‹ Mémoires (1848-1870) (volume 2)Chapitre 27 sur 73 · Inpo pia di luce, par le général La Marmora, p · texte numérisé non relu

Inpo pia di luce, par le général La Marmora, p

176 LE GENERAL GOVONB

Dans ce cas, Texistence d'un traité formel aurait constitué un obstacle des plus sérieux, tandis que la crainte de Toir se conclure un traité de ce genre pouvait suffire pour intimider r Autriche, tout en laissant à Tltalie la faculté de continuer des négociations dans le genre de celles que la Prusse poursuivit de son côté, même après avoir signé son traité d'alliance et presque jusqu'au jour de la déclaration de la guerre.

Le Gouvernement italien ne tenta toutefois rien de semblable, peut-être bien parce qu'il n^était pas en mesure de le faire. L'Autriche, heureusement, devait elle-même pousser l'Italie dans une autre voie, bien plus avantageuse pour elle sous tous les rapports, dans la voie qui conduisait à la guerre.

Dès les premiers jours de mars, le comte de Bismarck ^vait audacieusement poussé le premier cri d*alarme à l'adresse de l'Autriche, dans une conversation, à la fois plaisante et menaçante, qu'il avait eue avec une dame : « Est-il vrai, lui avait demandé, lors d'un diner diplomatique, la comtesse d'Hohenthal, que vous vouliez nous faire la guerre? » — « N'en doutez pas, chère comtesse, répondit le comte de Bismarck, c'est ma seule pensée depuis •que je suis Ministre. A l'heure qu'il est, notre dernière pièce de canon est fondue, et vous verrez bientôt combien notre artillerie est supérieure à la vôtre. » — Et la comtesse ayant alors prié le comte de lui dire où il lui conseillait dans ce cas d'aller passer Tété : « N'allez pas en Bohême, ajouta Bismarck, car, si je ne me trompe, ce sera précisément aux environs de votre château que nous battrons les Autrichiens. Allez plutôt en Saxe; votre château de Knautheim ne se trouve pas sur une ligne d'opérations*. »

1. On lit dans le livre récemment publié par R. von Keudell qu*à la suite de cet incident le général Govone demanda de nouvelles instructions à son Gouvernement. Il suffit de remarquer, & ce propos, que cette conversation se tint dans les premiers jours de mars, que le général Govone arriva à Berlin le 14, et qu'il avait reçu, le 9, ses premières instructions.

L'impression produite par cet incident et par les expli: cations diplomatiques qu'on avait demandées à ce propos n'était pas encore tout à fait effacée, lorsque le général Govone arriva à Berlin. Son arrivée, qu'on voulait tenir secrète et qui fut révélée par une indiscrétion, évidemment voulue, du feld-maréchal von Wrangel, jeta de nouveau de Thuile sur le feu. Rien n'était plus fait pour exaspérer rAutriche que ce fait qui lui prouvait qu'on invitait l'Italie à intervenir dans un conflit purement allemand.

Et ce fut précisément à ce moment d'extrême tension qu'on reçut à Berlin les premières nouvelles, démesurément exagérées du reste, des armements de l'Autriche. L'Autriche avait fait le premier pas qui l'engageait dans une voie hérissée de dangers. Elle s'était engagée la première dans cette lutte de soupçons, de préparatifs plus ou moins cachés, de récriminations qu'on se renvoie de part et d'autre et qui font naître dans l'esprit des peuples la conviction que la guerre est inévitable.

Trois jours à peine s'étaient écoulés depuis le premier entretien du général Govone avec le comte de Bismarck, et celui-ci pouvait déjà dire, non sans une certaine emphase et sans quelque exagération, il est vrai, que s'il n'avait pas encore brûlé ses vaisseaux, il avait du moins commencé à y mettre le feu et que l'incendie devait être pour l'Italie une preuve, une garantie de sa bonne foi.

Les négociations entrèrent presque aussitôt dans une nouvelle phase. Déjà, dès les premiers jours de mars, le chevalier Nigra, ministre d'Italie à Paris, pressait le général La Marmora de s'enhardir et le suppliait « de signer avec ces hésitants de Prussiens un traité d'alliance qui remonterait leur courage. »

Le 17 mars, il insistait à nouveau sur l'intérêt qu'avait ritalie à pousser à la guerre, à se préparer à la faire. Il ajoutait qu'à son avis on devait se contenter d'un traité rédigé dans des termes généraux, parce que la Prusse

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n'était pas encore disposée à armer. Le général Govone, dans le post-scriptum de sa lettre du 15 mars, avait, lui aussi, émis l'opinion que, même dans le cas où on n*accepterait pas le traité proposé par Bismarck, on pourrait toujours signer un traité général, que Bismarck déclarait être le minimum des désirs de la Prusse, traité général qui dépourvu, comme le disait Bismarck lui-même, de toute sanction, de toute efficacité pratique, laissait a ritalie comme à la Prusse la liberté pleine et entière d^entrer dans d'autres combinaisons et marquerait d'autre part le premier pas fait en vue de seconder les projets de la Prusse en cas d'échec des autres combinaisons. Enfin, en présence des probabilités de plus en plus grandes d*une guerre prochaine, le général Govone, dans un télégramme du 21 mars, déclarait que, si Ton voulait faire cause cornmune avec la Prusse, sa mission à Berlin devait avoir pour objet de pousser les Prussiens à s'armer et qu'en raison même du changement que l'initiative prise par l'Autriche avait apporté à la situation, l'Italie devait, elle aussi, songer h prendre une résolution immédiate. Le même jour, le comte de Barrai, complètement d'accord avec le général, conseillait à son Gouvernement d'accepter le traité éventuel en se contentant seulement d'en limiter la durée. Il ajoutait que, si Ton s'exposait de cette façon à fournir aux Prussiens un moyen d exercer une pression sur l'Autriche, on risquait d'autre part en procédant différemment de priver Bismarck d'une arme qui pouvait lui permettre de provoquer la guerre ^

Los événements, les circonstances s'étaient chargés de modifier les vues, les idées des négociateurs italiens. Ils abandonnèrent la prétention, désormais irréalisable, d'obtenir un traité pleinement satisfaisant basé sur des engagement bilatéraux et en vinrent à conseiller de risquer le tout pour le tout, d'accepter en somme les propositions de Bismarck, parce que la tournure prise par les événements

\ . Cf. Un p6* piu di luce.

leur avait fait concevoir Tespérance d'arriver ainsi au but désiré.

On commença alors à traiter sur ces nouvelles bases. Mais à ce moment, le fait que le général Govone n'avait pas été muni, lors de son départ de Florence, des pleins pouvoirs nécessaires, de ces pleins pouvoirs qui, malgré ses pressantes et nombreuses réclamations, n'étaient pas encore arrivés, réveilla la méfiance du Gouvernement prussien et empêcha pendant quelque temps le général de prendre part aux négociations.

a Ali cours de ma mission à Berlin^ écrit le général ^ foi à plusieurs reprises regretté le silence dti Ministère des Affaires étrangères de Florence. On ne me fit tenir aucune réponse aux importantes communications que f avais faites et qui avaient trait aux projets du comte de Bismarck^ à son désir de conclure un traité,., aucune réponse^ malgré les instances répétées du comte de Bismarck^ si bien qu'il finit par croire à de la mauvaise volonté de ma part, qu'il se plaignit de ma froideur à F ambassadeur de France, qu enfin il conçut peut-être même des soupçons encore plus graves sur mon compte, puisquil m'envoya M. von Thiele, secrétaire général du Ministère des Affaires étrangères, pour me demander si y étais muni des pleins pouvoirs nécessaires pour traiter. Sur ma réponse négative, il ne négocia plus pendant quelque temps qu'avec le comte de Barrai.

Ma position fut par conséquent difficile et fausse jusqu'au jour où le général La Marmora, ny tenant plus, réclama, sur Fheure même, le texte du projet de traité limité proposé par le comte de Bismarck et télégraphia"^ en toute hnte

\. Mémoire cité plus haut.

2. Naturellement, comme cela ressort d'ailleurs du mémoire même, il t* écoula un certain laps de temps entre ces deux télégrammes. Pend int ce temps, comme le général Govone l'apprit par la suite et le dit iui-tnéme <lans son Mémoire, le chevalier Nigra avait été demander à Tempereur Napoléon ce qu*il pensait de ce projet de traité. Ce souverain l'ayant approuvé, aussitôt après réception de la dépêche de Nigra, La Marmara télégraphia à Berlin qu'il acceptait le traité proposé par Bismarck.

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qu'il acceptait le traité^ et quil nous avait expédié^ au comte de Barrai et à moi^ les pleins pouvoirs dont novs avions besoin pour signer. Il nous autorisait déplus à signer de suite un protocole provisoire^ en attendant que nous ayons entre les mains les pleins pouvoirs qui ne pouvaient tarder à nous parvenir.

Le comte de Barrai, le colonel Briquet^ et moi, nous ne savions que penser de cette précipitation. Enfin, comme la Prusse avait, au bout du compte, aussi grand besoin que nous de ce traité, nous pensions tous trois qu'on devait, qu'on pouvait encore discuter certaines clauses, telles, par exemple, que celle en vertu de laquelle, une fois la mobilisation décrétée en Italie, la Prusse s'engagerait à n'accepter aucune solution des questions en litige avec r Autriche, que si l'on tranchait en même temps la question de la Vénétie. Un traité qui nous aurait seuls lies envers la Prusse, sans engager la Prusse, qui nous aurait d'autre part obligés à dépenser en pure perte 100 millions pour une mobilisation qui aurait été inutile, si la guerre n'avait pas éclaté, nous paraissait inadmissible. »

Le général Govone, comme on le voit, considérait comme dangereux pour l'Italie, parce qu'il était unilatéral, le traité qu'on allait discuter. Malgré l'incident qui pendant quelque temps avait tenu le général à Técart des conférences, les négociations avaient marché bon train, et le texte du projet envoyé au Ministre, le 27 mars, ne subit en somme que d'insignifiantes modifications. Mais ces négociations qui, d'ailleurs, n'avaient pas été faciles, ne s'étaient pas terminées d'une façon pleinement satisfaisante pour l'Italie.

Le comte de Bismarck avait obstinément refusé d'accepter aucune des clauses qui auraient pu le priver de la

1. Le colonel (aujourd'hui lieutenant-général) Edouard Driquet avait été, en Sicile, le chef d*état-major du général Govone qui, ayant en lui la plus grande confiance, demanda au Ministre de permettre au colonel de lacoompagner à Berlin, où ce dernier lui rendit des services signalés en lui procurant toutes sortes d'informations militaires.

possibilîti5 d'avoir recours à n'importe quelle de naisons qu'il entrevoyait déjà ou qui pouvaient se [ un peu plus tard. Il ne voulait, et probablement ne pouvait reaoncer à. aucun de ces avantages é' Il importe d'ailleurs de ne pas oublier que seu tissé la trame d'une politique qui devait, d'après se aboutir k la révolution et à la guerre, pendant i de lui on travaillait obstinément, et dans un se lument opposé, au maintien de la paix, sous l'ii et sur les conseils d'un roi mystique, consciencieu: répugnaient par tempérament toute aggression pr^ tous ces plans d'attaque, sourdement préparés d main, et qui persistait encore à croire à la poss trouver un terrain de conciliation avec l'Âutrich n'aurait jamais consenti h apposer sa signatur traité qui rendait la guerre inévitable ou qui ex Prusse à se voir engagée par une autre puissance couflit sanglant. Quoiqu'intimement convaincu de des espérances de son roi , quelque confiance qu'il dans la gravité d'événements qu'il se serait à h chargé de Taire naître, le comte de Bismarck p( sans risquer de tout compromettre, révéler sans tous les dessous de sa propre politique? Pouvai senter au roi autre chose qu'un traité tenu i termes absolument généraux, n'ayant trait qu'à u concours assuré, par précaution, k la Prusse, du où elle viendrait à être attaquée par l'Autriche?

U convient encore de remarquer que la Pruss pas encore pu arriver à s'entendre avec la France doi vernement allait être, encore pendant quelques s l'arbitre de la paix et de la guerre, et c'était pré parce qu'il recherchait tout ce qui pouvait fac accord avec la France que Bismarck avait hâte dure au plus vile un traité avec l'Italie.

Les négociations en vue d'une entente avec I nepouvaient, d'après lui, avoir chance d'aboutir la conclusion d'un accord avec l'Italie.

Le comte de Bismarck avait, par suite, un double problème à résoudre. Il lui fallait amener Tltalie à signer un traité Talliant sur Theure à la Prusse en Tempechant de prêter Toreille aux avances et aux propositions d'arrangement que TAutriche aurait pu vouloir lui faire, et d'autre part, il s'agissait pour lui d'obtenir ce résultat sans aliéner la moindre parcelle de la liberté d'action qu'il entendait conserver à sa politique. De là, les divers projets qu'il proposa et qui, quoique essentiellement différents dans leur contexture, reposaient tous sur une seule et même condition fondamentale. C'était la Prusse seule qui restait maîtresse de choisir Theure qui lui semblerait propice pour entrer en action, le moment qui lui conviendrait pour provoquer la guerre, etc., tandis que l'Italie devait se contenter de fournir son concours et son appui, et ce fut en somme cette idée fondamentale qui servit de base au traité définitif.

En présence de ces exigences irréductibles que la Prusse considérait comme absolument indispensables, Tltalie n'avait plus qu'à choisir entre deux solutions: ou bien se résigner à ne rien faire et à laisser échapper une occasion unique, tellement favorable qu'on ne pouvait s'attendre à la retrouver, ou bien consentir à traiter sur les bases qu'on lui proposait, tout en se rendant nettenaent compte des dangers auxquels elle s'exposait et des imperfections inévitables que devait forcément contenir le traité, même dans le cas où il aurait été possible d'y introduire la stipulation des quelques garanties compatibles avec ces exigences.

Prenant en conséquence pour bases les articles du projet de traité éventuel que Bismarck avait présenté lors de la première conférence, les plénipotentiaires italiens durent borner leurs efforts à obtenir, comme ils y parvinrent du reste:

1** L'affirmation claire et formelle de l'alliance offensive et défensive existant entre l'Italie et la Prusse, déclaration qui, quoique formulée en termes généraux, devait, à

leurs yeux comme aux yeux de tous, et pour peu que le mot Alliance ait encore un sens, établir une solidarité réelle entre les alliés et mettre chacun d'eux à Tabri du danger de se trouver seul exposé à une attaque de l'ennemi commun ;

2* L'exclusion de l'éventualité que Tltalie prît jamais, comme Bismarck Tavait plusieurs fois engagé à le faire, l'initiative de la guerre, attendu que dans ce cas le traité n'imposait en aucune façon à la Prusse l'obligation de s'engager de son côté ;

3** La fixation do la durée de validité du traité à trois mois seulement, parce que, tant en raison môme du caractère unilatéral et vague du traité qu'afin d'obliger Bismarck è précipiter le dénouement de la crise, l'Italie avait un intérêt capital à ne pas se lier pour un temps plus long.

Ces conditions furent acceptées et insérées dans le traité définitif qu'on signa vers la fin de mars et dans lequel on ne leur fit subir que d'insignifiantes modifications.

Le général Govone ne pouvait pourtant pas se dissimuler, et il ne le cacha pas au générai La Marmora, que le traité exposait l'Italie au danger résultant d'une entente éventuelle entre l'Autriche et la Prusse, et cela, au môme degré que les projets primitifs que le Gouvernement italien avait rejetés. Les réserves, les avertissements que Govone formula dans sa dépôche du 28 mars ne lui avaient pas été inspirés, comme La Marmora le prétend dans son livre, par des sentiments d'hostilité contre le principe même de l'alliance. Le général (îovone — il suffit de lire pour cela sa dépêche ' — avait uniquement cru devoir appeler l'attention de son Gouvernement sur la véritable portée, sur les défectuosités du traité et proposer au Ministre de gagner du temps en réclamant l'addition d'un article qui accorderait plus de garanties à l'Italie. Il concluait d'ailleurs en faisant remarquer que, quoique cette clause eût peu de chance d'ôtre acceptée par la Prusse, on pourrait, en

i. Voir à V Appendice la dépêche du 28 mars, qui n'a été donnée qu'en partie dans Un po' piu di luce.

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y renonçant, obtenir peut-être une modification à la contexture du traité et. y faire insérer une clause qui, outre la cession de la Vénétie, aurait eu traita la revendication du Tyrol italien.

« Cette idée du Tyrol italietij écriydiit \e général Govone^ toujours prêt à rendre k chacun la justice qui lui était due, m'a été inspirée — je dois le reconnaître et le proclamer — par le colonel Driquet, »

Le général La Marmora, de son côté, ordonna aux plénipotentiaires de faire figurer cette question dans le traité. Mais, soit que le comte de Bismarck ait réellement cru devoir refuser cette addition pour les raisons qu'il fit valoir*, soit qu'il ait déjà appris ou deviné que le Gouvernement italien se déciderait à accepter le traité tel qu'il le lui avait proposé, il ne voulut plus, naturellement, en entendre parler. Il aurait peut-être été plus dangereux qu^utile d'insister sur ce point et de s'exposer ainsi à réveiller de nouvelles défiances. L'essentiel était d'arriver à la guerre et de laisser à l'épée de l'Italie, en cas de succès et d'issue heureuse, le soin de tracer les véritables frontières naturelles durojmume'^.

Le général La Marmora se contenta du traité et parut, à ce moment du moins, ne pas attacher d'importance aux différences pourtant si grandes qui existaient entre cette convention et celle bien autrement rassurante pour l'Italie qu'il avait désiré et espéré obtenir. Quoi qu'il en soit.

1. Bismarck objecta que le Trentin faisant partie de la Confédération germanique, il était absolument impossible de stipuler à l'avance la cession de ce territoire, mais que la chose pourrait peut-être devenir faisable, soit pendant, soit après la guerre. — Cf. dépêche télégraphique du comte de Barrai, 30 mars 1860.

2. Il importe de rappeler ici qu'en décembre 1860 et en janvier 1861 le général Govone avait, par ordre du comte de Cavour, rédigé deux Mémoires destinés au Gouvernement anglais et tendant à prouver que la possession de la Vénétie était une nécessité inéluctable pour ritalie. Le générai avait, de plus, faii ressortir que, même lorsque la Vénétie appartiendrait à ritalie, la possession du Trentin et du Tyrol du sud constituerait, tant que ces provinces resteraient aux mains de l'Autriche, un grave et conti* nuel danger pour le jeune royaume et que, par ce fait même, tout équilibre des forces en cas de guerre serait détruit à tout jamais.

MISSION A SERUN 18»

iin'en faut pas moins reconnaître que, malgré ces quelquespoints noirs, ce traité devait, grùce h la tournure prisepar les événements, conduire l'Italie à son but.

C'était bien moins dans le texte de ce traité que dans lefait que, grftce à la signature de cet acte, on avait réussi à. établir entre le comte de Bismarck et l'Italie une collaboration effective qui devait mener à cette guerre, objectif commun des aspirations des deux puissances, qu'on doitrechercher la portée réelle, l'utilité de cette convention.

Le Ministre prussien avait désormais entre ses mainsla garantie dont il avait besoin pour tout oser, pour amener son roi à prendre une résolution extrême et pour neutraliser la France. L'Italie, s'en remettant h un calcul doprobabilité, avait lié sa destinée à celle de la Prusse et seliait à sa bonne éloile et à la fortune qui semblait sou^ rire à son alliée.

Les événements devaient se charger de justifier la confiance du Gouvernement italien.

Le traité ainsi accepté fut signé, le S avril, par le comte de Barrai et le général Govone au nom du roi d'Italie, par lecorate de Bismarck pour le roi de Prusse. Le lendemain, fidèle i. sa parole, le comte de Bismarck engageait résolument la partie décisive et jetait sur la table son premier alout en lançant la proposition de convocation d'un Parlement allemand.

La partie qu'on entamaitdevait durer Ionglem[is et présenter des phases de tout genre. Mais on avait fait un grand pas. Quelques jours auparavant, le comte de Bismarck n'avait pas craint de dire fir-rement au comte Benedetti :

" Voyez, j'ai réussi b. interrompre les relations intime»qui existaient depuis un siècle entre la maison de Prusse-

LE GENERAL OOVOSE

lison d'Autriche ; j'ai entraîné le Roi à faire un l'Italie ; j'ai réussi à ta persuader à en venir gements avec la France quand le momeat sera lot là trois révolutions que j'ai faites. Il ne mp |u'à en faire une quatrième : c'est d'entraîner la guerre contre l'Autriche, Et j'espère y par-

s l'heure de cette quatrième révolution était n tour. " Mais ce que vous me proposez, c'est an », s'était écrié le roi, lorsque le comte de ni soumit son projet de réforme el de consti-

Parleraent émRnant du suffrage universel. — te h Votre Majesté, avait répliqué le Ministre, naufrage général. Votre Majesté se trouve insin roc inébranlahle où devront venir cliercher

salut tous ceux qui ne voudront pas périr. •• aussitôt la situation s'aggrava inopinément à 'envoi par l'Autriche d'une espèce d'M//)H*«/w»i

désarmement. Tous ceux qui souhaitaient la is qui n'y croyaient pds, exultèrent pendant un

rcnt des nouvelles plus rassurantes, et ce fui partisans de la paix, de ceux qui n'avaient tlarerque la guerre était impossible, de triomle indisposition de Bismarck, causée probabledépit de voir ses projets compromis, porta mont atteinte il son ascendant, et il semble même , à ci^ moment sa foi dans le succès... Vers le général Govone relevait le ton de décour8}:eequel Bismarck lui &va\\. Ail : si le Hoi veunnr onslatuit de plus l'incertitude qui régnait, en le, toutefois, pour sa part, il persistait à croire — Mais les espérances de guerre s'affaiblirent plus et s'évanouirent môme presque complète-

loute laduréedcces fluctuations, les plénipolen-

tiaires durent se contenter du rôle de simples observateurs.

Le général Govone tenta à ce moment, et en revenant à plusieurs reprises à la charge, de convaincre son gouvernement de rintérét qu*il y aurait pour lui à adjoindre au traité politique une convention militaire. Mais ses propositions ne trouvèrent ni approbation ni appui à Florence. Etcependant,lefait môme que, dès le débutdes négociations, le Gouvernement prussien avait exprimé le désir de voir arriver à Berlin un général investi de pleins pouvoirs, joint à rintention manifestée à plusieurs reprises par ce Gouvernement d'envoyer Moltke h Florence, prouvait bien qu'on y avait été tout disposé à aborder et h régler cette question. Mais ensuite le cabinet de Berlin sembla changer d'avis, et le général La Marmora, de son côté, loin de soutenir son plénipotentiaire, désapprouva même des tentatives dont il lui laissa toute la responsabilité.

Cette responsabilité serait légère, puisque Tidée dont s'inspirait Govone était juste. Si, comme le faisait remarquer La Marmora, le projet proposé par Govone visait une éventualité qui ne se réalisa pas, à savoir la jonction des deux armées, il n*en est pas moins vrai qu'on aurait dû, au cours des négociations, envisager la possibilité de cette jonction, qui aurait certainement eu lieu, si on avait imprimé aux opérations l'offensive vigoureuse et énergique dont Govone préconisait et recommandait l'emploi.

Enfin, même en faisant abstraction de cette éventualité, il est de toute évidence que cette convention n aurait été autre chose que le premier pas vers certains accords qu'on ne pouvait énoncer dans les articles d'un traité, mais qui en sont la conséquence naturelle, et que ces accords successifs auraient forcément amené les plénipotentiaires h. examiner, à discuter, à trancher d'un commun accord toutes les questions relatives à la conduite et aux objectifs de la campagne. Une pareille discussion, ttn accord de ce genre auraient été d'autant plus utiles et avantageux qu'il importe de considérer que non seulement

1S8 LE GENERAL OOVÛNE

l'Autriche disposait de forces sensiblement plus nombreuses que ses deux adversaires réunis, mais que, grftce à sa position centrale, grflce à l'avantage que lui assuraient les lignes intérieures, elle pouvait h tout moment modifier la répartition de ses forées et opposer successivement de grosses masses à chacun de ses adversaires, qui, afin d'échapper k une double défaite, avaient tout intérêt à combiner leurs mouvements et à frapper des coups qui devaient non seulement être vigoureux, maissimultaoés. Si les fautes qu'on ne pouvait s'attendre à voir commettre par l'Autriclie, si les vicloires retentissantes et foudroyantes des armées prussiennes ont jusqu'à un certain point porté remède aux dangers qui auraient pu découler dans la pratique de l'absence de ces accords préalables, il n'en demeure pas moins acquis qu'une entente plus cordiale, une coopération plus intime auraient épargné à l'Italie bien des heures de doute, une bonne partie des soup(;ons injustes et immérités qu'elle encourut de la part de son alliée !

Qu'on nous permette d'anticiper sur les événements et de faire allusion ici à un autre projet, dont, assurément par un lapsus de sa mémoire', le général La Marmora attribue de même la responsabilité au général Govonc : le projet d'accorder un subside de 5 millions ii l'insurrection hongroise.

Ce projet ne devait du reste pas aboutir, Bismarck y opposa à ce moment de sérieuses objections. Le général Govone le défendit chaudement auprès du général de Mollkc, qui reconnut toute la valeur d'une pareille diversion et promit de la recommander au Ministre de la Guerre. Malgré cela, la proposilion ne fut pas acceptée.

Ce fut seulement plus tard, après le départ du général Govone de Berlin, lors de l'arrivée du général Tilrr, !e lu juin^, qu'on reprit à nouveau la question. A ce moment,

1 . Voir les passages relatifs a ceUe proposilion dans le rapport du 2 mai, daos lequel le gt'nùral Govone en renil compte.

2. Cf. artitle du général TUrr : Farit Himiiarck unil die l'nsarn (Deuliche Becue, mars 1900). Cf. Kienast. La légion Klapka (major Z., commandant Weii;. Paris, Cliopelol, 1901.

La Marmora,qui était sur le point de quitter le ministère pour entrer en campagne, se montra peu favorable à ce projet, soit parce que les nouvelles reçues de Hongrie lui paraissaient de nature à enlever toute chance de succès à celle tentative tardive d'insurrection, soit parce qu'il lui répugnait de pousser ses amis magyares à se compromettre dans un mouvement dont Tinsuccès était certain. C'étaient peut-être là des scrupules qu'on trouvera excessifs et que ceux, auxquels il épargna les châtiments que l'Autriche n'aurait pas manqué de leur faire subir, furent précisément les premiers à lui reprocher.

Mais quantaux Prussiens, dans l'esprit desquels cette attitude de La Marmora fit renaître à nouveau la méfiance, ils auraient dû cependant considérer que l'Italie aurait été, elle aussi, en droit de concevoir des soupçons, aussi peu justifiés du reste que les leurs, elle qui la première avait mis cette idée en avant et cela à un moment où un pareil mouvement avait encore des chances de réussir, et qui avait vu les Prussiens la rejeter précisément à l'instant même (1'' mai), où certaines déclarations faites par la Prusse permettaient au cabinet de Florence de douter de lasincérité delà cour de Berlin et de croire que la Prusse ne songeait pas sérieusement à s'engager dans cette guerre, à laquelle elle avait convié l'Italie à prendre part avec elle.

Quelques jours avant la présentation de cette proposition, le général Govone avait quitté Berlin où la prolongation de son séjour aurait pu, à son avis, devenir préjudiciable aux intérêts qu'il avait charge de défendre, par cela même qu'on aurait pu en conclure que Tltalie insistait pour obtenir des accords que la Prusse lui refusait. Parti le 24 avril pour visiter les établissements militaires de Kiel et de Hambourg, il y revenait, le 1" mai, rappelé

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par télégraphe, à la syite de la tournure menaçante prise par la situation.

Vers la mi-avril, TAutriche avait joué la seule bonne carte qu'elle ait employée pendant tout le cours de sa déplorable campagne diplomatique en déclarant au Gouvernement prussien qu'elle était toute disposée à désarmer, pourvu que de son côté la Prusse s'engageât à suivre son exemple. La Prusse ne pouvait guère répondre par un refus à une pareille demande, & laquelle on avait eu le soin d'enlever tout ce qui aurait pu la faire ressembler à un ultimatum. Ce fut précisément à ce moment qu afin de s'attirer les sympathies de l'Europe, toutes les puissances commencèrent cette course au clocher^ dans laquelle elles rivalisèrent d'entrain, afin de faire à l'envi, à qui mieux mieux, preuve de leurs intentions pacifiques. Jamais les combinaisons de Bismarck et les espérances de ritalie n'ont été plus qu'à ce moment près de s'effondrer. Si, après avoir réussi à s'entendre avec la Prusse sur la question du désarmement, l'Autriche s'était tenue tranquille, le comte de Bismarck n'aurait pu réussir à provoquer la guerre sans soulever contre lui, encore bien plus qu'il ne le fit, l'opinion publique de l'Europe. De là, ce découragement auquel, comme nous l'avons dit, le comte de Bismarck fut en proie pendant quelques jours, lorsqu'il constata l'impossibilité de rejeter cette proposition de désarmement Heureusement pour lui, aussitôt après avoir gagné ce beau coup, qui avait à moitié désarçonné ses adversaires, l'Autriche allait se charger de le remettre en selle en poussant ses armements en Italie.

Plusdévouéeque jamaisaux intérêts autrichiens, voulant à tout prix assurer le maintien de la paix, cette paix que, par une vengeance de la destinée, elle allait avoir, si ce n'est le mérite, tout au moins la mission de faire sombrer au moment où tout paraissait revenu au calme, la diplomatie anglaise avait recueilli et fait tenir au cabinet de Vienne des renseignements dénués de tout fondement, la fausse nouvelle d'armements et de mouvements militaires

auxquels l'Italie aurait procédé. Convaincue ou non de Tauthenticité du fait, l'Autriche saisit ce prétexte pour déclarer qu'elle allait prendre des précautions en Italie. Et elle y arma en réalité, peut-être dans Tespoir de recommencer avec ritalie le coup qui venait de lui réussir avec la Prusse. Bien décidée k ne pas se laisser surprendre par les événements, Tltalie rendit alors un service signalé à la politique de Bismarck en répondant à la déclaration de rAutriche par une déclaration similaire (27 avril) et aux armements autrichiens parTonvoi des premiers ordres de mobilisation et de concentration de son armée ^ La Prusse profita de cet événement pour suspendre le désarmement. Les chances de guerre avaient désormais repris le dessus.

La situation s^était toutefois modifiée du tout au tout. Limminence du conflit s'était déplacée et avait passé d'Allemagne en Italie. Et ce déplacement même de la question allait mettre en pleine lumière les différences essentielles d'interprétation que les deux alliés donnaient au texte et au sens du traité du 8 avril.

Le 1"' mai, le général Govone se rendit chez le comte de Bismarck pour connaître la ligne de conduite que la Prusse comptait suivre en présence des armements de

1. Dans le livre que von Keudell a publié récemment, Bismarck et sa famille (p. 233 de Tédition française), il fait de ces événements le récit suivant :

« ... Le 26, suivirent en Autriche les ordres de mobilisation de Tarmée du Nord (?).

« La Marmora fit demander le même jour ce que nous comptions faire fi VAutriche attaquait Tltalie. Bismarck lui certifia qu*en ce cas nous prendrions part à la guerre, bien que le traité ne nous y obligeât point. Là-dessus, le 27, la mobilisation de Tarmée italienne fut ordonnée. »

Il suffit cependant de se reporter aux dates pour mettre en lumière inexactitude intentionnelle de cette version, qui tend à faire croire que l'Italie n'a armé qu'après s*étre assurée la promesse du concours de la Prusse. La mobilisation italienne a en efl'et été ordonnée le 27 avril, et ce fut le 1" mai, comme on le sait, qu'on demanda à la Prusse une promesse qui ne fut donnée que le 2 mai, et encore avec une foule de réserves. Ce nest pas, du reste, la seule erreur qu'ait commise l'auteur. C'est ainsi qu'entre autres il déclare (p. 243) que la Vénétie fut offerte à Visconti- Venosta, qui la refusa. Or Visconti-Vcnosta ne prit le Ministère que deux mois plus tard, et il était à ce moment à... Constantinople !

Singulière manière d'écrire Tbistoire.

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l'Autriche en Italie et jusqu'à quel point elle entendait se solidariser avec le cabinet de Florence.

On lit àcette demande une réponse aussi étrange qu'inattendue : Tout en reconnaissant que l'intérêt de la Prusse lui commanduit de ne pas laisser l'Italie tenir à elle seule tète à une aggression de la part de l'Autriche, tout en laissant espérer à cette jiuissance qu'on la soutiendrait, (e Ministre prussien conseillait à l'Italie de se fier à la force des circonstances, mais n'en déclarait pas moins que le traité du 8 avril n'obligeait pas la Prusse à combattre À ses côtés.

Le général Govooe ne manqua pas de protester contre •cette manière de voir de Bismarck, d'insister sur le fait que le traité conclu entre les deux puissances, étant un traité d'alliance offensive et défensive, imposait aux deux -cosignataires l'obligation de se pn>lcr un mutuel appui. Et, après une longue discussion, il déclara nettement et fermement que le Gouvernement prussien devait faire savoir h l'Italie, s'il était ou non décidé à se préparer è la guerre du même pas que l'Italie et si, oui ou non, il se considérait comme Hé par tes engagements qu'il avait souscrits.

Il ajouta que u nous avions confiance aans fissue de la guerre, que nous disposions d'une excellente et forte ■armée, d'un peuple patriotique, mais qu'avant de nous engager dans une guerre avec l'Autriche, dans une guerre dans laquelle nous allions jouer l'existence de la patrie, la prudence, la sagesse nous commandaient de rechercher tT autres combinaisons politiques oit militaires — et qu'au point de vue purement militaire, il nous suffisait, par ■exemple, pour commencer seuls la lutte, d'avoir à nos côtés, non pas une armée française, mais rien que le drapeau lit la France ».

La menace contenue dans les dernières paroles du général était d'autant plus audacieuse qu'il ignorait encore à ce moment l'existeace des négociatious que l'Autriche «vait entamées avec la France alin de détacher l'Italie de

l'alliance et dont le Gouvemoment italien n'eut connaissance qucquatre jours plus lard. Msiis, pràcfi à ces paroles, tout en ménageant au Gouverneniont italien le moyen de reprendre loyalement sa liberté d'action dans le cas où la Prusse persisterait à contester la portée de ses engagements, le général avait invoqué et trouvé le seul argument qui fût capable d'exercer une pression sur les décisions de la Prusse. Il avait réussi à inspirer au comte ■de Bismarck la crainte de voir l'Italie, retombée sous l'influence française, laisser à son tour la Prusse seule en face de l'Autriche. C'était lii .un danger d'autant plus ^ave aux yeux de Bismarck que, griice à l'habileté de ses agents diplomatiques, il savait tout ce qui se tramait à iPuris. S'il importait assurément à la Prusse de conserver salibprlé d'action, il ne lui convenait pas, en revanche, ■de fournir « l'Italie une occasion de revendiquer la sienne. Le coup que le général avait porté au hasard avait atteint le but.

Quelques heures plus tard , le comte de Bismarck faisait appeler en hâte l'envoyé italien pour l'informer qu'il avait soumis au roi les deux questions que le général lui .avait posées :

Que fera la Prusse si l'Italie attaque l'Autriche?

Que fera-t-elle si l'Autriche attaque l'Italie?

El le roi, après avoir émis l'opinion que l'Italie devait s'abstenir de toute attaque, avait approuvé la promesse faite par le Ministre qui déclarait que, dans le cas d'une agression de la part de l'Autriche, la Prusse, bien que ne se considérant pas comme obligée par le traité k intervenir, combattrait aux côtés de l'Italie.

L'incident était tranché', mais l'alarme était donnée. Tne parole royale mettait l'Italie à l'abri du danger d'être exposée seule aux attaques de son agresseur; mais il n'en

1. L'incident était si complètement tranché que le généra) Govone crut inutile de communiquer an ocnle de Kismarck le téli'gramme du Ministre ta date da 2 mai, qui persiatail dans l'interprétatian que l'Italie entendait «lunner au traité.

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restait pas moins le souvenir de Thésitation, quelque courte qu'elle ait été, manifestée par le Gouvernement prussien; il n'en restait pas moins le souvenir de l'interprétation restrictive et égoïste que Bismarck avait voulu donner au traité, Taffirmation que la Prusse accordail son concours à l'Italie, non pas parce qu'elle s'y était obligée, mais parce qu'elle y trouvait son intérêt et sa convenance — autant de symptômes qui trahissaient une nouvelle évolution de la politique prussienne dans le sens de la paix.

On pourrait peut-^tre invoquer certains arguments en faveur de ri nterprétation que la Prusse donnait au traité^; mais en admettant même la justesse de ces arguments, il n'en est pas moins évident qu'un Gouvernement ne se dérobe pas devant les engagements qu'il a contractés, sans y être forcé soit par des offres séduisantes, soit par des pressions auxquelles il lui est impossible de résister. En tout cas, on n'aurait pas gagné grand'chose à vouloir chicaner, et rien du tout même à bouder et à se fâcher.

La seule chose réellement importante consistait à savoir jusqu'à quel point les dispositions naguère si belliqueuses de la Prusse s'étaient atténuées, à reconnaître exactement jusqu'à quel point l'Italie était à ce moment exposée au principal danger, prévu dès le premier jour, celui

1. Il n'est que juste de rappeler ici que Ruggiero Bonghi [Unpo" piu dt luce, Nuova Antolopia, 1873) se prononça dans ce travail en faveur de rinterprétation que la Prusse voulait donner au traité. Quant à nous, nous pensons avec le général La Marmora et avec ses collaborateurs que si le texte du traité ne visait qu'un seul casus b-lli et accordait à la Prus'^e le droit dVn prendre l'initiative, la Prusse n'aurait nullement été obligée de soutenir l'italie dans une guerre provoquée par cette puissance ou amenée par d'autres causes ; mais qu'il n'en était plus ainsi quand il s'agissait d'une guerre déclarée par l'Autriche, parce qu'elle savait ou supposait Tltalie alliée à la Prusse. Dans ce cas, comme l'Italie avait conclu une aUiance offensive et défensive, elle avait absolument le droit de croire que ce traité impliquait et comportait la solidarité réciproque des deux puissances qui l'avaient signé.

Toutefois, lorsqu'un homme h l'esprit aussi juste et aussi pondéré que Bonghi conclut en faveur de l'interprétation donnée à ce traité par la Prusse, on est, même malgré soi, obligé d'admettre que réellement le doute était possible et permis.

d'une solution pacifique qui entrainerait la ruine de lou ses espérances, d'oti venait ce pffril, de quel cMé il y aui lieu de se retourner afin de seconder éventuellement ce force des circonslances , en laquelle, non sans raison, B marck conseillait à l'Italie de placer toute sa confiance.

Le général Govone ne doutait plus désormais du con de Bismarck et de l'immuable résolution qu'il avait pr de persévérer dans la voie que, dès le début, il av montrée à Tltalie. Aussi, est-ce par ces mots qu'il teri: nait le rapport par lequel, avant môme qu'elles eussi été encore accentuées par les promesses du roi, il co ffluniquait tes déclarations que Bismarck lui avait faite

" Le comte de Bismarck continue à tendre avec to\ son énergie et sa rare intelligence vers son but : la gue. avec tAutriche. Ayant affaire à un roi qui hésite, il fteut dire aujourd'hui d'une façon attsolue et définitive ; Faura toujours dans son jeu, mais H fait tous les jours pas en avant. Si l'on jette un coup d'oeil sur le chen parcouru jusqu'à ce jour, si l'on veut bien considérer co bien les circonstances du moment sont favorables à Prusse, on sera obligé de conclure que les chances qu'a comte de Bismarck d'arriver à ses fiîis augmentent de je en jour. »

Mais, tout en rendant justice aux vues personnelles Ministre prussien, tout en exposant la situation ai calme, sans exagération comme sans découragement, l'e voyé italien en venait è rechercher les dessous, les c6i ignorés decette situation. On ne pouvait en effet s'empèct de se demander pourquoi le comte de Bismarck, le faute avéré de la guerre, lui qui devait profiter avec joie de toi occasion quellequ'elle fût, d'où qu'elle vint, hésitait mai tenant à saisir avec empressement celle qui venait de présenter; — pourquoi lui, qui s'efforçait encore peu temps auparavant, et par tous les moyens en son pouvi de pousser l'Italie à mettre le feu aux poudres, conse lait maintenant la prudence et la modération et lui fais, savoir que, si elle attaquait, elle le ferait à ses risques

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périls ; — pourquoi, en interprétant les clauses du traité dans un sens restrictif et pour le moins contestable, il avait à un moment donné paru vouloir abandonner l'Italie en s'exposant ainsi lui-même (ce n'était certainement pas par amour de la chicane) à mettre aux mains de Tltalie un instrument qui aurait pu lui servir à s'affranchir à son tour des engagements qu'elle avait contractés. Il y avait évidemment une cause à cette évolution soudaine, une raison cachée qui motivait ces hésitations de la politique prussienne.

Quelques observatioils, quelques notes datées de ce jour (4 mai) dans lesquelles le général reprend les paroles de Bismarck relatives à la France, dans lesquelles il fait ressortir les contradictions entre celles que le Ministre prussien prononçait quelques semaines auparavant et le langage qu'il tint à ce moment, permettent de relever la piste qu'il suivait. Les changements qu'on remarquait dans l'allure de la politique de la Prusse étaient la conséquence de l'attitude nouvelle prise par la France.

La France avait depuis longtemps travaillé dans le sens et dans l'intérêt de la politique de Bismarck. Poussée peut-être plus par des aspirations vagues que par des vues nettement définies à chercher par des accroissements territoriaux une compensation aux échecs diplomatiques qu'elle avait essuyés autre part, et comprenant que seuls les désaccords et les différends des Etats germaniques pouvaient lui permettre d'arriver à ses fins, elle se trouvait être Talliée naturelle de Bismarck, qui lui aussi comptait sur la confusion générale qu'il allait provoquer pour assurer la réalisation de son programme. La France avait par suite travaillé, elle aussi, à rendre la situation plus délicate et plus difficile encore; elle avait enlevé à l'Italie tout espoir de trancher pacifiquement la question de la Vénétie, encouragé et facilité l'alliance avec la Prusse, secondé les vues de Bismarck. En un mot, elle s'était appliquée plutôt à envenimer le litige qu'à l'aplanir. C'est ainsi, par exemple, que dans les premiers

jours d*avril Govone avait rencontré le Ministre de Bavière en train de causer avec i^ambassadeur de Franco, qui lui exposait les différents moyens qui devaient, à son avis, permettre de résoudre pacifiquement la question. Dès que le Bavarois fut parti, Benedetti se tourna en souriant vers le général et lui dit : « Je leur fais des projets d'arrangémentSy comme vous voyez ; mais nous serions bien attrapés s*ils nous prenaient au mot. »

Mais ce fut lorsque les choses eurent pris la tournure voulue, lorsque le conflit entre les deux puissances allemandes fût arrivé au point de rendre peu probables les chances de réconciliation, lorsque la France jugea qu'il lui fallait faire mouvoir ses pions, qu*il lui fallait prendre la position et l'attitude qui devaient lui permettre de tirer du conflit les avantages sur lesquels elle comptait, que sa politique commença à osciller entre la Prusse etTAutriche. De sorte que le comte de Bismarck qui, au mois de mars^ se croyait sûr de la neutralité bienveillante de la France, et qui n'avait alors d'autres appréhensions que celles que pouvait lui suggérer la difficulté d'offrir à ses prétentions, une satisfaction raisonnable, que le comte de Bismark, qui disait alors : « La France nous laissera faire^ quitte à nous présenter après une liste cTaubergisteyy, ne put plus cacher, au commencement de mai, ses craintes de la voir intervenir. Le 3 mai il déclara même : qu'il importail de (Tarder le secret sur les mesures prises le jour même en Conseil des Ministres, que c'était parce qu'on n'était pas absolument rassuré du côté de la France, qu'on s'était décidé à ne mobiliser que 150.000 hommes et que, si Ton hésitait encore à s'engager, cela tenait uniquement à ce qu'on craignait de la voir intervenir et réclamer les frontières du Rhin, dès que Faction aurait commencé. 11 ajoutait que, d'après les dépêches de Goltz, de Paris, Tempereur était impénétrable, qu'il était impossible de rien tirer de lui et qu'il avait de longs et fréquents entretiens avec Metternich^

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