‹ Mémoires (1848-1870) (volume 2)Chapitre 29 sur 73 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

« Dans les conférences que j'ai eues avec le comte de Bisfnarck et le général de Moltke au sujet des opérations militaires, je me suis toujours prononcé contre le projet (Tavoir deux armées, celle de Saxe et celle de Silésie. J'ai soutenu la concentration en une seule masse marchant COUDE A COUDE par Gôrlitz sur la Bohême. J'ai dit que Benedeck marchera coude a coude de la Bohême vers Gôrlitz. Bismarck m'a dit qu'il soutiendrait cette opinion devant Moltke. — Moltke m'a donné les raisons en faveur de la constitution des deux armées. Puis il m'a dit : « Mais vous qui recommandez la concentration à la Prusse, vous n'appliquez pas ce principe en Italie. Je vois chez vous deux armées: Cialdini sur le Pd et le 7'este sur le Mincio. » — Je réponds : « Mais nous ne pouvons pas révéler aujourd'hui nos projets; on réunit partout, de ci et de là, des divisions ; mais je suis sûr que^ lorsque nous commenterons les hostilités, nous n'aurons qu'une seule armée, soit ^ur le Pô, soit sur le Mincio. »

Lors de la course rapide que je fis à Florence, au moment de me rendre à Paris pour tj traiter la question de la cession proposée de la Vénétie, j'exposai au général La Marrnora les liaisons pour lesquelles je condamnais la répartition des forces en deux armées.

214 LE GÉNÉRAL GOVONE

// m'a dit que Cialdini avait étudié la question et quil était sûr du succès.

Lorsque, ma mission terminée ^ je rentrai en Italie^ on reprit à Florence , le 9 juin au soir, la question de la concentration, de la marche coude à coude. Le minisire Jacini était présent. La Marmora me dit : « Allons vous éfes, vous aussi, de ceux qui voudraient les troupes jl>e dsourad'le autre ^ (jeter les troupes les unes sur les autres . •>

Lorsque je passai par Plaisance^ je 7n élevai également en causant avec le général Petitti contre la répartition des forces en deux groupes. Il me dit que Cialdini était st)r du résultat, qu'on était obligé d'avoir des ménagements avec lui, qu'une opération aussi brillante que le passage du Pô et de fAdige donnerait immédiatement un grand prestige à Farmée italienne aux yeux de l'Europe. »

C'est en ces termes que le général (îovone résumait sommairement, dans celte partie de ses Mémoires, une bonne partie des observations et des remarques qu'il avait consignées par écrit et qui avaient trait tant aux conversations qu'il avait eues qu'aux conseils qu'il avait été appelé à donner. L'unité de commandement et la concentration des forces, surtout après l'expérience qu'il avait acquise au prix de tant de souffrances, en 18i8, sur le Danube, en Crimée et en 1850, lui semblaient chose tellement capitale que dans toutes ses lettres, dans toutes ses notes, il ne fit que revenir sur ces idées qu'il avait constamment défendues tant en Prusse qu'en Italie. Il ressort clairement de toutes ces pièces que le général conserva jusqu'au dernier moment l'illusion, l'espérance, que la concentration serait achevée au moment où la guerre éclaterait.

Pour ce qui est du plan de guerre, il ne cessa d'insister sur la nécessité d'entrer en opération avec une seule armée formant une seule masse et prête par suite à agir

i . Dialecte p iém o n ta is .

ulilement et vigoureuse mont contre l'armée ennemie, en y ajoutant une opération secondaire exécutée audacieusement par rfenx ou trois divisions qu'on aurait transportées de l'autre côté de l'Adriatique et jetées sur Trieste.

La grande armi'e chargée d'opérer sur le véritable théâtre de la guerre, pénélranl dans la Vénélie sur un seul point et s'avançant en masse serrée, n'aurait laissé aux Autrichiens d'autre alternative que celle d'accepter une bataille rangée dans laquelle, malgré l'appui des places de leur redoutable quadrilatère, ils auraient été certainemenl battus, ou de se jeter dans Vérone. Une fois ce résultat obtenu, la moitié de l'armée aurait largement suffi pour conduire méthodiquement la guerre de siège avec ses lenteurs forcées pendant que l'autre moitié, ayant désormais le champ libre devant elle et ses derrières assures, aurait pu pousser rapidement en avant, afin d'opérer de l'autre côté des Alpes sa jonction avec ses alliés.

Pendant ce temps le corps expéditionnaire de l'Adriatique, qui n'aurait trouvé devant lui que des forces peu considérables, aurait de ce côté réussi à déborder l'armée autrichienne et contribué à affaiblir, par l'effet moral et malériel de sa diversion, la vigueur de la résistance opposée à l'armée principale par les défenseurs du quadrilatère.

" Le Gouvernement arme en Italie, lit-on à la date du 17 mai, dans les notes du général. .. -Wn/s on commet à ceproj>Of une erreur : la séparation de famii'e en deux : 7 divisions à Bologne, 9 sur la rive gauche du Pô. La Marmora n'approuve pas cette répartition. — Ciaidini, qui a toujours tu en vue le passage du Pô, en parla au prince Napoléon dans des termes gue celui-ci a répétés à Nigra et qui semblent indiquer qu'il n'avait pas une confiance absolue dans la réussite de cette opération. Mais en quoia-t-il confiance? J'espère cependant ; mais, malgré cela, cette opération singulière que je crois absurde et dangereuse, parce qu'il me semble qu'il serait beaucoup plus facile de passer leMincio en masse, m'inspire quelques craintes.

S16 LE GENERAL OOVONE

» J'ai demandé à La Marmara et à Pellinengo de faire venir toutes les division" stationnées dans le Midi, d'en concentrer 3 à Ancéne et de tenir le matériel de siège prH à suivre farmée. — Ricci m'a dit qu'on avait le matériel nécessaire pour 60.000 hommes !!! C'est admirable, étonnant même, mais à condîtionde concentrer les troupes à Ancône . >;

On trouvera du reste l'exposé complet de ces idées du général fiovone dans une de ses lettres au général Petitli que nous reproduisons plus loin, lettre dans laquelle ît condense et reprend les éludes auxquelles il s'est livré ù ce propos. Il faut toutefois remarquer que cette lettre, écrite après Custozza. répond naturellement dans se» appréciations h la situation nouvelle créée par les événements de la veille et à la nécessité de tout sacrifier à la rapidité d'une action susceptible d'amener une revanche prompte et immédiate, à cette nécessité qui s'imposait de jour en jour plus impérieusement, au fur et à mesure qu'on recevait au quartier généra! la nouvelle des incessantes et rapides victoires de la Prusse, Et ce fut îi cause de cela qu'analysant ensuite les différents projets d'opérations, tout en laissant entrevoir la sympathie que ne cesse de lui inspirer l'exécution d'une audacieuse entreprise poussée au-delà de l'Adriatique, le général place en seconde ligne toutes les opérations secondaires en vue desquelles on ne disposait pas de moyens suffisants et insiste pour qu'on procède au plus vite à l'exécution de l'opération quon avait le mieux préparée, c'est-à-dire le passage en masse du Mincio.

(îovone avait à peine achevé cette lettre au moment où la retraite progressive de l'armée autrichienne d'Italie vint à nouveau modifier la situation en Italie. Ottc modification de la situation, la disparition de l'ennemi, la poursuite infructueuse de Cialdini et sa marche à travers la Vénétie entièrement dégarnie de troupes, la crainte de voir les Autrichiens réunir toutes leurs forces pour les jeter contre tes Prussiens, la possibilité d'être surpris par la paix.

avant d'avoir pu prendre la revanche si ardemment dés r^e, toutes ces considéralions firent à nouveau apparaît aux yeux du général les avantages qu'on pouvait enco tirer d'une expédition secondaire contre Trieste, de cet expédition qui aurait permis aux troupes italienn de pOQSser rapidement jusque vers le cœur de la mona chie autrichienne et aurait obligé la cour de Vienne détacher de ce côté une partie de ses forces. C'était un projet d'une extrême audace, projet condamné malhc nusement à ne laisser de trace et de souvenir que dai ifl Journal du général Govone et dans les Mémoires t gém'Tal Bixio.

" Le général Bixio, ainsi s'exprime son biographe parla parfois d'un projet qu'il avait con(;u et étudié de co certavec le général Govone, du projet detransporter raj df>mentles volontaires duTyrol dans les ports de l'Adri tique, d'où, après y avoir réuni les bâtiments marchan qu'on aurait réquisitionnés, on les aurait jetés en mass sous le commandement de Garibaldi, sur les eûtes i ristrie, en chargeant la flotte de protéger leur débarqu ment et en les faisant soutenir par deux divisions i l'armée régulière {la sienne et celle de Govone), penda ()ue Cialdini, à la tète du gros de l'armée, aurait forcé l passages de la Vénétie et opéré ensuite aux environs ( Trieste sa jonclion avec le corps de débarquement. » Rêves et espérances qui ne devaient jamais se réalise: Voici du reste la lettre ^ adressée au général Petitti, lett 3 laquelle nous avons fait allusion plus haut.

"Mariana, 9 juillet 1866... Votre Excellence m'a fait f/pma. dfr l'autre jour de quelle façon on pourrait conduire l 'ijinations afin de pasxer avec toutes nos masses réunies itincio au lieu du Pô et Elle a paru croire que cette opératit

1. 0. BusETTo, yoti:ie sut générale Nino llUio. p. 196. — Voir Ëgaleme f%f iTA de re Jivre tes paaiitges relatifs aux relations des deux généra [«allant la campa^e et aux travnui qu'ils préparaient ensemble.

î. Archiuei de VEIal-Jdajor. Cette lettre a èlé publiée en partie p L.CauL.\dan9 les Cenni Slorici suCutlozit, vol. [|.

SIS 1,E GENERAL GOVOSE

présentprail plus de dif/icnllés que le passage du P'>. Jf prends la liberté {que je vous prie de me pardonner , de vous adresser sous une forme essentiellement privée ei sans antre objet que celui de défendre mon opinion, un Mémoire que j'ai rédigé à ce propos.

L'armée italienne doit, au cours de /a présente campagne, se proposer : de réduire l'ennemi à l'impuissance en Folili- (feant à s'enfermer dans /es places et en poursuivant sain trêve ni répit jusqu'aux frontières de l'Italie tout re qui ne se sera pas jeté dans les forteresses ; d'occuper le Tyrol et A'ij provoquer un plébiscite destiné à amener ranneiinn tle ce pays / de s'emparer d'une des places, Vérone, si faire se peut, ou Venise; (Poccuper Triesfe, soit pour l'échanger plus tard contre les autres places, soit pour garder définitivement cette ville, si fissue de la guerre et In .détresse et rabaissement de V Autriche le permettent.

Il me semble avant tout que, quand ou a devant soi unf armée rfc 180.000 hommes, dont SO.OOO peuvent être amenée en ligne sur le champ de bataille, vouloir diviser ces force f entre deux armées, c'est, qu'on me pardonne f expression, commettre une faute que les événements ont condamner depuis longtemps.

Telle a toujours été mon opinion et je Fat exprimée énergiquement, bien avant les événements. On doit opérer arec toutes ses forces réunies. On peut toutefois essayer de justifier ces opérations en s'appuyant sur ce fait que l'on au- Tait facilement pu remporter la victoire le2'i sans les autres -erreurs qu'on a commises et qu'on ne saurait imputer au commandement en chef.

A mon avis, il s'agit actuellement d'opter pour la direction à donner aux opérations ultérieures entre les quatre combinaisons suivantes :

i" Prendre une forte position sur les hauteurs qui entourent Pcschiera et sur celles de la rive droite du lac de Garde, détacher un gros corps de troupes régulières ou de volontaires qui pénétrera dans le Tyrol et tournera par là Je quadrilatère.

Si, yrdce à la supériorité du nombre on remporte des nvantages dans le Tyrol^ rien de plus facile que de couper et de détruire les routes qui font communiquer la quadrilatère avec PEmpire. Limitant alors roccupation du Tyrol aux forces strictement nécessaires^ faire rallier Varmèepar le reste du corps détaché et passer le Mincio avec une année dont F effectif sera toujours pour le moins deux fois supérieur aux corps dont Cennemi pourra disposer pour les opérations actives en campagne.

Vidée émise naguère par le général La Maj^mora^ ridée de fortifier Lonato^ permet de croire qu'on avait songé à /tes opérations de ce genre. Il semble du reste que, depuis la cession de laLombardie, r Autriche a toujours eîivisagé cvec inquiétude la possibilité de ces opérations et qu'elle a fait travailler avec rage aux ouvrages qui ferment les débouchés du Val Camonica vers le Tyrol.

2* On pourrait encore reine ttre à plus tard la conquête

du Tyrol et passer le haut Mincio entre Monzambano et

Valeggio sur autant de ponts quil sera possible d'en

jeter. En passant la rivière avec dix-neuf divisions, on aurait

là deux fois plus de monde que l' ennemi.

Cette masse imposante, marchant coude à coude en ordre de bataille, avec la lenteur inséparable des marches de ce genre, brisera toutes les résistances que rennemi essayerait delta opposer. Une division restera à cheval sur le Minào pour contenir la garnison de Peschiera. Une autre {avec de la cavalerie légère et les volontaires), mettra des cvant-postes ve7*s Mantoue et Goito, contiendra la garnison de Mantoue et garantira ainsi la sûreté de notre ligne (Fopérations. Même si tme sortie de la garnison de Mantoue nous causait pour un instant quelques inquiétudes, ce ne serait là qu'un incident secondaire et passager. En poussant en même temps de forts détachements de volontaires dans la direction du lac, on tiendrait en échec les troupes autrichiennes du Tyrol.

De toute façon, on devra mettre à Ancâne la vingtième division avec 15 ou 23.000 volontaires, avec tout ce quil

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faut pour rembarquer et avec la flotte afin de tenir en échec les garnisons autrichiennes du littoral et de pouvoir entrer en action lorsque le moment sera venu.

Si l'on opère de cette façon^ ou bien F ennemi acceptera la bataille sur les hauteurs mêmes, comme il Fa fait le2i, ou il la refusera.

S'il l'accepte, nous disposerons sur le front de dix-sept divisions bien capables de l'anéantir. Il y aura alors moyen — et r expérience que nous avons acquise nous a montré ce gtt'il convient de faire pour cela — de tirer parti de notre victoire.

Une victoire complétée par une poursuite énergique nous donne le Tyrol et la rive gauche de l'Adige. Si toute tarmée ennemie d'opération ne peut se renfermer dans Vérone y une partie de cette armée se repliera sur Vicence, et ce sera alors le cas de jeter derrière elle la moitié de l'armée et toute la cavalerie, pendant que l'autre moitié prendra position à cheval sur FAdige, y construira des ouvrages, retranchera les villages et les fermes de façon à nous assurer une ligne fortifiée capable de résister aux sorties.

Dans le cas que nous examinons ici, nous serons mai très absolus de la campagne. Si l'on trouve que les forces dont nous disposons actuellement ne suffisent pas pour nous permettre de /aire de îiombreux détachements, on fera entrer en ligne les brigades formées à l'aide des cinquièmes bataillons quon chargera (f investir Legnago, pendant qu'une division prendra position à Nogara ou à Isola délia Scala. La supériorité morale que donne la victoire aura d'ailleurs doublé nos forces et nous n'aurons que peu f) craindre des sorties de Legnago et de Mantoue.

L'armée chargée de la poursuite, après avoir rejeté r ennemi jusqu'à Flsonzo, prendra position à Vicence. 1/ importe de plus de se rendre compte non seulement désavantages que nous assurerait la victoire, mais des conséquences qu'une défaite aurait pour notre adversaire. L'armée ennemie en retraite perdra la moitié de sa force^ tant élective que morale et sera de longtemps hors d'état de reprendre une initiative dangereuse.

Le corps qui sera à Vicence entreprendra alors dans le Tyrol les opérations dont nous avons parié en examinant la première hypothèse^ hypothèse dans laquelle on procédait de suite à cette opération^ et la flotte tentera une attaque sur Venise.

Dans le cas où F ennemi n'accepterait pas la bataille^ il aura alors à opter entre deux plans d opérations : ou bien il postera la moitié de ses forces en arrière de Vérone et le long de tAdige dont on cherchera à forcer le passage, ou bien il restera dans Vérone et s*y enfermera en tenant toutes les hauteurs. Dans ce cas, il conviendrait de masser notre armée sur les territoires classiques de Sona et Sommacampagna, de confier les opérations en Tyrol à un détachement suffisamment fort, de faire arriver au plus vite et au prix des plus grands efforts notre matériel de siège qui se compose de plusieurs centaines de bouches à feu et d'enserrer par la rive droite de VAdige Vérone dans un cercle de fer.

S'il est vrai, c'est là une expérience à faire, que C artillerie rayée actuelle ne tarde pas à avoir raison des ouvrages dont le profil et les revêtements laissent à désirer, on devra bouleverser et rendre inhabitables les forts détachés des hauteurs de S. Massimo.

Une fois établis sur les hauteurs, Vérone dominée de toute part ne serait plus tenable. En tout cas, F ennemi devra s'y opposer et il en résultera une bataille en avant des hauteurs de Sona et de Sommacampagna.

Etant donnée la proportion actuelle des forces, après la bataille du 24, et la situation telle que l'ont faite les victoires de la Pnrsse en Bohême, je crois que ce serait là le meilleur moyen de rouvrir la campagne, parce que cette opération serait précisément celle qui, en permettant aux divisions du général Cialdini d opérer le plus tôt possible leur joncteur avec le reste de C armée, nous mettrait en mesure de passer plus rapidement le Mincio et de porter notre armée contre F ennemi en pénétrant de plus sur son propre territoire. Ou bien l'ennemi aura préféré accourir à la défense

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de Vienne, et mira fait filer une partie de sex troupes vers la capitale, et alors fensemble denotre tâche et surtout la conquête du Tijrol se trouveront singulièrement facilitée. Ou bien il s'entêtera à conserver ses positions, et dans ce cas les Prussiens ne rencontreront que peu de n-sistanee lors de leur marche sur Vienne. Enfin un armistice nous trouvera au moins devant Vérone.

3° J'en viens maintenant au troisième projet d'opération : Passer le Pâ, puis l'Adige avec toutes les forces réunir.t sur le bas P<i. Les conditions topographiques locales jouent ici un rôle considérable. S'il est vrai qu'il est facile (finonder le pays, s'il est également vrai qu'il g a dans toute celte région un nombre très restreint de rouies, que ces routes elles-mêmes sont enserrées entre des obstacles insurmontables, disposés de telle façon qu'il est de toute impossibilité de déployer les colonnes, Popération sera assurément hasardeuse et la supériorité numérit/ue dont nous disposons deviendra inutile. On ne pourra alors déboucher qu'en colonne de route. Enfin une opération de ce genre présente encore un autre inconvénient, celui de retarder et de ralentir sensiblement la reprise d'une offensive vigoureuse. Ou bien le général Cialdini passera seul et presque immédiatement le fleuve, et alors il peut sr trouver exposé à avoir sur les bras les forces que nous avons eues devant nous le 24, et dans ce cas il ne pourra pousser en avant que lorsque nous aurons opéré notre jonction avec lui. Ou bicif on attendra encore avant de sedécîder à tenter le passage du Pô, et il en résultera un nouveau relard qui se produira au moment même où la rapidité des succès de la Prusse peut mettre promptement finà laguerre.

De toute façon, lorsque, après avoir passé le Pô et l'Adige, on s'arancera en Vénélie, il sera absolument indispensable de faire des détachements chargés de couvrir notre ligne de communication sur Bologne, soit contre Mantouc par Borgoforte,soit contre cette même place par Ostigliaet Legnago. Quel devra être alors l'objectif de l'armée ? Il dépendra de la direction que l'ennemi donnera à ses opérations.

Battu derrière FAdige^ il peiU^ s* appuyant sur la route du Tyrol qui est libre et qui n'est même pas menacée^ rester à Vérone et sur les hauteurs en arrière de Vérone^ et dans ce cas y Vannée italienne ne pouvant s éparpiller et s'étendre par Vicence sur Venise devrait ^ tout en s^ avançant ^ tenir et garder quantité de ponts surfAdige et être à tout moment pr^te à accepter la bataille en cas de sortie de f ennemi.

Ou bien r ennemi j après avoir vainement essayé de défendre lAdige, abandonnera Vérone en ny laissant quune garnison et se repliera sur Vicence; ce serait là l'hypothèse qui serait la plus favorable à nos projets d'offensive éner gigue. Pendant qu'une portion de f armée observerait Vérone, le gros suivrait V armée autrichienne en retraite et l'on se retrouverait alors à peu de choses près dans les conditions que nous avons examinées en partant de la 2* hypothèse, avec quelques avantages de plus, puisque notre ligne d'opérations ne passerait plus entre deux places, mais aussi avec quelques inconvénients qui n existaient pas dans le cas précédent, par exemple , la difficulté qu on éprouverait à paralyser les entreprises de la garnison de Mantoue, parce que dans ce cas force serait d'observer la place d assez loin.

Dans la 2* comme dans la 3* hypothèse, on procéderait en temps voulu à f occupation de Trieste.

4* Reste enfin la 4* hypothèse, celle qui consisterait à baser 7ios opérations surtout sur notre supériorité sur mer, à couvrir la capitale par des forces réunies à Bologne avec avant-postes sur le Pô et à jeter une armée sur C Adriatique, sur Tneste par exemple.

Il parait que les Autrichiens ont conçu de vives inquiétudes à ce propos, et que c'est pour cette raison ?nême que lEmpire a multiplié ses efforts, afin de disposer cTttn nombre de vaisseaux de guerre égal à Veffectif total de mtre flotte. L'une des maximes de guerre posées par les plus grands capitaines veut que Ion frappe l ennemi précisément sur le point où il craint le plus d'être attaqué. Car nul ne connaît mieux sa propre faiblesse que l'intéressé lui-même. On pourrait, il est vrai, objecter que l'armée

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débarquée à Trieste pourrait être compromise et exposée à avoir à supporter le poids de F attaque de r armée antri- •chienne d'Italie^ renforcée par les troupes du littoral. De plus^ r Italie est bien jeune sur mer et n'a peut-étre pas encore V acquit nécessaire pour tenter dès maintenant itti ^i grand coup. Les nations se préparent peu à peu et pa^ à pas aux grandes entreprises^ aux coups (Faudace,

Et si en 1848, le Piémont ^ en dépit de ses faibles re^sources y na pas hésité à se jeter dans le quadrilatère parce que son histoire t avait habitué à courir de semblabh^ dangers^ on comprendra parfaitement que r Italie actuelle Jiésite à jeter à Trieste 120. (XX) hommes dont le transport ne pourra se faire que par échelons successifs et qui seront destinés à marcher sur Vienne ou, tout au moins y à menacer la capitale de f Autriche,

D'ailleurs, dans la situation actuelle, ce quil importe surtout de faire, c'est d'agir vite, et malheureusement jusqu'à cette heure on n'a pas pris les mesures indispensables à l'exécution dopérations de ce genre. •>

Répondant le 9 juillet à cette lettre, et présentant au .général Govone quelques remarques qu'il fit suivre de Texposé de ses propres idées, le général Petitti concluait en émettant Tavis qu'il importait de tenir compte surtout de ce que ferait Tennemi. Or les Autrichiens se •disposaient à ce momentà abandonner Tltalie, après avoir eu toutefois le soin de faire naître des difficultés diplomatiques en cédant la Vénétie à la France.

Il était déjà très tard, trop tard môme pour pouvoir réparer les fautes commises, même s'il y avait eu, ce qui n'était pas le cas, une volonté unique assez puissante pour •dominer la situation et s'imposer à tous.

L'entreprise avait été mal conduite dès le principe. La <juestion du commandement, après avoir donné lieu à de longs débats entre les deux principaux généraux, avait été tranchée à Taide d'un déplorable compromis qui aboutissait en réalité à la dualité du commandement, puisqu en

fait chacun de ces généraux était absolument indépendant. On avait procédé de la même façon quand il s'était agi des plans de guerre ; au lieu de se résoudre à un choix, on avait en réalité accepté les points principaux de chacun des deux projets : ou avait par suite adopté celui qui proposait de partir du Mincio pour traverser le Quadrilatère et celui gr&ce auquel on espérait réussira le tourner en se basant sur le bas Pô.

On en était ainsi arrivt? à donner la préférence à une combinaison grâce à laquelle, en laissant à rcnnemi tous les avantages que lui assuraient une position centrale et une formidable base d'opérations qu'il avait solidement retranchée et qu'il connaissait à fond jusque dans ses moindres détails, on avait de gaieté de camr renoncé à la seule supériorité qui aurait pu permettre à l'Italie de neutraliser à coup sûr ces avantages, on avait renoncé à la supériorité du nombre. Admirable combinaison, grâce à laquelle Cialdini devait rester l'arme au pied pendant que La Marmora se faisait battre et grâce à laquelle ensuite on condamnait ce dernier à rester immobile à son tour, tandis que Cialdini se préparait à pousser en avant dans la Vénétie évacuée par les Autrichiens !

Et cependant, malgré cette faute initiale, on n'aurait pas perdu ta première bataille, sans l'insuflisance du service d'exploration, sans les négligences et les lenteurs qui contrarièrent et empêchèrent la concentration de l'armée, enfin et surtout, sans l'inertie passive d'un commandant de corps.

C'est ainsi qu'on arriva au résultat suivant : l'Italie, qui avait rassemblé une armée de plus de 200.00(J hommes, l'Italie dont l'armée principale, celle du Mincio, comptait 130.000 hommes, ne put mettre en ligne, le jour de la bataille, que 5 divisions et demie, un peu moins de rjO.OOO hommes, qui eurent à lutter contre toute l'armée autrichienne d'opération'.

I. D'aprèï le» chiffres donnés par L. Chiala (Cenni Stoi-ici. vol. 11. p. 4O0), Its Italien* opposeront h Custozza 18.315 hommes à 6t),<i02 Aulrichicns

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C'est ainsi que Tltalie nouvelle avait préparé sa première grande guerre, et c'est sous le poids de ce monceau de fautes qu'elle engagea la lutte.

La déclaration de guerre avait été lancée le 20 juin.

Le 23, de gros détachements italiens s'emparaient des ponts du Mincio, que l'ennemi n'avait pas jugé à propos de détruire ou môme de défendre. Le même jour, la cavalerie italienne exécutait une reconnaissance, mais sans portée sérieuse, à quelques kilomètres au-delà du Mincio, sans s'avancer jusqu'à proximité de la ligne des forts extérieurs, sans pousser ses pointes dans toutes les directions — et naturellement sans trouver dans la plaine le moindre vestige de l'ennemi.

Ce fut là ce qui suffit pour faire croire qu'il n'y avait plus personne, qu'on n'avait rien à craindre dans tout le pays jusqu'à l'Adige, bien que les dernières nouvelles que l'on eût de l'ennemi eussent déjà deux jours de date et qu'il ne fût pas possible de douter que deux marches lui suffisaient pour venir se déployer devant l'armée italienne.

Enfin, pendant la nuit môme du 23 au 24 juin, une grande partie de la principale armée italienne, répartie et éparpillée sur un front d'une énorme étendue, se servit de quantités de ponts fort éloignés les uns des autres pour passer le Mincio et exécuta une marche oblique par rapport au cours de cette rivière, afin de venir occuper les hauteurs qui s'élèvent entre Sommacampagna et Peschiera.

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