SIXIÈME EXPLICATION
Enfin, si, peu satisfait encore de ces explications, on aimait mieux chercher la raison de ces grossesses extra-utérines dans certains vices de conformation qui ne sont souvent que des développemens organiques imparfaits, on pourrait, en s’appuyant de la théorie ingénieuse etféconde des analogues, trouver dans les animaux des dispositions anatomiques qui viendraient à l’appui de l’explication que nous allons donner.
Dans beaucoup de mammifères, l’utérus est bicorne et bilobé, c’est-à-dire que sa cavité est partagée en deux parties par une cloison, et que le corps de l’organe se sépare en haut en deux cavités distinctes , qui sont les cornes dont les trompes de Fallope forment la terminaison. Les monotrèmes, les ornythorinques, les didelphes, etc. , sont des exemples très connus de la disposition dont je parle, disposition qui se retrouve, jusqu’à un certain point, dans l’utérus du fétus humain et de l’enfant nouveau-né. J’ai constamment vu cette apparence d’un utérus bicorne sur les
SUR UNE GROSSESSE EXTRA-UTÉRINE. ai
petites filles mortes peu de temps après leur naissance. M. Duméril a rencontré dernièrement, sur le cadavre d’une femme, à la maison royale de santé, une matrice double , c’est-à-dire que la cavité du corps de l’organe , ainsi que celle du vagin , presque jusqu’à la vulve, étaient séparées par une cloison. Cette disposition avait déjà été signalée par plusieurs anatomistes.
Ne serait-il pas possible que, dans un utérus construit de la sorte, un seul fétus, arrivant dans une des deux cavités , la distendît , et imprimât , par son développement, un mouvement tel à la cloison, que de longitudinale elle devînt transversale? Il est vrai que, d’un côté, la trompe s’ouvrirait au-dessus de la cloison, tandis que dans l’autre elle serait au-dessous. Dans le fait que nous rapportons, les orifices des trompes utérines correspondent l’un et l’autre dans la cavité inférieure. Nous pensons que l’explication dans laquelle on dit que l’ovule s’engage dans un des orifices des sinus utérins, est la plus simple et la plus admissible.
Mais pourquoi nous arrêter à une explication? il suffit d’observer et de faire connaître le fait; laissons à chacun le soin de l’interpréter. Toutes les observations rapportées dans ce Mémoire démontrent :
i° Que les grossesses extra-utérines ne se font pas seulement dans un des ovaires ou dans une des trompes; mais aussi qu’elles peuvent se former dans l’épaisseur du tissu de l’utérus;
2° Que pour cette espèce de grossesse extra-utérine, comme pour les autres, la gestation n’arrive que très difficilement à son terme ordinaire ; je crois même que dans cette dernière espèce l’œuf doit éprouver plus de difficultés à se développer que s’il était situé dans la trompe utérine , ou simplement greffé sur un point de la surface du péritoine ;
3° Qu’à une époque difficile à déterminer, une rupture est produite, et que cette rupture étant accompagnée d’épanchement de sang dans l’abdomen, la mort doit en être la suite prompte et nécessaire;
4° Que la membrane de Hunter préexiste à l’arrivée du germe dans l’utérus, puisque dans toutes nos observations cette membrane était distinctement formée, quoique les trompes fussent oblitérées ;
5° Que cette membrane caduque , ou membrane de Hunter, n’appartient pas à l’embryon proprement dit, et qu’elle n’est pas indispensable à sa nutrition, puisqu’elle n’existait pas sur les parois de la poche où notre fétus s’était développé, tandis que nous l’avons trouvée dans la cavité de l’utérus ;
6° Que l’utérus peut se développer, et la cavité de son corps augmenter d’une manière très marquée , sans que cet accroissement de nutrition de ses parois et cette dilatation de sa cavité soient provoqués par la présence d’un fétus dans le lieu ordinaire où le germe est reçu;
39 G. BRESCHET. — MÉMOIRE
70 Que le placenta, ou organe de communication de l’œuf avec la mère, organe par lequel se font la nutrition et l’hématose pendant une grande partie de la gestation, n’est pas toujours disposé dans l’espèce humaine de manière à ne former qu’une masse ou qu’un gâteau , mais qu’il peut se développer sur divers points distincts de la surface de l’œuf et former des cotylédons, comme on le voit dans les ruminans.