MÉMOIRE
DE
Il y a quelques années (en janvier 1 845), j’eus l’honneur d’exposer à l’Académie un procédé trèssimple qui permettait de pratiquer facilement et sans danger l’opération du cathétérisme dans les cas les plus graves de rétention d’urine. Ce procédé consistait à introduire d’abord dans l’urètre une bougie fine et flexible qui, se moulant aux inflexions du canal, arrive toujours et sans difficulté dans la vessie ; puis à se servir de cette bougie comme d’un conducteur sur lequel on fait glisser une sonde élastique percée à ses deux bouts.
Ce procédé si simple est actuellement employé par tous les praticiens, et, depuis lors, non-seulement il n’est plus de prostate infranchissable, mais surtout il n’est plus question de ces fausses routes, ni de ces accidents inflammatoires redoutables,
auxquels exposaient si fréquemment les procédés ordinaires.
Frappé des avantages considérables que celte méthode de cathétérisme sur conducteur avait réalisés dans le traitement des rétentions d’urine, j’ai cherché à en faire l’application aux rétrécissements de l’urètre. Mais ici les conditions étaient bien différentes. En effet, dans la rétention d’urine, le canal n’ayant rien perdu de son calibre, et l’obstacle à l’introduction du cathéter ne résidant que dans un changement plus ou moins brusque de direction, produit par l’hypertrophie de la prostate, aussitôt que la bougie conductrice est arrivée dans la vessie, rien ne s’oppose plus à ce qu’on fasse glisser sur elle une sonde plus volumineuse pour l’évacuation de l’urine.
Dans les rétrécissements , au contraire, l’urètre permet à peine l’introduction d’une bougie filiforme, et son étroitesse oppose un obstacle invincible à ce que , par-dessus cette bougie , on puisse faire glisser un instrument de quelque volume.
En présence de cette difficulté radicale, je perdis longtemps l’espoir d’atteindre le but que je poursuivais, lorsque l’idée me vint d’utiliser la bougie conductrice d’une autre manière:
Au lieu de faire glisser sur elle l’instrument que je voulais introduire, je vissai, sur son extrémité libre, le bec de cet instrument qui, faisant ainsi corps avec elle , put facilement pénétrer a sa suite
dans les rétrécissements, pendant qu’elle-mëme s’enfoncait dans l’intérieur de la vessie, où elle se repliait.
Ce résultat fixa vivement mon attention, et je ne tardai pas à comprendre qu’il ne s’agissait pas seulement d’une modification à la méthode de cathétérisme sur conducteur, mais bien d’une nouvelle méthode tout aussi simple et beaucoup plus féconde (cathétérisme à la suite).
Cette méthode en effet, également applicable aux instruments de toutes les formes et de tous les calibres, m’a permis de résoudre d’un seul coup deux des problèmes les plus complexes et les plus importants de la chirurgie des voies urinaires : celui de l’exécution facile et sûre de toutes les opérations relatives au traitement des rétrécissements de l’urètre, et surtout celui de la guérison instantanée de ces affections, sans aucune dilatation préalable ni consécutive.
Exposé de la méthode :
Instruments.
La nouvelle méthode de cathétérisme que je propose n’exige aucun instrument spécial. Il importe seulement que la bougie conductrice et les instruments dont elle doit diriger l’introduction soient
disposés de manière à s’articuler ensemble, à la volonté du chirurgien.
Le moyen qui m’a paru le plus simple pour obtenir ce résullat, consiste dans l’emploi d’un petit ajustage métallique, fixé à demeure à l’extrémité externe de la bougie, et auquel l’instrument à introduire vient lui-mème s’articuler à l’aide d’une vis dont son bec doit être muni à cet effet.
Tous les instruments usités dans les maladies de l’urètre se prêtent parfaitement à ce mode d’articulation. Nous nous contentons de mettre sous les yeux de l’Académie ceux dont l’emploi est le plus
]° Un mandrin explorateur;
2° Une sonde métallique, simple ou conique ;
3° Les dilatateurs de Perrève, de Rigault, etc. ;
4° Les porte-caustique de Ducamp, de Lallemand ;
5° Le cathéter cannelé de Syme ;
6° Les urétrotomes de Civiale , Reybard , frère Corne ;
7° Enfin, les instruments nouveaux qui me servent à traverser les rétrécissements les plus étroits et me permettent d’obtenir leur guérison instantanée.
Quand le chirurgien est fixé sur le genre d’opération qu’il veut pratiquer, il introduit d’abord dans l’urètre une bougie munie de son ajutage. Cette introduction, qui constitue le premier temps
général
de l’opération, se fait suivant les règles et avec les précautions ordinaires.
Aussitôt que la bougie a pénétré jusque dans la vessie, on visse sur son ajutage l’extrémité de l’instrument dont on a fait choix, puis on pousse avec lenteur l’instrument et la bougie qui le précède, jusqu’à ce que celui-ci se trouve dans les conditions voulues pour les indications à remplir.
Mais les règles relatives à l’exécution de ces manœuvres ne peuvent être l’objet d’une description générale. Elles varient suivant le but qu’on se propose et l’instrument dont on fait usage.
ï. — Application de la méthode à l’exploration de
l’urètre.
De tous les instruments imaginés pour l’exploration de l’urètre, la bougie à olive est sans contredit le plus simple et le plus utile. Elle permet, en effet, de reconnaître le siège des rétrécissements, leur longueur, leur degré de résistance ; mais pour en obtenir ces renseignements , il est nécessaire que l’olive puisse franchir les parties rétrécies. Or, quand le rétrécissement est considérable et n’admet qu à grand’peine une bougie filiforme, cette manœuvre présente des difficultés sérieuses.
En effet, si 1 olive exploratrice est supportée par