D après la minute de la lettre du général
salutaires fie son administration se feront encore sentir en vertu de la loi d'inertie^ pendant un certain temps après sa cessation. Mais je crois aussi qu'après sa cessation les maux renaîtront petit à petit avec plus ou moins dacuité ou de gravité, selon que le Préfet qui succédera au commissaire sera un administrateur plus ou moins expert, et en raison du plus ou moins de fermeté de caractère de ce fonctionnaire...
La plaie de la Sicile, c'est sa détestable administration y ce sont les désordres inouïs qu'on remarque dans l'admis nistration de la justice, dans le personnel de la sûreté publique, dans celui des Préfectures. Les rapports que je reçois m'ont révélé une partie du mal et le reste, la connaissance que j'ai de ce qui se passait dans le Napolitain,, me permet de le deviner. Au lieu de calmer les partis^ entre lesquels chaque commime est divisée, ces abus ne font qu'entretenir la diinsion et, au lieu de frapper les coupables et les meneurs, on les aide et on les soutient.
C'est de la sorte qu'on crée toute une classe d'opprimés^ qui viennent augmenter le nombre des mécontents toujours prêts à accueillir tous ceux qui peuvent servir leurs^ projets subversifs. C'est ainsi que pourra se renforcer le parti rouge et c'est ainsi qu'onpourr ait faire naître le brigandage, comme dans le Napolitain, si les circonstances et la situation s^y prêtaient. Heureusement le brigandage n'a pas de traditions ici : le pays n'est pas aussi sauvage quon le croit, et, ce qui est surtout à considérer, le prolétaire, trouvant assez facilement du travail et généralement avec une rétribution convenable, qui est parfois même asiiez élevée, n'a pas besoin de tenter des coups de désespoir et de se jeter dans la montagne.
Que la Sicile ait une bonne^ administration et elle marchera du même pas que les anciennes provinces. Si on ne lui donne pas cette administration, elle sera toujours à la discrétion du premier aventurier qui y débarquera et que les pouvoirs publics n'auraieîit pas eu f énergie d'arrêter.
Le commandeur di Monale était en bon chemin, et
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jCoccupait de réformer F administration. Il travaille de trois à quatre heures du matin jusqu'à sept heures du soir presque sans interruption. H a autour de lui que/que^ jeunes gens qu'il guide et qu'il fait travailler ferme . Aiiî^si^ ne voit-on pas sortir de ses bureaux {ce qui n'est pas le cizs des services administratifs napolitains et siciliens) les avis qui révèlent aux intéressés les affaires secrètes de fadministration^ et l'on peut être sûr avec lui que Vindiscrétion ou la corruption de son entourage n'éventera jamais les mesures quil va prendre, les arrestations, les recherches qu il a décidées. Il reçoit de nombreux rapports des autorités de Vile et sait parfaitement quels sont ceux auxquels il peut ajouter créance. Il en reçoit aussi des chefs militaires qu'il charge parfois de contrôler ceux que lui fournissent les fonctionnaires civils dont il nest pas sur. Il agit énergiqnement, sa?is craindre la responsabilité et en s'inspirant de sa longue expérience.
Cest tantôt une lettre anonyme, tantôt une conversation qui lui apprend qu'on attribue tin homicide commis, il y a pas mal de temps, à une personne qui jusqu'à ce jour a réussi à corrompre les différents juges, à dérober à leur connaissance un autre crime mystérieux et n'a commis le second que pour se débarrasser d'un parent qui persistait à l'accuser.
Monale charge l autorité militaire de le renseigner, trouve des indices, envoie tmjuge d'instruction récemment arrivé du continent et découvre les preuves et le coupable.
Une autre fois, c'est un délégué qui commet des abus et des injustices. On se tait parce que la presse ne remplit pas encore son devoir et que les opprimés redoutent les représailles. Monale reçoit un rapport du sous-préfet, souvepit aussi des notes émanant de l'autorité militaire. Il suspend alors le délégué dont il demande aussitôt la destitution.
Pour ce qui est des troupes, je dois dire à V. E. qu'elles sont réparties en détachements très nombreux. Du moins dans la division de Païenne et dans la subdivision de Caltanisetta gui a été sous mes ordres, le territoire est divisé en zones.
Chactme de ces zones relève d'un colonel qui a le comman^
élément de toutes les troupes et qui concentre les recherches j)olitiques confiées à ses troupes. Les troupes venues ici sans Jiaine et sans passion apportent à ces investigations une impartialité qiion ne peut pas toujours s'attendre à trouver /rhez le souS'préfet, né dans le pays ou circonvenu par des employés indigènes^ soit achetés^ soit aveuglés par leurs jjossions.
Aujourd'hui que le commissariat est aboli, qui se chargera d'exécuter, de compléter les réformes entreprises et conçues par Monale ?
Les Préfectures ? Mais^ s'il est d'excellents préfets, il y ^n a aussi de mauvais et de médiocres, et les bons préfets ^ux-mêmes ne peuvent pas faire tout le bien qu'ils voudraient, parce qu'ils ont autour cFeux des gens incapables ou malhonnêtes. Je connais des préfets que la nécessité oblige 4) tenir eux-mêmes toute la correspondance et qui passent leurs journées à se noircir les doigts dans l'encre parce qu'ils n'ont personne en qui se fier. Quel bien peuvent-ils faire?
Le Ministère y portera-t-il remède ? Mais le Ministre ou
le secrétaire général pourra-t-il donner quinze heures par
jour à la Sicile ? Les chefs de division eux-mêmes ne le
pourraient pas et de plus qu'adviendait-il dans ce cas de
l unité de direction ?
L'énergie fera également défaut, car, si on peut la trouver dans les mesures prises par un seul homme, on ne peut en attendre autant des décisions émanant de différentes personnes. La distance affaiblira fimportance, cependant bien réelle, des faits. En outre, neuf sur dix de ces faits resteront inconnus. Enfin le faible concours que pouvaitprêterla troupe 'Sera désormais illusoire. A qui s'adresseront les commandants de zones? Assurément pas aux sous-préfets, parce que les affaires confidentielles ne restent pas secrètes dans ces souspréfectures. D'autre part, comme les préfets doivent en référer à Turin, la solution tardera et la troupe se bornera désormais à faire son service ordinaire.
J'ai pris la liberté d'exposer toutes ces considérations ^fin de pouvoir motiver ma conclusion qui consiste à dire
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que la suppression du commissariat royal et le rappel de Monale {qui serait assurément resté si le Ministère l'y avait int'ité en lui promettant de 'soutenir son action) est une calamité, un grave désastre pour Vile,
Ceux qui crient contre le régime piémontais (Piemontesismo), contre les Proconsuls, ce sont tous ceux qui appartiennent au parti intéressé à ce que le pays ne puisse pas se réorganiser. La grande majorité et les personnes influentes déplorent la levée de l'état de siège, et, dans l'intérieur de nie, les officiers d'état-major qui la parcourent pour en faire la topographie m'ont affirmé que, pendant toute la durée de F état de siège, on y disait sérieusement : « A la bonne heure, maintenant on coînmence à éprouver les bienfaits de la liberté. » Et c'est là un fait, parce qu'on avait de la sorte réussi à mettre fln à la tyrannie des scélérats et des impudents.
Pardonnez-moi, Monsieur le Ministre, d'avoir pris la liber té de vous écrire cette lettre particulière et veuillez croire que l'amour seul de la chose publique m'a dicté cette résolution. »
« Ce Ministère ne commence pas bien, écrivait, à peu près à la môme époque ^ le Général Govone au général La Marmora. L'acceptation de la démission de Monale sera l'avant-dernier coup porté à la Sicile. Encore un, et le mieux sera d'abandonner l'ile. Aussitôt après r acceptation de cette démission, Mordini, Crispi et Ferrari ont télégraphié à leurs amis d'ici pour leur annoncer que le Ministère révoquait telle ou telle des excellentes mesures prises par Monale. Nous serons dans de jolis draps si la camorra (clique) parlementaire continue à gouverner au lieu et place d'un ministère fort qui veuille réellement le bien du pays et qui ne se plaise pas à contenter les exigences absurdes^ antigouvernementales du parti d'action. »
On venait en effet de faire un faux pas et ceux qui