INTRODUCTION
comme directeur d'artillerie. Il passa là sept années. En 1823, il fut mis à la retraite avec le grade de maréchal de camp. Il mourut à Paris le 28 novembre 1839.
Le nom de Napoléon revient très souvent dans ces Mémoires.
Nous avons vu que Griois aimait Bonaparte, qu'il avait confiance dans sa fortune et ses talents. Lorsqu'il sut que le vainqueur des Pyramides débarquait à Fréjus, il se réjouit à la pensée que le général allait délivrer la France de l'état d'abaissement où elle semblait tombée durant le Directoire. Au dîner de la promotion de Chàlons en 179U. il porta la santé du Consul avec enthousiasme et quand il lut le décret du 2 mai 1800 qui le rétablissait dans son grade et son rang, quand il revêtit de nouveau l'uniforme de l'artillerie qu'il avait si imprudemment quitté, il jura une éternelle reconnaissance à Bonaparte. Il accepta donc L'Empire sans nulle répugnance et il ne fut pas de ceux qui jugeaient, comme le lieutenant Maire, que Bonaparte était fait pour quelque chose de mieux ou comme Paul-Louis Courier, qu'il aspirait à descendre. A Plaisance, au mois de juin 1805, lorsqu'il vit de très près Napoléon, lorsqu'il discuta longuement avec lui sur lemploi de l'artillerie achevai, il fut vraiment sous le charme, l'empereur le conquit absolument; il lui trouva la simplicité, l'abandon d'un bon camarade.
En 1809, à Vienne, quand il reçut une instruction
xxii MEMOIRES DU GENERAL GRIOIS
rédigée par Napoléon sur l'approvisionnement des caissons de munitions, il se récria d'admiration : l'empereur était entré dans les plus petites particularités, et il vint même à Schombrunn visiter plusieurs caissons, constater de ses propres yeux le chargement. « C'était peut-être, dit Griois, après avoir dicté à l'Autriche les conditions de la paix qu'il s'occupait de ces minuties, mais son vaste génie embrassait tout, ensemble et détail. »
En 1811, durant un séjour à Paris, il assista deux ou trois fois au grand lever du dimanche, et chaque fois l'empereur lui parla de son régiment, lui demanda s'il était content de sa garnison. Griois l'entendit répondre aux membres des conseils généraux du commerce et des manufactures, et il n'oublia jamais le discours que fit l'empereur en cette occasion, sa facilité d'expression, sa verve chaleureuse, son entraînement de conviction.
En Russie, durant la retraite, à peu de distance de Doubrovna, au milieu des grenadiers de la garde, qu'il vient de haranguer et de féliciter de leur courage et de leur discipline, Napoléon reparaît devant Griois; il est vêtu d'une pelisse de velours fourré : il marche à pied sur la neige et tient à la main un bâton. Griois ne pense pas du tout à lui reprocher le désastre. 11 ne blâme pas le long séjour de Napoléon à Moscou (1). Il estime que l'empereur a eu raison de
1) Il y eut des grognards qui disaient à ce propos, que Napoléon avait agi comme un conscrit et que Moreau les aurait mieux conduits; mais ils versaient des larmes en le voyant marcher à pied et un bâton à la main; cf. Bourgogne, 157,202, et Dedem, 192.