Comme à Santa Lucia
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citait fait des prodiges à Cobriasino et à Goito; et Pes- 4:hiera s'était rendue a lui.
C^était après ces combats sanglants qu'an bivouac de la nuit on rappelait le souvenir des officiers qui étaie?it tombés sous les coups de l'ennemi. Ce ne serait point possible de décrire les émotions profondes qui accompagnaient ces récits, mille fois plus douloureux si les combats avaient été malheureux. Mais cependant quelle gloire n' ont-ils pas -acquise, les Colli, les Del Carretto, les Rovereto, les Cavours et tant d'autres braves qui, estimés de toute farmée /fui appréciait leur caractère, furent regrettés plus que des 4:amarades, comme des amis et des frères!
Le maréchal Radetzky se retira sur Vérone et sans perdre de temps marcha sur Vicence pour donner la main au Feldzeugmeister Welden^.
Après la chute de Vicence nous étions dans un état crinfériorité bien constaté.
Cependant, jamais n^ avait-on conçu ridée d'opérations -aussi périlleuses quen ce moment.
On imagina d'attaquer Legnago, On imagina de jeter un pont sur VAdige près Dolce, de jeter les forces nécessaires sur la montagne qui domine Vérone et d'attaquer cette place en s' emparant des forts détachés qui la dominent, par un canonnement exécuté à petite distance. Les officiers pontonniers avaient déjà étudié P endroit où jeter le pont. D'autres officiers d'artillerie promettaient de s'emparer des tours susdites en très peu de temps. Notre chef d'état-major, M. Lagrange, avait étudié dans tous ses détails la manœuvre pour jeter les troupes sur le Monte- Pastello
Dieu nous préserva cT une telle faute... Mais on se tourna .enfin vers une autre opération, dangereuse aussi, le blocus de Mantoue.
i. Suit le récit de la chute de Vicence et des mouvements exécutés pendant ces journées par l'armée royale.
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Tandis que 12.000 hommes furent laissés dans les anciennes positions de Rivoli à Sommacampagna par Pas-r trengo et Sona, le reste de l'armée fut employé au blocus, de la place.
Je pleurais déjà le sort de notre armée
Enfin, le2\ juillet, le maréchal Radetzky commença ses manœuvres offensives. On dit que le prince de Schwarzenberg, ancien ministre d'Autriche à Turin et ensuite à Naples^ où il se trouvait lors de la déclaration de guerre à l'Autriche et qui accourut se ranger peu de temps après sous les drapeaux du maréchal, a eu une influence très grande sur l'issue de la campagne par Fénei^gie quil sut imprimer à la marche des opérations. Il apportait dans les conseils de F armée découragée sa fierté naturelle, sa confiance dans l'avenir de la monarchie autrichienne. C'est cet élan, disait-on, qui se traduisait dans les manœuvres du maréchal. Quoi qu'il en soit, l'armée autrichienne attribuait le mérite de ces manœuvres au général dartilleriSy baron Hess.
M. de Schwarzenherg et le baron Hess, rappelés à Vienne après la guerre d'Italie, devinrent tout-puissants dans les conseils du jeune empereur, le premier comme hom?7îe politique, le secoîid comme jnilitaire. Ainsi c'est la guen^e contre la Sai'daigne qui, ayant en une issue heureuse pour l'Autriche, prépara la réaction dans toute l'Europe ; c'est elle qui donna à r Autriche toutes les célébrités qui rajeunirent la monarchie .
Un an après, je voyais le prince de Schwarzenberg, Hess y Welden, etc., dans la société diplomatique et dans la haute société viennoise, comblés d'honneurs et jouissant d'une grande réputation. Je me disais qu'entre la grandeur et le néant il n'y a qu'un pas.
Le 21 juillet, le maréchal sortit de Vérone pour nous battre en détail. Nous avions en effet une ligne fort éten-due et le IP corps d'arrnée, réduit à 12.000 hommes, était séparé par un long intervalle des autres troupes placées
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près de Mantoue. Il commença par le II* corps alarmée.
Dans cettle première attaque^ les Autrichiens commirent la faute d attaquer V extrême gauche à la Corona avant la droite à Sommacampagna. Nos troupes combattirent à la Corona avec hravotire; mais les détachements qui occupaient cette position^ accablés par le nombre y se replièrent sur Rivoli, Les Autrichiens qui marchaient aussi avec une colonne par la grande route d'Incanale, avaient forcé le défilé gui donne sur le plateau de Rivoli et s'étaient déjà réunis aux troupes qui descendaient de la Corona^ lorsque le général de Sonnaz, qui avait été averti par le canon de cette attaque y se porta sur le lieu avec une réserve de 4 pièces et 16 compagnies de Savone,
L'artillerie prit position. — Nos troupes lancées en bersagliers {en tirailleurs) regagnèrent du terrain; enfin les derniers coups de fusil^ tirés dans l'obscurité de la nuit qui commençait, nous montrèrent notre ligne qui avait reconquis tout le terrain perdu jusqu'au pied de la descente de la route de la Corona, La colonne qui s'avançait par Incanale dut se replier et perdre ses communications avec le reste, — Le jour suivant ^ on aurait pu rendre notre victoire complète.
Pendant ce combat ^ où un petit corps de 4 à 5.000 hommes avait battu un corps très supérieur d Autrichiens en essuyant cependant des pertes bien regrettables parmi les officiers de bersaglieri et autres, j'étais très inquiet de ce qui pouvait se passer sur notre gauche.
Le plateau de Rivoli est cerné par un demi-cercle de collines, dont VAdige serait le diamètre. Nous étions dans rintérieur du demi-cercle. Les Autrichiens pouvaient, de Caprino par Costermano au-delà des hauteurs, se porter sur Affi. C'est la manœuvre du prince de Lusignan à la célèbre bataille de Rivoli. Les hauteurs nous empêchaient de découvrir la manœuvre qui aurait été décisive contre notre petit corps qui aurait été pris de flanc et à revers par des positions dominantes,
fen prévins plusieurs fois le général de Sonnaz et les
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chefs (Vétai-major^ et comme j'insistai, on me chargeœ enfin d'aller voir ce qui se passait de ce côté-là. Je me portai sur les hauteurs où des chasseurs autrichiens s'avan^ çaient déjà ; mais ils se replièrent lorsque leur centre fut repoussé. Je revins et j'insistai tellement, qu'on envoya une compagnie se placer de manière à découvrir la route d'Affi, au moins pour nous avertir si la manœuvre tournante se fût exécutée, A leur faute stratégique les Autri^ chiens ajoutaient ainsi la faute tactique de ne point nousenvelopper.
Cependant, le général de Sonnaz, cT après les renseignements qu'il avait reçus la veille par le général de Broglio, malgré le brillant succès qu'il avait obtenu, se décida à la retraite qui fut commencée à une heure après minuit. If s'attendait à une attaque générale de la ligne de SotJimacampagna à Pastrengo,
Pendant la nuit, il envoya le marquis de Clavesana avertir le quartier général principal près de Mantoue de ce qui se passait à la gauche de l'armée. Cet officier fit 30 milles de suite à cheval.
* La retraite se faisait avec grande diligence et en parfait silence. A Cavajon, on entendit le canon du côté de Sona,
On fut bientôt averti que toute notre ligne était attaquée par des forces écrasantes depuis le matin, qu'on s'était battu avec acharnement, mais quon ne pourrait plus tenir longtemps.
M. de Sonnaz arriva à Sandra et, tandis quil allait se porter à Sona pour voir ce qui se passait, il reçut l'avis qu'on battait en retraite. Il envoya tous les ordres nécessaires pour une concentration sur Cavalcaselle et il se dirigea sur Castelnovo,
Si les Autrichiens, au lieu d'attaquer le 2i à Rivoli, eussent attaqué seulement Pastrengo, Sona et principale^ ment Sommacampagna avec des forces supérieures, ils auraient sans doute obtenu de grands résultats, tels que la perte de presque tout le //• corps (T armée, auquel on pou-
DB PESCHIERA A GÊNES i^
vaii 1res facilement couper sa ligne de retraite par Castelnovo et qui n'aurait pu s'échapper qu'en très petite partie par Peschiera,
A CastelnovOy le général de Sonnaz attendit les colonnes qui se retiraient de Sona et Santa Giustina, et il les ordonna en retraite, harcelé par f ennemi qui occupa tout de suite les hauteurs de CcLstelnovo.
On prit position sous Peschiera; on fit des marches pendant la nuit. Je fus chargé de placer les avant-postes de notre ligne ; et comme pendant la nuit on ordonna la retraite par Peschiera sur Ponti et Monzambano, je fus chargé de mettre en route les différents corps pour empêcher toute confusion et je me retirai le dernier de Cavalcaselle.
Les soldats étaient déjà harassés de fatigue et de faim et je n étais pas moins fatigué qu'eux. J'arrivai à Monzambano dans la matinée à t instant oà M. de Sonnaz et son état-major déjeunaient; je leur apportai la nouvetle de la construction du pont près de Salionze. Je ne pouvais manger^ tellement étais-je fatigué et contrarié. Le général reçut bientôt après un second avis et il se décida enfin à monter à cheval, sans cependant prêter foi à la nouvelle quon lui donnait.
Accompagné par quelques officiers de son état-major, il se porta en avant vis-à-vis de Salionze ; quelques pièces et quelques compagnies de bersaglieri avaient été envoyées pour empêcher la construction du pont, mais ces forces avaient été insuffisantes. Les Autrichiens marchaient déjà en colonne serrée pour franchir le pont "et je le faisais remarquer au général, qui ne voulait pas encore y croire.
Le générai retourna à Monzambano. Les Autrichiens, déjà sur la rive droite, lançaient une grêle de boulets contre nos troupes. Il n'y avait qu'à se porter en avant à la baïonnette avec l'avantage de la position ou à battre en retraite.
La démoralisation qui s'était emparée de nos troupes
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rendait le premier parti d'une exécution très difficile. On embrassa le second. Tandis que notre quartier général et celui du général de Broglio étaient couverts de la poussier e des boulets et des obus qui éclataient à nos pieds, je m'approchai du colonel Somis et je luidis : « Mais, puisqu'il pa^raît qu'on va battre en retraite, faites donc avertir le régiment de Pignerol de se rapprocher de nous; autrement, il sera coupé, »
Ce régiment, fatigué par les marches des jours précédents, s'était placé dans un pré ombrageux, près d'un moulin, à côté de la grande route, au lieu de prendre position sur les hauteurs. Ce que je prévoyais arriva.
Le régiment avec une ou deux compagnies de bersaglieri et une demi-batterie ne pouvant plus nous rejoindre après le passage des Autrichiens, dut se replier avec quelque désordre sur Peschiera, et ce ne fut que le jour suivant, avec beaucoup de marches et de contremarches, qu'il leur fut possible de nous rejoindre à Volta sous les ordres de MM, Damiani et Solaroli,
Notre retraite sur Volta fut faite avec beaucoup d'ordre. Là on m'envoya placer les avant-postes, tandis que je devais étudier la position pour le cas d'' attaque, Qiioique très fatigué, je travaillai presque seul pendant toute la jburnée.
Le soir, on entendit le canon du côté de Sommacampagna. C'étaient trois brigades : Grenadiers, Aoste et Piémont qui, retirées du blocus de Mantoue, marchaient pour aider le IP corps d'armée, Seidement le roi, induit en erreur par deux officiers d' état-major qu'on avait fait prisonniers quelques jours avant et qui firent croire au roi que le maréchal avec 40.000 hommes s'était enfermé dans Mantoue, chose impossible, croyant que le corps qui notis avait attaqué n était que de 15.000 hommes, persistait à voidoir cerner Mantoue et marchait contre toute l'armée autrichienne avec ce faible corps,
La bingade Piémont, qui marchait à deux heures du soir pour prendre position à Sommacampagna et qui avait
rencontré une colonne autrichienne en marche sur la même position^ l'avait mise en déroute en lui faisant 1 .000 prisonniers.
L'élan des troupes et ce succès rassurèrent davantage Charles-Albert. Il se disposa à venger le /7* corps d'armée h lendemain.
Le combat du 24, en nous annonçant la présence de nos troupes sur la rive gauche du Mincio^ releva le moral de nos troupes battues.
Le 25, le général de Sonnaz reçut avis du combat qui allait avoir lieu et l'ordre * d'y coopérer en attaquant Borghetto pour aider à l'attaque que la brigade Aoste allait faire sur Valeggio.
Le général répondit d'abord que ses troupes étaient trop fatiguées^ ensuite^ qu'il aurait cependant attaqué à cinq heures. A cinq heures, en effet, les troupes étaient disposées en deux colonnes sur la route de Bor ghetto. Une compagîiie (Pennemis envoyée en reconnaissance fut repoussée avec élan et on allait marcher.
Connue j'avais été chargé de inettre en marche la colonne de droite avec laquelle il y avait quelques bataillons
1. L'avis et Tordre furent portés par Louis Torelli, le futur ministre, alors attaché à Tétat-major du roi... Voici ce qu'il raconte à ce propos {Ricordi intorno aUe Cinque Giornate^ p. 282 et suiv.) ;
<c ... Le général lut la lettre, puis il haussa les épaules et me dit sèchement : « Ost impossible. » Ensuite il ajouta : « Mes troupes sont tellement fatiguées qu'elles ne peuvent se mouvoir. »
Je restai stupéfait: mais, au bout d'un instant, je crus devoir lui répéter la recommandation urgente que je lui avais transmise de la part du roi. 11 s'engagea alors un dialogue animé entre le général et moi. Aucun des nombreux officiers présents à ce colloque n'osa intervenir dans le principe et m'apporter son concours. Enfin je vis s'avancer un jeune officier hlond. qui d'une voix douce, presque féminine, commença à parler dans mon sens : « S'il n'est pas possible d'attaquer à midi, eh bien, qu'on attaque à une heure, à deux heures, mais qu'on attaque. » Le général résistait toujours. Il me dit que lui seul était juge de ce qu'il était possible de faire; mais l'intervention de ce jeune officier eut une influence clécisive. U insista. Le général resta encore un moment silencieux, puis il
me dit: « Peut-être entre trois et quatre heures. » Je respirai et me
tournai vers le jeune officier, qui seul avait deviné mes souffrances. Le jeune homme (c'était Govone que je ne connaissais pas) s'écria alors, etc., etc.. ( p. 282-284). »
18 LE GENERAL OOVONE
de la brigade Savoie^ en passant devant le front des cornpagnies détachées pour pouvoir se déployer ensuite en tirailleurs, je disais aux Savoyards : « Courage! mes amisy c'est le dernier combat. Les Autrichiens sont refoulés sur Valeggio par le roi. Nous allons leur empêcher la retraite sur la rive droite et les prendre entre deux feux. » — Je disais cela pour les encourager. Quelques officiers me repondirent : « Mais est-ce que vous savez si les Autrichiens sont battus de l'autre côté? et s'ils étaient vainqueurs? * — Que dire ?
Je revins auprès du général de Sonnaz, pour prendre l'ordre définitif de la marche. Après quelques moments d'hésitation il envoya l'ordre aux troupes de revenir dans leurs positions. Peu de temps après il descendit de cheval pour rentrer dans le palais de Volta où il avait établi notre quartier général. Il avait à sa droite le marquis Clavesana, j'étais à sa gauche. Personne ne disait mot.
« Eh bieuy mon général, lui dis-je en gravissant la pente de Volta, pourquoi avez-vous renoncé à l'attaque? Pardonnez-moi mon observation, tnais quelle responsabilité avezvous donc acceptée en n'exécutant point tordre d attaquer!
« C'est moi qui suis responsable du sang de mes soldats, me répondit-il. On nous a sacrifiés, nous avons payé assez à notre devoir. Nous ne pouvons rien faire davantage. »
On rentra dans le silence, troublé seulement par le canon qui tonnait de Sommacampagna à Valeggio. On avait vu de onze heures à midi notice ligne avancer l'aile droite et se soutenir pendant toute la journée. Maintenant on voyait, par la fumée et le feu du canon, l'aile droite reculer, le feu diminuer : et on pleura pour la perte d'une nouvelle bataille.
Pendant la nuit, M. de Sonnaz ordonna la retraite sur Goito. Avec l'ordre d'attaquer Bor ghetto, ou après cet ordre, il avait vécu celui d'évacuer Volta. D'abord M. Torelli, lombard, plus tard ministre, et puis le duc de Dino avaient apporté ces ordres.
A peine fûmes-nous à Goito qu^on reçut les nouvelles de Cusiozza. Je pris une limonade avec du rhum et du pain qu^onput se procurer. C était mon troisième repas après le 22.
Le roi et le corps battu à Custozza s'étaient à peine retirés sur Goito ^ que le roi^ ayant compris l'importance de cette journée^ avait envoyé Tordre aux troupes de Mantoue et de Governolo de se rapprocher de Goito et que V armée fut enfin concentrée^ pour la première fois dans la campagne.
Chose étrange dans cette guerre! Notre armée n'était concentrée qu après tme suite de combats malheureux, lorsqtielle aurait dû au contraire être éparpillée si V ennemi avait su manœuvrer.
Mais elle n avait plus de confiance dans ses forces. Elle n'aurait plus rien valu pour une défense passive ; et si elle était capable encore de quelque chose, c'était pour une attaque.
Ici, fai vu ce qu'est l'initiative à la guerre. Elle double la force d'une armée.
A Goito l'armée était dans tme position dangereuse, ayant sur son flanc gauche les positions de Volia, T ennemi vainqueur en face et Mantoue à droite.
J'ignore l'intention du roi à ce moment. Mais je crois qu'il s'aperçut d! abord de la nécessité de laisser reposer et manger les troupes. Et il ne voulait point s'arrêter dans la plaine^ tandis que l'ennemi aurait pu prendre position à Volta et menacer l'armée et sa ligne d'opération.
Cesi, si je ne me trompe, ce qui lui dicta sa résolution (Pocciiper Volta. Seulement il aurait fallu le faire de suite^ en renvoyant M. de Sonnaz dans la position. Si plus tard il fallait l'attaquer, il aurait dû y envoyer une force imposante ; en enlevant cette position et en écrasant le corps ennemi qui l'aurait occupée, c'était un nouveau succès qui pouvait rétablir en partie nos affaires.
Le roi décida de passer en revue les troupes qui devaient marcher sur Volta. C'étaient la S'' division : Savone, Savoie, les Parmesans et deux escadrons de Novare.
20 LE GENERAL OOVONE
// fit perdre un temps énorme^ il ne disait mot à personne : deux paroles du roi auraient fait des héros.
Les troupes en défilant crièrent des vivats au roi et on marcha sur Volta en deux colonnes, »
C'est par ces mots que se termine le fragment auquel nous avons emprunté les pages qui précèdent. Nous n'avons malheureusement pas pu retrouver le récit de la lutte soutenue contre Tennemi déjà maître des hauteurs, le récit du tragique combat de nuit livré sur les flancs des collines où Ton disputa le terrain pied à pied, dans les rues et les maisons de Volta que Ton reprit et que Ton perdit à deux reprises, ni celui de la retraite sur Gerlungo, de cette douloureuse et dure retraite exécutée par des troupes manquant de vivres depuis cinq jours et n'ayant pu pendant ce temps ni dormir ni se reposer, de cette retraite qui, grâce au sang-froid des soldats et au zèle infatigable des officiers, ne dégénéra pas en déroute et s'effectua en bon ordre. Ce fut à ce moment que le lieutenant Govone gagna sa première médaille pour la, valeur.
On raconte^ écrit Pietro Fea*, que pendant la retraite sur Cerlungo^ alors que le II* corps reculait en désordre après fattaque manquée de Volta^ le général Ardingo* Trotti^ celui-là 7nême qui devait quelques années plus tard commander la division victorieuse à la Tchernaïa^ admirant l'énergie et l'ardeur déployées par Govone pour maintenir l'ordre et la cohésion dans les rangs des troupes harassées de fatigue et découragées^ s'écria : « Je voudrais qu'il fût mon frère ou mon fils! »
Le beau rôve dont on avait un moment entrevu la réalisation était près définir, des*évanouir dans le sang, mais au moins sans laisser la moindre tache sur l'honneur de la petite armée piémontaise, compromise par l'inexpérience de ses chefs, vaincue par le nombre et le manque de
1. Pietro Fea, // luogolenenle générale G, Govone (Rivista Universale^ iDAi 1872).
vivres, dans des combats qui, eux, du moins, ne lui avaient valu aucune humiliation, de la petite armée piémontaise désormais liée pour toujours, par le sang même qu'elle avait versé, k la cause sacrée que le roi avait embrassée, à la réalisation de la grande idée dont elle venait de prendre la défense.
Ce fut à Parme, le 28 mars 1849, que les premières rumeurs encore vagues et confuses delà lamentable journée de Novare, de la catastrophe qui venait de détruire une armée mal organisée et mal conduite, parvinrent jusqu'à la 6* division (Alphonse La Marmora) en marche sur les Duchés.
La malencontreuse disposition qui avait éloigné cette division du champ de bataille et Tavait rendue absolument inutile n'était, en somme, que l'épilogue de la longue série de fautes politiques qui avaient marqué la préparation de cette guerre et lui avaient successivement enlevé tous les éléments susceptibles d'assurer le succès de lentreprise.
Cette division, envoyée d'abord en Ligurie au moment où Ton caressait le projet, malheureusement abandonné, d*une intervention en Toscane, cette division qu'on n'avait pas songé à rappeler à temps alors que sa présence en Ligurie n'avait plus de raison d'être, avait été, sans motif plausible, sans but déterminé, acheminée sur les Duchés. La défaite de l'armée et les conditions de l'armistice la faisaient revenir en Piémont, invaincue et intacte, lorsqu'elle fut rejointe en route par la nouvelle des troubles de Gênes et par l'ordre qui lui confiait la douloureuse et pénible mission d'étouffer dans son germe la guerre civile, que venaient de faire éclater de pauvres égarés auxquels quelques misérables factieux avaient réussi à faire croire qu'il suffirait d'augmenter le désordre et la discorde pour ramener la victoire sous nos couleurs.
22 LE GENERAL GOVONE
Pendant que la division se portait sur Gênes, les nouvelles prenaient de jour en jour un caractère de plus en plus inquiétant. Les troupes avaient dû sortir de la ville à la suite d'une capitulation honteuse arrachée à un général dont les facultés étaient aiTaiblies; la place était restée aux mains des rebelles; la flotte était loin ; on avait tout lieu de s'attendre à voir la division lombarde, exaspérée par le désastre de Novare, faire cause commune avec Tinsurrection ; la révolte pouvait d'un moment à l'autre prendre des dimensions si considérables, disposer de telles ressources qu'il aurait fallu un long siège pour la réduire, et que la prolongation de cet état de choses pouvait même faire redouter l'intervention de l'étranger. Jamais plus qu'en ce moment il ne fut aussi indispensable d'aller vite en besogne. La Marmora fut à la hauteur de la difficile mission qu'on lui confia.
Arrivé après une marche forcée, le 3 avril, à l^ontedecimo, aussitôt après avoir fait le jour même la reconnaissance de rincoronata, le général, devançant comme toujours le gros de ses troupes, poussa dès le 4 avec deux compagnies de bersagliers et un escadron de cavalerie jusqu'à San Pier d'Arena. Le petit nombre de sentinelles qu'on apercevait sur les hauteurs et sur les ouvrages, le fait môme que ni le 3, ni le 4, les forts n'avaient ouvert le feu contre ses soldats, l'amenèrentà croire que les forts étaient mal gardés et que, dans les premiers jours de confusion, les rebelles s'occupaient uniquement à élever des barricades dans rintérieur de la ville. Entrevoyant la possibilité de la réussite d'un coup de main, il résolut aussitôt de tenter d'enlever par surprise l'enceinte et d'essayer de s'emparer par une attaque brusquée et immédiate du point le plus fort, de la clef môme de cette enceinte.
Nous empruntons au rapport môme du général La Marmora^ les passages qui ont traita ce fait d'armes.
1. La Marmora a développé ce rapport dans un livre : Un episodio del Risorgimento italiano. Nous avons cru devoir donner la préférence & son premier rapport parce qu'il est plus concis et qu'il suffit pour donner une idée du rôle joué à ce moment par le capitaine Govone.
M Je pria à ce moment la résolution de tenter un hardi coup de main. — C'était chose bien téméraire, mais Je résultai en cas de succès devait être décisif et bien supérieur au dommage qu'on pouvait prévoir en cas d'échec. Le succès justifia mes espérances. Un Jour de plus, et il eiU été trop tard : San Pier d'Arena awaitété,sur tordre déjà donné par le gouvernement provisoire, hérissé de barricades^ la surprise eut été à tout jamais impossible, et il aurait fallu recourir à des opérations longues et rinneuses pour les deux partis. Aussi à deux heures de l'après-inidi, en plein jour, après avoir établi l'escadron de cavalerie à San Pier d'Arena, après avoir averti le syndic des dangers et des représailles auxquels il exposerait la ville au moindre acte d'hostilité commis envers nos troupes^ je laissai un peloton de bersagliers au pied de la rampe qui conduit à la limette de Belvédère afin d'assurer mes derrières, et je me portai vivement avec le reste de mes deux compagnies, clairons en tête, jusqu'à l'église de ce nom. De là j'expédiai le capitaine Govone , de l'état-major général, sommer le fort de se rendre. Accompagné par quatre bersagliers et par le lieutenant Pallavicini, il s'avança au pas de course et sans tirer un seul coup de fusil jusqu'au pont-levis. Cette marche audacieuse produisit Feffet désiré. Le pont-levis s'abaissa devant notre sommation; la garnison du fort déposa les armes et se rendit prisonnière en échange de la promesse d'avoir la vie sauve. Les quatre bersagliers étaient maîtres du fort.
Je haranguai mes hommes; je leur recommandai de respecter scrupuleusement la vie et les biens des citoyens pacifiquesy mais de briser avec la plus grande vigueur toute velléité de résistance. Puis, après avoir été acclamé et reçu en libérateur par les quelques habitants de la localité^ tandis que je laissai ma troupe souffler pendant quelques instants et que j'envoyai à mon chef d'étatmajor, à Pontedecimo, l'ordre de se mettre immédiatement en marche avec tout son monde, je dirigeai sans perdre une minute sur le fort délia Crocetta le capitaine Govone,
24 LE GÉNÉRAL GOVONE
avec tin peloton de bersagliers d avant-garde et son officier M. Ferré, La prise et la reddition du fort Belvédère avaient intimidé les défenseurs de la Crocetta qui capittdèrent aux mêmes conditions.
Le peloton d^ avant-garde s'avança alors sur la Tenaglia^ Cet ouvrage était fortement occupé ^ et sa garnison ouvrit le feu lorsque les bersagliers arrivèrent à peu de distance des murs. Le capitaine, craignant de compromettre nos avantages en laissant la fusillade s'engager^ défendit à ses hommes de répondre, somma les défenseurs de la Tenaglia de cesser le feu, et ceux-ci, intimidés par son attitude résolue y promirent de se rendre si on leur accordait la vie sauve.
Le capitaine y consentit et Von ouvrit les grilles. Mais on ne put trouver les clefs et comme le pont-levis qui fait communiquer la Tenaglia avec l'enceinte ne pouvait toucher terre, le capitaine donna l'ordre cF apporter des échelles^ et des cordes grâce auxquelles douze bersagliers et l'officier Ferré escaladèrent le rempart.
Entre temps j'avais rejoint mon avant-garde, et, ne pouvant pénétrer dans r enceinte de ce côté à cause de t incident des clefs, je me dingeai extérieurement aux remparts vers la porte degli Angeli.
Les fortifications de Gènes ont presque la forme d'un triangle. La base à la mer. Les deux côtés qui s'appuient à la mer, l'un à la porte Lanterna, l'autre au ravin du Bisagno ont leur sommet au Sperone et suivent deux lignes qui se rejoignent sur ce point. Plusieurs forts, la plupart extérieurs et détachés, s'élèvent le long de cette enceinte. Mais de VEsplanade des bombes'^ se détache à l'intérieur de la ville un contrefort allant sur San Pier d'Arena et sur lequel on rencontre une série d'ouvrages quiy à partir de la Tenaglia, s'étendent jusqu'à la Crocetta et de là jusqu'au Belvédère.
Afin de nous permettre de pénétrer dans l'enceinte, un
1. U y avait \h i38 gardes nationaux. Dès que les bersagliers arrivèrent sur les murs, ils furent saisis, désarmés et enfermés dans les casemates.
2. Nom d'une esplanade placée derrière Tenceinte fortifiée de Gènes.
officier de bersagliers^ le lieutenant Grosso Campana s^ offrit volontairement pour escalader avec quelques-uns de ses hommes le bastion à l'endroit même où passent les contrebandiers. Chassant devant lui les défenseurs du rempart ^ il poussa jusqu'à la porte degli Angeli, et nous rouvrit en faisant tomber le pont-levis.
Je disposai ma troupe le long de l'enceinte et, la baïonnette au canon, je poussai au plus vite jusqu'à la batterie de San Benigno qui domine le fort delta Lanterna. Les défenseurs ouvrirent alors le feu contre nous. Le tocsin sonnait dans la ville.
Ma situation ne laissait pas d'être grave. Avec moins de deux compagnies j'avais trois forts et 1 kilomètre d'enceinte à garder. Je résolus d'avoir une fois de plus recours à rintinûdation et j'envoyai le capitaine (Tétat-major Govone sommer la ville de se rendre.
Mon parlementaire tomba au beau milieu d'une grosse colonne d'insurgés qui montait pour ni attaquer. Sans f intervent ion i/u marquis Pareto, il aurait été arrêté, enchaîné^, gardé comme otage et peut-être même massacré.
Le capitaine put cependant s'acquitter de sa 7nission et communiquer ma sommation à Avezzana, dont on avait fait le général des insurgés. Les conditions qu'il devait lui offrir étaient les suivantes : Délai de vingt-quai re heures accordé aux chefs pour se sauver, reddition immédiate de la ville et des forts aux troupes du gouvernement. Les rebelles ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes des actes de sévérité auxquels je dus recourir par la suite, leur chef ayant répondu à mon parlementaire que Gênes résisterait jusqu'à la dernière extrémité.
Entre temps une partie, environ la moitié, de la colonne, avait continué à s'avancer, mais, arrivée au sommet de la rampe qui va à San Benigno, elle se trouva face à face avec un peloton de bersagliers, commandé par le lieutenant marquis Pallavicini qui la somma de rendre le parlementaire. La colonne fit halte, puis demi-tour. Le parlementaire arrivait. J^aurais voulu fondre sur ceux^
26 LE GENERAL GOVONE
qui venaient de violer les principes de la trêve. D'un seul bond^ je serais probablement arrivé à ce moment jusqu'à la place du palais Doria; mnis c'eût été condamner à mort mon parlementaire.
Deux colonnes d'insurgés soutenues par le tir de leur artillerie wl attaquèrent peu après en débouchant des rampes qui mènent à San Benigîio et à la porte degli Angeli, La première fut repoussée. Je me portai alors vers la porte degli Angeli^ où je îi' avais à ce moment que 5 bersaglierSy €t qu'il fallait conserver à tout prix ^ parce que la prise de ce point par les insurgés aurait amené fatalement la perte et la destruction de mes troupes, T encourageai les hersagliers, La position était forte ^ F attaque manquait <f ensemble et je pai'vins à conjurer le danger.
Mais les défenseurs du Begatto, qui avaient pu se rendre compte de notre faiblesse numérique et nous compter^ en sortirent pour tomber sur notre gauche. Une partie d entre eux attaqua le Tenaglia par tEsplanade des bombes. Nos 12 hommes répondirent à la sommation de mettre bas les armes par un feu nourri et bien dirigé. Leur chef^ r officier Ferré ^ fut blessé à ce moment. Une autre colonne s'avançait en longeant V enceinte et se dirigeait vers la porte degli Angeli, Le capitaine Gorone, qui avait aperçu ce mouvement, réclama le concours des quelques bersagliers du sous-lieutenant Parodi, se porta au-devant des insurtfés^ les chargea à la baïonnette et les délogea des maisons d'où ils faisaient pleuvoir sur nous une grêle de balles, »
Quelques instants plus tard, le gtinera! Alexandre La Marmora arriva sur les lieux. C'était là un grand renfort moral que devait suivre de près un renfort matériel, la tôte de colonne de sa division qui arrivait au pasde course. Oe que Taudace d'une poignée d'hommes avait réussi à conquérir allait être désormais conservé par le nombre. Alphonse La Marmora coucha cette nuit sur les positions qu'il avait enlevées et contrebattit le feu des forts de Test. Le 5, au matin, soutenu par le tir de son artillerie, il
lançait quatre colonnes h Tattaque du centre même de la ville.
« Le colonel Belvédère^ lit-on encore dans le Rapport, devait en partant de San Pier d'Arena attaquer de front la Porte Lanterna avec deux compagnies du 18' régiment,
Moi-méîne, avec la 4' compagnie de bersagliers [capitaine Longoni) et un bataillon du 25^ régiment ^ je devais descendre de San Benigno sur l'enceinte à hauteur de la Chiapella sur San Lazzaro et San Teodoro.
Le» capitaine Govone, avec la V compagnie de hersagliers [capitaine Viariggi) et un hatailllon du 25* régiment^ avait ordre de descendre de la porte degli Ange H dans la ville.
Le général Alexandre La Marmora avec un bataillon du 24* régijnent^ qui prit sur les bastions la place du 25*, et la 2* compagnie de bersagliers [capitaine Canosio) devait s'étendre sur F enceinte jusqu'au fort du Begatto et y pénétrer si faire se pouvait.
Je commençai l'attaque à cinq heures et demie. On ni opposa U7ie assez vive résistance dans les premières maisons que j'enlevai une à une. Il était indispensable de faire un exemple et je fis fusiller le plus enragé de ceux que j'avais pris les armes à la main. J épargnai de la sorte la vie de bien du monde et les insurgés ouvrirent aussitôt toutes les maisons. Entre temps, afin de faciliter Vattaque de front du 18* régiment, j'avais chargé quelques pelotons de bersagliers de prendre de flanc la porte Lanterna dont les défenseurs s* enfuirent parMolo Nuovo, et le colonel Belvédère put ainsi entrer en ville dans l'ordre le plus remarquable, musique en tête^ et se porter sur San Lazzaro enfilé par le tir de la batterie de la Darse.
La 3' colonne, celle du capitaine Govone, opéra sa jonction arec moi à peu de distance de San Lazzaro et je chargeai le capitaine de s'emparer de San Francesco et de San Rocco qui dominent le palais Doria ainsi que des maisons encore occupées par les insurgés. Il s'acquitta de sa mission sans rencontrer grande résistance et arriva à
2B LE GENERAL GOVONE
San Rocco que battaient les batteries des forts et de l'enceinte, Laissant sur ce point un peloton de bersagliers {souslieutenant Anselmi) pour couvrir ses derrières contre les sorties de la garnison du Begatto, il descendit prendre possession de la poudrière du Lagazzo et essaya de se relier avec ma colonne. Le feu très vif qui partait de San Giorgio et le manque de plan de la ville Vempéchèrent d'établir cette communication. Le sous-lieutenant Anselmi repoussa brillamment deux sorties des défenseurs du Begatto malgré les avantages que leur assurait la configuration du terrain et les obligea à lui abandonner 2 canons. Rappelé un peu plus tard par son chef, il rejoignit la colonne qui étaif retournée à San Rocco et dont les feux bien dirigés obligèrent les rebelles à évacuer San Giorgio. »
Le combat tirait à sa fin. Le drapeau blanc flottait sur le palais ducal. Quelques instants plus tard, le corps consulaire entamait les négociations interrompues un moment par Tatlaque, contraire a toutes les règles de la guerre et du droit des gens, tentée par les rebelles massés au palais Principe et par le sanglant épisode qui en fut la conséquence. Gênes était à nous sans qu'il eût fallu verser plus de sang. Il ne restait plus qu'à débattre des points de détail au milieu des récriminations et des atermoiements des chefs du mouvement, et qu'à délivrer celte villelaborieuse et industrielle de ceux qui, abusant du patriotisme ardent et exalté des G<^nois, avaient attiré sur leur cité les horreurs, les maux de la guerre civile.
« L'énergie d'Alphonse La Marmora, écrit à ce propos- Pinelli, tintrépidité et fintelligence de Govone et de Pallavicini épargnèrent à la ville des dommages qui auraient pu être bien autrement sérieux K »
Quelques semaines plus tard, le capitaine Govone était à deux reprises envoyé en mission au camp français sous