INTRODUCTION
Griois est à Ponthierry lorsqu'il- apprend l'abdication de l'Empereur. Il faut prêter de nouveaux serments à de nouveaux maîtres, et Griois ignore l'âge et même le nom des membres de la famille royale. Un jeune officier à qui l'on parlait du roi et de son retour, ne s'écriait-il pas avec étonnement que le roi avait péri dans la Révolution? Quoi qu'il en soit, Griois sacrifia, comme il dit, ses anciennes affections au bonheur de la patrie. Il adhéra aux Bourbons et il accepta les fonctions de directeur d'artillerie à Mézières.
Le 6 mars 1815 il sut le débarquemenl de Napoléon au golfe Jouan. 11 comprit aussitôt que les Bourbons seraient Lâchés par le peuple et par l'armée. Les dépêches quotidiennes justifièrent ses prévisions. Napoléon entra dans Paris, et le chef du bureau de l'artillerie, Evain, prescrivit à Griois d'organiser la défense des places de FArdenne.
Les Bourbons avaient désespéré de leur cause, ils avaient quitté la France pour demander le secours extérieur : Griois erutque le devoir des Français était de combattre l'étranger et tout en pressentant que la crise (inirait par une catastrophe, il servit Napoléon, comme tirent tant d'autres, comme lit llulot qui déclarait que l'étranger menaçait la France et qu'il ne se ralliait qu'à la France, comme fit Lecourbe qui disait qu'il n'était plus que Français et ne songeait plus qu'à
défendre contre l'invasion étrangère le territoire abandonné par les Bourbons.
Il était alors sous les ordres de Yandamme et il dépeint ce personnage remarquable en quelques lignes qui méritent d'être citées. Il blâme les défauts de Yandamme, une extraordinaire loquacité, une activité déréglée, tumultueuse qui brouille et confond tout : Yandamme répétait à Griois des ordres qu'il avait déjà donnés et lui demandait des rapports qu'il avait reçus. Mais, remarque Griois, Yandamme avait de l'esprit, de la verve, et il était fort amusant dans l'intimité; « il s'exprimait toujours en bons termes et il traitait les questions militaires avec une grande supériorité. »
Yandamme alla commander un des corps de l'armée active et le général Lemoine fut nommé gouverneur de Mézières. Ce Lemoine avait eu, comme dit Griois, une certaine réputation dans nos premières guerres; mais il était « absolument nul », et le rùle qu'il joua pendant le siège n'est pas en efïet très honorable. Du moins, Griois fut-il le seul qui, dans le conseil de défense, combattit la reddition de la forteresse ; il déclara, lorsque Lemoine proposa de rendre la place et de se retirer dans la citadelle, qu'il fallait se défendre encore et que, si l'on voulait à toute force capituler, il était utile, indispensable de rendre la citadelle en même temps que la place : la citadelle n'était plus tenable, et s'y renfermer, c'était se mettre à la discrétion de l'adversaire.
A la fin de 1815, Griois fut envové au Havre