LIVRE SEIZIÈME
La disgrâce du surintendant des finances , Nicolas Fouquet, qui fut arrêté à Nantes (1), dans la cérémonie de l'ouverture des états de Bretagne, et mené au château d'Angers par ordre du roy, ne put arriver sans apporter du changement au ministère et à l'affaire de Port-Royal. Il étoit instruit de cette matière , la reine- mère luy donnant de temps en temps de petites commissions sur cet article , dont il luy rendoit compte avec une fidélité qui marquoit assez combien il étoit bien intentionné , outre qu'il étoit amy des jésuites. Le Tellier et Lyonne, qui restoient dans le ministère, regardoient cette affaire avec toute l'indifférence que des courtisans qui ne pensent qu'à leur élévation ont coutume de regarder les affaires de la religion. Colbert (2), qui d'intendant du feu cardinal Mazarin devint surintendant des finances , sous le nom de contrôleur général qu'il affecta par modestie , associé dans le ministère aux deux autres, n'y prit pas plus de part , n'ayant aucune connoissance des affaires de l'Église. Mais, parce qu'il étoit plus hardy, plus entreprenant, et qu'il devint bientôt plus puissant que les deux autres, il s'en mêla bientôt parce qu'il étoit d'un caractère à se mêler de tout. Ce fut par cet esprit-là qu'il remua tant de choses dans l'État qu'on peut dire que jamais personne n'en a tant remué, se donnant un mouvement qui ne pouvoit être soutenu que par un tempérament aussy robuste que le sien, cherchant à réformer tout, et, rien ne luy ayant échappé dans ce vaste projet de réforme universelle, il donna en quelque façon une autre face à l'État. Prodigue enfin de son travail et de ses soins plus que jamais aucun ministre ait peut-être été , il les étendit jusqu'au jansénisme. Mais, comme il le fit sans savoir ce que c'étoit, ce ne fut presque que pour prolonger la destinée d'un party qui étoit sur ses fins lorsqu'il entra dans le ministère, qui devoit finir avant la mort du cardinal de
(1) Le 7 septembre 1661.
(2) Jean-Baptiste Colbert, fils de Nicolas, seigneur de Vendières, et de Marie Pnssort, né le 31 août 1619, marié en 164* à Marie Cbaron de Meoars, mourut le 6 septembre 1663.
la manière dont il fut poussé durant sa vie, et qu'il étoit obligé de tâcher à détruire luy-méme s'il eût été aussy bon politique qu'il vouloit le persuader. Car il contribua à cette misérable paix de l'Église qui gâta tout, et conseilla après à l'archevêque de Paris, François de Harlay (1), de ne plus parler de cette affaire, ense servant de jansénistes et de molinistes indifféremment pour son conseil, comme on verra dans la suite; ce qui doqna lieu aux sectateurs de la nouvelle doctrine de se rétablir, en devenant plus considérables par l'accommodement.
L'abbé de Bourseys , qu'il avoit vu assez bien auprès du cardinal son maître, eut l'adresse de luy faire sa cour dès qu'il le vit ministre et de se fourrer en sa maison pour tâcher de mériter quelque part en sa confiance. C'étoit un esprit souple, adroit, insinuant que cet abbé, qui se piquoit de savoir les Pères, qu'il avoit fort lus, et d'être théologien ; il faisoit aussy le bel esprit, étant de l'Académie françoise. Ce fut en cette qualité qu'il 6'étoit étably chez le cardinal Mazarin dès le temps que la cour s'arrêta à Pontoise, pendant les dernières guerres de Paris , et ce fut en qualité de théologien et de docteur universel qu'il s'établit chez le nouveau contrôleur des finances , Jean- Baptiste Colbert; car, ayant peu étudié, celuy-ci ne savoit que fort superficiellement ce qu'il savoit, et il cherchoit à dire son sentiment de tout au conseil privé pour donner au roy bonne opinion de luy, voyant que Le Tellier, qui parloit bien, se signaloit fort par là, surtout quand il s'agissoit de Rome ou du pape, qu'il attaquoit en toutes rencontres, faisant le zélé pour les intérêts du roy et se donnant un succès en cela qui inspira de l'émulation à Colbert, qui ne pensoit déjà plus qu'à se distinguer par quelque chose auprès du maître. C'étoit un homme à donner dans les apparences qui ont quelque chose de spécieux et à se laisser prévenir, et ce fut par là qu'il conçut de l'estime pour l'abbé dans une aventure qui luy arriva à Fontainebleau un peu auparavant.
Bourseys aymoit la cour et s'y montroit de temps en temps, sans y avoir d'affaire et sans raison, pour s'y fourrer. S'y étant trouvé sur la fin de l'été de cette année, on ne sait pourquoy, il fut produit chez un homme de qualité, dont on n'a pas su le nom, pour l'assister dans
(1) François de Harlay de Chanvaloa, OU d'Achille et d'Odette de Vandetar de Persan, dame de Nerville, né à Paris le 13 août 1625, avait été sacré archevêque de Rouen dès 1651, après la démission de son oncle; il rat transféré en 1671 à l'archevêché de Paris, et mourut subitement à Conflans le 6 août 1695. Il a été le président et l'oracle de rassemblée de 1682. Fénelon a traeé de lui eu traits de feu un portrait épouvantable.
une maladie, où il parut du danger. Le roy l'ayant appris demanda à la reine-mère si l'abbé de Bourseys n'étoit pas janséniste ; à quoy la reine répondit qu'il l'étoit des plus déclarés, « D'où vient donc, dit le roy, qu'on le produit icy? » Le P. Annat le fit avertir de ce que le roy et la reine avoient dit ; l'abbé vint le trouver pour savoir ce qu'il avoit à faire sur cela , protestant n'avoir nulle attache à la doctrine, « 11 faut, dit le père, signer le formulaire, — Volontiers, d répondit cet abbé. Ce qu'il fit peu après avec éclat. Cette action d'un vieux docteur de Sorbonne dans une réputation de savant parut belle à ce ministre, a II faut, disoit-il, de la grandeur d'âme à un docteur de crédit pour convenir qu'il s'est trompé, après avoir vieilly dan3 son erreur. » II l'estima par là et voulut le voir, et ce fut alors que l'abbé luy dit que les jansénistes avoient grand tort de nier que les propositions condamnées fussent dans le livre de l'évéque d'Ipres, qu'il l'avoit lu, et que rien n'étoit plus vray qu'elles y étoient et qu'il avoit fait un écrit pour le prouver; mais il ajouta que c'étoit la doctrine de saint Augustin que celle de Jansénius, et qu'il n'en falloit pas douter. Ce fut ce ministre, avec qui j'avois alors l'honneor d'être en quelque commerce, de qui j'appris cela. Il crut la démarche de l'abbé sincère, mais il vécut depuis d'une manière qui en fît douter le public.
L'occasion de se signaler auprès de ce nouveau maître, et de se signaler selon son cœur, arriva bientôt. On soutint sur la fin de cette année, c'est-à-dire le 12 décembre (1661), une thèse au collège des jésuites sur l'infaillibilité du pape , dont les jansénistes se servirent fort à propos pour faire bien du bruiC Ils avoient déjà préparé de grands traités sur cette infaillibilité, qu'ils vouloient tout à fait détruire, comme la seule ressource qui leur restoit pour défendre leur opinion ; car, prouvant que le pape peut se tromper, ils rétablissoient leurs affaires en décréditant les deux bulles. C'étoit à quoy ils pensoient alors quand ils trouvèrent cette 'occasion par la faute des jésuites. Ce fut un jésuite flamand, on peu aventurier de son chef, qui proposa cette thèse, dans laquelle il soutenoit que l'infaillibilité du pape, en qualité de vicaire de Jésus- Christ, était la même que celle de Jésus- Christ. Le nonce fut averty par des gens bien intentionnés que cette proposition , dans la présente conjoncture , étoit capable de remuer les esprits ; que les jansénistes étoient alors alertes sur tout ce qui regardoit le pape, et que cette thèse pourroit leur donner lieu d'occuper le public par leurs écrits, ce qui ne serviroit qu'à faire diversion de leur affaire ; et qu'il n'étoit nullement à propos de toucher à cette
question, sur laquelle on cherchoit à chicaner pour jeter de nouveaux embarras dans ce que le roy venoit de régler. Le nonce alla trouver le P. Annat à Saint-Louis (1) pour luy en donner avis. Le P. Annat entra dans le sentiment du nonce et dans toutes ses vues ; il jugea à propos de la faire supprimer. Le P. Jean Bagot, vieux théologien du collège de Clermont , n'en fut pas d'avis, parce que, la thèse étant imprimée et répandue dans la ville par les invitations que le soutenant, qui cherchoit à avoir du monde , avoit déjà faites , on luy dit que cet avantage qu'on donneroit aux jansénistes de la supprimer pourroit nuire au formulaire dressé par l'assemblée , reçu en Sorbonne et dont tout le monde convenoit. Le P. Claude Fraguier (2), préfet alors des hautes études au collège, fut de l'avis du P. Bagot par un intérêt secret. C'étoit un bon esprit, grand théologien , mais délicat sur l'honneur et paresseux. La thèse n'avoit paru que sur son approbation, qu'il falloit révoquer; on prétend qu'il la laissa passer sans se donner la peine de l'examiner ; il y alloit de son honneur qu'elle fût soutenue : il n'en vit pas les suites ou ne les voulut pas i voir, et, trouvant le P. Bagot de son sentiment, il l'emporta. Elle fut soutenue dans une assez grande assemblée , mais attaquée de personne.
Cependant les jansénistes, qui s'étoient saisis de plusieurs exemplaires de cette thèse, en font des trophées partout comme d'une nouvelle entreprise des jésuites contre la couronne ; on la porte aux ministres i avec des interprétations très-odieuses du pouvoir du pape sur les rois. Le Tellier, gagné par son fils, l'abbé (3), qui commençoit alors à briller en Sorbonne , dont il prenoit l'esprit contre les jésuites , et gouverné j par son répétiteur, nommé Coquelin (4), jeune aventurier qui, ayant
(1) Maison professe des jésuites rue Saint -Antoine, devenne aujourd'hui lycée Charlemagoe, et dont l'église est le siège de la paroisse Saint-Paul.
(2) Claude Fraguier, frère de François, conseiller au parlement de Paris, né en 1610, admis dans la Compagnie de Jésus en 1626, après avoir été professeur de théologie, préfet des études à Paris et recteur du collège d'Orléans , fut cédé à la province de Toulouse, sur la demande de Louis de Vautorte, évêque de Lectoure. Il mourut à Toulouse le 2 avril 1667.
(3) Charles-Maurice Le TeHier, fils de Michel, chancelier de France, et d'Élisabeth Tnrpin de Vauvredon , né à Turin en 1642, sacré archevêque de Naziauze, coadjuteur de Reims le 11 novembre 1663, archevêque de Reims le 3 août 1671, mourut subitement le 22 février 1710. Orgueilleux comme Louvois, son frère atué, il professait la morale sévère sans la pratiquer. C'est le héros de l'aveuturede Nanterre si joliment racontée par Mme de Sévigné : « L'archevêque de Reims revenait hier fort vite de Saint- Germain; c'était comme un tourbillon; H croit bien être grand seigneur, mais gens le croient encore plus que lui... etc. » Lettre do 5 février 1674.
(4) Nicolas Cocquelin, docteur de Sorbonne le S mai 1658, curé chefcier de Saint-
quitté le portefeuille pour porter les armes contre le roy en la guerre de Paris, où il ne réussit pas, chercha à faire fortune par la nouvelle doctrine, devint enfin quelque chose en se donnant à cet abbé, qui, sifflé par ce docteur et cajolé par les importans du party, empoisonna tellement cette thèse dans l'esprit de son père que, remply des plaintes que son fils luy en faisoit, il s'alla plaindre au roy qu'on en vouloit à sa personne et que l'affaire de la thèse des jésuites alloit à luy enlever sa couronne de dessus la tête. De Lyonne, qui étoit mécontent du pape, parla à peu près de la sorte. Mais il n'est pas croyable à quel excès s'emporta l'abbé de Bourseys pour aigrir l'esprit de son nouveau patron, le contrôleur général des finances, Colbert, contre les jésuites, en qui il commençoit de prendre confiance pour l'éducation de ses enfans, persuadé alors qu'il n'y avoit que celle-là qui fût bonne. 11 luy dit que, dans le poste où il étoit, il devoit regarder cette démarche des jésuites comme une entreprise contre la monarchie. Les trois ministres, qui se trouvoient de môme sentiment sur cette affaire, firent tant de bruit qu'ils étonnèrent le roy; il s'en plaignit au P. Armât, lequel pour apaiser la cour fut obligé de faire un écrit afin d'ôter à la thèse le poison qu'on y avoit jeté et pour l'expliquer d'une manière qui pût fermer la bouche aux ennemis des jésuites. Il le fit en effet de ce caractère solide qui luy étoitordinaîre en tout ce qu'il écrivoit. Il donna les sens qu'on pouvoît donner à la thèse, odieux et favorables, et fit voir que ce n'étoit que par une pure animosité suscitée par les restes de la cabale de Port- Royal qu'on inquiétoit les jésuites et par malignité d'esprit. La thèse contenoit deux propositions : la première a que Jésus-Christ montant au ciel avoit donné à saint Pierre et à ses successeurs la même infaillibilité que la sienne quand ils parleroient ex cathedra, » c'est-à-dire dans toutes les circonstances que doit parler un pape pour que ses décisions soient reçues ; la seconde proposition a que dans l'Église romaine il y a un juge des controverses de la foy, hors du concile , dans les questions tant de droit que de fait, » et qu'ainsy on étoit obligé de croire de foy divine que , selon les constitutions d'Innocent et d'Alexandre, les cinq propositions tirées du livre de Jansénius sont hérétiques, etc.
L'explication que le P. Annat donnoit à la première proposition fut
ferry de IC64 à 1668 par résignation d'Henri Dnhamel , chanoine en 1673 aussi par restgôiUoa du même, enfin chancelier du chapitre et prieur de Saint-Su Ipice près Toulouse, mourut le 20 janvier 1693. Il fut nommé un des promoteurs de Cassera Dlée de t66l.
qu'elle devoit s'entendre de la même infaillibilité, comme on dit que le vicaire a la même autorité et le même pouvoir que l'évéque, Tarn* bassadeur que le prince qui l'envoyé , le juge subalterne a le même pouvoir de commander ou d'absoudre que le juge souverain ; mais que le pouvoir du vicaire, le pouvoir de l'ambassadeur, le pouvoir du lieutenant, étant émané du pouvoir souverain, n'étoit ny universel, oy indépendant comme celuy du souverain qui le comrouniquoit avec les restrictions qu'il vouloit; par exemple, dans la question présente, l'infaillibilité du vicaire de Jésus-Christ étoit bornée aux matières de foy seulement et celle de Jésus-Christ étoit générale , universelle , sans bornes , indépendante ; par cette distinction il excluoit le venin que les ministres et les politiques prétendoient donner à cette proposition. Outre cela il donnoit l'infaillibilité à Jésus-Christ comme un attribut essentiel attaché à la Divinité , absolu, nécessaire, et celle de saint Pierre et de ses successeurs accidentelle, conditionnelle, parti* cipée, et qui n'est autre chose que cette assistance qu'il avoit promise à son Église pour l'empêcher de tomber dans l'erreur. Il citoit l'autorité de saint Léon , de saint Cyrille, de saint Chrysostome, de saint Prosper, d'Arnobe, de saint Thomas, qui parloient tous de cette infaillibilité de saint Pierre et de ses successeurs dans les mêmes termes que la thèse de Clermont.
Pour la seconde proposition de la thèse, qu'il y a a dans l'Église un juge infaillible des controverses en matière de foy, hors du concile,» il répondoit qu'on avoit tort de trouver à redire à cette proposition , puisqu'il étoit de notoriété publique que la même proposition avoit été soutenue en Sorbonne, le même jour, sous le docteur Poussé ,1) présidant , et qu'on en avoit soutenu au collège de Navarre une pareille, conçue en mêmes termes, le 14 du mois de juin dernier.
Pour la troisième, qui donnoit « cette infaillibilité tant pour les questions de fait que celles de droit » , le P. Annat prétendoit qu'elle ne devoit s'entendre que des faits impliqués dans le droit , comme i'expliquoit révêqued*Aleth,qui, avant que d'être janséniste, obligeoit à signer le formulaire en conscience, assurant que, « quoyque la constitution d'Alexandre tombât autant sur le fait que sur le droit, on pouvoit dire néanmoins que cette question de fait est tellement jointe à celle
(l) Antoine Régnier de Ponué, file de Pierre, baron de Poussé, et de Magrfefcint de Nicey, né au diocèse de Sens, ordonné prêtre à Paria le 71 mai 1**4, docteur de Sorbonne en 1645, un dea premiers séminaristes de M. Olier, succéda à M. de Bretonvilliers dans la cure de Saint-Su Ipice en fé? rier 1658 et mourut le S juillet 16S6» à cinq heures du soir.
du droit qu'il semble dangereux d'en faire la séparation ». Il déclarait quec'étoitle sentiment du clergé en l'assemblée de 1655 et 1660, où, pour retrancher les évasions des jansénistes sur le formulaire, il fut arrêté que cette maxime n'avoit pas de lieu aux questions de fait qoi sont inséparables des matières de la foy . Ainsy ce fracas que firent les jansénistes sur la thèse fut arrêté par l'explication du P. Annat. Il est vray qu'ils avoient raison d'en faire du bruit, car leur party . étoit détruit par ces deux maximes, dont la conséquence étoit évidente, que la décision de l'Église sur leur condamnation étoit de foy par le fait inséparable du droit en cette controverse. Que ne remuèrent-ils point aussy pour rendre cette thèse odieuse? et, que ne fit point ce nouveau converty, l'abbé de Bourseys , pour aigrir l'esprit de son nouveau patron, le contrôleur général des finances , sur l'explication du P. Annat, luy disant que tout seroit perdu si, dans les propositions suspectes d'erreur, on écoutoit des explications, car tout pouvoit s'expliquer, et qu'il n'y avoit point de proposition mauvaise qui ne pût être susceptible d'un bon sens par le tour qu'on pourroit luy donner. Ce que cet abbé dit au ministre son patron , on dit le même aux deux autres et peut-être davantage. Les jansénistes, sous le nom des curés de Paris, ou les curés joints aux jansénistes', firent courir un écrit qui portoit pour titrç : Factum des curés de Paris contre la thèse des jésuites. Il en parut peu après un autre contre l'explication du P. Annat à la thèse, qu'on appeloit : les Illusions des jésuites dans leur explication de la thèse pour empêcher la condamnation de leur nouvelle hérésie, qui futsuivy d'un troisième, contenant les Pernicieuses Conséquences de la nouvelle hérésie des jésuites contréjle roy et fÉtaL Enfin il en parut un quatrième, qu'on appeloit : la Défense des libertés de V Église gallicane contre la thèse des jésuites } à tous les parlemens de France; et tous ces écrits étoient si envenimés , si remplis de calomnies atroces, d'impostures et de faussetés, qu'on remarquoit assez qu'il falloit nécessairement qu'il y eût un grand intérêt caché sous une si grande passion , et que rien n'étoit plus faux que le zèle imaginaire qu'ils faisoient paraître avec tant de faste et tant d'ostentation pour l'intérêt de l'État par les prétendues conséquences de cette thèse, qui n'avoit rien que de sain et d'orthodoxe. Ce ne sont que des faussetés et des injures, qui ne roulent que sur des accusations frivoles de pernicieuses conséquences contre l'État et d'hérésie, qui ne méritent pas d'être réfutées ; car, comme il n'est pas de la foy de croire le pape infaillible , il n'est pas contre la foy de l'assurer; c'est une question problématique dans l'école ; on le croit infaillible en
Italie et en Espagne , on Ta cru en France ; le cardinal de Richelieu , si habile dans les controverses , en étoît persuadé et n'étoit pas pour cela ennemy de l'État; à rassemblée du clergé de l'année 1625 cela fut réglé comme conforme à la foy. C'était le sentiment de Pierre de Marca , archevêque de Toulouse , le plus savant du clergé en ces matières-là; ayant été consulté à l'occasion de cette thèse, il répondit que, nier l'infaillibilité du pape pour les choses spirituelles , c'était se déclarer calviniste. Et il fut trouver le roy pour luy ôter ces frayeurs qu'on avoit voulu luy donner sur son État et sur le temporel de ses affaires par cette infaillibilité qui n'appartenoit qu'aux matières de foy; en quoy il n'entra pas dans te sentiment du Tellier, secrétaire d'État, son amy, parce que ce sentiment fut inspiré alors à celuy-ci par son fils l'abbé, cajolé par Coquelin ; mais ce que ce prélat se crut obligé de faire pour ne pas renverser ce que les deux papes avoient fait par leurs bulles contre le livre dè Jansénius et ce qui avoit été réglé par les deux dernières assemblées du clergé pour le formulaire, qui ne pou voit subsister si la thèse de Clermont étoit condamnée (1).
(t) L'archevêque de Toulouse et le secrétaire d'État échangèrent a propos de la thèse de Clermont la correspondance suivante. De M. de Marca. « Cedermier décembre 1661.
• On m'a donné avis ce soir, dernier décembre, qoe londy on doit parler en Sorbonne delà thèse de Clermont touchant l'infaillibilité du pape, et qu'on prétend faire ordonner, par arrêt du conseil ou du parlement, qu'elle sera supprimée, avec défense de traiter cette matière.
« Si on la met en dispute dans la faculté on ruine tonte Pautorité des constitution* contre Jansénius, et on fait un horrible schisme entre le pape et la France, et même eutre les savans du royaume; ce qui auroit encore un plus méchant effet si on donooit l'arrêt proposé soit au conseil, Soit au parlement.
« Cest le dernier effort de la malice des jansénistes, qui veulent envelopper dans leur ruine celle de la paix de l'Église .
« Ce qui m'a obligé de supplier Monsieur Le Tellier, de la part de Dieu, cnjtu legatione fungor, de donner ordre, de la part du roy, au syndic ou au doyen de la faculté d'empêcher que l'on propose cette matière lundy,qui exprima mentis jusqu'à ce que Sa Majesté soit informée par le syndic de l'état de la chose.
De M. Le Tellier. • Ce premier janvier 1662.
« Pour répondre au mémoire de monsieur l'archevêque de Tholose je me sens obligé de luy faire savoir que j'ay fait jusques icy tout ce qui a dépendu de moy pour empêcher que M. Talon ne se plaignit au parlement de la thèse de Clermont et que l'examen vous fut demandé en Sorbonne. Je croy avoir réussi à l'égard de M. Talon, mais il serait imprudent d'en dire autant de la Sorbonne, à cause qu'on ne peut pas contenir tant d'esprits qui ont droit d'en parler torque la faculté est assemblée, dont le caractère n'est pas tout à fait uniforme dans leurs inclinations et intérêts. Il y a de I inconvénient d'employer l'autorité do maître en telles affaires, et on ne peut, à cause de la cérémonie de ce jour, le proposer à Sa Majesté ny en recevoir ses ordres; mai*, comme ce qui se peut l'aire demain en Sorbonne ne saurait aller qu'a nommer des e&aminateurs, on aura le temps de discuter en présence du roy ce qui sera utile à la
Àussy cette thèse ne fut-elle qu'une occasion aux jansénistes de déclamer avec plus d'aigreur contre le pape et pour tâcher à dé* traire l'autorité de sa censure contre le livre de l'évéque d'Ipres; car on a su depuis pâr leur propre aveu qu'ils avoient alors des traités tout prêts contre 'l'infaillibilité , la seule ressource qui restât à ce party pour se soutenir dans le dernier penchant de sa ruine ; et cette occasion, qu'ils auroient prise d'eux-mêmes, dans l'extrémité où sq troavoient leurs affaires , pour décréditer les deux bulles , leur vint heureusement par la faute des jésuites, dont la méchante conduite leur fournit ce moyen à quoy ils ne s'attendoient pas. Mais que ne firent-ils point pour en profiter en grossissant cette faute par leurs calomnies, dont les écrits qui parureut alors étoient pleins? Après tout, ce moyen, tout foible qu'il étoit de luy-méme , ne laissa pas de devenir important par une aventure assez bizarre qui pensa à brouiller tout à fait le pape avec le roy, et qui ne contribua pas peu à raccommoder les affaires de Port-Royal.
Le duc de Créqui (1), ayant été choisy du roy ambassadeur à Rome auprès du pape, avoit mêlé dans son train deux ou trois de ces gens de main qui ne sont propres qu'à des entreprises hardies et à de méchantes affaires. Étant arrivé à Rome Tannée suivante (1662) , il se trouva panny ses couleurs de ces gens qui contribuèrent à sauver un François poursuivy par des sbires qui vouloient l'arrêter; il fut poursoivy jusque dans la place du palais Farnèse , où logeoit l'ambassadeur. Les gens s'attroupèrent pour faire évader le François qu'on prétendoit avoir eu un démêlé avec un Corse. G'étoit une espèce de soldatesque entretenue par le pape pour soutenir les sbires dans leurs fonctions et pour empêcher les désordres de la ville. Toute la compagnie s intéressa dans l'affaire de ce particulier, se mit sous les armes et se jeta
religion et a son service avant que la faculté puisse délibérer sur la doctrine contenue dans eeUe thèse. Ma» je ne puis m'empescherde me... {lacune dans le ms.) en cette occasion contre l'imprudence des Jésuites, qoi ne se peuvent empescher de donner occasion an* Jansénistes de se relever lorsqu'ils sont tout à fait abattus, car ilstirerweat on fort grand avantage de toutes les contentions qui se forraeroient sur cette matière.
« C*eat, Monsieur, votre très-humble et très-affectionné serviteur Le Teluer. »
5*esl-il pas singulier de trouver le P* Rapin d'accord avec Le Tellier pour déplorer Imprudence des jésuites à énumérer et marquer les droits du souverain pontife? N'estce pas là un signe de l'importance qu'avaient acquise, an moment où écrivait notre historien, les doctrines césariennes promulguées en 1682 par le clergé de France ?
(1) Charles de Créquy, duc et pair, fils de Charles, sire deCréquy, et d'Anne du Roure, né en 1633, marié à Armande de Sainl-Gclais de Lansac , gouverneur de Paris eo 1675, ambassadeur extraordinaire à Rome et à Londres, mourut à Paris le 13 février IC87.
t. iu. 10
dans la place du palais pour attaquer les gens de l'ambassadeur. Son
carrosse, qui parut alors suivy d'estafiers, fut unçignal à toute la livrée de l'ambassadeur de s'assembler et de courir sur les Corses , qui, 6e voyant pressés par le nombre des gens du palais Earnèse , firent une décharge de leurs mousquets vers le carrosse , dont il y .eut un page et un autre homme de livrée tués (!]. Cet assassinat obligea l'ambassadeur avec toute sa maison à sortir de Rome et de se retirer en Toscane , sans la participation même du roy, pour marquer mieux son indignation; mais ce ne fut qu'après avoir fait de grandes plaintes du cardinal Impériati, alors gouverneur de Rome» qu'on crut en partie la cause de ce désordre par son peu de vigilance pour la sûreté de la' ville ; on mêla même dans cette négligence, quelque soupçon d'affectation. Le pape, surpris d'un si étrange accident, dont le départ précipité de l'ambassadeur luy fit sentir toute l'importance , commença par casser la compagnie des Corses pour marquer au roy la disposition ou il éloit de luy faire une entière satisfaction. Ce n'étoit en effet que parce qu'on étoit content de luy en France par la conduite qu'il avoit tenue en" l'affaire du jansénisme , où il s'étoit bien comporté , qu'on luy avoit envoyé un ambassadeur, n'y en ayant point eu depuis le grand baillif de Valencé, soit que le cardinal Mazariu ne fût pas content d'Innocent, qui avoit fait le coadjuteur de Paris cardinal malgré la France, soit qu'Alexandre l'eût trop bien reçu en sa colir après son évasion du château de Nantes, où il étoit arrêté comme criminel d'État, soit que le ministre eût eu. d'autres raisons d'étré mécontent du pape, qu'il affecta de mortifier, en, la paix des Pyrénées, qui se fit sans sa participation. Quoy que c'en soit, cette aventure si à contre -temps de voit affliger le pape parce qu'il devoit être content du roy qui l'honoroit d'une nouvelle ambassade après plusieurs années d'intervalle. Que ne fit-il point aussy pour en témoigner sa douleur? Mais cela ne servit de rien. Dès que la nouvelle en fut arrivée à la cour on envoya un courrier à Florence pour ordonner au duc de Créqui de sortir d'Italie. On fit éclater par toutes sortes de voyes le mécontentement qu'on avoit du pape. Les jansénistes, qui en voulurent profiter, firent de nouveaux bruits sur la thèse des jésuites, qu'ils tâchèrent de rendre encore plus odieuse en cette occurrence; les ministres favorisoient les soupçons qu'ils vouloient en donner, pour faire valoir leur zèle.
Cependant le pape, qui vouloit contenter le roy, dont il étoit content luy-mêrne , fit faire des propositions d'accommodement ; on prit
(t) 20 août 1662.
le part y de la négociation, qui languit dans les cômmentemens par le peu de disposition qui se trouva à la paix. Mais Un petit corps d'armée commandépotts la frontière (4ft83), et doadukpar LaFeuillade (1) et Pui- . gutap (2), avança te traité; on conviât du lieu pour la négociation^ On choisKPifift {1*9*),. viUe dartres ÉGaU du duc de Toscane. Rasponi{3), officier du pape, fift nommé de^sa parfc^ et l'abbé de Bouitemoni de la part du roy r qui ne fit 911a signifies articles de raccommodement dressé par le duc de Créqui > qu'il luy envoya du pont de Beauvoisin , frooticre de laFrpnqe^t de la Savoie , où U eut ordre de 3e retirer» Comme il étoit de l'intéflW dyroy^qpi était l'offensé r que ta réparation qu'on luy foisoit éclatât par toute l'Europe, le pape envoya le cardinal Chigi, son neveu, légat en France» pourra faire en son nom. Lèses* piiu se calmèrent de part et d'autre., mais les cœurs ne se réunirent pas tout à fait; on en fit mieux à Rome dans Ja suite contre tes jansénistes, mais on en fit moins bien quelque temps à Paris, parce qu'il parut alors plusieurs écrits séditieux qui cherchaient à refroidir le roy contre le pape sur l'attentat fait* à l'ambassadeur et sur la thèse des jésuites, qu'on joignit ensemble pour aigrir encore plus tes ministres» qui l'étaient déjà*. Cette froideur; diminua un peu te ïète de ceux qui vouioient qu'en poussfttles jansénistes à 4>out,et fitunetespèce dé sus* pension aux contraintes qu'on avoit résolu» dans l'assemblée dernière du clergé de faire à çeux qui refuseraient de signer te formulaire.
On ne laissoit pas de publier dans les provinces que le roy étoit brouillé avec te pape et qu'il y « avait lieu d'espérer que l'ou profiterait de cette brouiller ie, dont on continuait à faire des trophées à Port-Royal par de fréquens libelle? , qu'on «épandoit partout, contre l'infaillibilité, qu'on appeloitsanç façon l'hérésie des jésuites , dont on s'efforçait de leur faire un cruned'État , quoyque les jésuites, par la doctrine de l'infaillibilité, (si c'était tegur doctrine , qui ne l'est nulle-
(1) François d'Aubusson , duc de Ja FeuUlade , fils de François et d'iaabeeu Bracbet de Pertisse, marié le 9 avril 1667 à Charlotte de Gouffier, duchesse de Roannès, maréchal de France le 30 juillet 1675 , mourut le 19 septembre 1691.11 n'était en 1663 que Maréchal de camp dans l'armée d'Italie commandée par le marquis de Bdtefond, qwavoU le titre de tieutenant général maréchal de Plessis* Praalin, déclaré général en chef en 16*4, ne rejoignit pas les troupes» car le traité de Piae fut signé avant qu'il . fill sorti de France.
(1) Antoine. Nompar de Oaumont , duc de Lanxuit, appelé marquis de' Puy- Gnilhem jusqu'à la mort 4e son père, 4il*,de Gabriel ci de Charlotte de Caument la Force» né le 19 mai 1642» marié le ai mai 1695 à Geneviève-Marie de Durfbrt, mooriit le 19 novembre 173S. C'est lui qui lut sur le point d'épouser la grande Mademoiselle.
(3) Géaar Rasponi, né à Ravenne en 1614, secrétaire de la consulte , créé cardinal ta petto 1e 14 janvier 1664 al déclaré la 15 février 1666» mourut à Rome le 21 no* vembre 1675.
ment), mettaient la barrière beaucoup plus loin, pour la sûreté des rois et pour celle de leur temporel , que les jansénistes, qui ne nient l'infaillibilité au pape pour le spirituel que pour hiy ôter pour le temporel ; car, s'ils sont catholiques et orthodoxes , ils ne peuvent l'Ater au concile , et par leur principe ils doivent luy accorder le pouvoir sur le temporel des rois ; ce que nient les jésuites, qui prétendent que l'infaillibilité qu'on donne au Saint-Siège n'est que pour les points de foy et qu'elle ne peut s'étendre jamais sur le temporel des princes (1); c'est là la doctrine des jésuites. Et ce déchaînement qu'on fit parottre alors à Port-Koyal, et les années suivantes, à détruire de toutes leurs forces l'infaillibilité du pape et du Saint-Siège , n'étoit qu'un dernier effort qu'on y fit pour rétablir la nouvelle doctrine , qui étoit tout k fait ruinée par le concours du pape , du clergé de France assemblé et du roy. Ce fut aussy ce qui rendit toute la cabale si ardente à combattre la thèse des jésuites, qui ne fut qu'un moyen pour combattre l'infaillibilité, tout ce qui parut sur la fin de cette année et les suivantes de ce côté-là portant ce caractère d'animosité contre le Saint-Siège, avec un excès de chaleur dont toute celle de l'hérésie moderne n'a jamais approché. Voylà l'esprit qui régnoit pour lors dans la conduite générale de ce party, qui ne cherchoit plus à se rétablir que par la destruction des jésuites et par la ruine du Saint-Siège, et ensuite de r Église, qui ne peut subsister que par l'assurance de cette infaillibilité que Jésus-Christ luy a promise par l'assistance de son Esprit dans les controverses de foy. Yoicy la conduite de quelques particuliers du party qui agissoient selon les vues que leur inspiroit ou leur faux zèle ou leur véritable égarement indépendamment de la cabale.
Cet abbé de Haute- Fontaine, frère du premier commis du secrétaire d'État Le Tellier et son homme de confiance , qu'on appeloit l'abbé Le Roy, avoit plus d'action que tous les autres. C'était un homme d'un zèle outré à ne point se ménager et à ne point souffrir de ménagemensdans les autres, entêté qull étoit de la nouvelle doctrine, dont
(1) Notre historien, à propos du pouvoir des papes et de leur Infaillibilité (qui est une condition de ce pouvoir), entre ici dans une condition où il parait qu'il réclame pour lea rois, vis-à-vis de toute autre puissance sur la terre, une indépendance absolue qui ne serait peut-être pas aujourd'hui réclamée aussi fièrement par tous* les membres de la Compagnie de Jésus comme la doctrine des Jésuites. Celte doctrine d'ailleurs a un double inconvénient : elle pourrait accuser on peu la conduite de certains papes qui ont bien quelquefois étendu leur pouvoir (sinon leur infaillibilité) sur le temporel des rois, et elle donne ou elle laisse prendre au peuple et au» révolutions sur le temporel des rois tout le pouvoir qu'elle prétend nier au souverain pontife. Il est vrai que le P. Rapln ne pouvait deviner cetle conséquence, devenue évidente aujourd'hui, de l'indépendance des rois.
il était persuadé d'une manière à tout faire et à tout souffrir, se faisant une idée de constance sur le plan des anciens martyrs qui contentait fort son amour-propre. Quoyqu'il se fût fait une espèce de mérite dans le party par sa bourse ouverte à tous les besoins qu'on en ivoit , par la retraite qu'il donnoit souvent à Arnault et à Nicole dans son abbaye , lieu agréable et propre à cela , par son animosité contre les jésuites, comme il parut dans l'accueil qu'il fit au P. Morin, jésuite fugitif de la province de Lyon, et au P. de la Croix (1), emprisonné au collège de la Flèche, pour l'attachement ridicule qu'ils avoient l'un et l'autre au jansénisme, contre les sentimens de tout leur ordre, et pour les services que cet abbé rendoit au party par le crédit de son frère auprès du Tellier, on ne laissoit pas de se défier de luy dans les affaires où il fallait de la prudence, qui n'étoit pas tout à fait son talent. C'étoit un xèle aigre et amer qui le poussoit à faire du fracas , à Se montrer lorsqu'il falloit se cacher et à faire du bruit où il falloit se taire, ce qui oblîgeoit les sages du party à luy cacher bien des choses pour ne pas éclater. Car c'étoit toujours sans ménagement aucun et tète levée qu'il te fournit dans les affaires, où rien ne lemettoit plus à couvert que son peu de capacité. On le connoissoit dans le monde pour un esprit fort borné, dont on ne se défioit pas; il étoit à peu près de ces gens qui sont toujours en sûreté par la faiblesse de leur génie. Dès que l'évéque <PAkth se fut tout à fait déclaré pour la nouvelle opinion , ils se trou* tèreot tous deux tellement faits l'un pour l'autre , par une conformité de tempérament , que l'abbé , qui n'avoit alors d'estime que pour cet évéque, dont il louoit sans cesse la conduite , lia un grand commerce de lettres avec luy, le consultoit sur bien des choses et le trouvoit toujours favorable à ses sentimens. Et ce fut luy qui, peu de temps après, fut d'avis, dans un conseil qui se tint à Port-Royal, de faire venir ce prélat afin de faire des remontrances au roy sur ses premières inclinations pour La Vallière, fille d'honneur de Madame , et qui pressa les importans du party à prendre cette résolution, ne jugeant que luy dans tout le royaume propre à parler au prince dans une pareille conjoncture, prétendant que rien n'établirait mieux la morale de la nouvelle opinion s'il réussissoi t , et, s'il ne réussissoit pas, rien n'attîreroit plus d'honneur au party qu'une si sainte liberté. Il k méloit quelquefois d'écrire; mais son style étoit violent et séditieux , plus propre à gâter les affaires qu'à les soutenir, comme il
(t) Jean de la Croix» admis en 1019 dans la Compagnie de Jésus, se lia avec les jam^iita vers 1648. Le père général lui fit donner de sérieux avertissements en 1663; il parai qu'il n'en profita pas, et il fnt peu de temps après expulsé de la Compagnie.
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parut dam un écrit qu'il fit dans la suite à l'occasion de la signature du formulaire, pour exhorter les disciple» de la grâce à souffrir la persécution qtfon leur préparoit ;fie* écrit parut si plein de chaleur qu'on fut obligé de le supprimer dès les premières feuilles qu'on tira de l'impression* onoraignoit . toujours qu'il nè fit «les affaires et qu'il ne brouillât • tout - .1. m- .
•Il y ardit un autre esprit ài peu .près de te caractère, caché' sur la frontière <ta BeiTy ; c'était le jeune (I) abbé de SainMfyran , nommé Barcos, qui étoit au ssy emporté dans son» zèle et dans ses aentimens sur la nouvelle doctrine* que L'abbé'Le Roy< Comme; il avoit l'esprit plein de feaaon oncie, T*hhé defiaiot-Cyran, à qui il ne trouvoH rien de comparable v il tféfteft tellement entêté ée. ses maiiwes qu'il ayotoit mieux le» pratiquer dans riofedéaert, en secret, par line espèce de vénération qu'il aiaaiiipôur ce grand' homme> qu'il tàchott d'imiter, qua d'être obligé. d'en disputer tous le» Jours avec les autres sectateurs de L'évéque d'Ip(e&dans lea conférences- qui se tenoient à Port Royâl (sar La aowyelle opinica» et dfétije obligé d'en rendre compte au publie :eonun9 ks autres pat» ses écrits ou par sos discours. Voicy fadétaît dôioe que: Bariet; m'en apprit datts> on voyage qu'il fil* Paraqueiquas années après. S demeura quelque temps eu Towraitie pendan* , m disgtâefe ? où àL . necwoit assez réglénaent ses appoiutefnepsjfa' secrétaire du cabinet. Gomme il ne faisott pas de dépenses et que. aon. bien oroissoit par le t payement régulier de ses gages, il entbieutôt de qitoy acheter le xnairquizat de,Mqzièresv 6»r la frontière de Touraine et de Berry, pas loin d'Amboiae, qui étoit le lieu de son eail. Ayant eu «permission (je ,1a eour, après quelques années dq pénitence > d'acheter cette tarée etdes'y établir; il eut bientôt fait liaison avec l'abbé Barons de Saint-Gyran , qui étoit dans son voijinage; car, comme il avoit bien de l'esprit, il ne cherchoii de commerce qu'avec ceux en qui: il >en trouvait, Ainsy l'abbaye de Saint* Cyran fut une de ses promenades les plus ordinaires, et l'abbé un de ses entretiens des plus réglés. Il le trouvoit à son gré par un fond sincérité qu'il itoy vit dehsHejcoeurf et paRjuneigrnndfe capacité» Voicy donc ce qu'il m'en di^dajisle prenuer voyage qu'il fit Paris , après que ledrë de Créquj* son patro^ la cour. Et
comme, ce iWrquis (9) avoi/t l'etpriA yif , péUcét^ant^et qu'il étoit fin conmàsseur'âcs'geQs qu'il trouât, ii xm le déchiffra de celte sodé.
(t) Jêune sïgnfne tcï le dernier aï>bé de 9aJnt-Cyr»a. Barcos jltait soixante^uatre «as tti point où en est le récit. ' '
(3) Le marquis de Méstères, e*est*à-dire BarieU - '
Cétoit „ me disoit-il , un savant homme que Saint-Cyran de Barcos, qui avoit déjà passé une partie de sa vie enfermé dans sa solitude à ne voir personne, dans l'étude des saints Pères, qu'il savoit très-bien, n'ayant eu presque, depuis plus de vingt-cinq ans qu'il étoit abbé, d'autre occupation que celle-là. Outre l'étude des Pères il s'étoil attaché à celle de l'histoire de l'Église, sur quoy le marquis prenoit plaisir de l'entendre parler. Ces entretiens luy paroissoient mêlés d'un fond de candeur qui ne déplaisoit pas à un homme touché de l'amour du vray par la qualité de son esprit et nourry aux déguisemens de la cour, et ne laissoient pas de luy être d'un grand ragoût, surtout quand il luy racontoit avec une ingénuité admirable la vie qu'on menoit à Port-Royal, et qu'il luy parloit à cœur ouvert» sans presque aucun ménagement , du docteur Arnault, qui étoit alors à la téte des affaires, et de son collègue, Nicole. Barcos étoit austère et viroit dans une sévérité qu'il observoit comme l'esprit de la nouvelle morale, qu'on ne pratiquoit plus à Port-Royal, où l'on s'étoit relâché, <fisoit-il, ainsy qu'il le faisoit pratiquer én son abbaye; il prétendoit qu'on avoit trop de commerce à Paris avec le grand monde, qui s'introduisoH peu à peu dans le couvent par les entretiens des grilles, où les dames de qualité prenoient plaisir de s'aller délasser du bruit de la cour k entendre parler des religieuses stylées à débiter les sentimens de saint Augustin sur la grâce et sur la prédestination. Ces airs si séculiers et si mondains luy déplaisoient au dernier point. Il trouvoit dans Arnault de l'esprit, mais trop de commerce du monde , prétendant qu'il étoit trop dissipé et trop répandu , et, ayant appris la liaison qu'il avoit alors avee ta duchesse de Longueville , il la traitoit de profanation, trouvant qu'il étoit impossible que par là l'esprit du siècle n'entrât dans leurs affaires et qu'il ne gâtât tout ; car c'est le propre, disoit-il, de cet esprit de corrompre la vérité et d'être un obstacle essentiel à son établissement.
Il était ai déterminé à désapprouver la conduite qu'on tenoit à Paris pour la défense de la doctrine qu'on ne* pou voit le calmer sur cela; c'est ausiy pourquoy on ne Je consultait presque point sur les affaires du party, et qu'on le laissoit là comme un homme chagrin dont on considéroit la vertu, qui faisoit honneur au party.il ne pouvoit approuver cette foule d'écrits qu'on faisoit à Fort- Royai pour défendre la nouvelle opinion ; outre qu'il y trouvoit petr*de bonne foy par ces sortes d'artifices dont on s'y servoit pour nier que les propositions tasent de Jassénius , il étoit persuadé qu'il y avoit plus fc gagner par une vie exemplaire et par de bonnes mœurs que par des discours
et des écrits. Les livres, disoit-il, surtout ceux d'Arnault, qui fait trop le docteur, et ceux de Nicole, qu'il traitoit d'ignorant , gâtent tout; et il ne pouvoit approuver le démêlé qu'ils eurent l'un et l'autre contre Claude, ministre de Charenton, ny tout ce qu'ils écrivirent contre luy sur la transsubstantiation, prétendant que c'était sortir hors de leur sujet et qu'ils dévoient se renfermer dans la matière de la grâce.
Au reste, le marquis de Mézières , qui croyoit connoltre à fond l'esprit de l'abbé de Saint-Cyran, ne doutoit point que l'opposition qu'il avoit pour Arnault et pour sa conduite ne vint indirectement de sa présomption et de son audace à se mettre à la téte des affaires et à se faire chef du party, l'abbé croyant le mériter plus que luy, et par une plus profonde capacité dans la science des Pères , qu'il avoit plus étudiés que luy, et par une vie plus propre à donner exemple dans le party. Car il trouvoit quelque chose de trop mol et de trop délicat dans la vie d'Arnault, qui s'attiroit tous les honneurs et toutes les petites douceurs qu'on a coutume de rendre à un chef dè cabale où régnoit l'abondance. J'admire, disoit-il quelquefois parlant d'Arnault , la vertu de ce réformateur si sévère aux autres , si indulgent à luy-méme. En effet on disoit qu'il n'observoit aucune pratique de ces pénitences et de ces austérités qu'il ordonnoit aux autres. Il est vray que la considération qu'on avoit pour luy dans le party l'avoit rendu délicat presque en toutes choses, et dans l'honneur plus que dans le reste. Comme (Barcos) s'étoit défait des . religieux de son abbaye pour y placer des séculiers qu'il mettoit en pénitence pour les affermir dans le party, il y avoit environ ce temps-cy le comte de Laval (1) ; Gedouin (2), frère du capitaine du régiment
(1) Nous ne savons quel était ce comte de Laval. On lit bien dans le registre mortuaire de Saint-Michel-en-Brenne , paroisse de l'abbaye de Saint-Cyran : « Le 21 janvier 1679 a été enterré M. Laval le père, de Chasteauroux, dans le cimetière de Saint-Micliel-en-Brenne. » SeraiUce celui dont parle notre historien ? Il était loin d'être comte ; il était père de Silvain de Laval , huissier à Chateauroux. On trouve encore, à la date du 31 décembre 1676 : « Rénée, femme de M. Laval le père, de Chasteauroux, qui étoit venu depuis qnelqoe temps dans la paroisse; » et le 16 Janvier 1677 : « Louis Berry, valet de chambre de M. Laval, décédé. »
(2) Étienne Gedoyo, seigneur de l'Ormoys, fils de Denis, seigneur de Gomme/ville, et de Louise Rollot, secrétaire du roi, se retira d'abord à Port-Royal dea Champs et alla ensuite se cacher a Saint-Cyran, où, par un acte du 7 décembre 1664, conservé aux archives du département de l'Indre, Martin de Barcos, « pour l'affection qu'il porte « à Étienne Gedoyn , ci- devant conseiller et secrétaire du roy, maison et couronne • de France, luy fait donation des métairies de Saint-Michel, de Picadon, de la « Verdoirie, etc., et du fief de la Cartolière, provenant tant de son acquisition que « de la succession de son oncle, Jean du Verger de Hauranne, dont il est seul léga-
Royal (1) et de l'abbé (2), en étoit jardinier, riche, à ce qu'on disoit, de trente mille livres de rentes; un nommé Sunnène (3), fils d'un avocat de Laval (4), prêtre, portoit l'habit de religieux aux bonnes fêtes, qu'il quittait les autres jours, car il n'étoit que séculier. Il y avoit un autre prêtre de Normandie , dont on n'a pas su le nom, qui faisoit de même. 0 y avoit encore un frère Pierre , ancien religieux , idiot , qui avoit jusqu'à neuf prieurés sous son nom dont l'abbé jouissoit, le frère
« Uire universel. » Seul, avec Paul Le Pelletier des Touches, Étienne Gedoyn obtint da la permission de rester dans Pabbaye après la mort de son ami , ainsi que noos h|iprend la correspondance d'Antoine Arnauld. Cependant, vers 1689, il la quitta pour se retirer à l'abbaye de l'Étoile, en Poitou. Son frère atné Denis, vicomte du Monteil, ayant Mu son fils François -Tinioléoo, tué en Allemagne, Étienne alla à Guéret pour le consoler et tomba malade en celte ville. 11 y fit, en l'hôtel de son frère, le 16 mars 1694, mq testament, dont une copte collationnée existe aux archives de l'Indre ; en voici qwtyaes passages : « Plus donne ledit sieur testateur aux religieux seuls de U>Myt de Salni-Chran, pour leur aider à réparer les perles que leur a fait touffrir Mons. Demouchy, leur abbé d'à-présent, et pour remplacer en partie les do- Mines et antres choses qu'il leur a enlevés et retient avec tant d'injustice, la métayrie
•> la Tourleierie à condition que les susdites choses données et délaissées
avoueront jamais en aucune manière en partage avec leur abbé... Et au cas où le sieur ahbédVprésent ou ses successeurs voudraient entreprendre quelque chose contre cette J tfmiikMi et partager ces domaines et y avoir part , ledit sieur testateur déclare qull ' -trie contre eux devant Dieu et leur proteste d'en demander vengeance à sa divine H'iftté, et de les rendre responsables au jour du jugement, à ce terrible tribunal, de wte violence.... PI os a déclaré qu'il voudrait être en état de reconnaître les obliaiJoiK infinies qu'il a aux dames religieuses du Port-Royal des Champs, pour la 'Writi si grande avec laquelle ces saintes servantes de Dieu l'ont reçu chez elles en fc retirant du monde. Mais, se confiant en la miséricorde de Dieu qu'il suppléera à fea impuissance , pour leur tesmoigner seulement les sentiments de son cœur pour < i" et le désir extrême d'avoir le bien de participer à leurs saintes prières et de leur *trt uny de cœur et d'esprit, comme il a toujours été jusques à présent par la grâce Dieu f il les prie d'accepter une rente de vingt livres et une autre de vingt-sept "*ro, à loy dues par la dame Ravot... » Étienne Gedoyn ne mourut cependant qu'au Mnmeoremeot de janvier 1702.
'ii Richard Gedoyn, seigneur de Belle-Islc, capitaine de che van- légers dans le "jQK-nt da Roi , puis mestre de camp de cavalerie , fut tué à la prise de Landre-
n) Sirolas Gedoyn, abbé de Micy en 1665 et supérieur des Ursulines de Saint- CM, s'était retiré à l'hôpital-général de Paris, où il mourut le 10 juin 1692, à l'âge àt miiaate-qoatre ans.
^ Florent Gandin, Dis de Charles Gaudin, sieur de Surmaîne, et de Louise Garnier, K«at entré dans la pénitence, comme dit Antoine Le Maître, fut envoyé en 1650 par kifiaehex M. Retart, cnréde Magny. Le Mattre le distingue de M. Go lin, gentilb"*me pénitent, et veut peut-être désigner par ces derniers mots Gedoyn, dont venons de parier. Il dit que Surmène était fils d'un avocat de Laval. Il était fwajeai de l'abbaye de Sahit-Cyran en 1660.; A la mort de Barcos il avait le titre * caaabrier et prieor de Cliatelloy et de Rugny.
'4; Charles Gandin, sieur de Snrmaine, avocat au Parlement et autrefois avocat faal aa comté-pairie de Laval, est mort dans cette ville le 3 juillet 1673.
n'ayant pas de chausses ny de souliers; et de huit religieux quH ; devoit avoir de fondation, il n'en restait que trois (1).
Mais cet homme si austère et ce censeur si scrupuleux donnoit luy-même de grands sujets à la censure; car, tout mortifié qu'il étoit, il avoit un fonds d'orgueil semblable à peu près à celuy de son oncle. Il regardoit d'un œil de stoïque tout le clergé de France, pour lequel il avoit un mépris incroyable , traitant la conduite de tous les évéques du royaume d'une véritable abomination, ne trouvant rien de saint dans ce grand corps, et n'épargnant pas même ceux du party. Le jugement qu'il faisoit du pape et de Rome éteit encore bien plus étrange , car il regardoit cette cour comme la plus mondaine et la plus profane de toutes les cours. U avoit une si bonne opinion de luyméme qu'il condamnoit tout ce qui n'était pas de son sentiment. Cest ce qui le faisoit régner dans son couvent avec un empire plein de rigueur et de dureté , n'ayant aucun vestige de cette charité sainte qui est le caractère du christianisme , ni même d'humanité, comme il parut dans ce frère de Singlin (2) qui s'étoit retiré à.Sainl-Cyrtn pour s'y réformer sous l'ancien abbé du Vergier de Haurane, oncle de celuy-cy , dont il s'étoit bien accommodé , le traitant d'homme aysé et commode. Mais, dès que celuy-cy fut abbé, il commença par des rigueurs d'une réforme mal entendue , en mettant sans raison ses religieux dans la pratique d'une pénitence dont il n'y avoit nul usage dans l'Église, et en les laissant mourir sans sacremens , comme on a vu dans l'aventure du médecin de Busançois. Singlin eut la hardiesse de luy résister, prétendant qu'il n'avoit pas de pouvoir Mir les moynes , n'étant qu'abbé commendataire , et qu'il falloit qu'il prit l'habit et; vécût comme eux s'il vouloit les réformer. Mais, par cet esprit d'orgueil qui le possédoit , il ne put se résoudre à adoucir le joug de son empire , qu'il exerçoit dans son couvent avec une auto*
(I) A la mort de Barcos, ta mois d'août 1678 , on comptait doute religieux à Saint- Cyran ; voici leur* nom» et qualités : François-Didier Batailla, prieur claustrais François Citerne, sous -prieur; Florent Gandin ♦ ohambrier et prieur de ÇhattUoj et dt Rugnj; Charles Leroux, sacristain ^ Pierre Rouslille, prieur de Loup; Hemery Coutturier, Claude Lanrelot, Louis Senault, Christophe de la Crois, Jean-PaviJ Jacob, Michel FongerC, Louis-François de Beaufort. Mais en 1660 l'abbaye n'était kabiléa que par cinq religieui : Pierre Le Clerc, ctiambrie r et prieur de Clialelloy ; Antoine des Champs, Jean Poitevin, Florent Gaudin, et Charles Leroux, sacristain. Ce» de** derniers seuls survivaient en 1678. Thomas Odièvre, sixième religieux de l'ano*)*» M en 1660 la cure d'Azay; il revint à l'abbaye en 1680 en qualité de prieur. Matthieu Singlin , frère d'Antoine , avait lait profession A SaioUOermain des tait prêtre, tt Jean d« Verger, l'ayant attiré à Saiat Cjra» m 163*, l'y ét Dégoûté do régime de Barcoa, il revint à SamMUrmia àm Piés «Mit ) et y mourut k 11 mm 1603,
rifé de souverain, n'y trouvant pas d'opposition. Car Singlin, qui s'y opposa, fut poussé à bout et i nali mt à d. metw ménagement en consdération de nom Mit, «Ion Port-Royal, l'abbé s'étant nris sm- le pied de aWren: sonne, même dans le party ; ce qaî arma à dacsies « domestiques que l'abbé chassa, poar Cake, i a— « dt miuto nette, qu'il remplit après par de» e» cafièrra à ses manières. Smgfin reriat â Pans. «ât, wVasfc i il fut reçu â l'abbave de Saaa-Gernnœ 09 rn î ; pwndrela réforme." PourTibbé ïmoorrï i srsbb* *- • «H1 Dlcère qu'il oég&eea; rapofiwnre di bec fsrae poseurs fats qui! en anomal iKsftft et tri «e m ,*appw. 8 se moqua de en ans. nreaganaat trr~î »t rr »'W U gloire de a 'i^ nn modèle, à s h manière dont 1 Esant n '>fat là «ne partie de renreuaL otr ; — fr a— ijiii ■™y toy a*oit d
sur les cinq heures , le réconcilia et le communia en forme de viatique, sans savoir qu'il fût prêtre, parles précautions qu'on avoit prises pour le déguiser. Car, au lieu d'étole, qu'on a coutume de donner aux prêtres en cet état pour communier, on luy avoit donné , à ce qu'on dit , une casaque de cocher, et on luy avoit enfoncé son bonnet, qu'il n'ôta point, jusqu'aux oreilles, pour cacher sa tonsure. Et le vicaire ne s'avisa pas de luy demander s'il étôit prêtre, dans l'équipage où il le trouva. L'après-midi du même jour, un docteur de Navarre, nommé Coppin, autrefois curé de Yaugirard, proche de Paris , vint trouver le vicaire, en l'absence du curé, et un docteur de Sorbonne, supérieur de la communauté de Saint-Sulpice, nommé (de) Partage, neveu du maréchal deToiras (1), pour les avertir qu'il savoit de science certaine que Feydeau, fameux janséniste, étoit tombé grièvement malade chez le sieur de la Planche, son amy ; sur quoy le soupçon vint au prêtre qui l'avoit communié que ce pourroit être luy. 11 courut chez La Planche s'en informer, où il apprit de deux femmes du logis que c'était un prêtre, nommé Feydeau, qu'il avoit communié. La Planche luy avoua luy- même, ayant su que les femmes l'avoient avoué, maïs un moment après le nia absolument. Le curé, averty de son côté que Feydeau étoit très-mal chez le sieur de la Planche , alla pour le voir et pour offrir son ministère auprès du malade, sans savoir qu'il eût communié; il apprit la même chose par les femmes, qui ne comprenoient pas pourquoy on faisoit mystère de l'avouer; mais le fils delà maison (2) lui nia que ce fût Feydeau, disant que le malade qu'on avoit communié le matin s'appeloit Lacroix. Le père survint, et, par les déguisemens de l'un et. de l'autre , le curé ne put être éclaircy autant qu'il le fut le lendemain ; par le vicaire, ayant eu l'ordre de voir son malade et l'ayant trouvé plus mal , ne put s'empêcher de reprocher au maître du logis son peu de sincérité dans l'affaire la plus importante pour le salut de son amy. La flanche répondit que la crainte qu'il avoit eue qu'on ne refusât les sacremens au malade l'avoit obligé de biaiser, par la délicatesse qu'on avoit à Saint-Sulpice à l'égard de ceux qui avoient quelque commerce à Port-Royal, qu'on
(1) Jean de Saint- Bonnet, marécliai de Toiras, fiU d'Aymar et de Françoise de Claret de Saint-Félix, né le 1er mars 1585, tué à la guerre le 14 juin 1636. La mère de l'abbé de Partages était Françoise de Claret de Saint-Félix, et sa tante, Louise-Grégoire, de Gardies avait épousé Jacques de Saint- Bonnet, frère du maréchal.
(2) Sébastien de la Planche , fils de Raphaël et de Catherine de Juyé, baptisé à Saint-Josse le 21 octobre 1630, succéda à son père dans la direction des bâtiments du roi.
jfraitoit de schismatiques; ce qui avoit obligé depuis peu une personne de condition de se faire transporter ailleurs , étant tombée mainte, crainte qu'on ne luy disputât ses sacremens ; et il dit pour s'expliquer davantage que c'étoit l'abbé de Val-Croissant. Il ajouta que sa consolation étoit que le doyen de Notre-Dame, grand-vicaire du cardinal de Retz , avoit approuvé la conduite du sieur Feydeau et ii sienne en cette occasion pour avoir les sacremens; le vicaire réparât que cen'étoit pas dans les affaires si saintes que celle-là qu'on cherchoit à tromper. La Planche avoua qu'il en eut du scrupule au commencement, et que, a'étant mis en prière pour savoir ce qu'il aroit à (aire, Dieu luy fit connoltre qu'il devoit en user de la sorte ; or ces manières étoient en usage à Port-Royal pour y autoriser les dëguisemens.
Le vicaire cependant s'approcha du malade , et, après quelques discours de dévotion usités en ces rencontres, le pria de luy dire sa disposition à l'égard des constitutions d'Innocent et d'Alexandre. Le miltde répondit que, pour la question du droit , il s'y soumettoit engrènent, et qu'il ne pouvoit répondre que de son respect pour le ftt, persuadé que les propositions n'étoient nullement dans le livre
Jansénius; que c'étoit la seule marque qu'il pouvoit donner de sa émission au Saint-Siège ; que le doyen de Notre-Dame, qu'il regarni comme tenant la place de son archevêque, l'étoit venu voir en sa suladie, avoit approuvé sa profession de foy, Pavot t reçu à la communion de l'Église, l'avoit assuré qu'il pouvoit se tenir en repos sur »n état, et qu'il n'improuvoit pas que, pour empêcher le bruit , il eût fcûmolé sa qualité et sa personne. La Planche ajouta au vicaire que kpuâ douze ou treize ans le sieur Feydeau étoit sous la conduite 4 la direction du doyen , et qu'il ne faisoit rien que par ses avis. Le ncaire se retira pour rendre compte au curé de tout. On vint le lendemain,» du même mois, demander à la paroisse PExtrême-Onction. Le raré n'ayant pu y aller envoya le vicaire , avec ordre de faire son taoir sur le formulaire, n'étant pas content de ce qui s'étoit fait. Ce ta alors que la dispute avec le malade recommença : le vicaire, qui "oit porté une copie du formulaire , voulut luy lire ; le malade refusa
l'écouter et dit qu'il ne donneroit autre soumission sur la question de fait que celle d'un respectueux silence; sur quoy le vicaire refusa k sacrement. Alors La Planche père et fils et du Plessis-Picard (4), son
i François Le Picard , seigneur du Pleasis et d'Arvigny, fils de Jeau , conseiller lut, et de Jeanne Sublet, né en 1627, bachelier de Sorbonne, prétendait a la licence et î monci pow vivre dans la solitude avec Feydeau, Dorât et les autres fugitifs de Saint-
gendre et parent de Peydeau , avec un nommé Desnos (i), contrôleur des bâtiments du roy, qui étoient à genoux autour du lit , se levèrent pour presser le vicaire,, et dirait tous au vicaire, d'un ton assez ferme, qu'il n'avoit aucun droit de presser un malade en cet état de signer le formulaire.. Le vicaire répondit que ce n'était pas son dessein 9 qu'il ne demandoit qu'un signe de soumission sincère aux bullesdes deux papes, et reprit les saintes huiles pour les remporter. Desnos l'arrêta par force ; on ferme la porte à double tour de la clef, criant contre le vicaire de ce qu'il voulait les faire passer pour hérétiques, a Ce ne sera point moy, dit le vicaire, qutferay le scandale, ce sera vous; » ajoutant qu'étant vicaire il ne pouvoit aller contre les ordres de son curé , qui viendrait luy-méme juger de l'état du malade. On le laisse sortir, et, ayant trouvé dans la cour un notaire qui le somma tout haut de donner rExtréme-Onction au moribond ou de donner acte de refus, il sortit sans rien répondre.
Le curé , informé de ce procédé, retourne chez La Planche , s'approche du malade, le presse de se soumettre au pape sur la doctrine de Jansénius. On verbalisa de part et d'autre pour expliquer ce que c'étoit que le respect qu'il promettoit à la question de fait ; ce furent de grands discours que cette explication, que le malade réduisit toujours au formulaire des grands-vicaires, dont le curé, n'étant pas content, sortit sans donner le sacrement. Du Plessis9 l'accompagnant dans le degré et dans la cour, luy fit de nouvelles questions sur lç fait. Sur quoy il étoit préparé, ayant depuis peu lu le livre de Denis Rajniond tout entier, prétendant que l'Église avoit souvent erré en des conciles généraux pour les questions de fait, ce qui étoit arrivé même à un évangéliste citant un prophète pour un autre. Le curé le quitta brusquement en luy disant qu'il le scandalisoit par de tels discours. Deux jours après, le malade ayant perdu la parole, son hôte, La Planche , vint, avec deux notaires et deux religieux de l'abbaye de Saint- Germain, sommer le curé d'apporter les saintes huiles au malade; mais le curé protesta par un autre notaire qu'il ne pouvoit donner le sacrement
Merry, en f 656, et pour mener, selon le vœu de saint Aognstin, une vie chrétienne et philosophe. Nous avons cité, p. 290 én t. Il, le passage des Mémoires de Feydeau qui raconte comment le Plesais- Picard renonça à ce beau projet et épousa le 26 juillet 1656 Élisabeth Claire de la Planche , fille de Raphaël et de Catherine de Juyé. Il mourut le 21 juin 1672 en sa maison et fat inhumé è Saint-Sulpice.
(f) Nicolas Desuotz, conseiller du roi, contrôleur général des bâtiments de Sa Majesté, ami intime des La Planche, et qui en cette qualité signe l'acte de mariage de François Le Picard, mourut le 25 décembre 1667, à l'âge de soixante-douze a as, et fut inhumé le 26 dans l'église deadomiiûcaûia de la rue Saint-Jacques.
à ce malade , le jugeant en péché mortel parce qu'il ne vouloit passe soumettre aux décisions du Saint-Siège. Cependant il voulut le voir luymême; on ne luy parloit plus que par signes,qu'il fit au curé à propos d'actes d'amour de Dieu , et sur la question qu'il luy fit, s'il avoit une soumission parfaite etsincère pour le fait et le droit de là constitution, tous les assistera, accompagnas des deux pères bénédictins , se récrièrent qu'il avoit fait signe, et étourdirent tellement le curé qu'il ne crut pas devoir luy refuser le sacrement, puisqu'on le donne aux pécheurs les plus scandaleux , quand , dans une semblable extrémité, ils donnent de pareils signes, à condition d'un apte par le notaire qui marqueront qu'il ne donnoit les sacremens au malade que sur ce qu'il paroissoit soumis. On cherche le notaire pour cet acte, qui étoit sort y; on donne l'Extréme-Onction , et après, quand il fut question de dresser l'acte > La Planche, son gendre et son fils le nièrent pour ne pas convenir de sa soumission, qui aurait, fait tort au party. Mais le curé fit tant par ses raisons, après plusieurs contestations, qu'il les contraignit à signer l'acte, les pères bénédictins les ayant assurés que le malade avoit donné un, signe de sa soumission au curé; cet «de est gardé au séminaire de Saint-Sulpice. Feydeau ne mourut pis de cette maladie ; il vécut encore assez longtemps pour 6e faire eiiler plusieurs fois et pour donner un exemple à notre siècle d'une persévérance à dogmatiser l'erreur qui en a eu peu de pareille. Comme il n'étoit devenu considérable que par le jansénisme , il craignoit de sedégrader en l'abjurant. Le Plessis- Picard, fils d'un conseiller d'État, tUut son parent et gendre de La Planche, dont il avoit épousé la fille, fatœliiy qui retira dans la maison' de son beau-père ce malade surpris d'un mal qui ne lux permit pas d'aller chez luy (1).
Peu de temps après , la mère Angélique Àraault, chargée d'années et accablée de langueurs , mourut à Port-Royal de Paris, c'est-à-dire le 8 août (1661), et, comme on savoit mettre tout en œuvre dans le party, ûo y composa en son nom une lettre où tout l'art et toute l'éloquence des écrivains de Port-Royal fut employée pour attendrir lé cœur du roy» ajpii elle s'adresaoit , un esprit aussy affoibly par l'âge et par la maladie que le /sien n'en étant pas capable. Mais parce que toute la kfae rouloit principalement sur de grandes excuses que faisoit celte ibbesse d'avoir fait donner le voile à deux pensionnaires postulantes, contre l'ordre exprès du roy, qtri en conçut toute l'indignation qu'un «Me aossy grand que le sien pouvoit luy inspirer, je ne m'arréteray
(i) Rmu donna» è l'appendice l'extrait des Mémoire» de Feydeau qui contient de * èTéaeneat on récit peu différent de celai du P. Rapin.
pas à faire une exposition bien circonstanciée de cette lettre, qui n'alloit qu'à justifier la conduite de Port-Royal sur cet article. Je ne puis me dispenser d'en dire la conclusion, où l'esprit du party parolt davantage : « Que, par une rencontre digne de l'attention du roy, dit cette abbesse , les deux postulantes reçues au noviciat qu'il ordonne de renvoyer se trouvoient les deux mêmes filles qui avoient été guéries de maladies incurables par deux miracles de la Sainte-Épine, vérifiés et approuvés dans les formes par les deux grands-vicaires du diocèse, ce qui luy donnoit lieu d'espérer que Sa Majesté seroit touchée de leurs larmes et de leurs prières, comme elles souhaitoient que Dieu fût touché de celles qu'elles luy offroient et offriroient continuellement pour attirer ses bénédictions sur sa personne sacrée et sur son État (1). »
Mais , parce qu'on avoit lieu à Port-Royal d'espérer attendrir plus aysément le cœur de la reine-mère que celuy d'un jeune prince occupé de ses plaisirs et de sa gloire, on crut devoir tourner tout l'art du party à toucher le cœur de cette princesse , qui dans le fond avoit encore plus d'aversion de la nouvelle doctrine que son fils. Ainsy on prit l'occasion de l'extrémité où étoit te malade pour luy faire écrire une grande lettré à la reine, de son infirmerie, qui ne port oit aucune marque de son extrême infirmité, tant elle étoit écrite poliment, et d'une élégance dont les personnes qui se porteroient le mieux seraient peu capables (2). a L'état, disoit-elle à cette princesse, où
(1) Ces mêmes paroles sont dus la lettre écrite au roi le 6 mai 1661 par la mère Agnès, selon M. Faugère, et non par la mère Angélique. Notre historien a déjà parié au livre précédent de la lettre de la mère Agnès, et l'analyse qu'il en a donnée n'est pas bien conforme au texte que M. Faugère a publié. Y aurait-il eu deux lettres adressées au roi par les deux sœurs Arnauld ? ou la personne qui a remis a M. Faugère le recueil des lettres de la mère Agnès aurait-elle attribué à cette dernière la lettre écrite par sa sœur?
(2) Port-Royal n'était pas scrupuleux, nous Tarons déjà remarqué, pour les supposition* de lettres, et il avait une sorte de prédilection pour les lettres des personnes agonisantes , la situation du personnage qui était censé écrire étant un ragoût pour l'éloquence verbeuse de nos amis. M. Sainte-Beuve en a donné une preuve singulière en publiant une relation, provenant de la Trappe, des sentiments de l'abbé de Rancé (Port- Royal, III, 622). On y lit : « 11 (M. de Rancé) sut qu'un évéqne de grand mérite qui leur m étoit favorable, étant si malade qu'on croyoit qu'il n'eût que très-peu de temps à « vivre, ils le pressèrent d'écrire une lettre au roi sur les affaires de l'Église, et « comme sa foiblesse et la grandeur de son mal l'en empêchèrent, on en chargea une a personne. Celte lettre fut écrite; mais, l'évèque s'étant bien porté, elle ne fut point « rendue. Cependant on l'avoit composée sans doute avec art et avec étude; ou avoit « imité autant qu'on avoit pu les pensées, les expressions; et le style d'un homme « mourant, et on n'auroit pas manqué de la faite valoir comme la production du cœur « et de l'esprit d'une personne qui va parottre an jugement de Dieu , quoique, dans • la vérité, elle n'y eût point d'autre part que celle d'y avoir consenti; ce qui est
elle se troovoit réduite par son âge et par une langueur mortelle, qui Favoit obligée de demander ses sacreniens au milieu de la nuit, De croyant pas vivre jusqu'au lendemain , luy avoit rendu si pré* tente l'obligation qu'elle avoit d'aller paroître devant Dieu pour luy rendre compte de sa vie que , si elle se considérait seule , elle ne penserait plus à se justifier sur la terre devant Sa Majesté des impressions qu'on luy donne sur la créance et la conduite de sa maison. Car, pénétrée comme elle étoit de la frayeur des jugetnens de Dieu , qu'elle ne perdoit point de vue , elle avoit sujet de 6b mettre moins en peine des jugemens des hommes ; mais aussy qu'elle devoit craindre d'offenser Celui-là même dont elle appréhendoit la justice si , Sa Majesté tenant en quelque façon sa place icy-bas , elle négligeoit de se justifier devant elle , et si elle manquoit de rendre à ses sœurs, qu'elle voyoit désolées, les témoignages qu'elle croit devoir à Dieu et à leur innocence ; que cette pensée l'avok portée à se jeter avec un profond respect aux pieds de Sa Majesté avant que de paraître devant la Majesté de Dieu , ne doutant point qu'elle ne trouve en sa personne sacrée cette bonté et cet amour de la justice qu'il inspire dans les cœurs des princes chrétiens, et qui est raffermissement de leur trône, a
Après ce grand préambule elle entre en matière et commence à dire à cette princesse qu'on a voulu rendre sa maison suspecte d'erreur et de nouveauté ; qu'elle mériterait toute l'indignation de Sa Majesté s'il étoit vray, et qu'elle serait la plus coupable de sa communauté, étant ce qu'elle étoit en cette maison, où elle avoit pris le voile en qualité d'abbesse il y avoit plus de cinquante ans ; et que, quelque confusion qu'elle eût de n'y avoir pas fait son devoir, Dieu luy avoit fait la grâce de luy donner pour principal directeur en la vie religieuse le bienheureux François de Sales , de qui elle avoit tàehé d'apprendre le véritable esprit qu'on doit inspirer aux âmes qui quittent le monde pour se donner à Dieu , et qu'une conduite si sainte luy étant demeurée dans le cœur, comme une règle sur laquelle elle devoit examiner toutes les autres qu'elle pourrait avoir à l'avenir, elle pouvoit protester k Sa Majesté devant Dieu , dont elle craignoit bien plus le jugement que celuy des hommes, qu'elle n'en avoit. trouvé aucune de plus semblable à celle de ce saint homma qui? celle dont on accusoit aujourd'huy sa maison ; que madame de
• m Atsinolation qui n'aura jamaîa l'approbation de ceux qui feront profession
• d'être lincère*. »
T. III. il
Chantai, qui était le plus entrée dans l'esprit de ce bienheureux évéque, était de ce sentiment , et que, dans la dernière visite qu'elle avait rendue à Port-Royal, ce qu'elle fttsoii souvent et où elle passa deux jouss un mois avant sa mort-, ou ayant tout examiné, elle la trouva si conforme à celle de son bienheureux père qu'elle souhaita voir les directeurs de cette maison et prendre leurs avis dans les peines d'esprit dont Dieu lexerçok ; que, pour les nouveautés et les erreurs dont on les accusoit , qu'elle pouvoit luy protester devant Dieu que leurs directeurs avoient toujours eu grand soin d'éloigner de leur connoissance ces contestations si fort au>dessus de leur sexe , et de leur cacher tout ce qui pouvoit avoir quelque apparence de contention, jusqu'à les priver de la lecture du livre de la Fréquente Communion, sujet si édifiant pour des religieuses comme elles; que, ne cherchant qu'à vivre dans la simplicité chrétienne comme filles de l'Église, elles n'avoient point d'autre foy que la sienne , respectant le pape comme chef et vicaire de Jésus-Christ, condamnant toutes les hérésies qu'il condamne ; que c'est l'état véritable de leur maison sur les questions présentes, et que ses filles n'ont toutes aucune connoissance de ces questions et de ce qui s'est passé sur l'affaire des grands-vicaires* dont elles sont tout à fait incapables, a En quoy ce m'est une affliction sensible, dit-elle, de voir [que] mes sœurs, qui ne cherchent qu'à servir Dieu dans le secret et le silence, soient traitées comme instruites et intéressées (1) en des choses qu'elles veulent et doivent ignorer. Pour moy, dans le soupçon où leur foy est venue , je croy qu'elles ne doivent rien craindre des jugemens de Dieu, étant, elles et moy, soumises au pape et à l'Église. Mais je tremble quand je considère la pureté de cœur que Dieu demande de nous* en son servie»; c'est en punition de ce manquement que nous sommes tombées dans l'affliction et dans cet abandon de tout le monde ; mais nous espérons qu'après nous avoir nourries do pain de larmes, et que nous aurons adoré dans une humilité profonde la main paternelle qui nous frappe, il fera naître le calme de cette tempête , et que sa miséricorde apaisera sa colère. »
Après avoir protesté avec si peu de sincérité de leur ignorance sur les questions du temps , elle ne doute pas que Dieu n'inspire au ray par Sa Majesté ce qu'il inspira à son ayeul Philippe II pour tirer sainte Thérèse de la plus grande persécution de sa vie , Dieu luy
(I) S'il était besoin de prouver te mensonge flagrant et auJacieux de celte misérable mourante.il suffirait de Jeter les yeux aux les relations dues aux religieuses de Port-Royal de leur interrogatoire par l'archevêque de Paris.
is la disgrâce de son ordre , du nonce d'hérésie , elle s'adressât au roy, qui qu'en considérant qu'une si grande l'hérésie, elles qui sont si éloignées de * plaindre d'être traitées comme elle , i tête des jésuites, tâche à les faire passer elle qu'il a écrit contre le Port-Royal, plus de chaleur qu'il ne convient à une contre tous les jésuites; dit que le libelle nné par une censure de l'archevêque, et »n leur faveur par des miracles avérés; ,té line pareille protection contre la care consolation d'une personne mourante nbeau la qualité de très-humHe servante 5 étoit datée du monastère de Port-Royal,
lu'on avoit grand tort de croire qu'on pensât à Port-Royal, et que c'étoit une grande in- .te maison d'erreur; après tout cfe qui s'y issoit encore tous les jours. C'est ainsy que jient de la foiblesse de l'abbesse mourante cour et à toute la terre , en écrivant de si n y mettoit tout en œuvre pour soutenir la itété dans le party, pour résister avec plus nces spirituelles et temporelles , et pour se y. En effet, quand on regarde avec un peu it dire à cette pauvre fille mourante , à qui très après avoir reçu ses sacrements . qu'on >ieu, allant parottre au tribunal de son jugemaison aucune connoissance des questions n pas de toute la terre? Car, si ces questions wurquoy dérober à cette maison une conlutT Si elles ne le sont pas et qu'elles soient n faire tant de bruit partout? Pourquoy r l'Église pour une affaire si peu imporlorer sans conséquence? Est-il vraysem- * party ayent tant de zèle pour instruire limes, et que le Port-Royal, où ils font leur oné à l'ignorance des mystères qu'on y endirc h l'abbesse mourante pour tromper la
reine. En quoy il parott quel fondement on doit faire de tout ce qui se dit à Port-Royal, puisque l'abbesse, en mourant et sur le point d'aller parottre devant Dieu pour y rendre compte de sa vie, est capable d'écrire de si grandes faussetés à une si grande princesse pour luy imposer. Une si misérable conduite, qu'il faut imputer aux chefs de la cabale , pour sauver la mémoire d'une mourante qui ne sçavoit ce qu'elle faisoit, acheva beaucoup de décrier le party, qui fut fort troublé à la nouvelle qui courut, sur la fin de cette année, de raccommodement du cardinal de Retz par sa démission ; car on ne pou voit pas être en sûreté par l'attachement qu'avoient les grands-vicaires de Paris à Port- Royal sans y être dans de grandes alarmes du changement d'archevêque qui s'alloit faire, qui renverserait toutes les mesures qu'on avoit prises pour y subsister ; et ce n'étoit pas sans raison qu'on craignoit tantde ce changement, qui fut la ruine de cette maison. Voicy comme cela se passa.
Depuis la mort du cardinal Mazarin, Montrésor et le baron de Pennacors (t), gentilhomme limousin, tous deux parents du cardinal de Retz, eurent des conférences ensemble pour chercher des voyes à raccommodement de ce cardinal ; Pennacors ayant été employé pour cela de la part du ministre pendant qu'il vivoit encore, parce qu'il ïesouhaitoit pour achever de donner la paix à la ville de Paris, en luy procurant un autre archevêque , après l'avoir donnée à toute l'Europe ; et il en seroit venu à bout si le cardinal de Retz eût voulu donner sa démission et se retirer à Rome , où le roy luy auroit donné de quoy y soutenir sa naissance et sa dignité avec éclat. Pennacors sur ce plan crut, avec Montrésor, qu'on renouerait aisément une intrigue pour cet accommodement. Il falloit un homme propre à faire le premier pas; ils jetèrent les yeux sur Auvry, évêque de Coutances et un des vieux amis du cardinal de Retz. On le fait ressouvenir de son ancien attachement au cardinal. Il promit de voir Le Tellier et d'en faire la proposition , qui fut d'abord reçue avec une démonstration de froideur et d'indifférence politiques. Quelque temps après, Le Tellier, ayant trouvé l'évêque en son chemin à Fontainebleau, luy demanda à quelles conditions on voudrait penser à l'accommodement; l'évêque de Coutances répondit qu'il ne s'étoit voulu charger d'aucune proposition qu'il ne sçût auparavant si l'on voudrait entrer en négociation, qu'on eût sa médiation pour agréable, et qu'il sçauroit, de ceux
(1 ) François de Veillas , seigneur de Peoacors , 6b de Jean et d'Amande de Cos**e, marié à Marguerite-Louise de la Serre, es eut «ne fille, Marie, qui épousa Anaaed, beroa de Couac, frère de rarcbeféqued'Aii.
oui luy avoient parlé, les intentions du cardinal. Comme Pennacors et Montrésor agissoient de leur chef, il fallut qu'ils s'adressassent à l'éréque de Châlons, qui avoit luy seul le secret du cardinal de Retz, pour luy écrire. Il étoit revenu d'Angleterre et se tenoit en Flandres. On le presse de s'expliquer parce qu'on trouvoit à la cour de la disposition à l'écouter. Sa première réponse fut que le roy l'envoyât au bout du monde et luy laissât son titre d'archevêque de Paris, et qu'il choisit un de ses suffragans pour gouverner le diocèse, tel qu'il luy plairoit. Le Tellier répondit qu'on n'écouteroit rien sans démission; que, dans les derniers jours de la vie du cardinal Mazarin, il avoit ouy le roy qui lay disoit qu'on le tint pour le plus infâme des hommes s'il consentit jamais que le cardinal de Retz revint archevêque de Paris. Ce fut à l'occasion d'une lettre d'avis au ministre que ce cardinal n'attendoit que la nouvelle de sa mort pour venir brouiller à Paris, pour se fourrer en sa place.
Ce qui fut mandé au cardinal de Retz, qui étoit alors à Colmar, ville frontière d'Allemagne ; sur quoy il consentit enfin à donner sa démission, à condition que le marquis de Chandenier seroit rétabiy dans sa charge de capitaine des gardes, a Je consentiray plutôt, dit le roy, que le cardinal de Retz soit rétabiy luy-méme ; ainsy qu'on ne me parle plus ny de l'un, ny de l'autre. » Les médiateurs du cardinal de Retz luy firent entendre qu'à moins d'une démission pure et simple, sans condition, il n'y avoit rien à faire ; on la vouloit même en bonne forme, avec de grandes précautions, parce qu'on prétendoit que, Tayant déjà donnée, il la révoqua, à quoy on ne vouloit pas s'exposer. Dès qu'dn eut le consentement du cardinal pour la démission on chercha des sûretés de part et d'autre pour rendre l'accommodement solide. L'abbaye de Saint-Denys étoit vacante depuis la mort du cardinal Mazarin ; le prince de Condé la demanda alors pour son neveu, le comte de Saint-Pol (1) ; le roy fut obligé de luy refuser dans la vue de l'offrir au cardinal de Retz pour sa démission, laquelle il envoya à la duchesse de Retz (2), et l'évéque de Coutances répondit à ce cardinal de l'abbaye de Saint-Denys, dont il avoit l'assurance entre les
(1) Charte-Parts d'Orléans, comte de Saint-Pol et doc de Longueville après la mort de son père, en 1663, fils d'Henri et d'Anne-GenevièYe de Bourbon, né le 29 janvier 1649, tué au passage du Rhin le 11 juin 1672.
(2) Catherine de Gondi, fille d'Henri, duc de Retz, et de Jeanne 'de Scépeaux, mariée à son cousin Pierre de Gondi, comte de Joigny, au mois d'août 1633, mourut veuve le 16 septembre 1677 a Machecoul , où elle avait fondé un couvent de calvatrieaaei.
mains. Il eut dès lors permission do venir à Commercy en Lorraine, pour y attendre l'exécution du traité.
Cependant Le Tellier pria l'évéque de Coutances de luy envoyer la liste des évêques de France, pour faire choisir au roy un successeur du cardinal de Retz, au conseil. Le roy pensoit alors à Hardouin do Perefixe, évèquede Rhodez, son précepteur; mais le Tellier, qui avoit d'autres vyes , fît si bien qu'il l'en détourna , en luy représentant qu'après J'agi talion , que le cardinal de Retz; venoit de causer à tout Paris il ne devoit jeter les yeux sur personne pour ce poste dont il ne fût assuré ; que l'homme le plus sage du royaume ne seroit pas trop bon ; qu'il falloit d'ailleurs un homme savant et expérimenté dans la conjoncture, présente des nouvelles opinions qui jetoient le trouble dans les esprits, et que l'homme qui luy paroissoit le plus propre pour une place si importante étoit l'archevêque . de Toulouse, Pierre de Marca. Le roy, accoutumé à avoir de la déférence pour les avis de Tellier» vieux et fidèle serviteur, et persuadé de .l'importance de la place donf, il s'agissoit, ne balança pas; mais, comme l'affaire de l'accorrçraoçlenxent du cardinal de Retz avoit traîné en de longues négociations, çe choix n'éclata que sur la fin de l'hyver de l'année suivante, après qu'on §ut entre les mains la démission du cardinal bien conditionnée, et qu'il eut la permission de se disposer à Commercy de venir à Paris se jeter aux pieds du roy et luy embrasser les genoux (i). ,
Le pripee de Conty, qui étoit party sur la fin de cette année (1661) paur les états de Languedoc, à la première nouvelle qu'on jetoit les yeux sur l'archevêque de Toulouse pour l'archevêché de Paris, fut ardemment sollicité de tous les jansénistes du Languedoc pour un nouvel établissement de filles , qu'on devoit élever à la nouvelle doc* trine dans cette capitale de la province , sous la conduite d'une jeune dame nommée de Juliart de MondonviUe (2), qui avoit de la vertu et de la qualité autant qu'i) en falloit pour donner de la réputation à cet
(1) Le cardinal De devait reparaître à la cour qu'après que sa démission aurai été acceptée du pape et que les bulles délivrées à son successeur auraient été enregistrées. Or ce successeur, de Marca, mourut en les recevant de Rome. Les querelles survenues entre la cour de France et celle de Rome à propos de l'insulte faîte par les Corses au duc de Créquy retardèrent les bulles <f Hardouin de Péréfiae ; aussi ce ne fut qu'en 1665 que le cardinal de Retz fut admis à paraître à la cour et à saluer le roi«
(2) Jeanne de Jutliard, fille d'un conseiller au parlement de Toulouse, mariée en 1646 à Tu ries, seigneur de Mondonyille, fondatrice de la congrégation de la Sainte- Enfance, reléguée, lors la dispersion de sa congrégation, en 1686» à Coutances, y mourut an 1702 chet les religieuses hospitalières.
établissement, fîétoit la veuve d'un conseiller du parlement de Toulouse, nommé de Turle (4), seigneur de Mondonville, dirigée par l'abbé Giron, qui, étant frère du président au mortier de ce nom, allié à tous les, plus considérables de la robe et chancelier de l'université de Toulouse, faisoit une grande intrigue dans le parlement pour élever sa pénitente, alliée aussy aux (dus considérables de oe corps et dans une grande opinion de piété dans la ville. Le mary de la dame étant mort , la veuve s'était mise sous la direction de l'abbé, et ce fut dès ce temps que l'un et l'autre, dans leurs fréquents entretiens, dressèrent le projet de cet ordre nouveau et qu'ils imaginèrent et firent des constitutions. L'abbé, étant député aux états qui se tenoient à Pesenas en 1655, parla au prince et à la princesse de Conty de la dame si avantageusement qu'ils voulurent la voir; elle fit le voyage; elle leur plut fort, surtout à la princesse, qui s'affectionna, à cet établissement encore plus que son mary et donna de quoy le commencer. De sorte qu'il ne fut pas difficile à cet abbé, avec le crédit qu'il avoit de son chef par ses alliances, appnyé fortement del'évéque d'Aleth et des autres évôqves de la province qui avoient quelque dépendance du Parlement, soutenu enfin de ce qu'il y avoit de gens considérables en Languedoc, d'obtenir de la chambre des vacations du Parlement la permission de faire à Toulouse cet établissement, pour instruire de jeunes demoiselles à la piété, dans un temps où il n'y avoit pas d'opposition par l'archevêque, qui était à Paris, destiné à succéder au cardinal de Retz ; et les lettres d'érection du nouvel établissement, qu'on nomma les Filles de l'Enfance de Jésus, furent bientôt expédiées parla permission do prince de Gorîity, qui se laissoit alors aysément surprendre à tout ce qui avoit l'apparence de vertu ; et pendant la vacance du siège de Toulouse on obtint de Rome un bref subreptice pour cet établissement, dont il ne s'est jamais pu trouver aucun vestige à Rome (2). Mais la division du pape etdu roy, par l'affaire du duc de Créqui, fomentait ees désordres. La maison fut préparée dans toutes les cérémonies pour la nouvelle habitation des filles, dont on fit d'abord un grand concours de divers endroits de la province, qui s'y assemblèrent partie par la nouveauté, partie aussy par la modicité des pensions
(l)FraBçoi* de Tories, seigneur de Mondonville, conseiller au parlement de Toulouse, mourut dans cette ville le 16 février 1656, âgé de cinquante-cinq à soixante ans, sur la parofese de Notre-Dame de la Dalbade, et non sur celle de Sainl-Étienne, comme k prétendent le* auteurs janséniste», qui le font assister à la mort par l'abbé de Ciron, membre du chapitre métropolitain de Saint-Étienne. François de Tories fut inhumé dans l'église des Cannes.
(ï) Ce prétendu bref d'Alexandre Vil était daté, assurait-on, de 1662.
qu'on y prenoit pour attirer un plus grand nombre. Cela réussit avec tant de succès qu'on obligea la générale de faire un voyage à Paris pour s'y établir : on ne doutoit pas que, par le crédit de la duchesse do Longueville et par l'intrigue de Port-Royal, elle n'en vint à bout, le tout étant soutenu par des lettres de recommandation du prince de Conty ; mais on y trouva de si grands obstacles du côté de la cour que la dame fut contrainte de revenir sans rien faire, après avoir tout tenté.
Étant de retour, le zèle que la générale avoit pour la nouvelle doctrine redoubla à proportion qu'il se trouva resserré ; elle avoit de l'esprit; elle pensa avec l'abbé fondateur à des règles et à des constitutions : on n'enseigna plus dans la maison que le nouvel évangile de la grâce, la morale de Port-Royal et le pur jansénisme. Gela dura tout le temps qu'il n'y eut pas d'archevêque de nommé à Toulouse, d'un crédit assez grand pour s'opposer à une nouveauté si déclarée. Mais enfin, les plaintes des gens de bien de la province en étant venues au roy , cet établissement fut condamné en l'année 4663 par lettre de cachet et par plusieurs ordonnances des vicaires généraux pendant que le siège fut vaquant, et depuis par un arrêt du conseil obtenu à la requête du nouvel archevêque de Toulouse , d'Anglure de Bourlemont, en l'année 1666. Il fut défendu à la dame de tenir aucune communauté de filles, d'avoir des écoles, et à toutes personnes du diocèse d'y envoyer leurs filles, sous peine d'excommunication publiée dans les prônes des paroisses, nonobstant l'arrêt du parlement de Toulouse et la lettre de cachet que cette dame avoit surprise un peu auparavant; et ces défenses luy furent faites à cause de la mauvaise doctrine qu'elle enseignoit et qu'elle faisolt enseigner. Elle fut contrainte d'obéir et de se retirer hors de Toulouse, dont elle s'absenta quelque temps, pendant lequel ses amis trouvèrent le moyen de gagner un domestique (4) de l'archevêque, qui s'offrit à être caution de la dame qui n'enseigneroit plus de fausses doctrines, s'il vouloit la rétablir. Ce qu'ayant obtenu, elle fit un second voyage à Paris, où, par le moyen de son directeur, le chancelier Ciron , elle fut confirmée dans son rétablissement. Ce fut en vain qu'on prit de grandes précautions pour empêcher le scandale de ces doctrines suspectes qu'on enseignoit dans ses écoles , parce que les maîtresses ne pouvoient enseigner que ce qu'on leur avoit appris, étant toujours conduites par des jansé-
(i) Nous avons déjà fait remarquer le sens de ce mot dajas le langage du dis>sep* titone siècle,
nistes, et principalement par les deux ecclésiastiques qui avoient gftlé lecoufent des religieuses de Malte, Vignaux etDucasse, son collègue.
Yoicy ce que ces maîtresses apprenoient aux jeunes personnes qu'on leur donnoit à élever : 1° qu'il falloit se défier de toutes les religieuses, qu'on étoii obligé d'enfermer pour avoir vécu scandaleusement; qu'elles étoient presque toutes symoniaques par l'argent qu'elles donnoient en entrant dans les maisons où elles se retiraient; qu'il falloit n'avoir aucun commerce avec elles ; qu'il falloit décrier tous les religieux comme dangereux à l'Église, et surtout les jésuites (l'essentiel de l'institut étoit de ne pas faire de vœux, pour marquer mieux l'opposition qu'il falloit avoir à l'esprit de la religion ); 2° que les confessions faites aux religieux étoient sacrilèges. On punissoit du fouet les filles qui s'alloient confessér aux réguliers, ou l'on les chassoit; on ne leur donnoit point d'autres confesseurs que delà cabale, gens capables d'équipées, comme un prêtre de Saint-Cyprien déjà interdit deux fois pour ses folies. 3° On défendoit aux pensionnaires la lecture des livres de saint François de Sales , parce qu'il avoit fait des actions pour lesquelles sa canonisation fut longtemps différée. 4° Outre les vœux ordinaires on en faisoit un nouveau par lequel on s'obligeoit de ne jamais demander dispense de ceux qu'on faisoit à l'abbé Ciron (ce vœu étoit illusoire, contre l'autorité du pape, des évéques et contre toute raison). 5" On éloignoit des sacrements , différant la première communion des filles jusqu'à dix-huit aos, et un des directeurs d'alors, nommé Caseneuve, avoit fait passer deux fois Pâques et un jubilé à des filles sans communier, par principe d'humilité; et on leur imprimoit tant d'éloignement de la communion qu'elles n'en approchoient qu'avec bien du trouble , ce qui leur duroit encore bien des années après être sorties des écoles. 0e Le secret de la direction de cette maison étoit gardé avec tant de rigueur qu'on ne permettoit pas même aux pensionnaires de parler seules à leurs pères et à leurs mères, à qui elles n'avoient pas même la liberté de se plaindre. 7° On accoutumoit ces filles à rendre compte de leur intérieur à la dame de Mondonville, avec des gênes de conscience terribles, et on leur faisoit des péchés mortels de bagatelles. C'est une partie de ce qui se passoit alors dans cette communauté, qu'on appeloit le Port-Royal de Toulouse , où cette dame exerçoit un empire si violent et si tyrannique, sur les filles de qualité qu'on luy donnoit, qu'il n'y a point de prisons si rudes ny de châtiments si violents que ceux qu'on imposoit à celles qu'on mettoit en pénitence, comme on a sçu par celles qui se sont sauvées de ses mains , peu-
dant que la dwpe vivoit dans un luxe $t, une déliçatesse dont il y a peu d'exemples daps le siècle ; ça ji'a jamais vécu dans une mollesse plus mondaine. Toute la communauté s'épuisdt à chercher de quoy faire une vie délicieuse à Iq. dame, qui vivoit comme une reine dans son palais ; ce n'étoit qu'à gepoux que les demoiselles l'approchoient ou en s'asseyant à terre sans carreaux, Voylà à quoy menoit l'esprit de la cabale, quand on a voit le pouvoir en main.
Mais il arriva au milieu de la prospérité de cet établissement une petite disgrâce qui fit du fracas dans le party. L'abbé Giron s'étoit rendu si absolu dans cette maison, par sa qualité de fondateur, qu'il y exerçoit un empire souverain ; l'évéque d'Aleth donnoii une telle approbation à sa conduite qu'on q'avoit, dans la cabale, que des admirations pour tout ce qu'il faisoit. Mais ce fondateur s'étant laissé prévenir d'une trop grande estime pour le mérite de la générale, la dame de Mondonville, qui étoit jeune, spirituelle, bien faite , il eut la faiblesse de prendre un appartement dans la communauté et de s'y loger, ce qui n'édifia point du tout la ville de Toulouse anx yeux de laquelle cela se fit. On en parla dans toute la province ; le président de Marmiesse (1), homme d'esprit, en fit un des premiers de. grandes railleries , disant agréablement que M. de Marca, étant archevêque de Toulouse, s'étoit fort fatigué à faire la /concorde du sacerdoce et de l'empire (3), dans un grand ouvrage qu'il avoit imprimé sur ce sujet, et que l'abbé Ciron avoit fait sans peine et môme avec plaisir la concorde du sacerdoce et du mariage. Il en disoit peut-être trop ; mais, par ce qu'il en disoit , l'esprit dans lequel cette conduite de l'abbé fut prise dans lq province ne parut que trop. L'évéque d'Aleth, tout. pré venu qu'il étoit en faveur de l'abbé , son disciple , en fit bien plus de bruit que les autres, prétendant que cette [démarche ferait grand tort à la morale de la nouvelle doctrine. Ce qui le brouilla si fort contre l'abbé qu'on dit qu'il ne voulut plus le voir, ou, s'il le vit depuis, ce fut toujours mal volontiers. L'abbé mourut quelque temps après, et la dame se raccommoda avec le prélat. Ce fut là l'état où se trouva» environ cette année et les suivantes, cette nouvelle communauté de la dame de Mondonville» qui fit tant discourir la province et
(1) Jacques Coigoet de Marmiesse, baron de Lussan, conseiller au parlement de Toulouse le 18 juin 1631, avocat général le 11 mars 1637, président à roorlier par le décès Philippe de Cammade, le 10 janvier 1*54, mourut le 26 août 1670, & lige de soixante-cinq ans, et fut inhumé dans lVgjUse des Grands- Augustins de Toulouse.
(2) L'ouvrage de Pierre de Marca, de Concordiasacerdotii et imperii, avait été composé avant que l'auteur fût promu aux ordres sacrés ; mais il le corrigea et y travailla après avoir été revftu de la dignité épiscopale.
dont le bruit retentit jusques à la oour, où elle Ait toujours désapprouvée, par cet air de nouveauté qui parut si mêlé à cet établissement ou l'on ne respiroit que le jansénisme. A la vérité elle eut l'adresse, par tout l'artifice de son esprit et par ses charmes, /de faire encore subsister sa communauté de longues années en trompant les gouverneurs de la province et les intendants de justice, surtout Daguesseau (1), trompé par sa femme, favorable au party; mais étant venue à Paris , Tannée 1686, pour se rétablir, centre les défenses du roy, elle fut exilée au fond de la Normandie par une .lettre de cachet, et l'intendant de Languedoc eut ordre de détruire sa maison et sa communauté comme entièrement conforme à l'esprit de Port-Royal et aux maximes de fat nouvelle opinion.
Cette aventure de la nouvelle communauté que fit cette dame en Languedoc ne servit pas peu à décrier la doctrine de Tévéque d'Ipres en ce pays-là ; mais celle du mariage du duc de Luynes avec sa tante de Montbazon le. fit bien davantage à Paris et principalement à la cour. Ce fut une intrigue ou la duchesse de Chevreuse, naturellement inquiète et toujours intrigante, eut grande part pour tirer son fils de la vie sombre et retirée qu'il menoit depuis la mort de sa première femme, qui luy déplaisoit fort parce qu'il ne vivoit pas selon les règles du monde et dans la bienséance de sa qualité , ce qui la chagrinoit beaucoup. Mais, comme c'était un esprit fertile en expédients, elle prit chez elle sa jeune sœur de Montbazon pour l'élever et pour prendre soin de son établissement ; elle avoit alors dix-sept ans , et c'était une des belles personnes de la cour. Son fils, le duc, venoit la voir quelquefois de Port-Royal, où il s'était fait bâtir une assez belle maison sur les hauteurs de ce .désert pour se sauver du méchant air du vallon. Dans les visites qu'il luy rendoit , la duchesse ordonnoit à la petite de Montbazon de se tenir auprès d'elle, le duc, touché d'abord de la beauté de la demoiselle, commença à rendre à la duchesse, sa mère, des visites pins fréquentes» La duchesse s'aperçut qu'il y venoit plus propre et d'un air moins négligé qu'il ne faisoit avant d'avoir vu sa jeune tante. Elle ne douta plus qu'il n'en fût touché, et, pour en faire la preuve, elle la pria de se tenir en sa chambre la première fois qu'il reviendroit, ce qui fut peu de temps après. Le duc, n'ayant
(l) Henri d'Aguessean, fils d'Antoine et d'Anne de Gfrè», né en 1635, maître des requêtes en 1660, président du grand conseil en 1601, intendent de Limoges en 1667, de Bordeaux en 1669, de Languedoc en 1677, marié le 8 janvier 1663 à Claire-Eugénie Le Pkart de Périgny, fiHe de Jean-Baptiste et de Catherine Gueffier, décédée le 10 septembre 1713, rooarut luirmtaele 27 noremare 1710.
pas trouvé la demoiselle auprès de la duchesse sa mère, luy demanda permission d'aller la voif en sa chambre; ce qu'elle n'eut pas de peine à luy accorder. Cette visite en attira bientôt une autre , de manière que la duchesse, qui étoit clairvoyante en matière d'inclinations, ne douta plus que son fils le duc ne fût pris. Gomme il étoit naturellement timide et consciencieux, elle crut devoir faire les avances en luy reprochant sa vie cachée et obscure de Port-Royal et luy proposant cette jeune personne pour l'épouser. Le duc allégua aussitôt la proximité du sang et les difficultés qu'il y avoit à obtenir la dispense. La duchesse répondit qu'elle prendrait ce soin là, qu'il la laissât faire et qu'elle espéroit en venir à bout. Elle trouvoit en ce mariage un double intérêt» de délivrer son fils des fantaisies de Port- Royal, où il donnoit une grande partie de son bien pour soutenir la nouvelle opinion , et d'établir sa jeune sœur, qui n'étoit pas riche.
Ainsy , pour disposer l'affaire dont elle se chargeoit , elle fit consulter jusques en Espagne, où elle avoit encore un reste d'habitude de ses voyages passés, et sous des noms supposés la fit proposer dans les universités de ce pays là et quelques-unes de celle de France. L'affaire ayant été consultée à Port-Royal par le duc, on luy répondit, après une longue délibération, qu'il n'y pouvoit penser en conscience. Ce qu'ayant rapporté à la duchesse sa mère, elle le railla. « Quoy ! mon fils , luy dit-elle , serez-vous éternellement la dupe de ces genslà î Ils ne sont pas contents de se servir de votre nom pour foire honneur à leur opinion (qu'ils continuent à soutenir malgré les décisions du pape et les déclarations du roy) et pour s'en faire honneur; après avoir pillé votre bourse par les sommes immenses qu'ils ont tirées de vous, ils cherchent encore à troubler votre repos par le scrupule qu'ils vous font d'une affaire qui seule peut y contribuer, en vous faisant heureux pour le reste de vos jours. Moquez-vous d'eux , croyez-moy, pour les punir de ce qu'ils se sont si longtemps moqués de vous, et laissez-moy faire ; qu'il ne soit pas dit que des gens devenus odieux à toute la terre par la bizarrerie de leur conduite viennent brouiller notre maison parce qu'ils craignent qu'une femme ne vous gouverne. » H est vray que les jansénistes firent tous leurs efforts pour empêcher ce mariage, qu'ils regardoient comme quelque chose de préjudiciable au party. Car, outre le risque qu'ils couraient de perdre le duc, qui» par sa douceur et par la facilité de son naturel, se laisserait mener à une femme qu'il aimerait , et qu'ils n'en seraient plus les maîtres, ils prévoyoientque ces grands fonds dont ce seigneur leur faisoit part, du bien qu'il possédoit, leur manqueraient, et que ces
ressources qu'Us a voient en sa bourse dans leurs besoins tariroient par ce mariage. Ils luy représentèrent avec toute la vigueur possible que ce seroit déchoir de la haute perfection où l'avoit élevé la morale du party ; que sa réputation si établie dans le monde y étoit fort intéressée ; qu'il étoit assez savant dans l'histoire de l'Église pour ne pas ignorer que les secondes noces faites dans les règles ordinaires ne liissoient pas d'être regardées comme une grande foiblesse dans les premiers siècles, jusque-là qu'on mettoit dans une espèce de pénitence ceux qui se remarioient; qu'il alloit scandaliser dans tout le royaume la pureté de la vertu de Port-Royal et détruire en quelque façon cette austérité de morale où l'on étoit persuadé partout qu'on y pratiquoit ; qu'au reste un homme d'une conscience réglée comme Ipy, qui étoit l'exemple de vertu le plus grand du royaume et qui vivoit depuis tant d'années dans une si haute opinion de perfection, ne devoit point souffrir une tache si honteuse à un nom aussy glorieux que le sien que de se marier contre toutes les lois canoniques et contre ce qu'il y avoit de plus sacré dans le mariage ; qu'il devoit considérer qu'il s' alloit donner en proye aux discours du public, qui, par la licence qu'il prend de tout critiquer, imputeroit sa conduite à une légèreté désordonnée, de tomber dans un relâchement si énorme après avoir vécu dans une réforme si grande depuis si longtemps ; qu'au reste il auroit grand tort de former sa conscience sur une dispense arrachée à force d'argent du Saint-Siège, et surprise par un faux exposé de banquiers mercenaires qui font un trafic souvent simoniaque de ce qu'il y a de plus saint dans la religion. A ces discours ils en ajoutèrent plusieurs autres d'une pareille force , et on prétend qu'ils donnèrent au duc un écrit par lequel ils déclaroient qu'il ne pouvoit pas même demander cette dispense au pape sans péché mortel.
Le duc mit cet écrit entre les mains de la duchesse, sa mère , qui pressoit le mariage, pour le faire voir à ses casuistes. La duchesse avoit alors un célèbre directeur, provincial de Picpus, nommé le père Athanase (4), fameux dans l'ordre ; elle le pria d'examiner cet écrit; il le fit exactement, et le réfuta avec toute la force dont il étoit capable, ajoutant qu'il étoit persuadé qu'on pouvoit demander la dispense au
(0 Athanaar Sivé, en religion Athanase d'Angers, religieux do tiers-ordre de Saint- François de Picpus, ordonné prêtre à Paris le 23 mars 1635, élu provincial de son ordre pour la première fois en juin 1657 et pour la troisième fois en mai 1671 , pois déâoiteur général , prêchait encore l'Avent à Picpus en 1691. J'ignore la date de sa mort.
pape avec respect et soumission, en luy faisant exposer sincèrement les raisons qu'on peut avoir de la demander, dans la résolution de s'en tenir au refus, si le pape ne jugeoit pas la chose faisable, sans penser & d'autres intrigues pour l'obtenir. Cest ce que fit la duchesse, qui, parmi les autres raisons de famille, fit représenter au pape l'importance qu'il yavoitde tâcher à détacher son fils, le duc de Luy nés, des intérêts de Port-Royal et des liaisons qu'il avoit avec les jansénistes, par ce mariage; car rien n'étoit capable de tant décréditer ce party que d'en éloigner le duc. L'affaire fut examinée à Rome avec un trèsgrand soin. D ne se trouva dans les archives du Vatican aucun exemple que les papes se fussent jamais relâchés à permettre à aucun neveu d'épouser sa tante qu'en faveur du cardinal d'Armagnac, pour épouser sa tante, sœur du roy catholique. Il se trouva des raisons d'État dans cette dispense qui firent dire aux théologiens et aux canon ist es les plus savants, qui furent consultés, qu'elle ne surpassoit point le pouvoir du Saint-Siège si on la consideroit en elle-même et dans ses circonstances. Mais on trouva aussi qu'Alexandre la refusa au roy d'Angleterre (1), qui la demandoit avec beaucoup d'instance pour que son second fils, le duc d'York (2), épousât l'infante (FEspagne (3)en secondes noces, après la mort du prince de Galles, son aîné, ne pouvant se résoudre de faire une playe si préjudiciable à la discipline ecclésiastique par un exemple qui pût servir à la postérité d'une infraction pareille aux canons. Mais, outre que le cas n'étoit pas tout à fait pareil à celuy du duc de Luynes, Jules II, successeur d'Alexandre, qui vouloit intéresser l'Angleterre à la conservation des intérêts de l'Église contre la France et l'Espagne , l'accorda. Après tout, H se trouva peu d'exemples de dispense d'un semblable degré de proximité dans le Vatican, pour autoriser celle-cy comme il fattoit. Mais la duchesse de Chevreuse fit représenter au pape, parmy les autres raisons qu'elle alléguoit pour l'obtenir, un intérêt si considérable à détacher son fils de Port-Royal, et le pape le comprit si bien, qu'il passa par-dessus toutes les difficultés qui se trouvoient en cette affaire. Et Ton ferait grand tort aux jansénistes de leur imputer quelque part en ce relâchement de discipline, qui ne fut point approuvé du public, puisqu'ils firent une partie de ce qu'ils purent pour l'empêcher. A la vérité les raisons qu'ils eurent de le faire parurent aux yeux de tout le monde si peu désintéressées, et ce fut par des coosi-
(1) Henri VIL
(*) DeptiU Henri VIII.
(3; Catherine d'Aragon, fille de Ferdinand et d'habelle, n'était pas tante, mai* bdte- MW de Henri VU!.
tirationa ai homakieft, qu'ils n'en méritèrent aucune louange, parce que ce a'étoit que pour se confirmer dans la possession d'un bien frïb aDoient perdre, oit ils n'avoient auctin droit ; et ce ne fut que pour sauver tout* intérêts qu'ils portaient avec tant de chaleur Tintait des canons de l'Église, pour empêcher ce mariage, lequel ne Itwa pas de se faire, malgré leur' opposition; ce qui les obligea à se déclarer tes premiers contre cette dispense. Mais parce que leur iMe les emporta trop loin sur cet article, ils furent obligés aussy d'en faire des excuses au duc, qui s'en étoit plaint ; et ce fut alors qu'ils loi demandèrent un peu de fidélité sur les secrets de la cabale , dont ils kiy iraient fait part, prétendant qu'un homme d'honneur et de sa qualité leur devoit cette justice, qui s'observoit parmy les gens même do commun, et qu'on <espéroit qu'il auroit cette indulgence et ce reste de bonté pour des personnes -qui avoient eu pour lui une confinée sans réserve, ce qu'il leur promit; et il n'eut pas de peine à leur tenir parole, car il étoit bon, doux, honnête, civil, complaisant, d, du tempérament dont il étoit, il eut toujours un attachement xcret à ce party , dont il aymoit tes etianières. Du reste, comme il étoit homme de bien, il eut toute la soumission qu'un vray chrétien doit ao Saint-Siège. La duchesse, sa femme, tomba entre les mains d'un directeur alors de réputatioii, nommé le përé César (1) , carme déchaussé, qui l'éloigna dans les commencements du jansénisme, dont « père étoit très-éloigné lui-même ; mais elle y revint un peu sur la fa de ses jours par un père ée l'Oratoire, qui devint son confesseur, l étant déjà du duc.
La duchesse de Longueville avoît déjà fait de si grands progrès i Rouen par ses intrigues qu'elle avoit commencé à gâter le couvent femoUnas de cette ville. G'étoit particulièrement ces religieuses- là qu'on tâehoit de gagner, par la profession qu'elles font d'instruire k jeunesse. La marquise de Senecey en écrivit à l'archevêque pour y pwndre garde ; H luy fit réponse de Gailion, du 21 septembre 1662, yrïl profiterait de ses avis , et qu'il avoit chargé le sieur Mallet, un de *s grands-vicaires, de la conduite de cette maison, c ayant connu par
(i) César du Baint-Sacrement , carme déchaussé , né à Vie, en Lorraine , le 10 ISIS» il profession *u content de JUncy le 08 mars 1614. Il jouissait *œ grande estime auprès des évêques, des prises et des grands. Il occupa stip- «wement les charges de prieur, dé provincial et de visiteur général de son ordre «i France, et refesa plusieurs évéebés. Louis JtlV, à sa considération, fonda le *>w«t de Vw. Le P. Césaire mourut d'apopleki* à Paris le 21 mai 1S8S. Il est autan* de plusieurs opuscules ascétiques en français. • Il exoelloit dans les décisions ' tti cas de œoaciealea et dirigeott bitrn du monde, » dit le Mercure.
expérience que les jansénistes, c'est-à-dire, ajoutoH-fl, les ennemis déclarés de F Église, preooient à tâche de s'emparer du gouvernement des ursulines de France pour remplir du poison de leur hérésie toute la jeunesse», et qu'il avoit mis son application à leur en ôter la conduite pour y mettre des gens opposés à leurs sentiments. C'est ainsy que le zèle de cette dame, tout occupée qu'elle étoit à la cour pour y donner les avis nécessaires contre la nouvelle opinion, luy faisoit encore penser au dehors où le danger paroissoit.
Après tout, le bruit qui commençoit à se répandre dans Paris que le roy jetoit les yeux sur l'archevêque de Toulouse pour le faire archevêque en la place du cardinal de Retz, dont il attendoit la démission, étonna bien davantage le Port-Royal que l'affaire du duc de Luynes ; car on y regardoit ce prélat comme un homme déjà prévenu contre la doctrine qu'on y enseignoit, dévoué à la cour et attaché aux jésuites ; ainsy on n'en espéroit rien de bon avec de tels principes. 11 est vray quece prélat, outre qu'il étoit fort opposé à ces nouveautés, étoitd'une capacité à désoler les plus habiles de Port-Royal, et l'on l'y craignoit en toutes manières ; et, quoyque le cardinal de Retz eût abjuré hautement le jansénisme par l'écrit qu'il en avoit envoyé au pape, dont ta copie fut envoyée en France, on espéroit toujours de luy meilleure composition sans comparaison que de l'archevêque de Toulouse , qu'on regardoit comme un homme intraitable en cette matière. Ainsy le seul bruit qui courut qu'on pensoit à luy alarma le petit troupeau. Que ne fit-on point pour s'y opposer par toutes les précautions qui pou voient y remédier? La duchesse de Longue ville, qui étoit venue à Fontainebleau pour assister en qualité de princesse du sang , aux couches de la reine, selon la coutume, après avoir été à la cour tout le temps que la bienséance demandoit, demeura aussy quelque temps à Paris, où elle fut fort cajolée par tout ce qu'il y avoit de considérable dans le party, et fort consultée sur les frayeurs qu'on y avoit d'un nouvel archevêque, et surtout de celuy de Toulouse. Elle n'oublia rien pour gagner ce qu'elle trouva de jeunes évêques à Paris, et elle réussit même en quelques-uns; car c'était une grande enchanteresse quand elle vouloit et on ne luy échappoit que rarement; et la consternation aussy qu'elle trouva dans le party sur les craintes qu'on s'y faisoit ne la découragea point. R est vray que, comme elle en étoit devenue l'idole, que l'on la louoit et qu'on l'admiroit toutes les fois qu'elle s'y montrait, cela la soutenoit tout à fait, parce qu'elle étoit vaine, et qu'avec un peu de louange et d'admiration on luy faisoit faire tout ce qu'on vouloit; mais elle fut obligée de penser à aller
rejoindre à Rouen le duc son mary plus tôt qu'elle ne souhaitoit. Comme elle ne doutoit pas du plaisir que l'archevêque de Rouen s'étoit fait de la sacrifier à la reine sur le jansénisme , elle sentoit bien qu'elle n'y auroit plus le même crédit qu'elle y avoit eu auparavant. Ainsi bien des choses la dégoùtoient de penser à y retourner. D'ailleurs Paris luy offroit bien plus d'action au zèle qu'elle avoit pour la nouvelle doctrine, plus d'empire à exercer dans le party, et plus de satisfaction à espérer des admirations continuelles qu'on y avoit pour elle et à quoy elle s'attendoit.
C'est ce qui luy passa par l'esprit pendant qu'elle fut à Paris, quoyque l'état où elle étoit auprès de la reine-mère dût luy faire souhaiter d'en être éloignée ; car eette princesse ne pouvoit la souffrir avec l'attachement qu'elle avoit pour la nouvelle opinion, et, quelque contrainte qu'elle se fit pour la traiter conformément aux bienséances de son rang, elle ne pouvoit tout au plus aller que jusqu'aux apparences. Le roy étoit à peu près dans la même disposition à l'égard de la duchesse, qu'il regardoit toujours comme une des causes de la guerre civile et comme un de ces nuages qui grossissoient le plus la nouvelle faction. Ainsy elle ne fut poi/it regrettée à la cour quand on la vit partir de Paris, où les intrigues qu'elle y avoit la rendoient dangereuse, soit en réprimant ceux qui cherchoient à remuer, ou en soutenant ceux qui s'affoiblissoient, ou en se faisant un zèle , qu'elle inspiroità toute la cabale, de s'opposer au torrent de la morale relâchée qu'elle cherchoit à détruire entièrement comme quelque chose de très-pernicieux à la religion. Car c'étoit particulièrement de ces sentiments-là dont elle s'occupoit ; mais tout cela perdit une partie de sa chaleur et devint plus borné dès qu'elle fut retournée à Rouen , où elle demeura peu ; son occupation principale y fut d'achever de gâter la couvent des ursulines de cette ville-là par le grand-vicaire de Sainte- Hélène, qu'elle gouvernoit, à animer les curés contre les jésuites et leur morale, et à soutenir les restes du party qui faisoit peu de progrès en cette ville depuis que l'archevêque s'étoit déclaré avec tant de hauteur contre la nouvelle opinion dans la dernière assemblée du clergé.
Mais, comme rien n'alarmoit alors davantage le Port-Royal que la crainte d'avoir l'archevêque de Toulouse, Pierre de Marca, pour archevêque de Paris, on chercha les voyes de le décrier dans le public par des écrits si outrageux que celuy qui portoit pour titre les Règles importantes à M. de Marca et une lettre pleine d'invectives furent brûlés, par arrêt du Parlement, de la main du bourreau , comme des écrits outrageux, pleins d'erreurs et de faussetés. On surprit, t. m. n
peu de temps après, une lettre, sans date et sans nom, qui fut mise entre les mains du roy, comme écrite par un janséniste séditieux, qu'il fit voir au père Annat, par laquelle ces gens-là faisoient éclater leurs plaintes, sans presque aucun ménagement, de ce qu'on pensoit à la cour à l'archevêque de Toulouse pour l'archevêché de Paris, parce que c'étoit leur ennemy déclaré et qu'ils avoient tout à craindre d'un homme aussy prévenu contre le Port-Royal que luy ; ce qui fit connottre au roy combien ils étoient mal intentionnés. Et comme la thèse de Clermont étoit l'unique ressource à leurs mauvais desseins, ils se plaignoient dans la même .lettre que le roy n'avoit pas voulu ouvrir les yeux à l'entreprise des jésuites, si importante à son État. Il est vray que, l'affaire n'ayant pas eu tout le succès qu'on s'étoit promis dans le party, on en fut mortifié.
Ces considérations, dont les chefs du party étoient fort occupés, donnèrent peut-être lieu à un écrit assez politique, qui parut alors de la part des jansénistes pour jeter de l'embarras dans l'accommodement du cardinal de Retz, qui s'avançoit fort; car la crainte où l'on étoit dans le party de tomber entre les mains de l'arcbevéque'de Toulouse leur fit tout oser et tout entreprendre , cette promotion paraissant comme la dernière ruine de Port-Royal. L'écrit entreprenoit de faire voir que ceux qui traitaient de l'accommodement du cardinal avec la cour n'étoient nullement dans ses véritables intérêts , parce qu'ils cherchoient avant toutes choses à le dépouiller d'une dignité qui faisoit toute sa considération en France ; qu'il n'en seroit pas plus tôt privé qu'il tomberait dans un néant qui luy ferait honte h luy-inême et dans une oisiveté qu'inné pourrait soutenir, du tempérament dont il étoit; que la mort du ministre, arrivée depuis peu, alloit faire du changement dans l'État, et qu'il ne pou voit y en arriver dont il ne profitât; qu'il a voit de bons amis à la cour qui s? déclareroient dès que le temps seroit favorable;. que la conjoncture même qu'on prenoit de le dépouiller ne luy cpnvenQH pas lorsque le pape étoit actuellement mécontent de ses grands-vicaires et dans la résolution de les déposer pour la résistance opiniâtre qu'ils faisoient à se soumettre à ses ordres; qu'il vaudrait mieux qu'il offrit au roy d'aller demeurer à Rome avec son caractère d'archevêque de Paris, comme le feu cardinal Mazarin luy offrait , qui luy seroit d'une grande distinction et le rendrait très-considérable en cette cour-là, où l'on a de grands égards pour une puissance pareille à celle-là , qui le mettrait toujours en état d'être le maître dans la capitale du royaume, par de grands-vicaires qu'il mettrait et ôteroit à discrétion.
Mais ce que cet écrit touchoit des intérêts 4u roy étoit encore bien plus fort, en luy représentant que rien n' étoit plus opposé à ses affaires que cet accommodement qu'on luy proposoit ; que, le pape se trouvant dans la disposition de révoquer les grands- vicaires du cardinal de Retz par le mécontentement où il étoit de leur désobéissance, il eo pourroit établir d'autres dont S* Majesté tirerait de grands avantages cootre ce cardinal et contre tous les prélats du royaume, dont il se rendrait le maître, en se conservant en bonne intelligence avec le pape; que , ce dessein toutefois qu'on avott h Rome de révoquer les grands-vicaires ayant déjà manqué deux fois, il pourroit manquer encore pour une troisième, Surtout si les vicaires du cardinal, en se réunissant à luy plus que jamais* luy attachoient les curés de Paris, disposés à éclater après la déclaration publique, qu'ils venoient de donner en faveur dp leur mandement t et tout cela bien réuny sous l'autorité du cardinal pourroit embarrasser de nouveaux ministres, en remuant le peuple de Paris attaché aux intérêts de la paroisse et aux volontés des curés; et que le party des jansénistes, presque accablé sous le poids de l'autorité du pape et du roy, aérait bien ayse de rencontrer cette issue et ce prétexte pour se relever de l'oppression qui leur attirait la compassion du public, dans un sujet qui luy dereooit un peu désagréable; qu'il se trouverait sans doute plusieurs é\éqoes dans le royaume assez zélés pour s'élever contre cet établissement, capable d'anéantir leur autorité et cTaaservir l'Église de France sous le joug de la cour de Rome, qui , dans la suite, pourrait devenir si puissante que tous les évéques du royaume deviendraient des vicaires du pape , sujets k être destitués et révoqués sads d'autre raison que celle, qufon ad'ordinairte en ce pays-là, d'avancer autant qu'il se peut sur les droits et les libertés de l'Égltee de France. Outre ces considérations, il avtrtissoit le vo? que le dessein même du pape pourroit être contraire à son aoierité-et àux lois de son État, en ce qu'il luy donnoit de grands avantages dans le gouvernement spirituel de l'Église de France, qui ne pourraient réussir sans donner à Sa Sainteté de nouvelles prétentions sur le temporel , dont on a vu , en des tempsdifférens, de fâcheuses suitesdans le gouvernement , et qu'il étoit de la prudence de son conseil de ne pas souffrir que, pour un intérêt très-léger qu'on pourroit remporter contre te cardinal de Retz, le roy se fit un tort notable en abandonnant à la cour romaine des avantages qui luy serviraient pour en prétendre de plus grands. Enfin il remontrait que. le grand intérêt de l'Étal étant de ruiner une faction
qui s'y formoit, capable de jeter la division dans les esprits par sa
nouveauté , il serait bien plus aysé d'en venir à bout par le ministère du cardinal de Relz, dont l'autorité est déjà établie sur l'opinion qu'a le public qu'il est le supérieur légitime et véritable pasteur, que par une puissance ou illégitime ou étrangère, à quoy on n'obéit que par des violences ou des scrupules, l'un et l'autre également contraires à la liberté qu'on doit aux consciences ; que, si le roy n'avoit pas assez bonne opinion du cardinal de Retz pour en espérer un si grand fruit, on pourrait trouver des tempéramens de part et d'autre, dont le cardinal ne s'éloignera pas quand sa conscience n'y serait pas intéressée.
Cet écrit, qui n'étoit soutenu d'aucun aveu de la part du cardinal ny d'aucune autorité publique ou particulière, fut traité d'un si grand mépris qu'on n'y fit aucune attention. La démission ayant été rendue au roy par la duchesse de Retz, belle-sœur du cardinal, la nomination de l'archevêque de Toulouse à l'archevêché de Paris suivit bientôt après; on écrivit à Rome pour luy en expédier les bulles, où il fut servy conformément aux services qu'il venoit de rendre à la religion, dont il avoit toujours paru un défenseur fort zélé. Hais, par uoe de ces étonnantes dispositions de la providence de Dieu , qui prend plaisir à renverser ce que ses plus fidèles serviteurs s'efforcent de faire pour l'intérêt de sa gloire , ce prélat, avec tout son mérite et ces grandes qualités qu'il apportoit pour gouverner la première Église de France, dans nn temps où la religion avoit besoin d'une tête comme la sienne , tomba malade d'une fièvre ardente qui l'emporta avant que ses bulles fussent venues. Il ne put pas mourir dans une occurrence de temps d'une si grande conséquence aux affaires de la religion sans causer bien de l'affliction k tous les gens de bien , qui espéraient bientôt voir refleurir la paix dans une Église aussy troublée que l'étoit celle de Paris , que les intrigues des jansénistes affligeoient depuis si longtemps. Il avoit été nommé à ce poste le S6 février (1602) , c'est-à-dire dès que la démission du cardinal de Retz eut été renrinf», et il mourut le 49 de juin suivant, en sa soixante-neuvième année. Il avoit été président au parlement de Navarre , dont il fut tiré par le roy défunt pour être de son conseil ; ensuite de quoy il fut nommé à févécbé de Couserans et pourvu quelque temps après de l'archevêché de Toulouse, et fait ministre d'État après la mort du cardinal Mazarin; il fut inhumé dans le chœur de l'église de Notre-Dame de Paris, sans aucune cérémonie. Et peu de jours après Hardouin de Péréfixe de Beaumoot, docteur de Sorbonne , dont il fut nommé proviseur en la place du cardinal Mazarin peu auparavant , évéque de
Rhodes et précepteur du roy , Tut choisy par ce "prince pour succéder à Pierre de Marca dans ce premier siège de l'Église de France. Il y eut quelque contestation entre l'évéque de Rennes, Henry de la Mothe u"Oudancour, premier aumônier de la reine-mère, qui le portott comme soq premier officier ; mais parce qu'on représenta que l'évéque de Rennes étoit un homme chagrin, difficile et peu traitable, l'évéque de Rhodez ayant été jugé plus propre à la conjoncture présente des affaires luy fut préféré , en quoy sans doute il y eut de la providence de Dieu , qui avoit mis en ce prélat les qualités les plus propres à bien servir l'Église dans la disposition où étoient les affaires de la religion, plus qu'en aucun autre qui fût alors en état de tenir cette place» par le zèle qu'il fit parottre à seconder les desseins du roy dans la ruine du jansénisme.
Mais, comme la nomination de ce prélat ne fut qu'un mois ou environ après la mort de l'autre et que ses bulles ne vinrent pas sitôt, le chapitre de Notre-Dame, ayant pris possession de la juridiction pendant le siège vacant, voulut faire éclater son zèle contre le jansénisme en nommant pour grands-vicaires six chanoines, à savoir, Verthamon (1 ), La Branetière (2), Dreux (3), Morel, Gamache (4), Thevenin (5), qui commencèrent parfaire un mandement aux religieusesde Port-Royal (6) pour les obliger de signer incessamment le formulaire, partie pour désapprouver, par cette diligence, la négligence de ceux qui avoient précédé , partie pour obéir au roy, qui venoit de faire donner un arrêt en son conseil , du premier de may, pour ordonner la signature par tout le royaume pure et simple. Ces filles, qui avoient toujours fait de grandes protestations de leur ignorance sur ces questions de la nouvelle doctrine et qui avoient tant de fois déclaré qu'elles ne savoient
(I) Antoine de Verthamont, chanoine de Paria en 1625 et archidiacre de Josias, a»anit le 1" octobre 1663.
(1) Guillaume de la Brunetière du Plessis-Gesté , fils d'Antoine et d'Élisabetli Uner, aé en Anjou, docteur en théologie de la maison de Navarre, vicaire général se Paris et archidiacre de Brie en 1661, chanoine en 1670 seulement, fut ancré évéqoe se Saintes le 30 novembre 1677 et mourut le 2 mai 1702. (Tétait un très-digne
(3) Gettlttuane Dreui, chanoine de Notre-Dame en 1643, archidiacre de Paris, Mourut le 27 août 1670.
(4) Charles de Gamaches, docteur en théologie de la maison de Sorbonne, chanoine ne Mre-Dume en 1634, mourut le 27 janvier 1670.
(i) Claude Thévenin, chanoioe de Notre- Dame en 1616, chantre de la même église, unurat le 28 décembre 1665.
(6) « U y a des grands-vicaires do'chapitre, écrivait à ce propos la mère Agnès, qui sntun nUe fort ardent pour faire valoir leur autorité en faisant des entreprises très* extraordinaire*. » Uttre du 2 juillet 1662.
ce que c'était qne Jansénius , et qu'elles ne s'étoient jamais mêlées de toute cette affaire qui les passoit , refusèrent de signer, prétendant que rien n 'étoit capable de tant choqtier l'honneur de ce grand homme, monsieur l'évéque d'Ipres , et disant qu'elles ne pouvoient pas s'y résoudre. L'ordre fut réitéré avec des menaces d'interdit; les écrivains du party prennent la plume à la main pour répandre dans le public les causes de nullité de cet ordre , comme étant émané d'un pouvoir usurpé et illégitime, et Tordre n'étant pas dans les formes, parce que l'élection de ces vicaires étoit faite devant que Sa Majesté eût reçu la démission du cardinal de Retz, ce qui étoit une chicane toute pure. Cet écrit fut brûlé par arrêt du conseil de la mam du bourreau. Les religieuses interjettent appel, non pitre comme d'abus, mais d'incompétence de juges , évitant d'appeler comme d'abus au Parlement, qui reconnolt tes puissances subalternes, mais dont les principes dans Tordre spirituel vont à ôter au pape ou à borner son pouvoir, qu'il combat toujours, et parce que, dans les appellations d'incompétence, Tordre du droit est de remonter au souverain, qui rst l'arbitre né dé la juridiction subalterne. Ainsy l'affaire traîna en des longueurs qui rendirent le zèle des nouveaux grands-vicaires inutile par les bulles de Tarchevéque nommé , qui arrivèrent peu de temps après.
La nouvelle, qui vint cette minée, de la canonisation de Pévêque de Genève ne fut mal reçue dans le royaume qu'à Port-Poyal, où Ton n'en donna aucune démonstration de joye parce qtrtl étoit motoriste, comme il paraît par l'opinion qu'il a de la grâce qu'il explique dans ses œuvres ; ainsy on fut également mécontent dans le party du saint et du pape qui Tavoit canonisé, parce que l'un et l'autre étoient de l'opinion des jésuites, qu'on tenoit pour réprouvés dans la cabale. La duchesse de Loogueville étoit h peu près du même sentiment, comme il parut à l'entrée du comte de Dunois (1), son fils aîné, au noviciat des jésuites. Ce jeune seigneur, touché depuis quelque temps du désir de penser àfion salut , voulut se donner tout à fait à Dieu , renoncer au monde et se faire jésuite. Ce dessein parut si extraordinaire au duc, qui avoit déjà (ait recevoir ce fil* atné en survivance de son gouvernement de Normandie 3 qu'il le combattit d'abord de toute sa forer ; mais ce jeune seigneur fit tant d'instances pour obtenir sa permission
(I) Jean-Loris-Cheries d'Orlésj», comte de Dosais, né le 12 jumar.lSé*, ctdeané prêtre à Rome, après avoir quitté Je noviciat des Jésuites, le 1* décembre 1660, devint foo, et fut enfermé à l'abbaye de Sa|o(-Ceorges de Boecberville, près fies», 00 il nooret le 4 février 199 S .
de se retirer que ny le duc, son père, ny le prince de Gondé, son oncle, ne parent luy résister; ils luy permirent de faire ce que Dieu luy inspiroit. La duchesse voulut de même examiner sa vocation , qu'elle trouva bonne, à ce qu'on prétend , parce que le cadet , qui étoit le comte de Saiut-Pol, étoit son inclination, qui par là devenoit l'aîné; mais elle avoua qu'elle avoit de la peine à le voir entrer chez les jésuites, dont la morale, qu'on décrioit partout, luy paroissoit dangereuse; et, pour remédier au scrupule qu'elle avoit sur cela, elle appuya de toute sa force le dessein que le comte, son fils, lui fit paroltre d'être simple frère en cette compagnie-là. <r Car il pourra se sauver, disoit-eile, par ce moyen-là. Les jésuites vivent bien ; leur morale à la vérité est fort relâchée, et leur vie ne Test pas. Mon fils, n'étant que frère , n'aura aucune part à leur doctrine, et il vivra bien comme eux. » Ainsy, avec cette précaution qu'elle croy oit devoir à la délicatesse de sa conscience, elle consentît qu'il entrât au noviciat: ce qu'il fit vers la fin de cette année ; et ce fut le prince de Condé qui l'y mena luy-même. Mais cette vocation, qui avoit paru si bonne à la duchesse parce que le comte de Saint-Pol, son fils bien-aymé , par là devenoit l'héritier, ne le fut pas dans la suite ; car il sortit du noviciat. Mais son sentiment sur les jésuites parut encore plus dans une occasion qui arriva un peu après, où elle eut de la peine à dissimuler.
Un capitaine aux gardes, nomméde Salière (1), revenant de Canada, où le roy l'avoit envoyé pour quelque expédition, amena dans son vaisseau quatre Iroquois, qu'on menoit dans toutes les maisons des grands pour les montrer. La duchesse de Longueville eut la curiosité de les voir àussy ; et, après qu'ils eurent vu le roy, les reines et toute la cour, elle se les fit amener et en donna le plaisir à ses bons amis Arnault,Lalane et Nicole, qui avoientfait de grands progrès en son estime et en sa bienveillance. Mais il y eut un peu de malice en son dessein, parce qu'elle voulut y faire venir le P. Paul Ragueneau (2), qui étoit
(1) Henri de Chastellard, dit le marquis de Sallières, fils de Claude et de Jeanne Mnsy, marié à Honorée de Mat y, colonel du régiment de Carignan , puis de Soissons- Sallières, dont il prit le commandement en 1665, se retira en 1676, laissant la colonelle, dont il était propriétaire, a son fils François- Balthazar. Il avait cinquante-sept ans de service actif. Il mourut à Paris le 22 juillet 1680, âgé d'environ quatre vingtcinq ans. U fut inhumé à Saint-Sulpice.
(2) Paul Ragueneau , fils de Philémon, avocat au Parlement, et de Louise du Tertre, né à Paris en 1605, admis dans la Compagnie de Jésus en 1626, s'embarqua pour l'Amérique en 1644 et travailla plus de vingt ans au Canada à la conversion des sauvages. De retour en France il fut nommé procureur de la mission du Canada et mourut à la maison professe de Paris, le 3 septembre 1680. U est auteur d'une vie
. fort édifiante de la mère Catherine de Saipt- Augustin, hospitalière à Québec. Le P. Chain-
isk —
revenu depuis peu de ce pays-là, où il avoit vécu vingt ans. C'étoit afin que ce père, qui savoit fort bien la langue, les interrogeât sur leur croyance, pour voir de quelle manière on enseignoit l'Évangile à ces barbares et comment on leur faisoit faire les vœux du baptême ; qui est un langage que les jansénistes avoient pris de Calvin pour éblouir, qui ne veut rien dire autre chose qu'en recevant le baptême on promet de vivre chrétiennement. Les supérieurs du père Ragueneau, qui ne doutèrent pas que la duchesse n'eût quelque dessein où le bon père seroit pris pour dupe , ne jugèrent pas à propos qu'il y allât. On l'attendit trois heures, et enfin on s'impatienta, et on se contenta de les voir sans les entendre parler. La duchesse, qui fut sincère en cette occasion, s'expliqua de son dessein à une dame revenue de Canada dans le même vaisseau, à qui elle s'informa delà manière dont on instruisoit les sauvages, qui luy répondit qu'on le faisoit avec un grand soin j que l'évéque de Petrée (1), qui avoit charge de cette Église, s'y appliquoit jusqu'au scrupule; que, pour la morale des jésuites, dont la duchesse l'interrogeoit, elle ne savoit autre chose sinon que c'étoient des gens mortifiés par l'exercice d'une vie très-austère, très-laborieuse, et d'une souffrance perpétuelle, qui vi voient comme des saints. Cela se dit devant ces messieurs, qui en furent bien plus édifiés qu'ils ne l'eussent souhaité; car, dans le fond, cet entretien ne leur fut pas fort agréable, parce qu'il n'étoit point conforme aux lettres de Pascal, ny aux factums des curés de Paris et de Rouen. Et quand la duchesse luy demanda quel catéchisme on leur enseignoit, elle répondit : a L'ordinaire : un Dieu en trois personnes, l'Incarnation, la Rédemption et que Jésus-Christ étoit mort pour tous. » Comme cela se dit devant Arnault, elle se prit à rire de tout son cœur (2).
pion a fait l'éloge du P. Ragueneau dam la vie du P. Louis Lallemant, dont il était
disciple.
(1) François de Laval-Montigny ou Montmorency, fils de Hugues et de Michelle Pericard, né en 1622, grand- archidiacre d'Évreux, un des premiers congréganistes du P. Bagot, résigna son bénéfice à Henri-Marie Boudon et fut sacré en 1659 évèque de Pétrée, vicaire apostolique du Canada, puis nommé premier évêque de Québec en 1673. Il renonça à son siège en 1688 sans quitter le pays, et mourut à Québec le 6 mai 1708, en odeur de sainteté. Bertrand de la Tour a publié 6ur lui en 1762 des Mémoires intéressants, mais entachés d'inexactitude, de l'avis de M. Faillon, et dont on n'a que le premier volume.
(2) La bonne dame eût pu ajouter, à la grande édification des auteurs de la morale pratique, que plusieurs gouverneurs du Canada avaient demandé instamment qu'on leur envoyât des récollets à la place des jésuites , dont ils ne trouvaient pas la morale pratique assez accommodante. Ils obtinrent les récollels , mais ne furent' pas plas contents des enfants de saint François que de ceux de saint Ignace. A coup sûr ils sa seraient arrangés avec les casulstes de l'archevêque de Sens.
Les pères de l'Oratoire perdirent sur le milieu de Tété de cette même année le P. Bourgoin (1), leur troisième général, qui avoit été confesseur du duc d'Orléans. Il se trouva tellement accablé d'années uq peu auparavant que, ne pouvant plus vaquer aux fonctions de sa charge, il s'en démit volontairement entre les mains de trois assistants que la congrégation luy donna. Et comme cette compagnie s'étoit un peu gâtée de la nouvelle doctrine ; que la plupart des pères, qui soient reçu le formulaire dans les provinces de leur général dès l'année 1657, c'est-à-dire celuy qui fut dressé par l'assemblée du clergé de Tannée 1655, qu'ils ne voulurent point signer, résistèrent trte levée à leur général qui leur ordonnoit ; que ce général fut obligé dj céder au nombre et de s'accommoder à leur foiblesse par un formulaire adoucy, qui laissoit la liberté aux particuliers de suivre leurs tfntimens,pour sauver au moins un reste d'apparence de soumission, tt pour faire cesser les mauvais bruits qu'on répandoit contre tout !•* corps sur le jansénisme ; que le nombre enfin de ceux qui étoient gâtés prévaloit de beaucoup aux autres, on choisit pour assistants le P. Srçuenot, le P. Dubreuil (2), le P. du Juannet (3), tous trois des plus ?r,çagés dans le party : et c'étoit un degré pour arriver au généralat l P. Amelote (4) et le P. d'Auron (5) furent obligés d'en avertir la tour pour sauver leur congrégation de sa dernière ruine. Les trois <*4tans sont à même temps exilés par lettres de cachet sur cet avis ; tuis ils furent bien servis par leurs amis. Le Tellier, secrétaire d'État, quidevenoit puissant, étoit devenu amy des pères de l'Oratoire depuis sa disgrâce; car ces pères eurent grand soin de luy faire la cour pen-
n i François Bourgoiag, né a Paris le 18 mars 1585, d'abord curé de Cliclry, puis "»bo>s six premiers de la congrégation de l'Oratoire, fut élu troisième général en i*<i H mourut le 26 octobre 1662. Bosstiet prononça son oraison funèbre.
2 Jean-Baptiste du Breuil, né le 4 juillet 1612 , entra à l'Oratoire et succéda an P Utunarets dans la cure de Sainte-Croix de Rouen. Il fut arrêté en 1682 et relégué ""«ÛTeroent Safnt-Malo, à Brest, à Oléron, au fort de Brescou, et^enfina Alais, <* il menrut le 4 septembre 1696.
) Honoré de Colin du Juannet, lils d'Esprit et de Marguerite de Fourbin de f"> eval, né a Lambesc le II septembre 1611, reçu a l'Oratoire le 16 avril 1620, îTnmé twiteiir en 1661, fut exilé à Ain, puis rappelé en 1663, devint supérieur à v<M-Magloire en 1669, assistant en 1676, de nouveau visiteur en 1679, exilé à Notrel>-»*e de Grâces en 1681, et mourut dans son exil le 3 août 1691.
• Denis Am+lolfr», né à Saintes en 1606, ordonné prêtre à Paris le 18 décembre prieur de Champ-Dolent, fut nn des premiers compagnons de M. Olier et n'entra '-«roratoire qu'en 1650. Il mourut à Paris le 7 octobre 1678. Ce fut un des rares ^«tuires do jansénisme dans sa congrégation.
> Clartés Dorron, né à Paris , fut le premier confrère de l'Oratoire. Il fut nommé **"Uat et su|térieur de la maison de Paris, et mourut à Marines le 28 octobre 1666. L » pebtié quelques ouvrages de piété.
dant son exil à Orléans, pendant que lé recteur da collège des jésuites, nommé Jean Grisel (1), qui voulut faire le politique, l'abandonna ; et depuis ce ministre fut plus favorable en toutes choses aux pères de l'Oratoire qu'aux jésuites, à qui il ne pardonna pas cette faute ; aussy, sollicité qu'il fut par les pères de l'Oratoire en cette rencontre , où il s'agissoit de l'honneur de toute la congrégation, il les secourut de tout son crédit : il se servit de l'archevêque d'Auch, qui éloit mécontant du P. Annat, de ce qu'on luy préféroit l'évêque de Rhodez, de Pérétixe, pour le faire archevêque de Paris, qui luy étoit inférieur en mérite ; et, après plusieurs négociations auprès de ce père par cet archevêque mécontent, de la part du secrétaire d'État, le P. Annat, pour l'apaiser, fut obligé de faire consentir le roy au retour de ces trots exilés. Le supérieur de leur maison de Saint-Honoré (2) en alla remercier le père confesseur, et le prier à même temps de faire ménager l'honneur des exilés dans la lettre de cachet qu'on préparait pour leur retour. Le P. Annat avoit fait leur paix à trois conditions : qu'ils rétracteroient par écrit leur doctrine, qu'ils signeroient le formulaire, et qu'ils seroient privés de voix active et passive pour l'élection prochaine du général qui se feroit à la mort du P. Bourgoin. Par là le P. Amelot et le P. d'Auron remédièrent au danger qu'ils craignoient qu'un des trois ne fût général. L'évêque de Rhodez, qui étoit bien intentionné, en parla au roy comme de gens passionnés; mais l'évêque de Rennes, nommé à Auch, les défendit autant qu'il put, à la recommandation du Tellier et par esprit de contradiction ; car, quoyqu'il ne fût nullement janséniste, il étoit naturellement contrariant, et son chagrin le rendit encore davantage en cette occasion, où il vouloit paraître mécontent. Le supérieur de Saint-Honoré obtint du P. Annat , qui n'étoit point difficile quand il pouvoit sauver ce qu'il y avoit d'essentiel dans les affaires, que les conditions de leur retour ne seroient point énoncées dans la lettre de cachet; ainsy tout le monde fut content; et, le P. Bourgoin étant mort, le P. Senault, célèbre prédicateur de l'ordre , fut élu général en sa place, point gâté à la vérité des nouvelles opinions, mais après tout singulier dans ses sentiments.
Environ ce même temp»-cyY c'est-à-dire vers le mois d'août de eette année 1662, le célèbre auteur des Lettres au provincial tomba malade au faubourg Saint-Germaio! L'affaire de Feydeau étoit si récente , a
(1) Jean Grisel , né à Rooeo en 1601, admis dans la Compagnie de Jésus en !6tS, se lifra an travaux de prédicateur pendant vingt -cinq ans et gouverna ensuite le coftrfa d'Orléans en qualité de recteur. H moorut le 22 janvier 1657.
(2) A Paris, dont PéfUse est aujoanTuni livrée an coite protestant.
qui on contesta les sacrements dans la paroisse de Saint-Sulpice, une des plus pures de Paris sur les opinions nouvelles et la seule presque zélée contre les jansénistes par un attachement sincère au Saint- Siège, que les amis de Pascal, crainte qu'on ne l'inquiétât en cette paroisse si sa maladie devenoit considérable, le firent transporter en la paroisse de Saint-Étienne, sur le fossé de Saint-Marceau, dont on espérait meilleure composition que de Saint-Sulpice; car le curé , Paul Beurrier, religieux de Sainte-Geneviève, q uoyque non janséniste, ne laissoit pas d'être gouverné par leurs amis, sans toutefois s'embarrasser de leurs maximes. Il couroit alors un bruit secret à Paris que Pascal étoit mécontent du party, qu'il n'avoit, depuis deux ans ou environ, eu aucun commerce avec le docteur Àrnautt , son amy, et j'ay su du curé de Saint-Étienne qu'il se plaignoit de luy et de Port-Royal, de ce qu'il3 avoient porté trop loin leur dispute sur la grâce, qu'ils avoient passé les bornes et qu'il ne pouvoit leur pardonner, les louant d'ailleurs d'avoir fait leur devoir par le zèfe qu'ils avoient fait paroitre contre la morale reMchée, qu'on ne pouvoit assez décrier, tant elle étoit pernicieuse aux mœurs. En quoy il se flattoit un peu ; car, comme il avoit pris le party cFattaquer\cetfe morale par les Lettres au provincial, que c'étoit son ouvrage et qu'il croyoit y avoir réussy, l'amour-propre luy fit croire qu'il n'y avoit que luy qui eût bien servy dans les controverses présentes, blâmant les autres de leurs emportements sur la doctrine et sur leur mauvaise foy à nier que les propositions condamnées par les deux papes Innocent et Alexandre fussent de Jansénius , et prétendant ou qu'on devoit soutenir les propositions de cet auteur si la doctrine étoit bonne, ou se soumettre au pape si elle ne Tétoit pas. Quoy que c'en soit, il mourut environ ce temps-cy . peu visité, à ce qu'on dit, des gens du party, dont il étoit mal satisfait , et il mourut avec tous ses sacrements, âgé seulement de trente-six ans. On prétend que, quelques années avant sa mort, il s'étoit tellement desséché le cerveau par un problème de mathématique, où il étoit fort savant, qu'il appela depuis la Roulette ou un moyen de trouver toute sorte de combinaisons de nombres par un seul tour de roue, ce qui o'avoit jamais été imaginé avant luy, qu'il abrégea ses jours par ce travail, qui l'épuisa. Fier qu'il étoit d'y avoir réussy, il proposa, à ce qu'on dit, ce problème à tous les savants de l'Europe; et ayant envoyé à Fermât (f ), grand mathématicien, conseiller du parlement de Toulouse, son intime amy, ce problème à proposer aux savants de ce pays- Ci) Pierre de Fermât , né en 1595, conseiller au parlement de Toulouse, mourut dans cette ville le 12 janvier 1665.
là, avec une promesse de cinq cents écus à celuy qui le devineroit, il se trouva qu'un jésuite d'une grande réputation en Languedoc et dans toute la France pour les mathématiques! nommé de la Louvere (1), ayant deviné son problème, et son amy Fermât luy ayant mandé à Paris, il en conçut tant de dépit que, pour mettre à couvert sa honte , il tâcha de prévenir la démonstration du jésuite par un effort extraordinaire d'étude et d'application pour produire la sienne. Ainsy il acheva de ruiner tout à fait sa santé, et peu de temps après il tomba malade d'une fièvre chaude qui luy brûla les entrailles en luy altérant notablement le cerveau : c'est ce qui se disoit alors, parmy les savants, de sa maladie et de sa mort. Il est vray que, du tempérament ardent dont il étoit, il ne pouvoit pas soutenir tout le poids d'une si grande confusion où l'exposa la bonne opinion qu'il avoit de luy- même. Il avoit eu la présomption de défier toute la terre avec un orgueil de savant sur son problème qu'il jugeoit inexplicable à d'autres qu'à luy; et il se trouve un jésuite! c'est-à-dire un homme de cette compagnie qu'il avoit traitée d'un si grand mépris dans ses Lettres au provincial, qui s'offre à le déchiffrer au premier coup d'œil qu'il jette sur cet écrit. Pascal ne croyait rien de plus impénétrable dans la géométrie, ny de plus caché aux anciens mathématiciens et aux modernes , comme en parle Carcavy (2) dans la lettre qu'il luy en écrit sous le nom du sieur Detton ville , et comme parle Pascal luy-méme sous le môme nom en sa réponse, imprimées l'une et l'autre, l'année 1659, à Paris, chez des Prés (3). '
Ce fut ainsy que mourut ce fameux écrivain de Port-Royal, qui, après avoir en quelque façon abjuré le jansénisme quelques années avant sa mort, fut obligé de se cacher dans un trou de faubourg et de chercher un curé commode pour mourir avec ses sacrements, craignant que son nom ne fit peur en cette occasion à des gens aussy
(1) Antoine de laLoubère, né en diocèse de Rfeux en 1600, admis dans la Compagnie de Jésus en 1820. professa successivement les belles-lettres, l'hébreu, la théologie et les malbémantjues. U mourut à Toulouse en 1664. C'était un géomètre habile.
(2) Pierre de Carcavi , né à Lyon , d'abord conseiller an parlement de Toulouse , puis conseiller au grand conseil et garde de la ! bibliothèque du roi , mourut à Paris le 31 mai 1684 et fut inhumé à Saint-Merry le 1er juin.
(3) Guillaume Desprex, imprimeur et libraire ordinaire du roi , doyen de la communauté et ancien margnillier de Saint- Benoît , mourut le 4 juillet 1708 en sa maison, rue Saint- Jacques, à Saint-Prosper, et Tut inhumé en l'église Saint-Benoit Jl estait alors âgé de plus de soixante-dix huit ans. En reconnaissance des services qu'il rendait an parti janséniste , la duchesse de Longueville voulut tenir sur les fonts, en 1675, une de ses filles, qu'elle nomma Anne-Geneviève.
bien intentionnés que les prêtres de Saint-Sulpiee, t out épuré qu'il se trouvoit du jansénisme, par l'éloignement de ses anciens amis qui en étoient à la téte et qu'il ne pouvoit plus souffrir parce qu'il avoit le cœur plus droit qu'eux ; car il avoit commencé à s'en défier, les appelant des brouillons, et on luy a entendu dire quelquefois, quand on le pressoitde dire ses sentiments sur la grâce de Févêque d'Ipres, que, dans les principes de cette doctrine , quànd on nous parle de la miséricorde de Dieu, que l'Ancien et le Nouveau Testament épuisent leur éloquence pour nous en persuader, c'est ou pour imposer ou pour nous jeter dans l'illusion : les entrailles du Sauveur se sont émues de bonté et de miséricorde à la vue d'un scélérat qu'il couronne à la croix, et M. d'Ipres nous dit qu'il prend plaisir de nous perdre avant quedeconnoître si nous l'avons mérité. C'étoit là le fond de son cœur.
Mais les jansénistes ne parurent jamais tant disposés à brouiller qu'à la fin de cette année 4662 et au commencement de l'autre, où ils se servirent du nom de Saint Amour, Paventurier universel du party, pour faire parottre au jour le livre le plus insolent, le plus injurieux au Saint-Siège, le plus téméraire et le plus scandaleux qui soit sorty de Port-Royal. Car, dans le temps qu'ils faisoient faire des avances de leur soumission et des promesses de leur obéissance à l'évêque de Coutances, Auvry, par d'Andilly; dans le temps que le cardinal de Retz se dépouilloit de sa dignité pour se remettre à la miséricorde du roy en abjurant le jansénisme ; enfin, lorsqu'on publioit partout qu'on ne pensoità Port-Royal qu'à la paix par des voyes d'un accommodement solide, on fait imprimer un livre en Hollande composé à Port- Royal, qu'on met sur la téte de Saint-Amour, homme d'un caractère à soutenir toutes les faussetés , toutes les impostures et toutes les calomnies dont ce livre est plein. C'est une histoire prétendue de tout le détail de ce qui s'est passé à Rome sur l'affaire des cinq propositions. Et tout ce gros volume fait à plaisir, pour décrier le jugement du Saint-Siège et la bulle d'Innocent sur la condamnation des cinq propositions , ne consiste presque qu'à montrer que les députés pour la doctrine de l'évêque d'Ipres ne furent pas écoutés à Rome, et que le pape y avoit déclaré qu'il n'avoit point prétendu toucher à la doctrine de Jansénius en sa bulle parce que c'étoit la doctrine de saint Augustin , les deux plus insignes faussetés qu'on puisse avancer sur ce sujet , et que j'ay si pleinement réfutées dans l'histoire de l'information du procès-verbal de la condamnation des propositions, au livre septième et huitième de ces Mémoires, que je suis persuadé qu'il n'y a rien à ajouter. Ce fut aussy l'insolence qu'on eut alors de produire
oe livre squs le titre de Journal de Saint-Amour, où Ton te moque
de tout ce qui s'étoit fait à Rome et à Paris contre cette erreur, et le contretemps de le publier dans un temps où l'on ne pensoit qu'à la paix, qui fit dire au marquis de Liancourt et à tous les gens un peu raisonnables du party que ceux qui produisoient ce livre, dans une conjoncture si mal entendue et par une entreprise si folle, étoient des brouillons. C'est ce que ce marquis dit à Saint-Amour quand il futle luy présenter» et les sages du party opinèrent à le supprimer, comme capable de gâter tout. Saint-Amour dit que l'impression luy avoit coûté dix mille francs; on luy offrit de le rembourser, à quoy il refusa de consentir : ce qui donne à connottre l'égarement de ceux qui gouvernoient alors les affaires dans le party 9 et le renversement d'esprit où l'on étoit dans la cabale, qui ne suivoit plus que son entêtement et sa passion j mais on alloit par là à son but, qui étoit d'amuser les ignorants et les simples par ces faussetés, quoyque les honnêtes gens murmurassent d'un procédé si indigne et si honteux , et désapprouvassent fort ce livre, surtout dans les circonstances du temps où il paroissoit. Il est vray auèsy que la cour en fut si choquée qu'il fut condamné au Parlement à être brûlé par la main du bourreau, comme un attentat fait à toutes les puissances spirituelles et séculières, et d'un exemple très-pernicieux dans un État bien réglé. Ain&y rien ne marquoit tant l'esprit où Ion étoit alors à Port-Royal, et qu'on n'y vouloit point du tout de paix oy d'accommodement, que ce malheureux livre, qui fut répandu dans le public comme un nouveau signal à la sédition et à la révolte. Eqfin c$ livre, d'un volume énorme dont il étoit, fut si mal reçu non-seulement des honnêtes gens contraires au party, mais de ceux mêmes qui en étoient, que je n'entreprendray point d'y répondre après la réfutation solide que j'en aj faite par l'extrait des originaux du Saint-Office que j'ey copiés sur cette affaire. Je me contenteray de dire que je me réserve de donner . une copie des suffrages des consul teurs (1) dans le procès de la condamnation des propositions, que Saint-Amour, l'auteur prétendu de cet ouvrage, a tellement falsifiées qu'on y trouve plus de trente-cinq faussetésMe compte fait en une seule page. Voylà le caractère de la cabale, dont on ne sortoit presque jamais, parce que cen'étoit qu'en falsifiant toutes choses et en imposant partout qu'on avançoit les affaires de Port-Royal, qui ne subsistait presque que par ces méchantes
(I) Dm» l'émtfttK te IS tome* tir le jaasénkme (bibKotb. de l'Aneiul) on trwta lu niurfi nirtwri dft L'iofiomAiiûA dtt cîm nroiinriliim
foyes-Ià, oe pouvant plus subsister par les bonnes. Ce livre doue, gros qu'il était d'impostures et plein de calomnies, fut brûlé par les obtins du bourreau, comme il le méritoit , ce qui s'exécuta le dix-neuvième jour de janvier de Tannée 1663, et. depuis en divers lieux du royaume ; et à Rome ce livre fut traité avec toutes les marques d'infamie que méritoit le livre le plus injurieux au. Saint- Siège qui ait paru en ce siècle. Et Sainte-Beuve , qui plaidoit alors pour la cure de Saint- Le u , où il avoit droit par le drok de gradué, perdit son procès et en eut l'excluàoo, parce qu'il parut dans le Journal de Saint-Amour fort intrigué pour le jansénisme, où cet historien déclare qu'il avoit grande part. Ce fut aussy à l'occasion de ce livre, et de plusieurs écrits de Port- Royal qui furent brûlés en ce temps-là y qu'un avocat (1) mercenaire vendit sa plume à Port-Royal pour faire l'impertinent écrit de VOnpuntpour la^brtilure, quiaentoit plus le Pont-Jtteaf que le Port-Royal.
Hais il arriva à Paris environ ce mèiqe temps une aventure qui ne contribua pas peu à faire connottre encore mieux le génie de la cabale et ce qu'il y avoit d'affreux dans le fond de cette doctrine. Un fameux visionnaire, nommé Morin (2), possédé de Terreur des (Qustiques, les plus abominables de tous les hérétiques par Textra- Ttgance et par l'horreur de leurs opinions, *se disant rempïy du Saint- Esprit, fut accusé de crimes les plus énormes dont on eût entendu, parier depuis longtemps, et, convaincu qu'il fut de ces énormiiés , il fut condamné à être brûlé tout vif en la Grève. On trouva dans ses papiets l^s çinq propositions., qu,'^l s^itçn^t pair un écrit qu'il en avoit bit exprès, et on dit qu'il avoit une grande, estime pour la doctrine et pour la piprale dps jansénistes., qu'il apprquyoit fort. 11 mourut le 14 de mars de l'année suivante; > persistait ppiniÂtrémént . dfos ses visions et sans confession. Un tel suffrage ne marquoit que tcpp combien ce party étoit dans le fond horrible $t abominable ; qyoyque les
(1) Je» BayMer d*Aucourt, fils de Nicolas , côrroyebr de son état,' et àe Didière Meey, né à Langres le i*r Mverabvt 1635, quitta son pays en 164a pour faire ta phib*&ét à Dijon. Il fut ensuite répétiteur au collège de Lixieux, à Paris, étudia en fttoe temps le droit et se fit recevoir avocat au Parlement. Colbert, qui l'avait ctai pour instituteur de son Ûis, le fit élire académicien. Barbier d'Aucourt mourut i Paru le 13 septembre 1694.
3; Simon Noria , né en 1623 à Ricbemont, près Anmale, d'abord commis chez CUirroo, trésorier de l'extraordinaire des guerres» quitta sa place pour dogmatiser. Antté tels juillet 1644 et conduit à la Bastille, puis relâché vingt et un mois après, i « remit à publier ses vision». Après plusieurs emprisonnements et plusieurs ré- Indattoo* successives, comme il commençait à se faire des disciples, il fut arrêté une straière foi* en 1662, sur la dénonciation de Desmareta Saint -Sorlin , et condamné à tabrtlé vif avec m Une de sa façon; la sentence fut exécutée le 14 mars 1663, .
apparences en parassent si belles par cette profession de morale dont les dehors charmoient ceux qui n'avoient pas assez de lainières pour en pénétrer le fond.
La nouvelle, qui courut environ ce temps- cy, d'un envoyé d'Angleterre, nommé de Belins (1), à Rome, de la part des deux reines d'Angleterre, afin de demander au pape un chapeau de cardinal pour l'abbé d'Aubigny, de la maison royale , qui rendoit en ce pays-là de grands services à l'Église , que le pape refusa sur le bruit qui couroit qu'il étoit engagé dans les nouvelles opinions, fut trouvée fausse dans l'information qu'on en fit. Il est vray que cet abbé avoit eu à Paris d'assez grandes liaisons avec quelques gens de Port-Royal; on le crut même attaché aux intérêts du cardinal de Retz ; on dit même qu'il se servoit d'un Italien, nommé Brunetti, dans ses affaires, qui étoit dans la confidence des jansénistes et les servoit avec bien de l'attachement. Mais, depuis qu'il étoit retourné en Angleterre, il ne donna aucune marque d'attachement à ce party, et le refus que luy fit le pape de le faire cardinal, à la sollicitation de la nouvelle reine d'Angleterre , ne vint que d'une forte opposition qu'y firent les Espagnols , dans la crainte qu'ils eurent qu'une promotion au cardinalat à la considération de cette reine (2), sœur du roy de Portugal, ne donnât trop de crédit aux affaires de ce prince, qu'on tâchoit par toutes sortes de voyes de diminuer et même d'anéantir, si on eût pu ; car l'animosité mutuelle des deux couronnes duroit toujours. On prétend que le roy d'Angleterre, qui aymolt beaucoup l'abbé d'Aubigny, fut si choqué de ce refus qu'il médita une espèce de vengeance .contre les Espagnols , par la résolution qu'il prit de leur déclarer la guerre, et qu'il affecta de faire paraître de la froideur à l'égard des catholiques dans les affaires qu'ils eurent à la cour.
«Mais on ne peut assez déplorer la disposition où se trouvèrent les ministres de France à l'égard de la cour de Rome, qui se firent une espèce de devoir fort malentendu de maltraiter le pape dans toutes les gazettes presque qui parurent cette année sur l'article de Rome. L'af-
(1) Richard de Belings, né en 1613 à Belingstown, dans le comté de Dublin, occupa un grade élevé dans l'armée d'Irlande, lors de l'insurrection de 1641 contre Cromwell. Envoyé à Rome en 1645 par le conseil suprême, il en ramena le nonce Rinuccini. Après la défaite de l'armée irlandaise il se réfugia en France , et ne rentra dans son pays que sous le règne de Charles n , qui lui rendit ses biens. II mourut à Dub in en 1677.
(2) Catherine, infante de Portugal, fille de Jean IV de Bragance, roi de Portugal, et de Louise de Guzman, née le 25 décembre 1638, mariée en 1662 à Charles II, roi d'Angleterre, se retira en 1665, après la mort de son mari, à Lisbonne, où elle fut régente pendant la maladie de Pedro H, son frère. Elle y mourot le 31 décembre 1705.
taire du due de Créqui, qui n'étoit pas encore accommodée, en Tut le prétexte, et ils crurent flatter l'indignation du roy, qui avoit pris la chose à cœur, de chercher des occasions de mortifier le pape. A la vérité cette hardiesse que se donna le gazetier de France de se licencier à toutes les railleries qu'il fit des neveux de Sa Sainteté, de leur maison et du pape même, fut mal reçue de tous les gens de bien de ce royaume, où le Saint-Siège a toujours été dans une singulière vénération. Cette licence ne manqua pas d'être imputée aux ministres, qui crurent être en droit de donner du chagrin au pape pour venger ftosulte faite à l'ambassadeur de France , quoyqu'on travaillât alors à l'accommodement du pape et du roy , et que l'intérêt le plus essentiel d'une négociation soit d'établir une espèce de suspension de colère et d'hostilité entre les personnes intéressées à l'accommodement. Mais les trois ministres se frouvèrent alors si mal affectionnés à l'égard de la cour de Rome qu'ils s'abandonnèrent un peu trop à leur prévention. De Lyonne en étoit revenu mécontent de son dernier voyage, et il prétendoit que l'affaire du duc de Créqui, son amy, luy étoit arrivée à l'occasion de la visite des neveux, qu'il différa trop après qu'il eut ni le pape en arrivant à Rome. On crut qu'il avoit trop délibéré à leur rendre cet honneur, où il ne devoit pas hésiter, et le cardinal ImpériaH, gouverneur de Rome, leur créature, fut soupçonné de n'avoir pas fait son devoir pour empêcher le désordre qui arriva par les Corses. Pour Le Tellier, quoyqu'il n'eût pas lieu d'être mécontent do pape personnellement, il ne laissoit pas d'entrer un peu dans les sentiments de son fils l'abbé, qui, plein du succès de son dernier acte de Sorbonne , qu'il fit le troisième de février de cette année avec l'applaudissement de toute la cour, paroissoit gouverné par Coque- Ho, son docteur, homme un peu équivoque sur les nouveautés. Et Colbert, peu instruit des affaires de Rome, s'en rapportoit trop aysé~ ment à l'abbé de Bourseis, encore janséniste dans le fond, quoyqu'il eût signé le formulaire. Ce qui fit dire alors à la reine-mère que les trois ministres avoient chacun leur janséniste : Le Tellier avoit Coquelio, Colbert l'abbé de Bourseis, de Lionne Gaudon (4), tous trois, à ce qu'on disoit, favorables au party.
(1) Ln Gandun étaient deux frères ; nous a?ons parlé (t. I, p. 126) de Pâîné, Syl- ' nia, qui , nommé abbé de Pleinpied, au diocèse de Bourges, ne put obtenir ses bulles et fat obligé de renoncer à ce bénéfice (Archives du département du Cher). H était tnaà doyen de l'église de Tout et chanoine de Rouen ; il mourut en sa maison de P*U,rueda Harlay, le 16 février 1700, et fut inhumé le lendemain dans l'église de **nt Barthélémy. U est qualifié dans ira acte de baron de Laiie; il n'était pas docteur. Son fctre puîné, Jean, aé comme loi en Berry, proche de l'abbaye de Saint-Cyran et f. m. M
Ces ministres aiosy disposés sur les affaires de l'Église abandonné-* rent un peu trop le pape à la discrétion du gazetier, qui se faisoit mander de Rome tantôt les préparatifs de l'armement du Saint-Siège contre la France , tantôt les dépenses des neveux de Sa Sainteté aux dépens des revenus de la Chambre apostolique , tantôt le trafic que Don Mario (1), frère du pape, faisoit des blés de Sicile pour affamer par une avarice sordide toute l'Italie qui en murmuroit. D'autres fois c'était les trésors qu'amassoient les Chigy par toutes sortes de voyes, et l'aversion que prenoient d'eux les Espagnols sur les difficultés que faisoit le pape pour la désincamération de Castro. On ajoutait à tout cela l'emprisonnement de Capisuccbi (2), dominicain , maître du sacré palais, pour avoir parlé, en un sermon devant le pape, du mauvais maniement qu'on faisoit des deniers de la caméra; enfin on amplifioit l'imposition de nouveaux impôts dans tout l'État ecclésiastique, la maison du pape ne cherchant qu'à s'engraisser par de si méchantes voyes du sang du peuple ; et tout cela se faisoit avec des circonstances fort ridicules et par des railleries qui ne finissoient point. Et toutes les semaines le gazetier fit une satire, à l'article de Rome, de la maison du pape, près de six mois durant, afin de rendre partout cette cour entièrement odieuse , n'épargnant pas même Sa Sainteté ; ce qui fit des effets assez fâcheux dans les esprits par tout le royaume et redonna du cœur aux jansénistes , qu'on croyoit perdus. On en triomphoit à Port-Royal et à Char en ton.
Et cette conduite ne laissa pas de contribuer à aigrir les esprits par des impressions fâcheuses, en ce qu'elles inspiroientàlacourdu mépris pour le Saint-Siège. Et Ton ne peut assez observer icy que ce procédé fit un tel effet qu'il donna un tour presque tout autre dans la suite à
que le voisinage itUcha aussi au célèbre du Vergier de Han renne, était docteur en théologie, et devint curé de Balazé et doyen de Vitré, au diocèse de Rennes. Bien qne Sylvain ait conservé toujours quelque venin de ses anciennes relations avec Pelrus Aurelius , on assure qu'il avait quitté le parti , et ce serait Jean, le docteur, qui aurait été conseiller ei familier de M. de Lyonne.
(1) Mario Chigi, fils de Flavio et de Laure Marsigli , marié à Bérénice de la Ciaja , mourut le 14 novembre 1667, à l'âge de soixante-quatorze ans , et sa femme le 25 du même mois, à rage de soixante ans.
(2) Camille Capisuccbi, fils de Paul et d'Hortense Marescotti , né i Rome en 1616, admis dans l'ordre de Saint-Dominique , où il prit le nom de Raymond le S juin 1630, y fit profession Tannée suivante, avec dispense d'Urbain VIII parce qu'il n'avait pas encore seize ans. En 1C44 il fut nommé compagnon du P. Vincent Candido, maître du sacré palais, en 1050 secrétaire de la congrégation de l'Index, et en 1654 maître du sacré palais, charge dont il fut dépouillé en 1663, mais qui lui fut rendue en 1673. Innocent XI le créa cardinal le 1er septembre 1681. Il mourut à Rome le 22 avril
l'affaire du jansénisme, et qu'il altéra tellement l'esprit des ministres contre le pape qu'ils ne cherchèrent presque plus que les occasions de le mortifier, comme il parut dans un thèse soutenue en Sorbonna on peu après, dont voicy la suite.
Un bachelier de Sorbonne nommé Gabriel Drouet de Villeneuve (1), Breton, qui avoit pris chez les jésuites, ou il avoit étudié les humanités, des sentiments un peu moins durs à l'égard du pape qu'on n'avoit alors en Sorbonne, par l'impression naturelle qu'il avoit d'en parler plus favorablement, fit une thèse, moins pour dire oe qu'il en pensoit que pour apprendre ce qu'on en devoit penser. Cette thèse devoit être soutenue en la grande salle de Sorbonne, le 19 janvier de cette année 4663, en la dispute delà grande ordinaire, depuis 8 heures du matin jusqu'à 8 heures du soir, sous maître Vincent de Mœurs (2), aussy Breton, docteur en la faculté de théologie de la maison de Navarre. Cette thèse contenoit trois propositions favorables au pape, dont le Parlement fut choqué, comme contraires aux libertés gallicanes él aux maximes anciennes du royaume. La première proposition portoit que Jésus-Christ avoit donné a Saint-Pierre et à ses successeurs une souveraine autorité sur l'Église ; la seconde proposition, que les papesavoient, pourde bonnes raisons, accordé des privilèges à certaines Églises, comme à celle de France j la troisième proposition, que les conciles généraux étoient utiles à l'extirpation des hérésies, des schismes et autres désordres, mais pas absolument nécessaires (3). Cette thèse avoit déjà été portée chez l'avocat Talon et empoisonnée par un Sorbonnisle nommé Fortin, principal du collège d'Harcourt, qui, par un reste de venin qu'il avoit pris dans l'école de Richer (4), ennemy dé*
(I) Gabriel Drouet de VilleoeufVe, gentilhomme breton. Ce personnage, dont la thèse damna Jftes à un abat de pouvoir si éclatant du Parlement contre la faculté de théobgte, non* est tout à lait inconnu ; noua n'avons pu tirée è son sujet aucun rensetgne- ■ent de Bretagne.
(1) Vincent de Meiir, né à Tonquedec, en Basse-Bretagne, un des premiers et des plus fcraU coogrégautotes du P. JennBagot at un des fondateurs do séminaire des Missions étrangères, donna des missions en Bretagne avec Michel Le Nobletz , en Bourgogne et ea Berry. Il mourut le 26 juin 166S à Vieux-Cbateau en Brie, comme nous avons dit (t. II, p. 457, noie.) Sa vie édifiante et l'autorité qu'elle lui avait acquise dans Je attude sont relevées dans les notes fournies à Colbert sur les docteurs de la Faculté .
(3) t. Chriitus Petrum {jusque successores swnma supra EcclesUm autorUa le èàuartt.
IL Pantyces privilégia quibusdam Ecclesiis, ticut Ecclesix Gallicanxjusta de causa imperliti sunt.
III. Concilia generalia ad extirpandas hxreses% schismata et alia incommoda MUmda9 admodum sunt utiliatnon tamen absolute nectssarha. R.A.
(4) Edmond Richer» né le 15 septembre Ï5G0 à Cuaource, en Champagne, docteur ea théologie de la faculté de Paris en 1500, principal dù collège du Cardinal Le Mojne
claré du pape et un des principaux émissaires jansénistes, la porta à ce magistrat, accusant ses frères d'infraction des arrêts. Talon mit la thèse entre les mains du procureur général (1), lequel en fit son rapport dès le lendemain au Parlement ; l'avocat général Bignon (î) portant la parole, on délibéra sur les plaintes des gens du roy , et le syndic, le président et le soutenant furent cités pour rendre compte à la cour de leur procédé et pour s'expliquer sur ces propositions. Grandin, , syndic de la faculté, représenta que dans la thèse on avoit évité le terme d'infaillibilité, qui avoit été retranché du manuscrit de la thèse, dans laquelle il n'y avoit aucun vestige que Ton prétendit la donner au pape ; qu'en parlant dans la deuxième proposition des privilèges accordés par les papes à l'Église de France comme à bien d'autres , comme on ne pouvoit nier, on ne faisoit aucune mention des libertés gallicanes à quoy on ne touchoit pas; que, pour la troisième proposition, on savoit bien que l'Église avoit été trois cents ans et plus jusqu'au concile de Nicée, et que cependant on avoit éteint plusieurs Jiérésies sans qu'il fût besoin de concile , ce qui montre qu'ils n'étoient pas toujours nécessaires et que cela suffisoit pour sauver la thèse.
Latnoignon, premier président, leur remontra que ces explications ne cadraient pas avec les termes de leur thèse, dont le sens naturel étoit contraire aux maximes de la cour, et qu'en supprimant le mot d'infaillibilité ils dévoient encore supprimer celuy de souverain pou* voir sur V Église, le pape n'ayant d'autorité que dans l'Église, non pas sur l'Église , étant obligé d'obéir aux canons et le concile étant audessus de luy, selon l'opinion commune du royaume ; que, pour la troisième proposition, malgré l'explication forcée qu'ils donnoient à leur thèse, on pourrait conclure des paroles générales qui y sont que les conciles généraux ne seraient nécessaires en aucun cas , et qu'on a trop confondu, dans toute la thèse, les privilèges avec les libertés de l'Église gallicane, qui sont bien différentes, puisque ces libertés ne sont que le droit commun , dans lequel nos ancêtres se sont maintenus
en 1594, syndic de b faculté en 1608, déposé ai 1612, mourut k2S nofembre 163t. Il t'était rétracté un an auparavant. Dans son livre de Ecclesiattiea et politic* Médiate, qoe IVpiscopat français censura, il voulait (aire de l'£gtise une sorte de Monarchie constitutionnelle. Ses opinions ne sont pas sans crédit auprès des universitaires modernes.
(l) Actinie de Harlaj, Sis de Christophe, comte de Beaomoot, et d'Anne Rabot dllhns, procureur général en 1661, marié en août 1638 à Jeanne Marie de Bellièvre, mourut le 7 jom 1671.
(1) Jérôme II Binon, AU de Jérôme I, avocat général, et de Catherine Bacnauoo, né à Paris lo 11 novembre 1617, avocat général de 1646 à 1673, mourut à Paris le IS janiler 1697.
contre les nouveautés qu'on a voulu introduire pour établir un droit nouveau. L'avocat général Talon voulut parler pour exagérer l'importance de la thèse, qui, prétendoit-il, avoit été conçue dans un dessein de complot et de cabale pour élever l'autorité du pape par la dépression de celle de l'Église universelle et des conciles; que le but de ces factions étoit d'imposer un nouveau joug aux fidèles que nos pères n'avoient pu porter ; que nous ne devons pas avoir moins de vigueur pour défendre cette liberté sainte, qui est le principal fleuron de la couronne, qui nous distingue de ces pays d'obédience où les règles de la chancellerie et les décrets d'un réviseur sont plus considérés que les canons de l'Église, voulant par ces termes marquer la Bretagne.
Après cet avant-propros il entreprit d'expliquer la créance ancienne de l'Église sur le pape , à qui Ton n'avoit jamais disputé la primauté du siège de Rome sur tous les autres, mais bien la prééminence sur toutes les Églises, prétendant que le pape n'est que le collègue dans l'épiscopat de tous les évéque du monde, et étant soumis aux canons comme les autres, jamais souverain au-dessus d'eux ; ce qu'il établit par un longue suite d'exemples de l'histoire ecclésiastique, à commencer par les apôtres; il cite même plusieurs papes qui ne se reconnoissent que comme les ministres établis pour observer les canons ; c'est ainsi que parlent Gélase Ier, Innocent m, Pie IV et d'autres; il soutient que c'étoit autrefois la doctrine de la faculté , qui s'étoit bien relâchée en ses maximes, dont il étoit obligé de se plaindre et d'en demander justice. Après quoy il fit une grande amplification sur ce que le bachelier appeloit privilèges les libertés gallicanes, comme si c'eût été un crime d'État, prétendant que ces libertés n'ont point d'autre fondement que l'autorité des conciles, pour borner l'autorité du pape, qui n'a aucun droit de rien innover en notre police, étant luyméme sujet aux lois ecclésiastiques, et qui n'exerce dans l'Église qu'une autorité temporelle. Il cite les commentaires d'Adrien VI, qui déclare que le pape peut errer et qui en rapporte des exemples, et se sert du suffrage de Clément VII, qui, après que Luther eut été condamné dans l'université de Paris et de Louvain, écrit à François Ier qu'il n'y avoit qu'un concile général qui pût apporter remède à ces nouveautés. Il ne laisse pas d'avouer queJ'Église peut condamner une erreur sans concile général , sur quoy il rapporte le sentiment de saint Augustin dans le livre à Boniface (!), et il avoue même qu'il seroit dangereux
(t) Quasi nulla hxresis alignante, nUi synodi congrégation* t damnata $lt9
de dire qu'on ne peut maintenant rien déterminer touchant la foy sans concile; ce qu'il prouve parla licence que se donneroient tous les visionnaires et tous les extravagants de débiter leurs caprices, et tout ce que la vanité ou l'ignorance peut inspirer, s'il falloit des conciles pour les condamner.
La thèse ne disoit rien autre chose, maison étoit déterminé à en faire du bruit parce que cela plaisoit aux ministres, qui ne cherchoient qu'à chagriner le pape; sur quoy même ils avoient tellement prévenu l'esprit du roy, à l'occasion de l'insulte faite à son ambassadeur, que, tout résolu qu'il étoit de détruire le jansénisme dans ses États , une personne de la cour bien intentionnée luy ayant dit que les jansénistes tireroient de grands avantages de ce qui alloit se régler au Parlement sur la thèse, il répondit qu'il falloit que l'affaire allât son chemin et qu'il laisseroit faire le Parlement. II est vray qu'on luy avoit tellement mis dans l'esprit qu'on en vouloit à sa couronne, h quoy oa ne pensoit pas, qu'il laissa faire ses ministres, et que l'avocat général Talon , qui vouloit leur plaire, exagéra tellement l'affaire de la thèse qu'il s'efforça de la faire passer pour une entreprise de cabale, dont les auteurs vouloient se servir pour autoriser le pouvoir du pape sur le temporel des rois et pour établir ces pernicieuses maximes qui avoient autrefois ébranlé les fondements .de la monarchie; qu'ainsy il ne suffisoit pas de faire quelque réprimande en particulier au syndic et au bachelier, parce que le public attendoit une réparation proportionnée à la grandeur de l'injure, qui demandoit une rétractation solennelle ou une punition exemplaire ; ajoutant que c'étoit autoriser ces hardiesses que de les dissimuler dans la vue de ne pas exciter du trouble pour si peu de chose , mais qu'il falloit sans hésiter soutenir la doctrine des conciles de Constance et de Bftle, et traiter d'ennemis de l'État et de perturbateurs du repos public ceux qui, en qualité d'émissaires de la cour de Rome et de gens dévoués au pape, vont à cet excès que d'avancer que le pape a le même pouvoir sur terre que Jésus-Christ, comme la thèse soutenue, il y a deux ans, au collège de Clermont l'enseignoit en enseignant l'infaillibilité toute pure; ce qu'il appeloit des blasphèmes, des hérésies, des scandales, des abominations capables de porter l'esprit des peuples à la rébellion. Après quoy il apostrophoitd'un air pathétique la faculté, qui àvoit toujours fait éclater son zèle et sa fermeté à combattre ces erreurs qui alloieni k renverser les
eum potius rarissime invenkmtur propter quoi dawukandtu neceuHmt tal* ex Utcrit. tib. 4 ad Donif , cap. 8.
colonnes de FÊtat, appelant les docteurs de la Sorbonne les dépositaires de ce feu sacré, qui est la doctrine de ce corps, dans lequel consiste la fortune de l'empire, qu'ils ne pouvotent laisser éteindre par leur négligence qu'on ne fût obligé à recourir à cette auguste compagnie du Parlement, qui avoit pris les canons et les conciles en sa protection, n conclut enfin que la thèse seroit supprimée; défenses faites i toutes personnes d'avancer de pareilles doctrines tendantes directement ou indirectement à établir (Infaillibilité du pape et à diminuer l'autorité des saints conciles, à peine d'être procédé contre eux comme perturbateurs du repos public et ennemis de l'État ; ordre donné au syndic qu'il ne souffre jamais dans les thèses des propositions contraires aux conciles de Bftle et de Constance, à peine d'être extraordinairement procédé contre le syndic et le président ; que le soutenant sera tenu de rétracter sa doctrine; que l'arrêt qui sera rendu sera lu en présence de la faculté convoquée pour cela et enregistré dans le registre de la faculté ; copies collationnées seront envoyées aux bailliages ; et, l'heure ayant sonné, la délibération de la cour fut remise au 32 du même mots.
Ce fut un vray opéra que ce plaidoyer de l'avocat général, qui avoit eu grand soin de ramasser tout ce qui pouvoit se dire contre l'infaillibilité, ce qui ne luy fut pas difficile , les jansénistes ayant ramassé sur cela tout que de Dominis et le protestant Blonde! (4) en avoient écrit , se préparant sur cette matière de longue main comme sur la seule ressource qui leur resfoit après leur condamnation. Ainsi l'avocat général fut bien servy d'eux en cela et les servit bien. L'arrêt du 22 suivit les conclusions, et Henry de Refuge (2) et Pierre Catinat (3), conseillers de la
(t) David Blondel , né à ChAlons en 1591, ministre en 1614 à Hoodan , professeur s Charenton en 1645, appelé à Amsterdam en 1650 pour y occuper la chaire d'histoire , mourut dans cette ville eu 1655. Il avait fait un livre, de la Primauté de V Église (Genève, 1641), contre le pouvoir du souverain pontife. Malgré les services qoe cet ouvrage et d'autres travaux analogues avaient rendus à la secte protestante et incrédule, tous les titres du ministre Blondel furent oubliés, et il fut en proie aux invectives de tous ses coreligionnaires le jour où il réfuta à Amsterdam , 1647, la fable de la papesse Jeanne.
(2) Henri de Reffoge, fils d'Eustaehe, seigneur de Courcelles et de Précy, et d'Hélène de Bellièvre, né a Lyon, conseiller en la cour du Parlement et grande chambre le 17 Juillet 1614, ordonné prêtre à Paris le 24 mars 1640, abbé de Morlgny et de Saint-Cy bar et seigneur de Prées , mourut en sa maison , rue de Grenelle , le H août 16SS, et fut inhumé le 12 aux Blancs-Manteaux.
(3) Pierre Catinat de Vaugelay, seigneur delà Fauconnerie, fils de Pierre, seigneur de Direy, et de Geneviève Llgier de Gra ville, conseiller au parlement de Paris le 5 mai 1613, marié à Françoise Poiste, dame de Saint-Gatien , père du maréchal de Catinat, mourut doyen du Parlement le 16 octobre 167S, au château de Blavoti, près Mortagne.
grande chambre, furent commis, avec le substitut du procureur général , Achille de Harlay (1), pour l'exécution; ce qu'ils firent, s*étant transportés le même jour en Sorbonne avec le greffier et deux huissiers. Catinat parla, et, après une petite remontrance, fit lire les conclusions du procureur général par le substitut, son fils, digne rejeton des illustres maisons de Harlay et de Bellièvre ; lequel ayant fait un éloge de la compagnie, qu'il appela le séminaire des grands hommes et la mère de la plus sainte des sciences, remplie de tant de personnes de mérite, fit un très-bon discours sur le sujet qui amenoit ces messieurs. Il traita bien la faculté, et expliqua encore mieux les intentions de la cour par ce que l'histoire pouvoit fournir de favorable à son discours. Enfin il donna, par tout ce qu'il dit, des marques de cette éloquence et de ce génie qui l'ont depuis élevé aux premières charges du royaume. La conclusion de cet admirable discours fut qu'il demandoit que l'arrêt du parlement fût lu, que le registre de la faculté fût apporté poûr y être transcrit. Et aussytôt Boisleau (2), greffier du Parlement, en fit la lecture ; après quoy il le mit entre les mains du greffier (3) de la faculté pour être enregistré. Et sur ce que quelques docteurs témoignèrent de la difficulté à l'enregistrement, n'étant point dans les sentiments des propositions condamnées par cet arrêt, les deux commissaires leur remontrèrent que ce n'étoit pas l'intention de la cour de faire injure à la faculté, que ce n'étoit que pour les exciter à persévérer dans la doctrine reçue de tout temps et soutenue constamment par la Sorbonne, qu'ils de voient obéir, et que, s'ils a voient quelque chose à proposer, ils pourroient présenter leur requête à la cour.
Quelques jours après, le docteur et le syndic, ayant été appelés au parlement pour rendre cômpte de l'enregistrement, répondirent que pour quelques considérations on l'avoit différé ; sur quoy il fut dit que ce retardement venoit de l'opposition de quelques particuliers; on
(1) Achille II de Harlay, fils d'Achille I et de Jeanne-Marie de Bel lierre, né le 1er août 1639, conseiller au Parlement le 3 août 1657, procureur général le 4 juin 1667 , premier président le 1S novembre 1689, marié le 12 septembre 1667 à Anne* Magdeleine de Lamoignon, mourut le 23 juillet 1712. C'est lui dont Saint-Simon s fait un épouvantable portrait.
(2) Jérôme-Gilles Boileau, fils atnê de Gilles , greffier de la grand'chanibre, succéda à son père dans cette ebarge en 1657, et mourut, après l'avoir exercée vingt-deux ans le 24 juillet 1679, à l'âge de soixante-sept ans , « après avoir reçn les sacrements avec de grands sentiments de piété et de religion. • (Registre de la basse Sainte-Chapelle.)
(3) Philippe Bourot, prêtre, ancien chanoine de Saint- Benoit, greffier ou grandbedeau de la faculté de théologie, mourut le S décembre 1676 et fut inhumé le 10 i Saint-Benoit. Son nom et sa signature paraissent plus d'une fois dans la correspondance de Saint- Amour. U était grand ami du docteur Arnauld, de Saint-Amour et de tousjes jansénistes •
l'imputa au recteur de l'Université et à la jeunesse , qui dans les grands corps est toujours disposée à fronder. Il fut cité avec les procureurs des quatre nations au Parlement, le 8 de février, pour rendre raison de sa conduite. Il n'y parut qu'avec l'acte de l'enregistrement et avec l'acte des certificats signés par les quatre procureurs , déclarant qu'on n'avoit différé que pour faire la chose plus solennellement; mais parce que, selon l'arrêt du 22 janvier, il devoit encore être enregistré dans le registre de la faculté, la cour fut obligée d'envoyer quérir le syndic pour savoir s'il l'avoit fait. Il se présenta accompagné du doyen et de quelques autres docteurs à la cour, et, le premier président ayant demandé si l'arrêt du 22 janvier étoit écrit dans leur registre, Antoine Breda, curé de Saint- André, l'ancien de ces docteurs députés, luy répondit qu'il avoit été député de la faculté avec le doyen et le syndic pour représenter à la cour que la faculté avoit entendu son arrêt du 22 de janvier avec respect, qu'elle avoit cru que ce n'étoit pas l'intention de la cour de porter un jugement doctrinal et de qualifier des propositions théologiques, ny aussy de croire qu'un concile général fût absolument nécessaire pour l'extinction de toutes sortes d'hérésies, comme il avoit paru en celle de Jansénius.
Le premier président leur dit que, quand la cour ordonnoit quelque chose , tout sujet du roy devoit s'y soumettre sans l'examiner ; que, la proposition de la thèse sur les conciles étant générale, d'où l'on peut conclure qu'ils ne sont nécessaires en aucun cas, la cour n'a pas dù la tolérer, comme contraire à la pureté de la police extérieure de l'Église, qui fait une dés principales parties de la police de l'État; que la cour n'avoit aucun égard à leurs distinctions scolastiques, qui bien souvent pourraient rendre soutenables en apparence les propositions les plus dangereuses; qu'elle avoit intéressé l'autorité du roy pour arrêter le cours de ces doctrines, qui ne servent qu'à jeter le trouble dans les esprits et à les scandaliser ; qu'ils eussent à enregistrer incessamment l'arrêt , la cour n'entendant pas qu'il soit parlé davantage de leurs difficultés sur ce sujet. A quoy la faculté obéit sans répliquer; mais on ne laissa pas d'entrevoir dans le public que tout cela ne se faisoit que pour humilier le pape, dont on étoit mécontent; car, franchement, la proposition d'une puissance souveraine du pape, celle des privilèges concédés à l'Église de France , et celle des conciles qu'on ne croyoit pas toujours absolument nécessaires , ne pouvoient avoir aucun mauvais sens qui donnât lieu à l'avocat général d'en (aire tant de bruit (i).
(1) Cette entreprise do Parlement contre le sentiment de la faculté a dû laisser des
Mais ce bruit continua à l'occasion (Tune autre thèse qui rcgardoit encore le pape, qui Tut soutenue peu après aux Bernardins , et qui étoit plus innocente que l'autre; en voicy le détail. Le 42 d'avril suivant, l'avocat général Talon fit de nouvelles plaintes à la cour qu'an préjudice de l'arrêt du 22 janvier dernier à l'égard de la thèse du bachelier Droûet de Yilleneufve, contenant des propositions contraires aux libertés de l'Église gallicane et aux anciens canons touchant l'infaillibilité du pape, on avoit encore soutenu , le 4 avril, une autre thèse au collège des Bernardins, contenant une doctrine à peu près semblable à celle de Villeneufve, à quoy il étoit nécessaire de pourvoir. L'affaire mise en délibération, la cour ordonna au syndic de la faculté, au président de la thèse, aux deux régens de l'école de théologie des Bernardins, de venir rendre compte de leur procédé; ce qu'ils firent le 14 avril. Grandin, syndic, les deux régens de théologie des Bernardins, F. Louvet (1) et F.. .. (2), de la Morlière (3), président, et F. Laurent des Plantes (4), qui avoit soutenu la thèse , comparurent au parquet des huissiers, selon l'arrêt du jour précédent , auxquels le premier président reprocha qu'après les défenses de la cour par l'arrêt du 22 janvier on avoit soutenu au collège des Bernardins une doctrine également dangereuse, en ce qu'elle donnoit au pape une plénitude de juridiction contre les anciennes maximes de tout temps observées en France; que la cour les avoit mandés pour en rendre raison et expliquer sur cela leur sentiment. A quoy le syndic répondit qu'il ne croyoit pas avoir contrevenu à l'arrêt de la cour du 22 janvier, ny rien fait contre les défenses énoncées en cet arrêt, ayant signé la thèse
Iraoet dans les papiers de la Sorbonne; cet papiers tout dépotés aa ministère <fe l'instruction publique, et l'on ne connaîtra jamais complètement les sentiments de I*ancienne faculté de théologie qu'avec fcgrément des modernes rkbéristes.
(t) Charles Louvet, religieux de l'ordre de Cttenuz, docteur en tneelanje de U faculté de Paris le 12 décembre 16*4, vivait encore en 1689. Il est signalé à CoJbert pour sa douceur, sa fermeté et sa raison au sujet des opinions de Rome.
(7) Le nom du second régent de théologie des Bernardins est omis dans le manuscrit ; mais l'arrêt nomme le F. Hermant « assez bien intentionné» disent de celui-ci les note* à Colbert, et dans les bons sentiments, dont M. Cornet n'est pas toujours maître. - Ainsi les deex régents mis en cause étaient l'on et l'autre du nombre des eondKants.
0) Jean de la Morlière, ftls de Jacques, conseiller en l'élection 4e Moncdidier, et d'Anne de Cambronne , né a Monldidier en 1616, étudia an collège du Cardinal Le Morne, rendez- vous des Picards à Paris, fut reçu docteur en théologie le 14 janvier 1655, devint sous-pénitencier de l*ÉgKse de Paris, principal do collège de Fortet et enapemin des chapelles de Saint- Honoré et de Saint-Miebei de Relie, pour bas iihiosi de Rome, disent les notes à Colbert. U mourut pendant les vacances dans son pays le 12 octobre 1666, et fut inhumé dans l'église de Saint-Pierre de Montdidier, sépulture de ses ancêtres.
(4) Laurent des Plantes , religieux d> l'ordre de Ctteaux, fnt reçu docteur la dê j«on 1665; il vivait encore en 1689.
dont il s'agissoit dès le mois de décembre de 1662; que le répondant n'avoit pu soutenir que le 4 avril, ayant été obligé de céder son rang à l'abbé Le Tèllier, à l'abbé de Marillac (i) et à l'abbé de Massac (2), qui Fen avoient prié ; qu'ainsy on ne pouvoit dire qu'il eût contrevenu à l'arrêt ; que, pour la thèse, il ne s'eajustifieroit point, puisque la même proposition étoit plus forte dans Gerson, que le Parlement estimoit tant , cet auteur donnant au pape une plénitude non-seulement de juridiction, mais de puissance; qu'après tout il n'auroit pas laissé passer cette thèse si on la luy avoit présentée depuis l'arrêt; qu'il falloit passer ces mauvais temps , et qu'il n'en signeroit plus de pareilles jusqu'à ce que la liberté eût été rendue à la faculté.
Cette parole un peu libre du syndic choqua le premier président, qui l'interrompit, disant que la cour ne pouvoit souffrir qu'il parlât de la sorte que les temps étoient mauvais et qu'il n'y eût pas de liberté; ajoutant que pour soutenir la bonne doctrine les temps étoient bons, et qu'ils n'étoient mauvais que pour ceux qui cherchoient h débiter de mauvaises maximes ou à altérer les bonnes» C'étoit un homme de bien que Grandin , savant, le mieux intentionné du monde, qui, dans les différens degrés de Sorbonne par où il avoit passé, avoit toujours bien servy la religion, et qui en auroit été récompensé dans un siècle où cette sorte de mérite auroit été plus considérée ; car, dans les différens états où s'étoit trouvée la Sorbonne, il avoit toujours été constamment du bon party, sans jamais s'en éloigner par quelque considération que ce pût être, et, quand il alléguoit les mauvais temps , il ne prétendoit parler que de la désunion qu'on cherchoit à la cour à entretenir entre le pape et le roy. Il est vray aussy que le premier président étoit délicat sur l'honneur de l'État, qui étoit sa passion dominante, étant luy-même fort dévoué au service du roy et fort zélé pour sa gloire.
Le proviseur du collège des Bernardins dit qu'il avoit cru qu'on pouvoit, surtout avant l'arrêt du 22 janvier, donner une pleine juridiction au pape, comme le fait souvent saint Bernard dans ses livres à Eugène, auquel il donna une pleine puissance , qui est plus qu'une juridiction. Le père Lou vet, régent, dit que le mot qui choquoit la cour
(1) André de Mariflac, (Ils de Michel, seigneur d'Ollainville, et de Jeanne Potier d'Oçqoerre 9 docteur de Sor benne et doyen de Saint-ÉmHkm, mourut en 10SI .
(2) Victor de Massac, 61s d'Ange de Massac, avocat, et de Catherine de Lanlaryr, licencié en théologie de la (acuité de Paris t abbé de Louvigné, pois curé-arcbipréti c de h Magfieleine en 1692, mourut à Nogeut-stir-Marne, près Vinceuoes, le 11 juillet 1704, à Tâge de soixante-quatre ans. et fut inhumé le lendemain dane le chœur de la Magdeletoe en la cité.
étoit tiré du concile de Florence, qui donne au pape une plénitude de juridiction. Le premier président leur remontra que, quoyque la thèse eût été signée devant l'arrêt , ils ne seraient pas pour cela excusables, ayant pu retirer la thèse et ne la pas soutenir, l'arrêt étant intervenu. Après quoy il lit un grand discours sur l'intégrité et l'excellence de l'épiscopat , qu'on chereboit à diminuer par la plénitude de cette juridiction qu'on donnoit au pape; il leur expliqua la manière dont Gerson, saint Bernard et le concile de Florence , qu'ils avoient cités pour justifier leur proposition , dévoient être entendus , disant que la cour vouloit bien entrer en cette explication avec eux pour les détromper de ces opinions et pour les exciter à en soutenir de meilleures. L'avocat général Talon déclama avec sa vigueur ordinaire contre cette thèse , en expliqua la fausseté et le venin , montra qu'elle alloît à détruire toute la hiérarchie de l'Église ; que les évéques ne seroient plus les successeurs des apôtres, mais de simples vicaires du pape, destituables à discrétion ; qu'enfin cette entreprise de donner au pape ce plein pouvoir, tant dans le for extérieur qu'intérieur, étoit un crime punissable; qu'on ne prétendoit par là que d'introduire cette chimère d'infaillibilité , monstre pernicieux à cet État, qu'il falloit reléguer au delà des monts , et qu'on ne pouvoit apporter trop de sévérité pour arrêter le cours d'une si pernicieuse doctrine ; que c'étoit un attentat et un mépris de l'autorité royale qui résidoit éminemment dans cette auguste compagnie. Enfin il fit bien du bruit par la véhémence de sa déclamation , et répéta qu'on ne pouvoit réprimer ce mépris des lois que par un grand exemple de sévérité , et qu'on ne pouvoit punir trop rigoureusement une contravention si récente après un arrêt si solennel; aussy il conclut à l'interdit du syndic pendant six mois et du président de la thèse , et à l'exclusion du répondant de sa licence.
Sur quoy toute la faculté se remua pour empêcher l'interdit du syndic. On dit même que ses amis luy ménagèrent une conférence avec LeTellier, secrétaire d'État, aux Chartreux, dans la chambre du prieur, où, après plusieurs discours par où le syndic tâchoit à justifier ses sentimens sur le pape, qu'il prétendoit sains , ce ministre luy conseilla d'en, faire un abrégé qu'il présenterait au roy ; et ce fut dans cette conférence que se fit le premier projet de la déclaration dans les six propositions qui luy plut, et le syndic fut très-content de luy, quoyque ce ministre fût accompagné de l'évêque de Saint-Pons (4), qui aigrissoit
(l) Michel Tnbœnf, fils de Simon, avocat an parlement de Paris, et de Marie Taloa sacré évéqoe de Saint-Pont le 14 a? rit 1*54, fut traatleré a Castres en I S6t et raoarat a Paria le 17 avril 1SS2, âgé de quatre-vingts ana.
les choses qui regardoient le pape. Le syndic leur fit comprendre qu'ils gâteraient tout s'ils pensoient à détruire tout à fait l'infaillibilité. Le Tellier en convint, et que la religion seroit en danger de le croire tout à fait faillible. Ce qui luy fit dire que le syndic luy •voit parlé de bon sens, mais que l'infaillibilité luy tenoit au cœur. L'archevêque de Paris fit le reste pour la déclaration avec Le Tellier, qui en parla au roy comme d'un avantage sur la Sorbonne pour la sûreté de ses affaires et comme d'un rempart contre la cour de Rome. Cependant les docteurs disoient tout haut que le syndic ne devoit point être puny, n'étant nullement coupable; ce qui fit prendre la résolution à la faculté de députer au roy pour empêcher cet interdit, et de luy présenter cette déclaration de sa doctrine sur le pape. On dit toutefois que ce n'étoit pas une députation dans les formes, mais an nombre de docteurs des plus zélés pour l'honneur de leur corps, présentés par Févêque de Rhodez, Hardouin de Péréfixe, nommé proviseur de Sorbonne. Mécontents qu'ils étoient du traitement rude du Parlement et surtout de l'avocat général Talon, qui les appela ichismatiques , ennemis de l'État et perturbateurs du repos public, ils prirent le parly d'aller au roy, de luy présenter la déclaration de leur doctrine sur le pape et sur le temporel des rois, pour luy faire connoltre qu'on luy en faisoit accroire sur cet article, et qu'ils étoient aussy bons serviteurs du roy que ceux qui les accusoient de ne l'être pas. Cette déclaration contenoit six propositions : « La première, que ce n'est nullement la doctrine de la Faculté que
• le souverain pontife ait aucune autorité sur le temporel des rois; «La seconde, que c'est la doctrine de la Faculté que le roy très-
« chrétien n'a que Dieu au-dessus de luy pour le temporel; que c'est t son ancienne doctrine de laquelle elle ne se départira jamais;
t La troisième, que les sujets du roy luy doivent une fidélité et une « obéissance dont ils ne peuvent être dispensés sous quelque prétexte
• que ce soit;
c La quatrième , que la même Faculté n'approuve point et n'a ja-
• «ail approuvé aucune de ces propositions contraires à l'autorité du « roy, aux libertés de l'Église gallicane et aux canons reçus dans le
• royaume y par exemple que le pape peut déposer les évéques contre « ces mêmes canons ;
« La cinquième, que ce n'est pas la doctrine de la Faculté que le « pape soit au-dessus du concile; c La sixième , que ce n'est pas aussy la doctrine de la Faculté que
• le pape soit infaillible sans quelque consentement de C Église, a
Ce fut l'éclaircissement que ces docteurs donnèrent de leurs sentimens sur ce sujet. Le roy leur répondit qu'il verroit son conseil. Mais, en attendant la réponse de Sa Majesté, il se fit en Sorbonne une suspension de toutes les fonctions de disputes, exercices et fonctions qui regardent le syndicat, par l'interdit du syndic. Et les esprits s'aigriisant, il parut alors un écrit en vers François, au nom de la faculté, fort injurieux au pape, dont Fauteur avoit raison de se cacher, comme d'une entreprise très-punissable , car il ne parut alors rien de plus impie ny de plus huguenot. L'opinion commune fut que cet ouvrage étoit sorty d'un janséniste; car toute l'attention qu'on avoit alors dans le party étoit de déclamer contre le Saint-Siège et de faire la guerre au pape. Ce fut là l'esprit qui régnoit alors.
De sorte qu'à l'occasion d'une autre thèse qui fut soutenue à Poitiers , au collège des jésuites, par un théologien de leur compagnie, qui attribuoit au pape une espèce d'infaillibilité quand il parloit ex cathedra, le procureur général eut avis que, pour remédier aux inconvénients de ces thèses favorables au pape , il falloit renouveler l'observation des anciens règlemens de la faculté , qui ordonnent aux religieux mendians , après qu'ils ont reçu le degré de docteur, de se retirer dans les couvens de leur profession pour répandre dans tout le royaume les bonnes semences de la doctrine qu'ils ont apprise dans cette école. CTétoit un pur prétexte pour réduire le nombre de chaque ordre à deux religieux dans les assemblée de Sorbonne , crainte que la multitude de ces réguliers, de leur fond attachés au pape, ne l'emportât sur les docteurs. Sur quoy Achille de Harlay, son substitut, requit à la chambre des vacations un arrêt pour régler ce nombre , ce qui se fit le 25 septembre (4 663), où les arrêts rendus sur ce sujet les années 1552, 162! et 4648, furent confirmés. Mais l'opposition s'étaot faite de la part de tous les ordres religieux , le roy fut requis de le demander en son nom , parce qu'il s'agissoit de la sûreté et de la fidélité de son service, ce qui se fit avec toute la solennité qui peut donner autorité à un ordre de cette nature. Deux conseillers députés, accompagnés du substitut du procureur général, allèrent en Sorbonne ; le substitut loua la faculté de sa déclaration, qui fut portée, sur la fin, du parlement à la grand'chambre, et le syndic Grandin, rétably par ce moyen, dit aux docteurs assemblés que cette déclaration avoit donné bien de la joye à la cour ; que c'étoit un nouveau gage de la pureté de sa doctrine et de sa fidélité , et comme un rétablissement solide des anciennes vérités et la guide certaine de sa conduite, a L'estime aussy que la cour a toujours eue pour cette compagnie luy a fait prendre
beaucoup plus de part en cette satisfaction publique que tous les antres ordres du royaume , et , pour marquer cette satisfaction par le rétablissement d'une doctrine si chrétienne et si françoise, elle l'a fait insérer dans ses registres et luy a bien voulu donner place entre ses arrêts les plus souverains; la déclaration aussy, par laquelle le roy a roula que ses articles fussent publiés dans toute l'étendue de ses États pour y être la règle certaine des scntimens de tous ses sujets (comme ceux que nous dressa le dernier siècle le furent de la foy de tout ce royaume), est une preuve incontestable de son estime et de son affection. Ç'a été sans doute dans cette pensée qu'il vient d'ordonner par un arrêt l'exécution du règlement qui avoit autrefois été fait pour régler le nombre des religieux dans les assemblées de la faculté à deux seulement. »
Sur quoy un carme nommé Lombard (i) voulut parler pour former opposition à oe règlement, prétendant, pour luy et pour tous les autres religieux, qu'ils ne doivent pas être de moindre condition que les autres docteurs qui avoîent droit d'assister aux assemblées dès qu'ils avoient pris le bonnet, sans limitation. On luy a remontré qu'il pourrait faire telle réquisition que bon luy sembleront, mais que cependant il falloit obéir à l'arrêt ; et la chose en demeura là. C'était ainsy qu'on dépouilloit le pape de ses secours en le dépouillant de ses pouvoirs, car les religieux sont d'ordinaire ceux qui sont les plus attachés au Saint-Siège et de tous les serviteurs du pape les plus fidèles , non pas eo qualité d'émissaires et d'esclaves, comme disoit l'avocat général Talon, mais parce que dans le fond ils ont plus de christianisme et de vraye piété, comme tout le monde sait, que tous les autres sujets du pape.
Mais enfin > soit que les mécontens de Rome fussent plus alertes pour observer tout ce qui se passait alors en France à l'égard du pape, soit que l'étoile des thèses ne fût pas heureuse, on en soutint encore une autre vers ce temps-cy, qui, quoyque plus innocente que les autres, ne fit pas moins de bruit par la qualité de celjiy qui la soutint. Ce fut le fils aîné du premier président, François-Chrétien de Lamoignon (2). Il
(1) Paul Lombard, carme do grand couvent de la place Maubert, ordonné prêtre à Part* le 19 septembre 1637, docteur en théologie de la faculté de Paris le 9 septembre 1642, élu provincial de Lyon en mai 1665, moornt en décembre 1690. Les Notes à Colfaert eo font le portrait suivant, qui est trop gtorienx pour que nous ne le reproduisons pas : Moine de profession et d'inclioation , bardy dans ses actions et dans ses paroles, le maître des docteurs de son ordre, fort passionné pour Rome, propre à proposer et à appuyer toutes choses pour Rome et centre la hiérarchie.
(2) Chrétien- François de Lorrioîgnon , fi! «de Guillaume et dcMagdeleine Potier,
avoit soutenu des thèses de toute la philosophie, au collège desjésuites, sur la fin de Pété , devant tout le Parlement et une partie des gens de la cour ; il en soutint une autre de mathématiques le lendemain, à peu près devant la même compagnie , et , pour combattre le système de Copernic, il citoit un décret de l'Inquisition, tribunal toujours odieux au Parlement. Le premier président fut averty, deux jours devant, que la thèse de son fils feroit du bruit ; il négligea l'avis, croyant h chose trop légère; il ne laissa pas d'ordonner à son fils de prendre occasion, dans ses réponses, d'expliquer celte thèse, et il luy dicta luy-méme ces paroles. Quo argumente* ab Inquisitione petito utuntur omnes qui répugnant Copernico, quemadmodum factura a Gassendio; per quod tamen nuilam ego attribua auctoritatem Inquisitimi in hocregno, qui sum et ero semper libertatum Gallicarum defensor acerrimus. Ce que le soutenant trouva le moyen de dire et de répéter même fort à propos, pour l'explication de sa thèse. Mais on étoit déterminé à y trouver à redire.
Dans l'assemblée de Sorbonne qui se fit au premier du mois suivant, le syndic Grandin n'ayant pas jugé à propos de parler de cette thèse, jugeant que c'étoit trop peu de chose , un docteur de la faculté, nommé de Flavigny (1), qui s'y trouva, homme emporté et turbulent, fit un discours contre la thèse d'un air de furieux. C'étoit un Janséniste outré, qui, porté par la cabale, dont il étoit un des émissaires des plus déterminés , fit tant de bruit qu'on fut contraint de nommer des commissaires pour examiner la thèse et en faire le rapport à la compagnie. Cependant ce docteur, qui avoit dévoué sa pldme aussy bien que sa langue au party, fit un écrit très-outrageux contre le syndic , qu'il accusoit de prévarication dans les fonctions de sa charge et du renversement de toutes les formes dans les délibérations de la faculté. Le syndic présenta requête au Parlement contre cet écrit; le premier président donna arrêt pour en informer et pour défendre à la faculté
né le 26 juin 1644, marié le 7 janvier 1674 à Marie- Jeanne Voysin, mourut le 8 août
(1) Yalérien de Flavigny, seigneur de Saint-Audebart, de Beaucourt et d'EflUieui, né à Villiers-eu-Prajères, au diocèse de Laon, d'une famille distinguée, docteur de la maison et société de Sorbonne le 25 mai 1628, chanoine de Reims et professeur d'hébreu an Collège de France en 1640, doyen du Collège royal en 1656, mourut revêtu de cette charge le 29 avril 1674 et fut inhumé le même jour dans l'église de la Sorbonne. C'était un richériste décidé, grand ennemi des moines et à tous ces titres fort lié avec les jansénistes. Dès 1632 il avait édité les œuvres de Guillaume de Sai ut- Amour. Elie Dupio , quoique du même parti, ne peut s'empêcher de reconnaître que le style de Flavigny était ■ plus convenable à l'impétuosité d'un jeune nomme qu'à la gravité * d'un ancien docteur. »
de rien remuer sur la thèse. On dit que Le Tellîer, quiétoit alors amy do premiet président, brouillé avec Colbert à l'occasion de la chambre de justice, luy fit dire en secret qu'il pouvoit tout entreprendre contre la Sorbonne , qu'il seroit appuyé de la cour. Mais la chose luy ptrat si légère qu'il avott pris de son chef la résolution de réprimer des gens qui voaloient le chicaner. Ainsy on ne parla pas de cette affaire tu prima mensi* du mois d'août suivant. La cour , étant partie pour le siège de Marsal , en Lorraine , et l'archevêque d'Auch s'étant présenté pour présider au prima mcnsis de septembre (4603) prit occasion de louer la thèse et de dire qu'elle n'avoit rien que de sain ; sur quoy il fit un discours fort savant de l'Inquisition ; montra que la faculté ne savoit pas tout à fait ce que c'était, prétendant qu'on confondoit le pouvoir de ce tribunal contre la discipline et contre les personnes avec le pouvoir d'examiner et de condamner les livres, qui luy étoit commun avec toutes les facultés , et il fut résolu que l'affaire seroit mise en oubly et qu'on n'en parleroit jamais. L'archevêque de Parts eut cependant ordre du roy, du conseil de ses ministres , de se trouver au prima mentis d'octobre , pour obliger la faculté à faire un décret contre l'Inquisition , mais ce ne fut qu'après avoir déclaré que la thèse dont on avoit parlé aux assemblées précédentes ne contenoit rien de favorable à l'Inquisition , ajoutant qu'on ne pouvoit assez trouver à redire au procédé de ces brouillons qui cherchoient mal à propos à faire du bruit sur l'Inquisition.
Il est vray qu'il régnoit alors un méchant esprit, conçu par le jansénisme, contre Rome, qui commençoit à infecter la cour et le Parlement; on en vouloit au pape, et l'affaire de l'ambassadeur étoit an prétexte dont on se servoit pour aigrir le roy, les ministres l'étant déjà eux-mêmes; ce qui obligea Pierre de Marca, archevêque de Toulouse , nommé à l'archevêché de Paris , qui avoit prévu cet orage , lequel retomberoit sans manquer sur luy dans le poste où il étoit nommé, d'écrire ses sentimens sur l'infaillibité du pape, qui étoit, pour ainsy dire, la maladie du temps. Cet écrit solide, judicieux , sans aucun esprit de partialité , étoit propre à détromper ceux qui se faisoient un fantôme de cette question , et comme ceux là é toi en t les ministres, et principalement Le Tellier, alors gouverné par son fils l'abbé, qu'il aymoit uniquement, et par son répétiteur Coquelin , il ne fut pas imprimé; il s'en trouve des copies au séminaire de Saint- Sulpice, où l'on avoit grand soin de recueillir tout ce qui pouvoit servir à la défense de la religion. L'esprit de cet écrit étoit d'insinuer aux ministres de ne pas toucher avec tant d'opiniâtreté à l'infaillibi-
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Uté, qu'on ne pouvoit détruire entièrement sans établir la créance de la faillibilité, ce qui alloit à la ruine de la religion; car le pape n'aurait bientôt pas plus d'autorité qu'un ministre de Genève* si les fidèles étoient persuadés qu'il n'eût pas plus d'assistance du Saint-Esprit qu'un docteur particulier. Le Tellier commença à le sentir, et la conférence avec le syndic Grandin aux Chartreux acheva de le persuader, mais à sa manière, car il étoit fort prévenu sur oet article t dont il faisoit sa cour au roy, délicat à ses avis, ce qui luy réussisioît toujours et oe qui luy étoit d'un grand secours pour diminuer le crédit du P. Annat, que le roy n'écoutoit presque plus quand il s'agisse* du pape, quoyqu'il estimât beaucoup sa vertu et qu'il le crût mut Mm d'autres choses.
Le roy avoit résolu de porter au Parlement sa dernière déclaration contre les jansénistes au dernier jour de l'année, et tout se dkposoit i cela, mats la chose fut encore différée. On disoit que c'était par un nouveau mécontentement qu'il avoit reçu de Rome , ayant eu avis que, dans le dernier consistoire, les cardinaux s'étaient fart opposés à la désincamération de Castro, que le roy avoit à cœur, le sacré collège ne pouvant se résoudre de souffrir qu'on sécularisât ainey le bien d'Église. D'autres disoient que ce retardement ne fut que l'effet de l'intrigue la plus fine des jansénistes, attentifs plus que jamais à empêcher ce dernier coup qui les alloit perdre. Mais la véritable raison fut la difficulté qu'il y avoit entre les ducs et pairs et les présidons au mortier sur la préséance pour aller aux avis. Les présidons étoient en possession, quand le chancelier alloit de rang en rang demander les avis, d'être préférés aux ducs, auxquels il venott ensuite; cette préséance choqua les ducs, qui s'en plaignirent au roy et luy citèrent des exemples où ils avoient été préférés aux présidons. Le premier président citoit la possession des présidons et la raison mène, car tout président au mortier étant né propre k présider au Parlement , et ainsy aux ducs et pairs qui en sont un membre, il ne secoit pas juste qu'on donnât aux ducs cette préséanqe au-dessus de ces présidons. Le roy, qui trouvoit le raisonnement du premier président juste •t qui d'ailleurs l'estimoit pour sa vertu, prit du temps pour examiner ce différend en son conseil, qui se tint le ÎQ de janvier (1664) pour choisir le jour de la déclaration au Parlement.
Le roy n'avoit pas été content du projet de sa déclaration dressé par son chancelier, le trouvant trop foible, perce qu'il ne pottoit aucune peine contre ceux qui résisteraient à ses ordres pour la signature; ce qui l'obligea à luy ordonner de le communiquer au corail
de conscience, comme l'archevêque d'Àuch, qui en étoit, luy avoii conseillé; le conseil privé des trois ministres s'y trouva. Colbert opina le premier, disant qu'il n'entendoit pas ces matières-là, Lyonne parla à peu près de même. Le Tellier, fort préparé sur ce sujet, y parla trèsbien, déclarant tout haut que l'on ne pou voit apporter trop de rigueur en cette affaire où les jansénistes abusoient depuis si longtemps do la patience du pape et du roy, par leur retranchement de la distinction du fait et du droit , qui n'étoit qu'une pure chicane de l'école ; que le roy ne devoit rien entreprendre contre eux qui ne fût vigoureux , qu'il ne falloit plus de ménagement dans cette affaire, où on se moquoit de la douceur et des tempéramens qu'on y apportoit depuis si longtemps; qu'il étoit d'avis que la déclaration portât punition de bannissement et de permission de dévolu sur les bénéfices contre ceux qui n'y obéiraient pas. L'archevêque d'Auch parla dans le même sentiment et encore avec plus de force. Le roy ordonna que Le Tellier, qui luy parut bien intentionné en cette rencontre, dressât l'ordonnance. Ge fut par pure politique qu'il opina de la sorte ; il avoit compris que le roy et la reine-mère avoient cette affaire à cœur, qu'il pouvoit leur plaire en sacrifiant des gens qu'il avoit ménagés. Et comme il avoit été mortifié de ce que le marquis d'Aumont, beau-père de sa fille (i), qu'il aymoit tendrement , n'avoit pas été compris dans la création nouvelle des ducs, qui venoit de se faire (2), il crut qu'en poussant à bout les jansénistes il engageroit la reine-mère à luy être favorable auprès do roy, et qu'il plairott au roy même par ce dévouement ; ce qui luy réussit , car d'Aumont fut fait duc dans une promotion, qui se fit peu après (3), du maréchal de Sennectère , du maréchal du Plessis-Praslin, pour luy tenir compagnie.
(1) Magdelane-Fare Le TeHier, fille du chancelier et d'Étistbeth Turpîn de Vauvreden, née ea 1646, mariée te 11 novembre à Louia*Marie- Victor d' A amont , depuis doc d'Aumont, mourut le 22 juin 1668.
(2) Le 16 décembre 1663 le roi conduisit quatorze ducs au Parlement.
(3) Le 14 novembre 1666; M. de Montauaier fui reçu en même tempe.