Cf. C. Fabris, op. cit., vol. I, p
Il s'agit de la colonne Noaro, forte de 200 volontaires, surprise le 1 1 avril par 2 bataillons et 1 batterie sous les ordres du général Taxis et écrasée après plusieurs heures de lutte. Les pertes des Italiens s'élevèrent à 113 morts parmi lesquels des femmes et des enfants. Le village fut siiccogé et brûlé et, de 175 maisons dont il se composait, 32 seulement restèrent debout. La rumeur publique exagéra naturellement la portée de Tôvénement, la gravité des dégâts et le chiffre des victimes.
DE PESCHIERA A OENES 5
Quatorze pièces de canon vomirent une tempête de boulets et dobus pendant cinq heures. Le général Bes allait d'une batterie à Fautre et de celles-ci à la position avancée où nous avions une compagnie de volontaires suisses, en encouragearit tout le monde de la voix et de f exemple. Xous étions près de cette compagnie^ lorsque le général Bes, remarquant que nos boulets allaient tous donner dans les remparts, me dit cTen avertir les officiers d'artillerie.
Je pouvais parcourir deux chemins, fiin couvert et défilé, Fautre en ligne droite, le plus court et tout à fait en vue de refinemi. fêtais si animé de tout ce que je voyais, que je me portai à la première batterie par le chemin le plus court. J^entendis deux ou trois balles de carabine ou de fusil de rempart siffler et s'enfoncer dans le terrain à quelques pas de moi, et j'étais enorgueilli de voir jeter des balles à mon adresse comme je l'avais été les joiirs précédents de l'honneur de me faire tirer plusieurs boulets, tandis que /allais tracer sur les cartes nos batteries en construction pour enmesurer la distance de la place. Une bombe éclata sur ma tête, coupa un arbre par le milieu et, tandis que la moitié se pliait pour tomber, un éclat de bombe vint battre la terre près du sabot de mon cheval qui fit quelques temps au trot et se remit au pas.
C'étaient les premiers jours que je voyais le feu. Voici timpression qu'il me fit. J'étais en doute si j'aurais préféré être légèrement blessé ou non; mais je me souviens que je me proposai de ne jamais courir, ni descendre de mon cheval aux endroits les plus battus par l'ennemi, car je me disais qu'au lieu d'éviter un boulet, je pouvais parfois eu attraper un que j'eusse autrement évité.
Après cinq heures de feu qui avait abouti à démonter quelques pièces aux forts Salvi, le roi se rendit au quartier général de Bes, à la Cascina Recchione. Tandis qu'il entrait dans la cour [où il tint un petit conseil de guerre, après lequel il décida d'envoyer un autre parlementaire à la ville), un boulet entra par la porte, passa à quelques centimètres sur la tête du roi et alla enfoncer une fenêtre de la maison.
6 LE GÉNÉRAL GOVONE
Le parlementaire partit. C'était le baron de la Flèche^ capitaine d état-major. Il s'approcha de la place y un drapeau blanc à la main ; mais^ comme le feu continuait et qu'on tirait sur lui à mitraille, il rebroussa chemin. Je demandai au général Franzini la permission d'y aller; mais, tandis que je partais au galop, Franzini m'appela^ en me disant qiCil fallait laisser faire au capitaine qui avait reçu les instructions nécessaires.
Naturellement le général autrichien répondit quil ne se rendrait pas. Le roi ordonna qu'on suspendit le feu, en disant qu'on aurait attaqué la place en toute règle plus lard.
Enattendant, le général de Sonnazm'avait rappelé près de lui. Je quittai le général Besavec un véritable regret et les larmes aux yeux.
Le général de Sonnaz, jadis bel homme, spirituel et capable, avait vieilli avant son temps. Il lui restait à P époque dont nous parlons très peu d'énergie; il radotait quelquefois..^ et sa faiblesse physique ne manquait (favoir de funestes conséquences pour les opérations militaires. Je ne crains pas de dire quil ne valait rien pour les manœuvres offensives et qu'il paralysait même quelquefois télan de ses subordonnés. Mais, chose étrange dans cette nature, son intelligence s'éclairait lors des manœuvres en retraite. Il ne se donnait pas alors trop de mouvement non plus; mais chaque ordre était utile, chaque coup portait. Nous le verrons ensuite ^ . »
A côté de Soiinaz il y avait le major Carderina, Federici,Saint-André,Avogadro, Ciavesana,GaIateri,Geranzani, plus deux autres ofliciers de cavalerie et le lieutenant Govone.
1. Willisen, rhistorien allemand de la campagne de 1848, qui critique en général très vivement presque toutes les opérations des Italiens, dit en parlant des manœuvres de Sonnaz pendant les derniers Jours de la campagne, que ce furent c les seules bonnes choses faites par les Italiens ».
« Ainsi se composait cette boutique cT alchimistes qui '{levaient faire marcher le second corps d'armée^ destiné à conquérir par moitié findépendance de tltalie, »
Après la démonstration contre Peschiera et après avoir perdu plusieurs jours dans Tinaction la plus complète, famine fit une reconnaissance générale sur la rive gauche du Mincio, puis elle alla occuper les hauteurs de Sommacampagna, Sona, etc., et, comme les Autrichiens occupaient encore Pastrengo, sur la droite de TAdige, on reçut Tordre de les en chasser, et Pastrengo fut enlevé par les troupes royales. Les Autrichiens avaient une fois de plus fourni la preuve de leur faiblesse, tandis qu'après ces premières rencontres notre armée avait de plus en plus confiance dans sa force. C'était donc bien le moment de pousser les opérations avec vigueur et de rechercher des résultats décisifs.
« Je me souviens d'avoir plusieurs fois entendu le gênérai de Sonnaz dire qu'il avait proposé au roi de passer rAdige inférieur et de se jeter dans la Vénétie; que c était là la seule manière de finir la guerre.
Je ne partageais pas fopinion de ceux qui craignaient de découvrir de cette manière excessivement la Lomhardie ; mais je crois que la position qii aurait eue V armée n'empêchait pas pour les Autrichiens les secours qui leur pouvaient parvenir par le Tyrol — et qu'une opération malheureuse de notre part, aussi bien que l'arrivée de ces secours, auraient pu compromettre f existence de notre année et de toute la monarchie de Sardaigne.
J'ai maintes fois dit que j'aurais partagé mes forces aitisi qu'il suit : Une brigade, renforcée par des volontaires choisis parmi cette foule qui s était armée, aurait marché dans le Tyrol, pour le révolutionner ; elle se serait arrêtée aux gorges les plus difficiles. Là, elle aurait dévasté les routes et les ponts pour des înilles afin de les rendre impraticables aux corps que Fennemi aurait envoyés au
secours de ramiee d'Italie, Une petite division aurait passé rAdige pour se joindre à Durando. Durando renforcé par ces troupes aurait marché jusqu'aux frontières de la Carinthie ; /«, il aurait dévasté les rouies comme dans le Tf/rol et occupé les gorges en s appuyant sur Palmanova. Le reste de r armée se serait établi pour observer les places fortes : elle était encore assez forte pour ne pas craindre farmée autrichienne^ partagée entre ses quatre places.
Un service d'espionnage bien organisé suffisait pour que tarmée^ même affaiblie par les deux détachements susdits^ se suffit à elle-même.
Les Autrichiens étaient ainsi bloqués en masse dans Véchiquier de leurs places fortes ; et ^ tandis qu'ils ne pouvaient se refaire de leurs pertes^ on aurait organisé en Piémont une armée de réserve qui pût arriver à temps pour rester en observation sur le Mincio, tandis que l'armée principale avancerait sur tAdige.
Mais rien de tout cela,,. Tout marchait par secousses et par rivalités... Ceux qui ont lu l'histoire de la guerre de 1806-1807 en Prusse et qui connaissent la marche dit quartier général du duc de Brunswick^ auquel se trouvait le roi en personne^ peuvent en déduire ce qu'était notre quartier général en 1848, avec cette seule différence que dans l'armée prussienne les choses allaient quelque peu pire, »
Comme on était incapable d(« concevoir un vrai plan de guerre, Tinutile bataille de Santa Lucia, cette bataille tronquée, coupée en son beau milieu, cette espèce de défi chevaleresque porfé à Tennemi devant les portes de Vérone suivit de près la victoire incomplète de F^astrengo.
« Ainsi entendait-on la guerre : battre l'ennemi toujours et partout où on le rencontrerait et lui montrer notre supériorité de forces et de bravoure^ mais sans songer ensuite aux résultats des opérations. »
Kt puis on reporta à nouveau tous les efforts contre Pescbiera.
« Les travaux de siège marchaient avec une lenteur épouvantable... Il était cependant de la plus grande importance cTen finir aussi vite que possible avec cette place ^ depuis g li on avait résolu de s^en emparer par un siège qui paralysait F armée.
Le roi allait chaque jour visiter Peschiera. Là, il se plarait en vue des assiégés qui lui lançaient pendant quelque temps une grêle de boulets quil prenait plaisir à affronter.
Le duc de Gênes commandait Vartillerie de siège et il faisait invariablement tous les jours sa visite aux lignes^ mitraillé par les assiégés^ avertis de sa présence par sa nombreuse suite.
En quelques jours la ville était un monceau de ruines^ rincendie s'étant manifesté partout ; les bombes y tombaient par milliers jour et nuit] et ce n'était pas un spectacle des moins beaux dans sa tristesse bruyante que de voir ce feu bien nourri qui, en éclairant fatmosphère nocttnme, allait augmenter répouvante dans cette malheureuse ville.
Tallais, moi aussi, très souvent visiter les travaux. Je traçai sur la carte la position des batteries et des approches. Et je puis affirmer que, si le découragement et peut-être la famine n eussent pas décidé la garnison à se rendre, le siège nous aurait donné par sa longueur l'image de celui fie Troye et de Veies.
Le quartier du général de Sonnaz était toujours à Sandra. Uï nous étions tués par la chaleur et roisiveté la plus complète.
Tandis qu'on s'amusait à Peschiera, des événements de la plus haute importance s'accomplissaient dans l'empire autrichien et dans r armée d'Italie *
Le vieux maréchal Radetzky ?^enforcé par IS. 000 hommes^ songea de suite à reprendre t offensive. Il conçut un plan
1. Govone parle ici dans ses Mémoires des événements politiques qui se déroulèrent en Autriche, des renforts envoyés en Italie et de la victoire de Durando À Vicence.
•10 I.E GENERAL GOVONE
d'opérations hardi et^ je dirais mémCj hasardé gm, s'il réussissait j aurait reconquis aux Autrichiens toute la Lombûrdie dim seul coup. Avec une masse de 30 a 35.000 hommes il quitta Vérone le 27 mai et marcha sur Mantoue. En •calculant sur les dangers de notre lig7\e très étendue^ il comptait remonter le Mincio^ accabler notre aile droite^ refouler nos troupes éparpillées^ les battre en détail et menacer notre ligne d^ opération. Pour assurer le succès de ce projet^ il avait en même temps ordonné à une colonne de i à 5.000 hommes de descendre du Tyrol par Rivoli et de chercher à ravitailler Peschiera^ dans le but essentiel dattirer notre attention sur la gauche de notre ligne, tandis qu'il attaquerait la droite.
Le 2v), il attaquait à Curtatone et Montanara les Tos^ cans qui, après une résistance de quelques heures^ furent mis en déroute. Le même jour, la colonne descendue du Tyrol, qui s était emparée la veille de Bardolino et Garda quelle ravagea, attaquait Colmasino, où un bataillon de la brigade Piémont, une compagnie de bersaglieri volontaires et deux pièces la repoussèrent en lui faisant essuyer des pertes considérables.
En attendant, le roi faisait marcher plusieurs brigades sur Volta et Goito. Il avait concentré une force denviron 18.000 hoînmes, lorsque le vieux maréchal, avec une masse de 35.000 hommes, attaqua la ligiie piémontaise qui s'était placée perpendiculairement au Mincio, l'aile gauche à Goito.
La bataille fut acharnée. La victoire resta aux Piémon^ tais qui firent des prodiges. Les Autrichiens fuyaient encore une fois devant nous, lorsqu'arriva la nouvelle de la reddition de Peschiera. Vn mouvement de joie univer^ selle s^ empara alors des vainqueurs qui saluèrent le roi de la Haute-Italie avec des accla?nations unanimes.
Cette fois encore K le IP corps d armée avait été absent -du champ de bataille. Mais une partie de ses troupes