‹ Mémoires (1848-1870) (volume 2)Chapitre 26 sur 73 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

MISSION A BXBLIN^

L*alliaDce qui devait procurer tant d'avantages à Tltalie et à TAUemagne et servir pendant tant d'années de base à la politique extérieure du royaume présenta, lors de son origine, d'étranges particularités. Bien qu'elle fût la solution la plus naturelle et la plus logique à laquelle il fût possible de s'arrêter, elle n'en inspira pas moins à ses débuts une profonde et insurmontable méfiance.

11 est toutefois juste de constater d'abord que ce fut l'Italie qui, la première, grâce au génie de Cavour, avait compris l'analogie qui existait entre la mission historique du Piémont et celle de la Prusse, la communauté des intérêts des deux nations, l'identité des buts auxquels elles tendaient et des adversaires qu'elles devaient trouver sur leur route*, et que, lorsque l'heure fut venue, les

1. Le général Govone n*a pas laissé de journal de sa mission à Berlin et naturellement il n'y a pas fait allusion dans ses lettres particulières. Nous avons sous les yeux les minutes des rapports et télégrammes qu'il expédia de Berlin, des fragments des mémoires qu*il rédigea à différents moments et enfin un mémoire sommaire qu'il établit k son retour et dans lequel il résuma brièvement ses impressions, sa manière de voir et expliqua certains points de sa mission. Ce mémoire demeura incomplet, le général ne i acheva pas, ne le compléta pas ultérieurement. Et c'est de ce mémoire, que nous avons développé en le complétant çà et là & l'aide des autres documents que nous venons d'indiquer, que nous nous sommes servi pour r^ger ce chapitre.

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successeurs de Cavour ne perdirent pas de vue la rc^alisation de ce programme.

La Prusse, au contraire, semble n'y avoir songé, ne s>n être aperçue que plus tard. C'est ainsi que souvent, en 1859, par exemple, on la voit agir dans un sens diamétralement opposé à ses intérêts et qu'en 1865, à la veille de Gastein, le comte de Bismarck était peut-être encore le seul à comprendre Timportance que pouvaient avoir pour la Prusse et pour la réalisation des projets qu'elle caressait, Tattitude et la coopération de Tltalie.

Il convient du reste de reconnaître que, si les deux puissances se défiaient également l'une de l'autre, ces défiances étaientbienplusjustifiéesdelapartde l'Italie que de celle de la Prusse. L'Italie en était arrivée au point où une nation est forcément, fatalement obligée de devenir l'alliée de toute nation qui di'clarera la guerre à son ennemi du moment. Toute puissance décidée à entamer la lutte avec TAutriche pouvait compter sur l'épée de l'Italie. Ses frontières ouvertes, son corps mutilé, les aspirations de tout un peuple prêt à tout sacrifier pour reconstituer son unité, la loyauté même dont cette nation avait donné tant de preuves étaient autant de gages de sa sincérité.

Il n'en était pas de même pour la Prusse. Aujourd'hui qu elle a satisfait ses désirs et son ambition, rien n'empêche ceux qui se llattent d'être «les philosophes de l'histoire » d'affirmer que la Prusse était arrivée à un tournant de rhistoire et que la lutte entre les deux grandes puissances germaniques et la dévolution de la suprématie de l'une à l'autre de ces puissances s'imposaient fatalement. Mais, à ce moment, les Prussiens croyaient si peu que l'heure décisive et fatale eiH sonné, que l'occasion, qu'on avait laissé échapper à Olmiitz et qu'on paraissait avoir perdue à Gastein, se présentât i\ nouveau, et que, cette fois, le moment favorable fût arrivé — que, jusqu'à la veille de la guerre, ou même, pour mieux dire, jusqu'au lendemain de la victoire, ils n'acceptèrent qu'à contre cœur,

la politique de leur grand homme d'Ëlat. Par habitude» par instinct, c'était vers le Rhin que se tournaient les haines, les passions nationales. L'Autriche, en dépit des faibles liens qui la rattachaient à TÂllemagne et à Télément allemand, continuaitnéanmoins à incarner, bien plus que la Prusse, aux yeux de la majorité des populations, la représentation légitime non seulement de la nationalité, mais de Tidée germanique. Ni la nation, ni l'armée, ni le roi lui-même ne désiraient la guerre.

Bismarck, seul, absolument livré à lui-même et abandonné de tous, était plus que jamais décidé à suivre la voie dans laquelle il s'était engagé et proclamait hautement ses desseins. Mais disait-il la vérité? Et, même dans ce cas, quelles étaient ses chances de succès?

C'était sur la sincérité même de ses intentions qu^il était alors permis, quoique à tort, de concevoir des doutes. Les souvenirs de ce qui s'était passé au mois d'août de l'année précédente étaient encore trop vivants. Bien qu'à ce moment les relations entre l'Autriche et la Prusse fussent arrivées à un tel degré de tension que la guerre semblât à tous inévitable et prochaine, quoique le comte de Goltz eût déjà sondé le Gouvernement français pour connaître l'attitude qu'il adopterait en cas de rupture avec l'Autriche, quoiqu'à Florence le comte d'Usedom eût affirmé au gênerai La Marmora que le conflit était imminent, le monde entier n'en avait pas moins reçu tout à coup la surprenante nouvelle de l'accord intervenu à Gastein entre l'Autriche et la Prusse, accord qui semblait clore définitivement le litige. Les combinaisons de Bismarck avaient fait long feu. Il fallut que Goltz fît appel à toutes les ressources, à toutes les finesses de son esprit pour expliquer et atténuer à Paris la portée de la convention qu'on venait de conclure. Usedom disparut de Florence, où on ne le revit qu'au bout de deux mois.

Ce ne fut que plus tard que le comte de Bismarck put

donner une explication à peu près satisfaisante de cette

onvention équivoque. Il la dépeignit comme un expédient

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habilement imaginé par lui pour détruire par la force même des choses les dernières illusions de son roi, qui persistait à croire à la possibilité de s'entendre d'une façon sérieuse et durable avec l'Autriche. On devait, d'après lui, n'y voir que le moyen de précipiter la rupture avec cette puissance en l'exaspérant par l'interprétation machiavélique qu'il allait donner à des stipulations volontairement ambiguës. « Il y a, écrivait-il dans le langage imagé qu'il se plaisait à employer, des chiens qui sont calmes et inofîensifs tant qu'on les laisse courir librement. Il suffit de les attacher pour qu'ils deviennent hargneux. »

Mais, si le jeu dangereux et compliqué, dans lequel les traités signés en vue du maintien de la paix allaient devenir entre ses mains des armes aiguisées pour précipiter la guerre avec rAutriche, devait réussir complètement à l'égard de cette puissance, ce même jeu ne pouvait d'autre part manquer d'accroître les difficultés qu'allait rencontrer Bismarck, qui tenait seul entre ses mains les ficelles de ses combinaisons, lorsqu'il allait s'agir pour lui de conclure des accords avec ceux qui pouvaient à bon droit croire qu'il les avait joués.

On ne saurait donc s'étonner si, lorsque dans les premiers mois de Tannée 1866 il recommença ses démarches à Florence, lorsqu'il fit entrevoir la probabilité d'un conflit^ le général La Marmora accueillit ses ouvertures avec une certaine réserve et déclara nettement qu'il ne se contenterait pas de paroles en Tair, de conventions conçues en termes vagues, mais qu'il était fermement résolu à exiger des engagements précis, déterminant les conditions d'une action commune et énergique.

Ce fut dans cet esprit qu'il donna, le 8 et le 9 mars 1866, ses instructions au général Govone, instructions toutes verbales, à l'exception de quelques indications^ contenues dans

1. Lettre de créance adressée au comte de Barrai, le 9 mars 1866, publiée dans le Livre vert.

la lettre qui accréditait le général. La Marmora garda pendant quarante-huit heures près de lui, à Florence, Govone^ qui passa la plus grande partie de ces deux journées dans le cabinet du ministre. Celui-ci lui exposa en détail ses vues, lui donna des conseils, le munit des instructions verbales qui lui paraissaient devoir s'adapter aux différentes hypothèsesque pouvait faire naitre la situation dans laquelle le général trouverait la Prusse, situation qu'on ne connaissait pas bien à Florence, et dont on ne pouvait même pas se faire une idée à peu près exacte, par cela même que la politique allemande se complaisait, à ce moment surtout, à se mouvoir au milieu d'équivoques devenues proverbiales et de complications inextricables ^

La mission confiée à Govone avait donc bien moins* pour objet de conclure un traité d'alliance dont non seulement on ignorait la portée, mais dont la possibilité même semblait douteuse, que de reconnaître le terrain et de s'assurer du degré de confiance qu'on pouvait accorder aux ouvertures et aux propositions des Prussiens. On se réservait la faculté de signer plus tard, selon les circonstances, une convention politique ou militaire nettement définie, bien précise, le jour oii l'Italie aurait acquis la certitude que ses alliés ne l'abandonneraient pas et qu'elle ne serait pas, elle non plus, contrainte de leur fausser compagnie. L'Italie était en effet décidée à tenir à tout prix et jusqu'au bout les engagements qu'elle aurait pris.

C'était là un mandat à la fois très vaste et nettement restrictif, par cela même que ces instructions^ semblaient exclure la possibilité d'une entente pure et simple en vue d'une action commune, d'une entente qui n'engageât pas la Prusse, d'une entente précisément telle que la désirait le comte de Bismarck.

Le général Govone avait respiré à Florence une atmos-

1. D'après le mémoire dont il a été question et une lettre du général GoTone au capitaine Chiala, 31 mars 1870.

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phftre imprégnée de déGance. Il allait se retrouver dans un air ambiant de môme nature à Berlin.

Le corps diplomatique tout cnticrétait alors convaincu que les diiïtTcnds qui divisaient l'Allemagne, celte patrie Au raisonnement calme et froid, loin de se trancher par le fer (on s'appuyait sur les précédents d'OImiitz et Aa. n^ctoin^ ollal^tnt s'embrouiller davantage jusqu'au in longéchangede notes diplomatiques, tiles conrérences essentiellement docvcrait le moyen d'aboutir à une soluiix deces diplomates qui étaientun peu , initiés aux projets de Bismarck et qui eu mieux le fond de sa pensée, font en 1 travaillait réellement et sincèrement e, ne pensaient pas que le roi et la naît pousser les choses aussi loin, et on ou l'autre, peut-fttre même au dernier e qu'elle mission conliéc à un général it fin au dilTérend.

'al, ministre d'Italie à Berlin, partageait ajorité'. Foncièrement loyal et franc, impressionné par les allures louches • les circonstances avaient en quelque la politique prussienne, connaissant à de l'Allemagne, mais n'ayant pu voir jeu de Bismarck, Barrai se défiait de ée de son nouveau collègue, il le mit en 'duc/ions de la Sîri-ne prussienne. Dans au général, il lui démontra que le jeu se renouveler, que Bismarck allait vastes horizons aux envoyés italiens, ilouir en faisant luire à leurs yeux dus tentantes, qu'il essayerait de leur de traité pour montrercetle convention

îi l'Autriche et obtenir ainsi sans coup férir la cession «Juchés de l'Elbe*.

Ce fut au milieu de ces idées préconçues et de <lérmnces que se fit le premier pas qui devait condui l'alliance. Le jour mfime de son arrivée (le 14 mars i8 le général se rencontra pour la première fois avei «omte de Bismarck, qui lui exposa avec une franc presque brutale, tant elle était vigoureuse, ses projets |)lans et la voie qu'il comptait suivre pour les réali « Je floh rfconnailre, écrivait fiovone h. son rei *liie le comte de Bismarck a toujours suivi le che qu'il m'avait indiqui- dèn le premier Jour'. >>

.Mais, outre que ce chemin s'écartait et différait sensi ment decelui dans lequel onavaitrccommandé aux pi potenliaires de s'engager, ce qui était encore plus gi 1- 'était que le comte de Bismarck était à ce moment c l'impossibilité de prendre non seulement vis-à-vis l'ilalie, mais môme vis-ù-vis de lui-mômc, l'engagen de le suivre jusqu'au bout avec quelque chance succès.

Les idées développées par le comte de Bismarck, Je ce premier entretien et dans les conférences ultérieu portaient en substance sur les points suivants :

En soumettant à la Conféiié ration ses projets de réfo et de création d'un Parlement allemand, il comptait j voquer en Allemagne un désarioi et une confusion qu'il serait impossible d'en sortir autrement que par guerre avec l'Autriche, guerre dont les résultats aura pour conséquence l'établissement de la prépondéranci la Prusse sur l'Allemagne du Nord. Mais, avant de s gager dans cette voie, il lui fallait absolument se me tlabord d'accord avec l'Italie, s'assurer son appui doi avaitbcsoin pour arracher le conscntementdu roi et £ ver plus facilement à s'entendre avec la France. Dan Itut, !e comte de Bismarck comptait proposeï' à t'ilalit

t. D'ftprès le Diéuioire indiqué plus haut.

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traité par lequel cette puissance s'engagerait dès lors à tirer IVpde (tes qu'elle y serait invitée par la Prusse et aux termes duquel la Prusse prendrait de son cdté l'engagement d'aider, mais seulement en cas de guerre, l'Italie à obtenir la solution de la question de la Vénétie.

Au lieu d'être, comme on le croyait à Florence, le commencement d'une politique belliqueuse arrivée au point critique qui devait résoudre le litige par une guerre, l'alliance n'aurait été, dans ces conditions, qu'un instrument, qu'une arme de plus remise entre les mains de Bismarck, une arme dont il se serait servi à sa guise pour précipiter l'explosion d'une guerre qui semblait d'autant pluslointaine qu'il recherchait encore le pri^texte qui devait la provoquer. Peut-être aurait-oD pu, & la rigueur, accepter cette combinaison en s'en remettant aux hasards de la fortune, mais à unecondition toutefois: il fallait que l'arme que l'Italie aurait fournie à la Prusse afin de précipiter l'explosion de la guerre, ne pûtlui servira aplanir le différend et ne pi1t se retourner contre l'Italie en lui faisant ainsi perdre la magnifique occasion qui devait naître pour elle d'un conflit armé entre l'Autriche et la Prusse.

Alin de se mettre en garde contre ce danger et de péné* trer jusqu'au fond les intentions du ministre prussien, le général Govone déclara — en ayant soin toutefois de faire remarquer qu'il exprimait son opinion personnelle — que le gouvernement du roi devait au moins exiger de la part de la Prusse l'engagement formel de ne trancher aucune des questions en litige, pas mCme celle des Duchés de l'Elbe (la seule dont on s'occupa! tù ce moment), sans obtenir du même coup la solution de la question vénitienne. Le comte de Bismarck ré pondit au général qu'il luisemblaitdifficile de faire hgurer dans un traité d'alliance une question aussi peu imporlanle que cclledes Duchés. 11 ne tarda pas du reste à reconnaître lui-même la faiblesse de cet argument, puisqu'un peu plus lard (Voir rapport du 17 mars) il ajouta qu'une déclaration de guerre uniquement

basée sur la question des Duchés de TElbe pouvait présenter de nombreux inconvénients, et que ni la France, ni Topinion publique en Allemagne ne 1 accepteraient et ne l'approuveraient jamais.

La réponse était spécieuse et le refus significatif. Le général Govone n'avait en effet pas demandé à la Prusse de déclarer immédiatement la guerre et rien qu'à cause des duchés. Il lui avait seulement demandé de renoncer à suivre des négociations en vue de la solution de cette question, laissant au Ministre prussien la liberté la plus absolue de Vétendre et de la compliquer même, s'il le croyait utile, en greffant sur elle des questions plus importantes et plus en proportion avec la crise qu'on voulait amener et le sang qu'on se préparait à verser.

Il serait toutefois injuste de vouloir attribuer le refus de Bismarck à l'intention de se servir du traité d'alliance de façon à pouvoir résoudre plus facilement cette question. 11 suffit de considérer TénoVme somme du long et patient travail que Bismarck s'était imposé dans le but d'en arriver à la rupture avec l'Autriche, de considérer la grandeur de ses projets, de tenir compte de la disproportion existant entre les immenses avantages qu'il espérait tirer de cette guerre et les maigres concessions, qu'aurait pu lui assurer une solution pacifique, pour être aussitôt convaincu que Bismarck se serait difficilement décidé à accepter comme prix de ses fatigues et de ses espérances la cession des Duchés.

Mais on commettrait une erreur tout aussi grande en niant que Bismarck, tout en rejetant à priori la réalisation de cette éventualité, n'en n'eût pas admis et prévu la possibilité. Son refus indiquait clairement (et l'on ne saurait se l'expliquer autrement) que le comte de Bismarck, s'il était bien décidé à provoquer une guerre, ignorait encore si les circonstances, si les obstacles qu'il savait devoir trouver devant lui lui permettraient d'arriver à son but. Envisageant l'éventualité d'un concours de circonstances Tacculant à une situation qui l'aurait obligé à accepter

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une solution paciiique, il voulait se réserver pour ce ca» la possibilité de se jeter dans un cliemio de traverse, éoager l'orgueil national et de masquer par une viediplomatique remportée surune question secondaire ecque sa politique aurait easuyé dans ses visées le»

vastes.

c*esl là ce qu'il aurait pu faire d'autant plus facile-

: qu'à ce moment la question des Duchés était, du

is en apparence et sur le terrain diplomatique, la

question en suspens entre les cabinets de Vienne

Berlin. Encore à la date du 35 mars, dans un entreju'il eut avec le général Govone, M. von Tlnele laisssurément par inadvertance, échapper une singulière nation. D'après lui, la vraie, la seule question qui sé-

t l'Autriche et la Prusse était celle des Ducliés, et it seulement pour donner un semblant de satisfaction pinion publique qu'on mettait en avant celle de la me de la Confédération germanique. — Et M. von le était un diplomate, et de plus le secrétaire de Bis- 1^!

fin mol des ouvertures que la Prusse faisait à l'Italie ruaient donc en réalité à ceci :

comte de Dismarck invitait le (îouvernement italien • partie avec lui dans les manœuvres qu'il désirait

aboutir à la guerre; il annonçait son jeu, montrait ;artes au cabinet de Florence, manifestait son in- 3n, pour peu que la chose fiH seulement possible, de ser, en ce qui le concernait, les choses à l'extrême.

ne sachant pas encore jusqu'où on le laisserait aller, lait à se réserver, à lui, mais bien entendu rien qu'à e droit de tenir seul les cartes, le droit, s'il y était

aint par la force des choses, d'abandonner la partie,

s'être naturellement assuré quelques avantages perds.

ut cela, au point de vue exclusif des intérêts pnis- , était parfaitement juste et logique. En présence des utés intérieures et extérieures que Bismarck prévoyait.

la réussite de ses projets était loin d'être certaine, et c^était pour cette raison qu'il n'osait prendre que ceux des engagements qu'il se croyait en mesure de pouvoir tenir. Enfin il De pouvait pas, en rompant brutalement les négociations entamées avec rAutriche, dévoiler d'ores et déjà à son roi la profondeur du gouffre de la guerre vers laquelle il Tentraînait.

Mais l'Italie, de son côté, ne pouvait évidemment consentir à se lier les mains en acceptant un traité qui aurait élé complètement unilatéral. Elle ne pouvait du moins y consentir jusqu'au jour où, en raison de l'imminence de la guerre, il serait devenu impossible, ou tout au moins difficile, pour la Prusse, de se servir de cet instrument pour faciliter la solution pacifique du litige, ou encore jusqu'au moment où, en entravant la liberté d'action de Tltalie on n'aurait plus risqué de lui enlever les chances de contracter d autres engagements plus sûrs etplusavantageux pourelle.

Le général Govone avait cru dans le principe à la possibilité d'arriver h une entente basée sur cette dernière combinaison. En effet, il suffira de se rappeler que, lors de son entretien avec lui, le général La Marmora avait appelé son attention sur le fait que la Prusse, au lieu de signer un traité d'alliance, pourrait bien songer à se servir delà mission de Govone pour exercer une pression sur le cabinet de Vienne et l'amener de la sorte à faire à l'Italie d'autres propositions*. Si l'on se remémore de plus les allusions du comte de Bismarck relatives à une veille possible de la Vénétie et certaines de ses paroles qui laissaient deviner ses craintes de voir l'Italie s'entendre directement avec l'Autriche, on reconnaîtra qu'il était permis de penser qu'il y avait quelque chose dans l'air et de supposer que la mission du général Govone pouvait (^tre à bon droit considérée comme le prologue, comme louverture d'une campagne diplomatique tends^nt à résoudre la question de la Vénétie.

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