‹ Mémoires (1848-1870) (volume 2)Chapitre 24 sur 73 · D'après la minute de la lettre · texte numérisé non relu

D'après la minute de la lettre

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ce moment me parait avoir été la conséquence d'une tentative du parti révohuionnaire qui voidait profiter des changements apportés au fonctionnement de l'autorité civile à Palerme pour marcher de r avant et s imposer

f ai lieu de croire que les agitateurs eux-mêmes ont compté sur des partisans qui n'existent que dans leur fantaisie

J'en reviens à la ville de Palerme. Le commerce y a quelque peu progressé. L'ouvrier a du travail. L'administration de la sûreté publique et le reste fonctionnent mieux; d'où cette amélioration dans F état des esprits çue la popidation constate en comparant ce qui s'y passe actuellement à ce qui se passait il y a un an. Il y a cependant encore des mécontents, ce sont ceux qui postulent sans rien obtenir, les employés remerciés ou qui craignent de féire, etc., etc., et ce sont eux qui éonvent en province pour faire part de leur mécontentement.

Pour ce qui est de t intérieur de file, plusieurs détachements sont rentrés hier et avant-hier des provinces de Trapani et de Termini et j'ai longuement interrogé leurs chefs. Ils me disent en général que l'esprit des populations est plutôt bon que mauvais. Un petit nombre d'entre eux sont seuls en mesure d'affirmer que i esprit des communes où ils étaient en garnison était complètement satisfaisant. La plupart reconnaissent qu'ils ont constaté partout tes traces très vivaces de r existence de partis qui font beaucoup de mal aux communes. Bien que ces partis s'affublent du nom de Bourboniens ou de libéraux [parfois aussi de Grecs ou de Latins), au fond le véritable mobile qui les pousse, c'est le désir de la domination dans la commune. La révolution n'a fait que changer les râles. Ceux qui avaient autrefois le dessus sont maintenant les plus faibles et on les appelle Bourboniens, bien qu'en réalité il n'y ait en Sicile que fort peu de partisans des Bourbons. Jusque-là, rien que de fort naturel et de fort logique. Mais le mal vient de ce que ceux qui sont nouvellement arrivés au pouvoir ne se tiennent pas dans les justes limites imposées par la loi à l'autorité communale ou à la garde na-

tionale. On commet des excès qui amènent des représailles. Cest ainsi que le major Torre^ qui a résidé quelque temps à Caslellamare et qui y a acquis une certaine popularité^ H hésite pas^ après y avoir fait des enquêtes minutieuses^ à attribuer aux provocations et aux vexations du parti soidisant libéral et qui est actuellement le plus fort la fameuse émeute qui a eu pour conséquence le débarquement^ en 1862, du général Quintini chargé d'y rétablir l'ordre. Les haines sont tellement vives sur bien des points, que dans beaucoup de localités, comme par exemple à Lercara [Termini] les^ habitants restent chez eux ou rHen sortent plus qu'escortés par leurs partisans.

Le parti opprimé n'a aucun intérêt à ce que les affaires: publiques marchent bien et propage à demi-voix les nouvelles les plus absurdes. Cest lui qui est cause qu'on ne peut procéder à la conscription dans les commîmes où il y a lutte entre les partis, tandis qu'elle s'effectue dans les communes voisines où les partis n'existent pas et dans celles où la situation n'est pas tendue.

Mes officiers m'ont cité parmi ces dernières C. . . {je crois qu'il s'agit de Castronovo dans la province de Termini) et S. Ninfa [Trapani) où il n'y a ni partis, ni réfactaires, et dix ou douze autres commîmes dans lesquelles la situation est toute différente. Les officiers revenus de ces deux provinces sont tous d'accord pour me dire que, partout où la levée n'a pas réussi, on avait répandu le bruit du prompt retour de François II

Ces réfractaires sont dangereux par leur nombre. Aucun de mes officiers ne m'a signalé cependant l'apparition de handes. Des officiers isolés ont rencontré quelques-uns de ces individus et leur ont parlé. Ils ne sont pas agressifs; ils cherchent seulement à échapper à la force publique. Quand on va les rechercher chez eux, ils s'enfuient dans la campagne et se groupent. Quand on les poursuit, ils se défendent comme cela vient de se produire du côté de Castellamare et dans une a/faire qui a eu lieu, il y a environ un mois, ûvec un détachement du 52* chargé de perquisitionner. Il y

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^ quelques joursy un officier détat-major occupé à des travaux topographiques a été attaqué par deux hommes armés. Ce ne sont encore que des faits isolés. Mais V. E. jugera sans doute que si l'on laissait cet état de -choses durer plus longtemps, il y aurait Heu de craifulre de voir le brigandage naître et se développer dans ces provinces.

J'ai voidu savoir par les officiers qui ont vu les choses de près s'ils avaient à me soumettre quelque proposition de nature à amener ces hommes à se présenter.

Mais il ne faut s'attendre à aucune espèce de concours qui vienne aider et faciliter les recherches de f autorité^ tant par peur qu'à cause des vieux préjugés contre la loi et le gouvernement, préjugés qui sont un héritage de r ancien régime.

Si la conscription donne des résultats encore moins favorables que les années précédentes, il faudra^ d'après fftes officiers, en attribuer la cause à Fentente existant entre le parti garibaldien, les mécontents bourboniens et les moines qui nous sont décidément hostiles.

En somme, les plus intelligents des officiers qui ont tenu pendant deux ans garnison dans fintérieur de l'ile sont d'avis que la situation s'est aggravée. On ne trouve presque plus personne qui ose se dire partisan du gouvernement. Ce n'est pas la politique intérieure ou extérieure qui a amené ce résultat. Il n'est pas plus question d'un ministère que dun autre. C'est à peine si les grands Messieurs des petites communes savent ce que c'est qu'un Ministre. Mais on voudrait avoir des routes, des chemins de fer et une force publique capable de protéger les individus. On voudrait aussi n'avoir ni impôts ni conscription et on se soucie encore bien moins de prêter main-forte au gouvernement pour faire exécuter et respecter la loi.

... Ceux de mes subordonnés qui connaissent le mieux le pays m'affirment, en me faisant V exposé des maux dont ils ont constaté t existence, qu'on n'a pas à redouter fexplosion de mouvements politiques, que le seul danger

réel provient du grand nombre des réfractaires^ que la masse de la population est de caractère facile et qu^elle se laissera gouverner sans peine^ dès qu'on aura fait disparaître les vices et les abus provenant de r ancien régime ^ dès que la loi aura repris F autorité qu'elle doit avoir. »

La froide dloquence des chiffres et des faits suffira pour montrer combien on était encore loin de pouvoir faire appliquer et respecter la loi ^ : 1.500 assassinats avaient été signalés dans Tespace de deux ans par les carabiniers ; et, comme il y en avait bien d*autres qui restaient non seulement impunis, mais ignorés, on pouvait estimer qu'il se commettait en Sicile plus de 1.000 assassinats par an. — 80 carabiniers avaient été pendant le môme laps de temps victimes du devoir, et le mal croissait tous les jours : 34 d'entre eux avaient été tués ou blessés, rien que pendant les premiers six mois de Tannée 1863. — Des régions entières étaient ensanglantées par les haines féroces de partis ou de familles qui amenaient souvent Tassassinat de familles entières et qui obligeaient les survivants à s'exiler. — D'autres pays étaient terrorisés par des bandes de malfaiteurs. Sur certains points, les propriétaires étaient depuis deux ans obligés d'abandonner leurs terres aux paysans et n'osaient plus sortir de leurs maisons. — La justice et la police, que, pour les raisons que nous avons déjà dites, on n'avait pas pu réformer et épurer, mal secondées par des éléments nouveaux dans le pays et manquant d'expérience, ne pouvaient endiguer le mal, et la plus grande partie des crimes restaient impunis.

C'était sur ce déplorable état de choses que venait se greffer le danger des réfractaires — qui, comme on l'a vu,

\. Nous ne citons pas les lettres qu'écrivait sur la situation de la sécurité publique en Sicile le général Govone au ministre Délia Rovere parce que ces lettres ont été en partie lues par ce Ministre à la Chambre et parce que tout ce qui résulte du discours du général Govone, que nous donnons à ÏApptndice^ suffit pour faire la lumière sur des faits aussi douloureux.

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commençait dès 1863 à devenir Tobjet principal des préoccupations.

Le nombre des réfractaires et des déserteurs n*avait fait que s'accroitre en raison même de Timpunitédont ils avaient joui au cours des deux années qui avaient suivi la première conscription Faite sous Timpression d'un enthousiasme général. Les trois levées donnaient déjà en 1863 un total de 26.225 réfractaires et déserteurs. Les moyens employés dans les circonstances ordinaires avaient permis d'en arrêter, non sans peine, 3.759; mais il en restait encore plus de 22.000 qui s'étaient dérobés h leurs obligations et se moquaient de Timpuissance de la loi^

Le préjudice moral et matériel que cet état de choses faisait éprouver à Tarmée, préjudice qui augmentait d année on année et qui permettait déjà de prévoir l'arrivée du moment où la Sicile ne fournirait plus un seul soldat^ était incontestablement des plus graves. L'impuissance du gouvernement risquait de discréditer la loi et le principe d'autorité, et le nombre considérable de ces réfractaires constituait, à lui seul, un véritable danger pour la sûreté publique.

InofTensifs dans le principe^ comme nous l'avons fait

i. Les chiffres communiqués à la Chambre par le Ministre, le général DeUa Rovere, sont les suivants :

Classe 1840, réfractaires 4.987. déserteurs 2.932, ayant déserté par lasuite 1.419

Ces chiffres sont, il est vrai, exagérés par cela même que les autorités communales avaient commis de grosses erreurs en établissant leurs listes.

Le général Govone évaluait à 10.000 environ le total réel des réfractaires. C'était déjà joli. De plus, pour avoir une idée exacte des conditions de la Sicile, il convient d'ajouter à ces réfractaires tous les individus qai se cachaient dans la campagne ainsi que les criminels et délinquants de tout genre.

2. « Qui donc, s*écriait dans le Pungolo le général Bixio en défendant Tœuvre du général Govone, devra combath*e pour r Italie? Encore les Français? Eh quoi! dans une ville comme Païenne, dont la population est de 186.000 âmes, dans une ville qui, pour la délivrer, a vu accourir des Italiens de toutes les provinces, il y a 4.000 réfractaires et déserteurs? Mais, si tes autres villes et provinces d'Italie en faisaient autant, qui délivrera Venise, Rome et les antres parties du pays encore occupées par l'étranger. »

voir, les réfractaires, dont une partie au moins n'aurait peut-être pas songé h nuire, en arrivèrent par la force même des choses au crime.

Recherchés et souvent forcés de se jeter dans la campagne, réunis en bande, mis en contact avec les malfaiteurs de profession, contraints à se procurer le nécessaire par n'importe quels moyens, ils en vinrent bientôt à constituer une espèce de réserve à la disposition des véritables bandits. Les faits signalés alors, soit par les autorités, soit parla presse, prouvent d'ailleurs qu'à partir de ce moment les réfractaires participent à tous les crimes qui désolèrent la Sicile. C'est en effet à partir de ce moment qu'ils commencent, eux aussi, à donner la chasse aux carabiniers, qu'ils exécutent pour leur compte toutes sortes d'agressions, qu'ils ne reculent plus devant Tassasinat. Ils cessent dè^ lors d'être de simples réfractaires pour devenir bientôt des criminels de droit commun.

Vers le mois de mai, le général Govone prenait l'initiative de tenter les premiers essais du procédé qui devait délivrer la Sicile des dangers qui la menaçaient et la désolaient et livrait les premières escarmouches de la campagne qui allait commencer.

« Tai fait ces jours-ci^ écrivait le général Govone au Ministre Peruzzi, le 10 juin 1863*, queiques expériences relatives à la question des réfractaires et vous me pardonnerez si y entre dans quelques développements afin de vous faire connaître F état exact de cette question.

V. E. sait que le canton de Misilmeri est notoirement m des plus mauvais de ces parages. Il renferme ungrand nombre de réfractaires et de malfaiteurs. Bien que depuis longtemps on y ait détaché une compagnie^ les recherches auxquelles elle procédait^ ne donnaient que peu de résul^ tats^ et c'est ainsi qu'une patrouille qui poursuivait un de ces individus a été accueillie par les populations avec des insultes et des menaces. J'ai aussitôt envoyé dans le pays

i. D'après la minute.

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un officier supérieur chargé d'étudier la situation^ de voir si les réfractaires habitaient leurs maisons et s'il y avait moyen de tenter tme surprise. Sa réponse fut affirmative.

Après m' être entendu avec le préfet et avoir pris les ordres du général Carde rirui, je fis partir 3 bataillons et 10 sous-officiers de carabiniers et cerner de nuit le pays gue Fon bloqua de façon à empêcher d'en sortir les jeunes gens appartenant aux dernières classes.

On perquisitionna ensuite^ en respectant toutes les formalités prescrites par la loi, les onze cent cinquante maisons, en isolant successivement à l'aide d'un cordon de troupes les quartiers que Fon avait déjà visités et on y arrêta tous les jeunes gens qu'on y trouva, environ deux cents. Il ne s'agissait plus que de reconnaître ceux cT entre eux qui étaient réfractaires.

Je fis réunir le conseil municipal qui ne voulut pas fournir les renseignements indispensables et essaya de donner le change. Il fallut appeler huit hommes de confiance qui furent tout aussi inutiles que les conseillers municipaux. Enfin on fit venir en dernier lieu les curés avec les registres de féiat civil.

On fit alors appeler isolément chacun des jeunes gens qui dut déclarer son nom... Chacun d'eux passa ensuite devant les hommes de confiance qui devaient eux-mêmes faire connaître le nom de chacun et le reste. Et après cela on avait recours à l'état civil.

Mais, malgré toutes ces précautions et ces formalités^ on n'obtint pas grand résultat. Le conseil municipal et les personnes de confiance persistaient à rester muets et, quant aux registres, ils étaient dans le plus grand désordre. Force fut de relâcher presque tout le monde, soit enraison de l'impossibilité de rien découvrir, soit en présence des documents qu'ils produisaient. J'ai pu constater que la plupart des documents étaient faux et je n'en tiendrai plus aucun compte.

On arrêta deux ou trois réfractaires, cinq ou six sus^ pects. Bien inaigre résultat poitr un pareil travail.

V, E. trouvera peut-être qite le moyen était violent; mais les populations se sachant dans leur tort se sont bien gardées de se plaindre.

Après cette perquisition que la mauvaise volonté des gens du pays avait fait échouer y je rappelai une partie de la troupe^ ne laissant à Misilmeri que 4 compagnies avec un excellent major ^ actif et intelligent ^ auquel j^ avais prescrit de n accorder ni trêve ni répit. On fit toutes les mats trois ou quatre perquisitions dans les familles des habitants aisés ou riches qu'on savait avoir des réfractaires parmi leurs parents. On battit la campagne tous les jottrs, on arrêta tous les jetmes gens qu'on trouva et on garda ensuite les coupables. Enfin on exécuta des surprises et des perquisitions nocturnes dans les commîmes voisines.

A u bout de deifx semaines d'opérations de ce genre ^ la population commença à céder. Qtielques habitants aisés se présentèrent les premiers. Le mouvement de présentation est commencé et s'accentue. Jusquà la date d hier j il y avait eu li^O présentations dans le canton de Misilmeri. Au jourdhuiy iO, il y a foule au conseil de recrutement devant lequel iOO réfractaires se sont présentés. En outre y plus de cO déserteurs se sont constitués volontairement pendant les trois dernières journées

Dans rétat actuel des choses, je crois impossible de procéder autreînent. Le système que j'emploie consiste à ramener f ordre légal^ à rétablir l'obéissance dans un canton et à continuer successivement de la même façon dans les cantons voisins. Si la déconfiture des voisins décourage les autres et les amène à céder complètement, nous arriverons assez facilement au résultat désiré. Mais, s'il fallait répéter dans beaucoup de cantons t entreprise de Misilmeri, la chose serait impossible parce que nous n'avons pas assez de monde pour cela et que les soldats n auraient pltis la force physique nécessaire pour s'acquitter d'une tache aussi rude. ^.. ...... ...........

V. E. remarquera que je parle toujours des réfractaires et des déserteurs, et à peine des malfaiteurs. En effet, les

moyens qui peuvent assez bien réussir avec les premiers ne donneraient que de maigres résidtats avec les seconds. Les malfaiteurs ne viendront pas, comme le font réfractaires et déserteurs, se présenter d'eux-mêmes, rien que parce qu'on les moleste quelque peu. Ceux-là, il faut les arrêter^ et pour le moment on n'opère que fort rarement des arrestations et des battues en rase campagne,.. Il faut y pour réussir dans ce cas, tendre des embuscades et y placer des carabiniers et de la troupe. Mais alors. Userait nécessaire de mettre un détachement de troupes dans chaque commune qui possède des carabiniers et de procéder à un fractionnement impossible à faire avec les effectifs dont nous disposons. De plus, quand par hasard la troupe s'empare d'un malfaiteur, il se trouve toujours plus de gens pour se porter garants de l'honnêteté du prisomiier que de témoins pour reconnaître un coupable,,, V obstination avec laquelle on se refuse à aider les recherches de la force publique va ici jusqu'à f héroïsme. C'est une vertu qui a un nom spécial et qu'on a appelée dans le jargon populaire omerih. Je vais vous citer quelques exemples tirés de ce qui s'est passé pendant les trois derniers jours : Un homme frappé à mort a refusé de faire connaître son meurtrier. Un autre, auquel on a fracassé le crâne d'un coup de bêche dans un champ, à quelquespas d'im de mes détachements, n a jamais voulu indiquer celui des trois ou quatre individus présents sur les lieux qui venait de le mettre dans cet état et a prétendu qu'il s'était blessé à la tête en tombant. Cette vertu de /'omertà a même cessé d'être le privilège exclusif des classes popidaires. Avant-hier, un certain avocat S..., de Lercara, un homme qu'on dit être riche, instruit et intelligent, est venu chez moi se plaindre comme d'une insulte, en me disant qu'on voulait le faire passer pour un espion, d'un article paru dans le Corriere Siciliano. Dans cet article, on le félicitait d'avoir logé les carabiniers dans sa maison et de faire fi des menaces et des dangers auxquels il s'exposait, en signalant à la force publique les bandits et les malfaiteurs qui infestaient le territoire.

K. E. jugera d'après cela des difficultés que rencontre C action de la force publique . Les malfaiteurs ne craignent pas de continuer à vivre chez eux^ même dans les endroits où nous avons des carabiniers et de la troupe. A Misilmerij le jour OH on cerna cette localité^ un bandit était tranquillement chez lui en société de plusieurs gens de son acabit et la population ne révéla le fait que lorsqu'il eût réussi à s'enfuir... La plaie est très profonde. Pour ma part, je tous avoue que, si Ton veut rester dans la légalité, je ne vois pas comment on pourra en finir promptement avec les scélérats. Il me semble qu'il faudrait faire partager à la population la responsabilité qui pèse jusqu'ici exclusivement sur la force publique et on y arriverait en organisant les gardes nationales et en les faisant concourir au service dordre et de police. Actuellement, ou bien elles n existent pas, ou bien, là où on a eu tair de les organiser, on s'est gardé d'observer les principes les plus essentiels et on y a incorporé la lie de la population.

C'est à V. E. de voir s'il lui convient de tenter d'organiser les gardes nationales dans les différentes communes, en ne faisant entrer dans leur composition que les propriétaires, et ^'il se pourra trouver un moyen de les astreindre à un service quelconque, en cas de besoin. Je crois que, si cela pouvait se faire, on ne tarderait pas beaucoup à considérer, non plus comme une honte, mais comme un titre de gloire, les services rendus à l'ordre public. V. E. peut être certaine qu'il y aura des luttes acharnées à soutenir contre l'inertie et les mauvaises passions, mais il me semble que la victoire ne serait pas sans gloire.

En résumé, je crois qu'il s'agit ici de résoudre deux problètnes essentiellement distincts : obliger les réfractaires à obéir à la loi — rechercher les bandits. Les moyens qui permettront d'en finir avec les premiers seront à mon avis absolument insuffisants à F égard des seconds *

1. Le général examinait ensuite les différents moyens auxquels on pouvait aYoir recours : déférer aux tribunaux militaires les réfractaires, ceux qui les encourageaient à persévérer dans leur refus d'obéissance & la loi, ainsi

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F. E, se préoccupe à bon droit de la sécurité publique dans Vile, Mais V. E, sait aussi que cet état de choses est en rapport direct avec le degré de civilisation de ces popula^ tions. La civilisation^ la situation politique... fétnt des partis^ le désarroi de l'opinion publique, les passions^ les vices et les vertus mêmes , en un tnot l'état actuel du midi de V Italie et des populations de l'Italie méridionale, ne sauraient être comparés qu'à la situation de l'Angleterre pendant les premiers temps qui suivirent le couronnement de Guillaume III d'Orange. La similitude est complète.

Les mêmes causes produisent ici, à peu de chose prèsj les mêmes effets, et puisqu'il s'agit de lutter pour déraciner les maux actuels, les exemples et les expériences de Vhis^ toire nous donnent au moins les quelques consolations qui seules, lorsque nous comparons les minces résultats obtenus et la somme d'énergie qu'on a dépensée, nous empêchent de nous laisser aller au désespoir. »

Pendant que, sans se laisser décourager par Tinsuccès relatif de ces premières tentatives, le général Go voue terminait sa lettre au ministre par ces paroles qui prouvent que, malgré toutes les difficultés de Theure présente, il ne cessait d'avoir foi en l'avenir, Topinion publique, préoccupée à bon droit par les désolantes nouvelles qu'on recevait de Tîle, pressait avec plus de force et d'insistance que jamais le gouvernement de mettre fin k ce déplorable état de choses. Le parlement, les journaux, les députés et les conseils de la Sicile se faisaient les porte-paroles de ces malheureuses populations que les mœurs et les habitude» qu'elles avaient contractées sous un long régime de despotisme mettaient dans l'impossibilité de prêter main-

que les propriétaires fort nombreux qui avaient des réfractaires à leur service^ — procéder à un désarmement général, — prendre certaines mesures relatives à remploi de troupes montées, etc., etc.

forte à la loi, mais qui n'en étaient pas moins cruellement éprouvées. Vers la mi-juin, le minisire essaya donc de se rendre aux légitimes désirs du pays et prépara en secret les premières directives, encore bien vagues, d'une vaste opération militaire, destinée à délivrer le pays, à y rétablir Tordre, et à relever le prestige de l'autorité.

Le 25 juin, à la veille du début des opérations, le général Govone écrivait au général La Marmora'.

« Le Ministère^ ennuyé des désagréments que Vétat de la Sicile lui cause au Parlement^ s'est décidé à faire quelque chose et ni envoie avec vingt bataillons rechercher dans la province de Girgenti les réfraclaires^ les déserteurs et les bandits,

f écris à V. E. au moment de partir. Les troupes sont déjà disposées en cercle sur les confins de la subdivision de Caltanisetta et fg entre demain matin, marchant lentement y battant le pays le plus et le mieux possible, arrêtant tous les gens que je trouverai dans la campagne et quiy par leur âge et leur apparence, me seînbleront être des ré frac- (aires ou des criminels, cernant enfin les localités et y faisant des perquisitions à fond.

Le Ministère ne donne pas d'instructions détaillées. Il ne peut peut-être pas le faire, parce que, si elles étaient énergiques, elles pourraient lui causer de l ennui, et que, si elles étaient trop douces, on n'arriverait à rien. Moi, j'en ai donné en m'inspirant des considérations qui me paraisment être les mieux appropriées aux circonstances et les plus propres à ni assurer quelque résultat utile. Malgré cela, malgré toute la lenteur avec laquelle j'ai recommandé de marcher, je n ose pas croire que cette promenade produise grand effet.

Il est toutefois certain que les réfractaires, trompés et abusés au moment de la levée par le bruit du retour des Bourbons répandu par les partis hostiles, commencent à

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