‹ Mémoire sur une altération particuliére de la substance cérébrale [electronic resource]Chapitre 2 sur 3 · B. ÉTAT CRIBLÉ DANS L'ENDCRCISSBMENT DU CERVEAU · texte numérisé non relu

B. ÉTAT CRIBLÉ DANS L'ENDCRCISSBMENT DU CERVEAU

ÉPItEPSIE', ATROPHIE DE L'HÉMISPHÈRE DROIT DU CERVEAU ; RAMOLLISSEMENT DE LA SOPERFICIE DES CIRCONVOLUTIONS ; INDURATION d'uNB GRANDE PARTIE DE LA SUBSTANCE MÉDULLAIRE ÉTAT CRIBLÉ DE LA SUBSTANCE CÉRÉBRALE IN- DURÉE.

Obs. iV. — Corbet, petite fille, âgée de 14 ans, épileplique, morte à l'hospice de la Salpélrière (service de M. Falret), au mois de juin 1839.

Cette enfant reçut, il y a trois ans, un coup sur le côté droit de la tête. Elle fut paralysée du côté gauche du corps, et resta plusieurs jours sans connaissance. Elle reprit peu à peu ses facultés, mais incomplètement, et ne recouvra qu'une partie des raouvemens de ses membres gauches.

Six mois après cet acccident, elle commença à éprouver des élourdissemens , puis de petites attaques, mais si légères qu'on crut qu'elle les simulait. Peu à peu, ces attaques sont devenues plus fortes et se sont rapprochées. Depuis plusieurs mois que cette enfant était à la Salpétrière, elles se montraient presque tous les jours. Pendant les derniers jours de la vie, elles étaient à peu près continues.

Autopsie. — Les os du crâne sont épais et surtout d'une très grande dureté. La dure-mère ne leur adhère pas. 11 s'écoule une quantité de sang médiocre de ses sinus. La cavité de l'arachnoïde contient plusieurs cuillerées de sérosité san

guinolente. Les deux feuillels de la séreuse sont lisses ; le feuillet viscéral n'offre que peu d'opacilés.

La faux du cerveau, très petite, se trouve comme repliée au-dessous de la duremère, car la grande scissure inlerlobaire a disparu compUMemeiit. Les circonvolutions, qui en forment les parois, sont comme luméliées, pressées les unes contre les autres, et les deux feuillels de la pie-mère qui les tapissent adhèrent intimement l'un à l'autre par l'entrecroisement de leurs filaraens celluleux. L'arachnoïde ne pénètre pas entre les deux hémisphères.

La pie-mère est infillrée d'une grande quantité de sérosité sanguinolente.

Toutes les circonvolutions exiornes des lobes antérieur et moyen de l'hémisphère droit, et une partie de celles de la convexité, sont atrophiées, ratatinées, offrant à peine le tiers du volume des circonvolutions de l'autre hémisphère. Tout l'espace vide que laisse cette atrophie est rempli par la pie-mère et la sérosité sanguinolente qui l'infiUre. Celle membrone enlevée, on voit que l'hémisphère droit est de près d'un tiers moins volumineux que le gauche, en largeur, en hauteur et en longueur, mais surtout aux dépens de ses parties antérieures.

Toute la superficie des circonvolutions atrophiées est mollasse el rougeàlre, et la pie-mère en entraîne une parlie ; ce ramollissement paraît assez généralement limité à leur couche corticale ; mais, au-dessous, elles sont au contraire d'une grande dureté, surtout celles qui bordent la parlie supérieure du lobule du corps strié. Elles se laissent manier el plisser comme le cartilage de l'oreille externe, moins flexibles encore que lui ; on ne peut les entamer avec l'ongle, et elles résistent au scalpel comme le tissu cartilagineux le plus dense. Quant à la couche mollasse qui recouvrait celle induration, elle se laisse presque entièrement délayer et entraîner par un courant d'eau un peu fort.

L'extrémité antérieure de l'hémisphère, dans l'élendue de 3 cenliraèlres d'avant en arrière, est tout àfailmolle; mais, dans le reste du lobe antérieur et dans tout le lobe moyen, la substance médullaire offre le môme état d'Induration que les circonvolutions atrophiées que je viens de décrire. Cet endurcissement ne s'étend pas tout â fait jusqu'au ventricule, de sorte que la portion de substance cérébrale indurée peut être évaluée à peu près à la moitié de l'hémisphère.

Le tissu induré est très blanc , ses limites sont peu tranchées el se fondent assez graduellement dans le tissu sain. 11 est criblé d'une foule de petits trous bien ronds, semblant faits par des épingles de diverses grosseurs. Lorsqu'on projette un courant d'eau, de chacun de ces trous, on voit sortir et flotter un petit vaisseau revenu sur lui-môme, mais dont la grosseur, cependant, semble généralement en rapport avec le diamètre du trou d'où il sort.

Ces criblures sont d'autant plus nombreuses qu'elles sont plus rapprochées de la superficie du cerveau. Très nombreuses au-dessous des circoovolulions, on

n'en rencontre plus dans les couches indurées plus profondes, ni dans aucun des points non indurés.

Le lobe postérieur ne présente aucune altération; ses circonvolutions ont une consistance et un volume normal, ainsi que quelques-unes de celles de la convexité, surtout près du bord de la grande scissure.

La pie mère est généralement plus adhérente à la superficie de l'hémisphère gauche qu'elle ne l'était aux circonvolutions saines de l'hémisphère droit ; elle entraîne la couche la plus superficielle de presque toutes celles qui longent la grande scissure. Tout cet hémisphère est d'une mollesse remarquable, surtout à sa surface ; mais cela peut tenir à l'élévation de la température. On ne trouve dans son intérieur ni induration, ni criblures.

Les corps striés et les couches optiques sont parfaitement sains des deux côtés. On ne remarque rien dans les cavités venlriculaires dont le diamètre paraît normal.

La substance cérébrale est généralement peu injectée. La protubérance et le bulbe n'offrent rien à noter.

Le cervelet est plus ferme et un peu plus injecté que l'hémisphère gauche du cerveau. Il paraît sain et parfaitement symétrique.

idiotisme; accès de foreur »e temps en temps ; facsses membranes de i'a-

RACHNOÏDE; atrophie des CIRCONVOLDTIONS ; induration du CERVEAD ; IN- JECTION VIVE ET ÉTAT CRIBLÉ DES HÉMISPHÈRES.

Obs. V. — Tout ce que j'ai pu savoir sur le sujet de celle observation, c'est que c'était une femme jeune, habitant la Salpétrière depuis fort longtemps (service de M. Fairel), qui, habituellement plongée dans un état d'idiotisme presque complet, n'en sortait que pour entrer dans des accès de fureur. Tout incomplet que soit ce renseignement, je crois au moins pouvoir compter sur son exactitude.

AuTOPSiE. — Le front est un peu déprimé, mais surtout très rétréci à sa partie supérieure.

Les os du crâne sont assez épais el très durs ; ils ne se séparent qu'avec peine de la dure-mère, et la déchirent des deux côtés.

La cavité de l'arachnoïde contient plusieurs cuillerées de sérosité limpide, très légèrement citrine. Le feuillet pariétal est tapissé, au niveau de la partie moyenne de la convexité des hémisphères, par une fausse membrane mince, peu adhérente, incolore, offrant seulement quelques mouchelures rouges. Le feuillet viscéral est tout à fait opaque el remarquable par son épaisseur, surtout vers la ligne médiane ; dans ce point, granulations épaisses à sa surface. La pie-mère est infiltrée d'une grande quantité de sérosité. Elle s'enlève aisément et tout d'une pièce de la superficie des hémisphères.

Les circonvolutions sont étroites, ratalinées, comme chagrinées, surtout celles

des lobes antérieurs, et de tout le pourtour des hémisphères ; elles paraissent avoir perdu environ la moitié de leur volume normal; cette atrophie est beaucoup moins prononcée sur les circonvolutions de la convexité. Leur couleur est assez pâle;elle a sur quelques points une teinte très légèrement jaunâtre. Elles sont en môme temps d'une densité remarquable; elles offrent au toucher et au tranchant du couteau la sensation et la résistance du fromage de Gruyère; cela se remarque surtout dans les lobes antérieurs, les lobes postérieurs et la partie externe des lobes moyens, également dans les deux hémisphères. Dans le reste du cerveau, bien que la consistance soit plus grande qu'à l'état normal, la durée est un peu moindre,

La substance blanche des hémisphères, au-dessous des circonvolutions de la convexité, présente un piqueté rouge très fin et exlraordinairement serré ; il y a même çà et là quelques marbrures rouges. Quand on presse légèrement, de chacun de ces points sort une gouttelette de sang; puis, quand on a lavé, on trouve à leur place un grand nombre de petits trous béans, les uns bien arrondis, les autres allongés; de quelques-uns seulement on voit sortir l'extrémité d'un vaisseau.

Cette disposition criblée se montre à un degré très prononcé au-dessous des circonvolutions, surtout de celles de la convexité et de la partie externe des hémisphères. Des coupes successives montrent que ces criblures appartiennent à de petits canaux creusés dans l'épaisseur des hémisphères, et contenant chacun un vaisseau. Elles deviennent moins nombreuses et moins prononcées, à mesure que l'on se rapproche de la partie centrale des hémisphères.

La couleur delà substance grise est généralement normale, et ne présente pas de rougeur. Volume et apparence naturelle des parties avoisinanl les ventricules ; ceux-ci contiennent peu de sérosité. Dureté extraordinaire de la moelle allongée et du bulbe rachidien. Densité assez grande, mais moins prononcée du cervelet. On n'y remarque autre chose qu'une injection un peu vive.

Dans ces deux cas, remarquables par l'analogie qu'ils offrent entre eux, deux ordres de phénomènes symptomatiques furent observés pendant la vie, deux ordres do lésions anatomiques trouvés sur le cadavre. Ainsi, d'une part, état d'idiotisme et accès répétés, dans un cas, d'épilepsie; dans le second, de fureur; d'une autre part, induration du cerveau, et état criblé, ou traces d'une dilatation générale des vaisseaux de cet organe. N'est-il pas naturel de rapprocher l'obtusion des facultés, de l'induration de la pulpe nerveuse, et les accès de fureur et d'épilepsie, de cette dilatation vasculaire, que nous regardons comme le résultat de congestions sanguines répétées ? Cette dernière circonstance ne vient-elle pas à l'appui de l'opinion qui ne verrait dans ces indurations autre chose que

le produit d'une inflammation diffuse du cerveau ? surtout lorsque l'on voit que, dans un de ces cas, la maladie s'est développée à la suite d'un coup sur la tête, et que l'induration, comme l'état criblé, est restée limitée fi l'hémisphère correspondant à cette blessure.

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