un des bords jurassiques s'est renversé sur les sables crétacés; mais, comme dans le bassin de Salernes, le mouvement est venu du sud, et c'est au nord que la superposition est régulière : à l'est du village, un rocher d'Infralias et de calcaires à silex couronne un coteau crétacé, et montre que la nappe de recouvrement a, là encore, atteint au moins i""" de largeur.

Le pli d'Ampus pourrait peut-être se relier à celui d'Aups, comme ce dernier se relie à celui de Salernes, l'ensemble des trois plis formant un large feston

sur le bord de la plaine de la Durance; mais comme, en approchant de cette plaine, les plis s'abaissent et s'effacent, l'hypothèse ne peut être vérifiée et perd toute valeur pratique.

9° Plis de Sainte-Victoire et de l'Olympe.

Si, du côté de l'est, le pli de Salernes doit être considéré comme se rattachant Sinuosités du pli de

,. ,, . 11 1 - I ■ • I 'f> ■ ■ Salernes du cdié de

aux plis d Aups et d Ampus, ce qui, pour le premier au moins, est deimitive- loum. ment démontré, il est probable que, du côté de l'ouest, il ne décrit pas de moindres sinuosités, quoique de ce côté quelques points restent encore à étudier, notamment aux environs de Rians.

Un premier point reste encore sujet à contestation : la bande triasique Raitachement hjde Varages, qui vient à partir de Barjols épouser le pli de Salernes, doit- [^*iasiq'il'e"*de* u Verelle être rattachée au Trias de Rians, qui dessine une courbe en retour vers le <"*'* * ""« **« f^'^"^sud? Elles sont, comme je l'ai dit, séparées par des plateaux balboniens et oxfordiens, qui ne permettent de constater qu'un bombement des couches peu accusé. Mais sur les bords du plateau, on voit que le Bathonien surmonte directement rinfralias le plus inférieur; la coupe es! celle de deux couches en succession normale, et il y a même des Ilots de Bathonien au milieu des couches à Avicula contorta. On est donc en présence d'étirements considérables, qui sont un indice bien probable à mes yeux de la continuation du pli, et la manière dont se font face les deux bandes triasiques est un nouvel argument.

De Rians, comme le montre la Carte géologique de M, (^ollol, on passe sans Rattachcniem aux difficulté à la chaîne de Sainte-Victoire; mais l'idée que cette chaîne serait for- ^J^ mée, comme celle du Luc et de Bras, par un retour sur lui-même du pli étudié, est encore une hypothèse. On ne voit pas là, comme à Bras, les affleurements des couches se contourner en demi-cercle. Le pli sud de Sa in te- Victoire, celui P" q"' ^^^ ''e^-

,,,,,,,„ • I A ]■ - Irémité est du hassio

qui borde le bassin de ruveau, pourrait donc être un nouveau pu prenant nais- je FuTeau. sance en ce point. En tout cas, ce qui est certain, c'est que ce pli, continuation ou non de celui de Salernes, décrit une demi-circonférence autour do l'extrémité orientale de ce bassin.

En partant de Sainte- Victoire, les collines de bordure s'abaissent, les pendages diminuent, et le pli ne se continue que par le faible bombement qui sépare les bassins deFuveau et d'OUières. Mais en arrivant à Saint-Maximin, le bombement devient plus aigu, et fait apparaître, près du Défends, le Lias et l'Infralias; la direction des couches s'infléchit en même temps vers le sud, et le Lias ver- Cimiournement de tical décrit une courbe qui le raccorde avec celui de la falaise de l'Olympe, Saint-Maiimin; terc'esl-à-dire de la falaise qui borde le bassin au sud. En avant de ce demi-cercle, ba's"^"^"*"!-'"^""'" le Crétacé de ce bassin vient se terminer en pointe allongée, comme écrasée

l8o MÉMOIRE SUH LES REFOULEMENTS

entre deux murailles jurassiques : d'un côté, au nord, ce sont les dolomies jurassiques, en pendage régulier sous le Crétacé; de l'autre, au sud, c'est la successioD horizontale de tous les étages jurassiques qui se superposent depuis rinfralias jusqu'à l'Oxfordien. Il y a bien là terminaison, elnon pas seulement étranglement de la cuvette synclinale, car si l'on essaie d'en suivre la trace vers l'est, on va se heurter à la barre transverse et verticale des bancs liasiques. Par conséquent, il y a inflexion brusque, presque rebroussement des plis, au moment où ils viennent atteindre la bande triasique nord-sud de Sainl-Maximin. C'est un seul et même pli anticlinal, brusquement recourbé sur lui-même, qui, de Sainte-Victoire à l'Olympe, entoure le bassin synclinal de Fuveau. Pli de l'Olympe. A partir du moment où le pli revient ainsi vers l'ouest en formant la chaîne CriircVsous'ieJurL" ^^ l'Olympe, SOU allure change complètement; c'est un pli couché du premier ''<]'"■ type, et un des plus nets qu'on puisse trouver en Provence. L'apparence est celle

d'une haute falaise jurassique qui se dresse en avant de la plaine crétacée, el qui serait séparée d'elle parune faille {fig. 9g); mais en réalité le Crétacé s'enfonce sous le Jurassique, jusqu'à une distance qu'il est impossible de préciser, et ses bancs, sous le Jurassique, se recourbent sur eux-mêmes, en dessinant

seulement la charnière synclinale du bassin. Il se pourrait déjà que, près de Saint-Maximin, le petit affleurement crétacé de Berne, qui apparaît soudainement dans un fond limite de toutes paris par le Ëathonien, fût à considérer comme un regard ouvert surlesubstratum des masses jurassiques; mais en tout cas, à l'Oratoire Saint-Jean, à la""" plus à l'ouest, les preuves du recouvrement sont absolument nettes et faciles à étudier.

La plaine, au sud de Trets, est formée presque uniquement par les sables et grès grossiers qui constituent la hase de l'étage de Rognac, c'est-à-dire de la partie supérieure du Crétacé lacustre, et qui s'entremêlent de marnes rouges avec ossements de Reptiles (Hypselosaurus priscus); ces marnes el grès, qui surmontent le sous-étage à lignites, composé de calcaires marneux avec Physes (Physa Michaudi) et Cyrènes, s'inclinent avec une pente très légère vers le

QUI ONT PLISSÉ L'ÉCORCE TEBRESTRE. l8l

sud, c'est-à-dire vers la falaise jurassique, et cette pente, jointe au niveau de plus en plus élevé du sol, fait qu'en s'approchant de la falaise on marche sur des couches de plus en plus élevées dans la série.

Au point où nous faisons la coupe, à Tesl de l'Oratoire Saint-Jean, entre Trets et les rochers de i'Olympe, contrairement à ce qui se passe près de Saint- Maximin, et quoique la ligne des hauteurs ne se soit pas sensiblement abaissée, les grés crétacés s'élèvent presque jusqu'au sommet; le Jurassique ne forme qu'un léger ressaut au-dessus de ces grès. La composition de la montagne jurassique n'est d'ailleurs pas moins simple : l'Infralias est à la base, en contact avec le Crétacé; il s'incline aussi régulièrement vers le sud, et la surface de ses bancs accompagne celle du sol sur toute la déclivité du premier plateau incliné qui précède le grand rocher de l'Olympe; au-dessus de l'Infralias vient le Lias, qui s'amincit et disparaît en plusieurs points, puis le Bathonien, qui forme tout le talus du grand escarpement, et enfin les calcaires oxfordiens couronnent le sommet. Sauf la suppression intermittente du Lias, rien n'interrompt la régularité de celte série faiblement inclinée.

Mais quand on examine de plus près le contact du Jurassique et du Crétacé, on trouve que, dans le voisinage de la limite des deux séries, sans qu'on puisse ,i constater aucune modification dans le pendage, des bancs plus anciens, des âal- > caires marneux à Cyrènes se superposent aux grés supracrétacés : c'est l'amorce de la série renversée qui caractérise le pli couché. De plus, à la base de l'Infralias, on observe un banc de calcaire métamorphiciue, transformé en un véritable marbre, blanc et rosé, qu'on a essayé d'exploiter dans une petite carrière ouverte près du sommet, à l'est de l'Oratoire. Ce marbre est en partie bréchoïde, et les morceaux anguleux qu'il enclave ne peuvent s'attribuer qu'à une brèche de friction. Nous en avons déjà constaté une semblable dans les calcaires à Hippurites du Beausset ; la brèche et le métamorphisme du calcaire sont les indices du charriage qui a fait glisser ta masse jurassique sur le Crétacé.

Si l'on porte ensuite ses recherches sur le plateau infraliasique, on y remarque près du puits de l'Oratoire une légère dépression, qui accidente fai- ' blement le relief, mais où affleurent, toujours avec le même peodage vers le sud, les couches inférieures de la série de Fuveau, les calcaires jaunâtres à Melanopsis. La dépression permet de les suivre jusqu'à Soo™ environ des bords du plateau; la série crétacée se continue donc à une faible distance de la surface, parallèlement au plongement général; l'Infralias ne forme qu'une mince couverture, que les érosions ont pu localement entraîner, et sous laquelle un puits retrouverait partout le Crétacé; ce sont ses marnes qui, par exemple, alimentent sans aucun doute la nappe d'eau du puits de l'Oratoire. Un peu plus loin au sud-esl affleurent des marnes rouges, qui ont été marquées sur la Carte géologique comme des Marnes irisées ; ces marnes appartif^nnent en réalité au Crétacé supérieur, au même étage que les grès de la plaine de Trets ; en eflét, dans

l82 MÉMOIRE SUR LES REFOULEMENTS

le ravin qui p;<rt de là et descend vers Saint-Zacharie, on a trouvé des ossements de Replîlesdaniens, qui ne peuvent venir d'autre pari que de ces affleurements; de plus, ces marnes rouges sont surmontées par un banc de marbre blanc, continu sur plusieurs centaines de mètres, tout à fait semblable à celui de l'Oratoire, et dontia signilicalion est nécessairement la même ; il doit accompagner la surface de glissement, c'est-à-dire la limite du Jurassique et du Crétacé; son intercalation entre les Marnes irisées et l'Infralias, dans une coupe normale, serait en contradiction avec toutes les autres coupes de ta région et resterait complètement inexplicable. L'idée de chercher là les marnes de Rognac et d'y admettre leur présence ne pouvait, il est vrai, venir à l'esprit, tant que l'existence des plis couchés était inconnue en Provence; on soupçonnait bien que la limite du Jurassique et du Crétacé n'était pas une faille rigoureusement verticale, et qu'il y avait léger enfoncement du second sous le premier; mais personne n'aurait songé à émettre l'hypothèse que cette faille pût être parallèle à la surface de bancs presque horizontaux. C'est pourtant là un fait qui devient maintenant incontestable; la coupe ci-jointe (^/îg". loo), qui le met en évidence, est la traduction rigoureuse des observations et n'a rien d'hypothétique. a pli Au sud-ouest de l'Oratoire Saint-Jean, le pli couché se redresse peu à peu; il n'est bientôt plus couché sur le bassin crétacé que sous un angle d'une qua-

OrttolrrS^Jstn

t'io. 100. — Cilupe passant pir l'Oraloire Saiol-Jean.

1. Lins el BijocIsD ; t. OlfonlieD; b'- Banr d« marbre] T, Conciles da Fuv«u.

^chsIUdgs longueurs =1 ■:><••»» snilron.

rantaine de degrés, et à Regaignas il se transforme presque en pli droit, à retombée verticale. Kn même temps, le flanc renversé du pli se complète; des lambeaux de Lias et de Bathonien, puis les calcaires jurassiques supérieurs s'intercalent, en ordre inversé, au-dessus du Crétacé; de même, les plus anciennes couches lacustres et les calcaires à Hippurites reparaissent à leur pied. La continuité de ce pli avec l'arèle jurassique qui s'avance en promontoire jusqu'auprès de la Pomme, à la bifurcation des deux roules nationales, semble très vraisemblable, sans être pourtant tout à fait démontrée; il y a là une série de

QUI ONT PLISSÉ L'ÉCOBCE TERRESTRE. l83

décrochements qui rendent l'observation difficile et les raccordements douteux. Mais en tout cas, ce nVst plus là qu'un bombement régulier, qui s'efface progressivement. Le pli couché cesse à Regaignas, en face même du point où prennent naissance au sud les chevauchements des collines d'Auriot.

La partie de la chaîne de l'Olympe que je viens de décrire est le seul point caupe d'cD«embie par lequel on peut faire passer une coupe nord-sud, montrant la succession coLuéa'^dt""»*?^^ des trois grands plis couchés, dégagée des apparences plus complexes qui ré- "enc*. sultent des torsions, quand un même pli est rencontré plusieurs fois par la ligne de coupe. La coupe ainsi menée va passer par le couvent de la Sainte- Baume, et rencontre ce pU à l'est des sinuosités de Roquevaire et de Saint- Zacharie; elle va passer plus au sud par l'Ilot du Beausset, c'est-à-dire par le point où le pli du Beausset est le mieux connu et le plus déroulé. Elle permet donc (yfig. loi), non pas de se faire une idée de toutes les complications de la Provence, mais de mesurer à côté l'un de l'autre, de sommer en quelque sorte les immenses déplacements horizontaux qu'ont produits les compressions latérales. Le rôle des déplacements verticaux y est, au moins pour une région

fia, loi. — Coupe d'easemble des trois graods plis de la Provence.

plissée, réduit à son minimum, et le rôle des déplacements horizontaux en ressort avec plus d'évidence. On voit comment, sous cette forme nouvelle, dont l'étude ne s'était pas présentée jusqu'ici, les plissements même les plus énei^ giques arrivent à se dissimuler, à se dérober à l'observation; on voit aussi combien est peu épaisse la zone de l'écorce terrestre dans laquelle ils ont laissé leur trace, combien en d'autres termes ils sont superBciels, et quelle faible quantité de dénudatîon il faudrait faire intervenir pour effacer tout vestige de ces mouvements grandioses, en ramenant la structure apparente de ta Provence au type des régions de plaines ou de plateaux.

l84 HËMOtRB SUR LES REFOULEMENTS

10° Pli couché de la bordure des Maures.

Renirenemeni dta Avant de passer à la cotnparaÏRon des phénomènes décrits en Provence avec mien 'eUe Tria» " ceux qui sont coonus dans d'autres régions, il me reste à parler des faits relatifs à la bordure du massif cristallin, et dont les plus importants ont été découverts par M. Ziircher et par moi, postérieurement à la rédaction de ce Mémoire (' ). La conclusion qui s'en dégage est que les terrains cristallins, tout au moins les phyllades, ont été renversés el charriés sur le Pennien et le Trias, aussi énerglquement et sur d'aussi larges espaces que le Trias l'a été sur les terrains crétacés du Beausset.

Le renversement des phytlades sur le Permien s'observe très nettement entre Gonfaron et le Pujet; il est aussi très apparent près de Pierrefeu, sur la route de Collobrières, mais il était naturel de n'attribuera ces renversements qu'une importance locale et restreinte. 11 n'en est pas de même des coupes reconnues aux environs de Toulon.

Environs de Tou- Les phyllades^ au sud de Toulon, présentent des contour!; très capricieux ; ta ""' limite qui les sépare du Permien, après avoir suivi depuis la baie de Saint-

Nazaire la direction E.-O., se recourbe autour du Cap Brun, pour aller englober la presqu'île du Gap Cepet, et une large bande secondaire, en partie cachée sous la mer, mais s'étendant avec une grande probabilité jusqu'aux collines d'Hyères. Dans cette bande, un îlot de phyllades, celui du Pradel, est complètement entouré par le Permien et le Trias.

Ces Ilots et ces promontoires de phyllades semblent indiquer partout des saillies du substratum sur lequel se sont déposés les étages plus récents; mais alors, on devrait s'attendre à les trouver en contact avec la base de la série sédimentaire. C'est le contraire qui a lieu : ce n'est pas le Permien inférieur, c'est le Trias, et le plus souvent le Trias supérieur, qui vient border les phyllades, en bancs inclinés vers l'ilot. On ne peut songer à une transgression du Muschelkalk, d'abord parce qu'il n'y a pas trace de phénomènes de rivage, et ensuite parce que jamais à l'Intérieur de l'ilot on ne trouve le moindre débris de Muschelkalk. Lorsque j'ai fait la Carte géologique, j'avais réservé tout essai d'interprétation, en entourant les Ilots et les promontoires de phyllades par des lignes de failles; ces failles, à contour sinueux et à contour fermé, indiquaient l'existence d'une anomalie encore inexpliquée.

Cnupe du tunnct de E*" ■ ^9<>i ^- Zurchcr, en étudiant le projet de tunnel qui devait conduire rEjgouiier. les eaux de l'Hygoutiei' à la mer, dans l'anse de Sainte- Marguerite, découvrit

( I ) Compte! rendus, t. CXII, 1 1 mai 1891 , p, io83-ioS6.

QUI OP(T PI-ISSR L'ÉCOBCE TERRESTRE. l85

au milieu du Trias une nouvelle bande de phyUades, large seulement de quelques mètres, et paraissant établir une liaison entre le promontoiredu Mourillon et l'Uot du Pradet. La bande, au milieu des cultures et des propriétés privées, ne peut se suivre à la surface que sur Soo™ de longueur environ; sur ce parcours, elle est jalonnée par )a croissance des chênes-lièges, qui manquent dans le reste de la n'-gion.

Le tunnel projeté devait passer sous ces affleurements; on comptait donc qu'il rencontrerait les phyilades en profondeur. Mais tes travaux, suivis avec grand soin, n'ont rien montré de pareil; le tunnel, entré à ses deux extrémités dans le Muschelkalk, n'a traversé qu'une série de grès et d'argiles rouges (Grès bigarré et Permien), formant une voûte régulière et surbaissée. L'affleurement de phyilades est donc superficiel; il n'a pas de racine en profondeur : les phyilades sont superposés au Trias.

Une coupe observée dans la propriété de M, Tassy nous avait d'ailleurs permis, avant l'achèvement du tunnel, de prévoir ce résultat. Le Muschelkalk, presque horizontal, forme une petite falaise au bord de la mer; sur ce Muschelkalk reposent 2"" environ de grès et d'argiles rouges, et sur ces argiles reposent les phyilades froissés. Au contact entre les deux, on peut même reconnaître 5o centimètres environ de quartzites, rappelant les gros bancs de quarlzites qui, au château d'Hyères et à Six-Fours, forment la partie supérieure du système des phyilades. Ainsi, non seulement les phyilades sont superposés au Trias, mais ils en sont séparés par une bande de terrains renversés et étirés, correspondant au laminage de la série intermédiaire. Cette série, qui normalement ne compte guère moins de mille mètres, est là réduite à deux mètres d'épaisseur.

Ainsi, nous sommes en présence d'un nouveau pli couché. On peut en conclure, comme conséquence immédiate, que l'îlot du Pradet est également super- ' posé au Trias. Autour du promontoire du Mourillon, tes apparences sont les mêmes, et M. ZUrcher vient d'y recueillir de nouvelles preuves de superpositions inversées; mais le raccordement avec les phyilades de la Seyne laisse encore subsister quelques difficultés. Sans vouloir présumer les résultats de l'étude détaillée que poursuit M. Zûrcher, on peut dès maintenant affirmer que ces lambeaux de phyilades superposés au Trias sont venus du sud; et de ce côté on ne peut chercher leur lieu d'origine , leur point de départ, que dans la bande qui, sous la mer, relie le Cap Sicié à ta presqu'île de Giens; il y a donc eu transport horizontal sur près de 5""". Ainsi un témoin longtemps inaperçu, d'une étendue insignifiante, nous permet de reconstituer un des déplacements les plus importants qu'aient subis les terrains de la Provence.

L'intérêt théorique de ce pli couché est considérable; d'abord, il nous prouve que les terrains cristallins ont subi l'action des refoulements de la même ma- * nière et sous la même forme que les terrains sédimentaires plus récents. Mais

l86 MÉMOIRE SUR LES REFOULEMENTS QUI ONT PLISSÉ L'ÉCORCE TERRESTRE.

surtout il montre que les limites actuelles de ces terrains cristallins ne sont que des limites accidentelles et fortuites, ne dépendant que du degré dedénudation : donc, quand nous partons du massif des Maures comme d'un massif anciennement émergé ou comme d'un massif résistant, il faut bien se rappeler que c'est sans prétendre à le délimiter exactement, et qu'il s'agit alors d'un massif idéal, n'ayant qu'un rapport grossier d'emplacement avec le massif actuel. Ainsi seulement peut se concilier cette sorte d'antinomie qui consiste à coneidérer tour à tour le massif cristallin des Maures comme un noyau résistant, déviant la propagation des plis, ou comme une masse plastique subissant leur action.

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