‹ Mémoires (1848-1870) (volume 2)Chapitre 30 sur 73 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

CnSTOZZÂ

Le 24 juin au malin, la principale armi^e italienne sVtait remise en marche par groupes isolés et fort éloignés les uns des autres*. Non content d'avoir commis la faute de laisser ces colonnes traîner avec elles leurs trains de voitures de réquisition, on avait été plus loin encore en plaçant

1. Le premier groupe se composait du !•' corps (Durando) qui, ayant laisse sur la droite du Mincio la division Pianell chargée d'observer Peschiera» s'avançait par des routes divergentes à travers un pays couvert et accidenté avec les divisions Cerale, Sirtori et Brignone entre lesquelles n'existaient que des communications insuffisantes.

En arrière et assez loin de ce premier groupe venait le 111* corps (Délia hocca), marchant en ordre plus compact, mais très éprouve par de longues marches, et qui s'engagea dans la plaine avec ses trois divisions, Cugia, Bixio, prince Humbert, se tenant presque à la uiéme hauteur. Derrière ces trois divisions venait la cavalerie de ligne (de Sonnaz) précédant la division Govone, qui formait la réserve du corps.

Le II* corps, moins deux de ses divisions, Cosenz et Nunziante, chargées d'observer Mantoue et Bogoforte, formait un troisième groupe fort des deux divisions Longoni et Angioletti qui se suivaient de fort loin et qui, ayant quitté le matin assez tard des cantonnements fort éloignés de ceux «lu 111* corps, marchaient à une grande distance en arrière de ce corps.

Toutes ces divisions avaient emmené leurs bagages. Mais, en raison de l'encombrement causé par ces énormes convois, Durando avait arrêté àValeggio une partie du train du l" corps. Au lil' corps, les ordres donnés pur le commandant de corps avaient au contraire aggravé la situation. Les équipages des divisions de tête vinrent à plusieurs reprises contrarier U marche des troupes de la division Govone et empêchèrent même la division Longoni de continuer son mouvement.

Les divisions du III* corps qui se portaient sur Villafranca, précédaient non seulement toute la cavalerie de ligne, mais encore la brigade légère chargée du service d*e.xploration et de découverte, à laquelle personne ne songea à envoyer des ordres en temps utile.

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la cavalerie, cet œil de Tarméeàlagauchede rinfanterie. On n'avait ni jugé à propos de munir les différents chefs de groupes et de colonnes d'instructions leur permettant de coopérer à une action commune ou môme de se prêter réciproquement appui, ni même songé à constituer un quartier-général auquel on aurait confié le soin de prendre et de faire exécuter les dispositions générales. Et ce fut dans de pareilles conditions que la principale armée italienne s'avança inconsidérément vers le formidable échiquier des forteresses autrichiennes et se porta vers les collines qui, s'élevant à TEst de Peschiera, bordent au nord la plaine de Villafrauca.

En voyant défiler ces colonnes, si singulièrement organisées qu'on croyait avoir devant soi des troupes changeant de garnison, nul n'aurait pu supposer que cette armée exécutait une marche de guerre et pénétrait en territoire ennemi.

Le réveil devait être rude et terrible.

Un peu avant 7 heures, l'artillerie autrichienne, en position à Ganfardine, salua tout à coup de ses feux la division du prince Humbert, au moment où, débouchant de Villafrauca, elle commençait à se déployer dans la plaine parsemée de mûriers. Quelques symptômes vagues, quelques escarmouches insignifiantes et de peu de durée avaient seuls précédé Touverlure du feu de cette artillerie. Puis, après quelques volées d'obus qui, tirés trop haut, avaient passé au-dessus de Villafranca, on perçut presque aussitôt le bruit du galop sourd de troupes que le terrain couvert et accidenté dérobait à la vue, et presqu au môme moment, débordant l'extrême gauche de la division du Prince Ilnmbert, deux masses de cavalerie formées sur deux lignes assez rapprochées l'une de l'autre se précipitèrent violemment et sans ordre sur les carrés italiens, contre lesquels elles vinrent se briser. La charge avait échoué, — c'est là un fait incontestable. Mais d'autre part, et s'il est vrai qu'on ne doive condamner que les sacri lices inutiles, les braves uhlans de Tranl, les

intrépides cuirassiers de l'Empereur tombf^s sous les baïonnettes des carrés italieits peuvent à bon droit dormir fièrement d'un glorieux sommeil. La charge qu'ils avaient exécutée sans ordres, ou peut-èlre même en dépit des ordres qu'ils avaient reçus, contre des troupes intactes et que rien n'avait encore ébranlées, cette folle et témérairo chevauchée devait immobiliser pendant toute une Journée 20.000 Italiens qu'on fit inutilement rester sur ce point.

Tandis que cet épisode secondaire et essentiellement partiel arrêtait tout d'un coup la plus grande partie du m* corps à hauteur de Villafranca, la bataille, la vraie bataille s'engageait sur les hauteurs entre l'armée autrichienne et les trois divisions, encore en marche, du l"corp8.

À l'extrême gauche italienne, la division Cerale qui, au lieu de suivre la route qu'on lui avait assignée, avait fait nn grand détour dans les environs d'Oliosi, se heurtait contre la division de réserve autrichienne, alors que la plus grande partie de ses troupes était encore en colonne de marche. Profitant de l'occasion propice et des avantages que lui donnait cette formation défectueuse, un escadron des uhlans de Sicile se précipita tout à coup sur le ilanc découvert do cette colonne et tomba à l'improviste sur l'état-major de cette division. Les charges se succédèrent sans interruption. Au bout de peu d'instants nombre d'officiers italiens étaient hors de combat et, parmi eux, trois généraux : de Villa rey tué à l'attaque du Monte Cricol , Cerale et Dho blessés et renversés par ces charges. Cette malheureuse division mal engagée, privée de ses chefs dès le début de l'alTaire, ébranlée et rompue avant d'avoir eu le temps de voir d'oii venait l'attaque, était désormais condamnée à ^débattre au milieu d'un inextricable enchevêtrement de petits combats partiels et décousus, jusqu'au moment où force lui fut de reculer en assez grand désordre par tous les chemins qui conduisent au Mincio.

Plus à droite, la division Sirtorï privée de son avantgarde qui s'était égarée, et s'avançant en toute hâte, s'était

230 LE gen::ral govone

à son lour cngagi?càraveugletle au sortir de Pcrnisa avec les ppcmiers (échelons du V* corps autrichien. Presquau même moment, sa premitre ligne cnli^^emen( isolée et en l'air s'aventurait dans une dépression diflicile et dangereuse où elle ne tardait pas à cMre rompue, malnient'e et presque anéantie. La déroute do ta brigade Brescia fut de ce cûtij le prélude de toute une série de combats qui, de position en position et sans qu'il leur eût été jamais possible de reprendre pied nulle part et sans qu'ils eusseal reçu le moindre renfort, ramenèrent jusqu'à Valeggio, ou ils arrivèrent dans le plus grand désordre, les bataillons rompus et affaiblis de cette division.

Plus adroite encore, la division Brignone avait été moins malheureuse. Elle avait pu arriver avant les Autrichiens jusqu'au pied des fortes positions qui entourent Custozza. Un ordre de La Marmora envoya les grenadiers de Sarduigne occuper les hauteurs de Monte-Croee pendant que Brignone, s'attendant à être soutenu h brève échéance par des troupes de renfort qu'il supposait arrivées à proximité de ses régiments, établissait son autre brigade, celle des grenadiers de Lombardie à Custozza, à Belvédère, et h la Cavalchina sur des positions excellentes, mais dont le front était démesurément étendu pour le faible elToctif dont il ilisposait. 11 venait à peine de s'y établir lorsqu'il y fut attaqué d'abord par la bri^de Weckbeckcr, puis par la brigade Bock, du IX' corps autrichiens. Ces attaques exécutées par échelons et qui se renouvelèrent sans cesse, de[iuis 8 heures 3/4 jusqu'à 10 heures, avaient lini par épuiser cette division qui tint bon cependant, jusqu'au moment où l'entrée en ligne d'une troisième brigade' (Scudier du Vil' corps), l'obligea cntin

I. 11 importe de reiiiar<|uer que les briKiiles autrichieunes étaient en moyenne furies de (■MU honimes el que les divisions ilaljennei svaieni UD effectif variant entre 8 et 9.UU0 hotiimes. Ln division Brifcnn ne n'arrivait mùuie pas à H.Uiii) tiouiinei. L'cirerlit de» lialaillona autrichiens i3 par régiment) s'élcTail à yon himimen. celui des halaillons ilaliens (4 par irgiment) ne d^passnil pas 400 liuninies.

Lu divisiau Cerule, l'uvaiit-^arde île Sirlori qui était avec cette divi^ioD.

à plier. Le duc d'Aoste et le général Gozzani qui s'élaieul «ouverts de gloire étaient blessés ; la ligne trop mince et trop étendue des grenadiers de Lombardie était enfoncée ; les grenadiers de Sardaigne étaient épuisés tant par les efforts qu'ils avaient faits pour défendre leurs positions que par les retours offensifs qu'ils avaient exécutés sur un terrain aussi difficile que les pentes du Monte Croce; Cavalchina. Belvédère, Custozza étaient au pouvoir des Autrichiens qui, pendant un moment, avaient même été maîtres de Moule Croce, lorsqu'à 10 heures Brignone, hors d'étal de se maintenir, donna l'ordre de se mettre en retraite, au moment même où en face de lui la brigade Weckbecker et une partie de la brigade Bock, croyant, elles aussi, que leurs attaques avaient 6lé infructueuses, se retiraient dans le plus grand désordre.

Scudier et BiJck restaient donc maîtres de Custozza et de presque toutes les positions dont on s'était disputé la possession. Du côté des Italiens, les deux bataillons du G*°, division Cugia, envoyés par le général La Marmora sur le Monte Croce et que le colonel Ferrari avait brillamment et vaillamment conduits, avaient pris pied sur les hauteurs. Enhn quelques petits paquets de braves grenadiers, électrisés par les exhortations et l'exemple de chefs tels que Boni, Fezzi, Tortori et quelques autres vaillants officiers,

*l. plus tard, Pianell et la réserve d brigades Benkcj el Weimar (division

La division Sirtori combattit rontre la brigotle Bauer et se retira devant la brigade Moriiig du V' corps.

La division Brignone cnmbaltit contre les brigades Weckbecker et Bûck du I.V corps el Scu.lier du VI1-.

La division Cugia, engagée presque eNclusivemenl dans un oombat d'artillerie, délogea le matin de Monte Croce 10 compagnies do régiment Archiduc-Hodolphe (brigade Scudier] el combattit le soir contre le régintent Maroicic (brigade Kirchsberg).

U division Govone eut successivement affaire avec In brigade Scudier et le régiment Grand- Duc de Toscane (brigade BOck), puis avec le régiment Thun (brigade KirchsbergJ, el avec les Tractions encore intartes du rtgiment Roi de Bavière (brigade Weckbecker;, ensuite avec les brigades Tflpij et Welsersheiuib du VU- corps, Môring du V, el 2 bataillons du rtgimeut Nagy (brigade Bauer) êgalemeal du V.

LE GENERAL QOVONB

tenaient encore sur quelques-uns des points où ils se battaient depuis le matin.

Ce fut & ce momentet sur ce point nadme que la 9' division entra en ligne.

La 9* division avait pris les armes te 23 juin à 8 heuresdu matin. Mais à cause de la lenteur apportée à la transmission des ordres '.elle n'avait pu se mettre en mouvement que vers midi. Elle n'était arrivée qu'à une heure avancée de la soirée sur ses positions de Cascina Bertone et de Casa Nova. Itejoinle vers minuit par ses équipages, elle venait à peine de commencer k faire la soupelorsqu'un ordre lui prescrivant de re|irendre la marche à 1 heure 1/2 du matin l'obligea à suspendre ses prépara* tifs et à se remettre en route malgré la fatigue des soldats, fort éprouvés par une rude étape, mourant de faim et qui auraient eu grand hesoin d'un repos plus prolongé.

Dieu que la division eût repris son mouvement à l'heure indiquée, les ordres de marche émanant du commandement du corps d'armée avaient été établis d'une façon tellement défectueuse qu'elle trouva à trots reprises la route coupée par les colonnes des troupes et les convois des trois autres divisions. Elle perdit ainsi inutilement en chemin des heures précieuses pendant lesquelles, si on l'avait laissée séjourner sur ses positions, ses liommes auraient pu se reposer et reprendre des forces. A 8 heures du matin, sa tête de colonne était arrivée à Quademi lorsqu'elle se vit de nouveau arrêtée et coupée par une partie des convois de la 8" division. Mais, à ce moment, on entendait déjà le canon, et le général Govone, impatient d'arriver sur le

I. U'aprèa le journal de marche de la 9* division (Archives de l'Étnt- Mnjnr] du i'i juin. > Les Iriiupes reçoiTenl l'iirdre d'Mre prêtes & se inetlr« CD roule i huit heures et demie du mutin. Le départ aura lieu sur l'ordre qu'enverra le comtiiaDdaDt du corps d'arniéi: et s'etTectuera à midi.

CDSTOZZA 233.

théâtre du combat, fit rechercher et reconnaître par le lieutenant Sanguinetti ^ un chemin de traverse dans lequel il engagea ses régiments.

Les ordres et les contre-ordres se succédèrent dès lors sans interruption. Un ordre du général Délia Rocca appelle la division à Villafranca. Et Ton dirige vers ce point la brigade Pistoia ainsi que quelques autres fractions de troupes, tandis que le général Govone, continuant a suivre avec le reste de sa division le chemin qu*il avait fait reconnaître, mandait au corps d'armée qu*il poussait par là sur Villafranca et qu'il pressait sa marche. Les événements se chargèrent de justifier la résolution prise par le général qui ne tarda pas à recevoir un contre-ordre confirmant les dispositions données la veille et d'après lesquelles la division devait s'établir à Pozzo-Moretto, entre Villafranca et les hauteurs. Le général était ainsi arrivé avec la brigade Alpi aux pieds de la colline sur laquelle la division Brignone, à bout de force, s'épuisait dans un suprême effort.

« Pendant que la 9® division fractionnée en 2 portions exécutait ces marches, raconte le général Dal Verme^» on avait vu le Roi descendre seul du Monte-Torre et se diriger sur la Cascina Coronini à la recherche du général Govone. Lorsque le général se fut rendu près de lui» il lui fit part de la défaite de la division Brignone, de la blessure du Prince Amédée, de la prise de Gustozza par les Autrichiens et lui ordonna de les en déloger. Mais Vidor-Emmanuel avait à peine achevé de donner au général cet ordre net et précis, qui répondait bien au caractère énergique du Roi, qu'il le reprit et crut devoir, pour tenir compte des considérations hiérarchiques, demander communication des ordres donnés par le commandant du

1. Lieutenant Hippolyte Sanguinetti, aujourd'hui lieutenant-général.

2. Cf. Suova Antologia, 16 janvier 1902. u. générale Govone a Cuslozza. — Les passages que nous citons ici sont entièrement conGrméspar un rapport •pH:ial du 28 juin i866 du lieutenant Sanguinetti qui, ayant rencontré le roi« alla sur son ordre chercher le général Govone et assista à Tentretien.

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111" corps. Lorsqu'il sut alors que la division avait ordre d aller s'établir à Pozzo Moretto, il ajouta : « Eh bien! exécutez les ordres du corps d'armée », et il se rendit à Villafranca, bien décidé à faire rapporter l'ordre, désormais malencontreux et inutile, donné la veille.

« Mais, dès qu'il eut appris de la bouche même du Roi la situation désastreuse de la division Brignone, le généfal Govone, auquel il avait suffi de connaître les volontés personnelles du Roi, volontés qui répondaient du reste à ses propres pensées, arrêta la brigade AIpi près du Monte Torre. » Puis, aussitôt après avoir déployé au pied de la colline cette brigade et le 34' bataillon de bersagliers, il se porta rapidement en avant afin de se rendre -compte de la situation et poussa jusqu'à la crête aver -quelques officiers qui reconnurent le terrain sous sa direction.

Sans plus tarder et avant même de recevoir du Roi Tordre définitif que devait lui apporter peu après le capitaine Délia Rovere, il n'hésita pas à lancer ses troupes au feu. « Celte grande initiative, écrivait le général Dal Verme, a sauvé Thonneur des armes parce que sans cela la bataille aurait probablement pris fin avant midi. »

Il était à ce moment 10 heures un quart. La plus grande partie de la division Brignone avait renoncé à la lutte et se repliait en désordre. Les ilessés et les isolés erraient encore sur les hauteurs sur lesquelles se groupaient et se ralliaient autour du lieutenant-colonel Yayra les derniers débris des grenadiers qui saluèrent d'acclamations enthousiastes l'entrée en ligne du secours qui leur arrivait si à point.

Le général Govone était flanqué sur sa droite par les •quelques bataillons qui avaient reconquis le Monte Croce, bataillons qui formaient Taile gauche de la 8* division, déployée en arrière des crêtes des hauteurs et chargée -d'établir la communication avec les troupes établies en avant de Villafranca. Le général Cugia profita de ce moment pour renforcer son aile gauche de quelques ba-

laillons et de quelques batteries que le major Bava u'avait pu amener en ligne qu'au prix des plus grands efforts.

D'autre pari, comme les Autrichiens qui avaient attaqué le Monte Croce, avaient dû se reporter en arrière au m^me moment, la position du Monte Croce n'était plus battue que par quelques batteries autrichiennes. Le général Govone était donc suffisamment couvert de ce <îôté.

Sur son front et sur sa gauche, dans la vallée, à Custozza comme sur toutes les positions voisines, Govone pouvait apercevoir les dernières et rares lueurs de la lutte, mais sans pouvoir découvrir nettement les positions et les forces des troupes ennemies qui, quoique victorieuses, n'avaient pas encore pu se reformer. Au môme instant, des salves envoyées par Tartillerie que les Autrichiens démasquèrent du côté de Bosco dei Fitti et du Boscone saluèrent l'apparition des batteries de la 9" division sur le Monte Torre.

Quelques coups d'œil jetés sur le terrain, quelques instants de réflexion suffirent au général pour s'orienter et 5e rendre compte de la gravilé de la situation; puis, sans allendre l'arrivée du reste de ses troupes, et ne voulant à aucun prix laisser à l'ennemi le temps d'assurer sa victoire et de tirer parti de ses avantages, Govone résolut d'exécuter immédiatement une contre-attaque.

« Le général Govone, ainsi s'exprime la relation offi- <:ielle* , avait aperçu d'un coup d'œil les avantages que pouvait lui donner la position du Monte Torre où il avait amené toute son artillerie. Il avait reconnu la possibilité <Je se rendre maître du champ de bataille en établissant son artillerie sur une position dominante d'où elle pouvait battre successivement les points les plus importants sans avoir à se préoccuper du tir de Tartillerie autrichienne. 11 se proposa en conséquence de reprendre avant

i. La Cumpagna (tel 1861 in Italia, rOdigéc par la Section historique du «)rps detat-inâjor (vol. 1, p. 2o3).

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tout Custozza. Comme le général Govone se trouvait à ce moment à proximité de son artillerie, il ordonna à ses trois batteries de faire converger leurs feux sur Custozza et plus particulièrement contre un rassemblement de troupes qu'on apercevait dans la cour du palais Bevilacqua, et au 34* bersagliers (major Pescetto) de se porter en avant et daller soutenir les grenadiers qui cherchaient à reprendre cette position.

« L'effet produit par le feu violent de cette artillerie fut considérable. Les troupes des brigades Scudier et Bock n'avaient pas encore pu se reformer. Le 34' bersagliers, escaladant avec un élan irrésistible les pentes escarpées du Monte Torre, y rejoignit les braves de la 3*" division et s'élança avec eux au son des clairons sur le village dont ils chassèrent les Autrichiens qu'ils rejetèrent en désordre dans la direction de Belvédère. »

Custozza était de nouveau au pouvoir des Italiens. Des soutiens inespérés, l'arrivée de la batterie volante du capitaine R. Perrone de San Martind et de 4 escadrons du régiment dePoggia^ conduits par le capitaine Rugiu, le major Ponzio Vaglia et le colonel Salasco', qui avaient culbuté à l'entrée du village un détachement de cavalerie autrichienne, avaient puissamment contribué à ce succès. Sans perdre un instant, les bersagliers et les grenadiers garnirent du côté de Belvédère les crêtes et les lisières de la position qu'ils venaient de reconquérir et ouvrirent le feu contre Tennemi posté près de Val Busa, dans le cimetière, dans l'église, dans le palais Maffei et sur la hauteur qui domine ce palais. La batterie volante qui avait fini par prendre position en avant de Custozza avait immédiatement commencé le feu, tandis que les lanciers, qu'on ne pouvait pas employer de ce côté, s'établissaient avec 2 escadrons du régiment Lucca, attachés à la 3* division, dans la plaine en arrière de Custozza. Cette première

1. Le frère du général Govone, Jean, alors adjudant-major aux chasseur» de Foggia, était arrivé sur le champ de bataille avec ces 4 escadrons.

tentative offensive avait été couronnée par un brillant succès.

Au moment où la batterie Perrone envoyait ses premiers obus aux Autrichiens, un officier du quartiergénéral, le capitaine Racagni ^, chargé de parcourir le terrain sur lequel combattaient les divisions Cugia etGovone, rejoignait l'Etat-paajor de la 9* division. C'est en ces termes qu'après avoir examiné le secteur occupé par la division Cugia il décrit ce qu'il vit au moment où il rejoignit le général Govone :

« Je me dirigeai alors vers Custozza, An pied de la rampe (]ui monte vers Custozza^ je crus apercevoir sur le Monte Torre le général Govone qui se tenait près de son artillerie. Je me portai au plus vite sur la crête et fy trouvai le général.

Les choses marchaient un peu mieux de ce côté. Il y avait là beaucoup d^ ordre et beaucoup de calme. Le général était véritablement beau.. Je me sers d'une expression à laquelle il convient de donner toute sa valeur. La situation était des plus graves. Le général Govone attendait avec impatience l'arrivée de la batterie à cheval. Je le rassurai en lui annonçant que je l'avais tme sur la côte de Custozza avec les lanciers de Foggia. Le général Govone craignait que les troupes qu'on apercevait sur le Monte Torre ne fussent des troupes ennemies. Je pus lui affirmer^ puisque j'en venais^ qu elles appartenaient à la division Cugia. Je crus voir que le général Govone aurait désiré que la gauche de la division Cugia put servir d'appui à sa droite. Apercevant quelques colonnes ennemies en marche sur Custozza^ il ordonna à son artillerie d'ouvrir contre elles un feu qui fut exécuté avec autant de précision que de calme; puis^ prenant congé de moi, il me chargea d'annoncer à Son

1. Aujourd'hui lieutenant-général et président du tribunal suprême de (inerre et Marine.

La lettre que nous reproduisons ci-dessus a été écrite en 1869 au capitaine L. Chiala.

238 LE GÉNÉRAL GOVONE

Excellence qu il tiendrait ferme ^ mais quil avait absolument besoin d'être soutenu parce que c'était sur ce point que se faisait l'attaque principale...

J'arrivai avec peine à Villafranca.,. Arrivé à Villafranca ^e rendis compte de ma mission. Mais il me sembla qu'on 71 était guère disposé à envoyer au général les renforts quil demandait. »

Tant verbalement, par Tintermédiaire du capitaine Racagni, que par écrit, comme il Tavait déjà fait quelques instants auparavant, aussitôt après la prise de Custozza,lo général Govone avait demandé au général Délia Rocca de le faire soutenir. En Tinformant de ce premier succès, il lui avait mandé : « Qu'il serait nécessaire d'envoyer des troupes et surtout de l'artillerie afin de pouvoir combattre celle fort nombreuse de Tenncmi ». 11 terminait sa dépêche par ces mots : « Votre Excellence peut être sûre qu'on résistera énergiquement et avec le ferme espoir de réussir. Mais le combat est engagé très chaudement ^ »

Malgré cela, si Ton en excepte les 4 escadrons de lanciers de Foggia, dont on ne pouvait se servir sur un pareil terrain, c'était à la batterie à cheval que devaient se réduire les renforts mis k sa disposition par le commandement du IIP corps. Ce fut en vain que le sous-chef d'Etatmajor de ce corps, le lieutenant-colonel César di Gaèla, demanda qu'on envoyât au moins quelque artillerie au général Govone; ce fut en vain qu'il insista auprès de ses chefs avec une telle vivacité qu'on finit par l'éloigner de:> champs de bataille. Le général Govone ne pouvait plus compter que sur ses propres forces.

Heureusement pour lui, il avait été entre temps rejoint par la brigade Pisloia et le 27'' bersagliers, de sorte qu'un peu avant midi il se trouva avoir sous la main sa division tout entière, moins les quelques fractions qu'on en avait

1. CL La Campagna del 1886, etc., p. 266, et Cenni Storici de L. Chial&t dans lesquels cette lettre est reproduite.

détachées'. Cette division destinée dans le principe àser (le réserve au 111° corps avait par la force desclioses pa: en première ligne, et c'était cette division déjà épuh par une marche longue et pénible qui allait avoir à si porter tout le poids delà bataille.

Les premiers avantages que la division venait de re porter avaient été, en attendant ces renforts, poursi ïis avec énergie en concentrant successivement les fe bien nourris de l'artillerie et de l'infanterie sur les dif rents points des lignes ennemies. Les 3 batteries de division se trouvaient réunies sur le Monte Torre, l deux premii>rcs, Laparelli et San Martino. arrivées mfme temps que la brigade AIpi, avaient été peu api rejointes par la 3' (Seghizzi), envoyée dans le principt Viilafranca avec la brigade Pistoia et qui, rappelée par glanerai, en était revenue en toute bûtc. assez ù teni pour participer à côté des deux autres à ta reprise de Ci loiza. L'occupation de ce village avait 6\6 renforcée [ l'envoi sur ce point du 51* d'infanterie-, avec son coloi Marchettî, et le général Danzini avait été chargé de prenc le commandement des troupes qui le défendaient, Avj l'arrivée de ce renfort, les grenadiers et les bersaglii qui occupaient le village avaient réussi à repousser '. attaques exécutées par les troupes fraîches que les Aut chiens avaient fait entrer en ligne. Mais l'ennemi con nuait cependant à ôtre maître des fortes positions t i'avoisinent.

Entre temps, les 16 canons du général Govone ont ce centré un tir bien dirigé et admirablement réglé coni te Belvédère où ils ont choisi comme cibles les caban

1. Il manquait fc la division une compagnie du 35* relenue A Villarmi •lùilyaTaït cependant 20. 000 liommes, une autre cumpagnic du mi r^Kiiuent laissée a l'arrière-garde, un bataillon du 36* servant d'escorte conroi, mais qui marcha un peu plus tard au canon.

Il manquait encore une section de la ballerie San Marlino di Ciistclnui il un bataillon du SI' resté A Torre Gherla pour couvrir le liane gauche Itdiiislon contre des attaques éventuelles.

î. Le l" batallIoD du ol' avait suivi de près le 3i* bersagliers et [ put i l'attaque.

1240 LE GENERAL OOVONE

tles paysans et les autres abris qui servent (l*appui à Tennemi. Grâce à l'action convergente de ces batteries soutenues par les feux des bersagliers et du bV^ on obligea Tennemi à abandonner les crêtes et Ton avait pu voir les fantassins autrichiens, délogés par les feux de masse de Tartillerie italienne, s'enfuir en toute hâte et en désordre en cherchant à se défiler dans les plis de ce terrain boisé -et accidenté.

A midi, la défaite de Scudier et de Bock est complète; les deux brigades abandonnant toutes leurs positions se rejettent en désordre surZerbare et Sommacampagna. Ace moment, à l'heure môme où environ 15 à 16.000 Italiens des 3 divisions du 1" corps, rompus dès le premier choc, ont déjà renoncé à la lutte, plus de 17.000 Autrichiens du Vil* et du IX* corps étaient d'autre part, grAce ^ux efforts de Brignone, de Cugia et de Govone, contraints à plier et à faire demi-tour sur le point même où le sort de la journée devait se décider.

Le calme momentané qui avait suivi la reprise de Custozza ne devait cependant pas durer longtemps. Avant même qu'on ait eu le temps d'occuper fortement Custozza, les Autrichiens avaient lancé sur le village de nouvelles colonnes d'attaque.

Des batteries fraîches appartenant au VIT corps ont été amenées en position, et ont ouvert le feu contre le Monte Torre pendant que le commandant du IX* corps pousse sur Custozza un régiment frais (régiment Thun) de la brigade Kirschsberg, la seule qu'il n'ait pas encore engagée. Ce régiment se porte en avant sur 2 colonnes. Celle de gauche écrasée par le tir convergent de l'artillerie, menacée de flanc par un escadron du régiment Foggia, chargée de front par les bersagliers, rompue par cette contre-attaque, recule presque aussitôt dans le plus grand désordre. L'autre, celle de droite, arrive jusqu'au Belvédère et se replie en laissant 4 compagnies sur cette hauteur. Les Autrichiens s'y retranchent, montrant ainsi tout le prix qu'ils attachent à la conservation de cette

position que le général Govone se décide de son cftl enlever.

Pendant que les trois autres bataillons du 35° se meti en mouvement pour renforcer les cinq bataillons ' i établis à Custozza, le major Chiron, chef d'Etat-majoi la Q' division, est envoyé dans ce village avec l'ordn tenter l'attaque du Belvédère si l'épuisement et la fati des troupes permettent de le faire sans risquer de c promettre par un échec les résultats déjà obtenus.

Au même moment, un officier de l'Etat-major du ci d'armée, le capitaine Farinî, arrive à Monte Torre [ se renseigner sur la marche de l'action et la situation affaires. Le général Govone, qui se voit contraint pa force même des choses h étendre encore la ligne déjà I mince qu'occupent ses faibles troupes harassées de fatij le charge de rendre compte au général Délia Itocca de saut qu'il se propose de donner au Belvédère, et ajoi « Pour le moment, je réponds de la position, mai crains une attaque sérieuse, car l'ennemi se concenti je le vois s'y préparer. Dans ce cas, j'aurai besoin d' soutenu. Dites tîSon Excellence que, s'il m'envoie d'at troupes, je réponds de la journée^. »

Pendant ce temps, le major Chiron était arrivé à i tozza. Officiers et soldats sont à bout de force, mais courage et leur énergie les soutiennent et les reni capables de tout. Déjà le capitaine Serra, épuisé pB marche et par les privations, vient de mourir à la de sa compagnie, sans avoir reçu aucune blessure, cependant ces admirables troupes retrouvent assei forces pour s'élancer à l'assaut. Bersagliers et fautas rivalisent d'ardeur pour gravir de deux côtés les pe escarpées qui se dressent devant eux et leur élan les p jusque sur les crêtes. Le capitaine Romero^ suivi pa:

1. 34- beraagliers, 1". Il*, 4* bataillons <lu SI* d'infaDleTte et i' du 3

!. et. Cbiala, Cenni Slorici, p. ani.

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