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Il s'agit du général Bixio

264 LE GENERAL OOVONE

dera, car les divisions qui ont combattu hier sont fatiguéesplm qu'on ne saurait le dire; elles manquent encore de cohésion et leur moral a besoin d'être relevé, » Le général me répondit: « Mais j'ai envoyé Petitti pour connaître F opinion des généraux à Volta et ailleurs, et l'on est revenu avec l'impression que Fon ne peut plus tenir sur le Mincio et que le mieux est de se retirer. Si vous croyez qu'il est possible de rester , eh bien! notis y resterons, »

« Restons, de grâce, mon général. »

On expédia sur le champ l'ordre contremandant le mouvement de retraite qui devait commencer à une heure du matin et, comme on avait prescrit au général Cucchiari de faire sauter le pont, on fit partir un officier qui lui porta r ordre de surseoir à cette destruction et de ne faire sauter le pont que lorsqtiil en aurait reçu à nouveau l'ordre formel.

« Le même soir, lorsque j'exposai au colonel Robilant la gravité de la faute qu'on avait commise le 24, en refusant de me soutenir, il leva les bras aux deux et fit un geste qui voulait dire : « Je le sais bien, mais qu'y faire? »> Plus tard, il émit un avis contraire et prétendit qu'on aurait quand même perdu la bataille parce que les Autrichiens devaient sans aucun doute avoir d'autres réserves...

Admirable raisonnement, que rien n'aurait pu

réfuter sans le rapport dans lequel l'archiduc Albert déclara : « que les deux corps d'armée nayanf pu parvenir pendant toute la journée à enlever Custozza, il avait dû se décidera tenter un suprême et dernier e/fort avec i brigades. »

« Le général Délia Rocca arriva un peu plus tard au quartier général du roi et, comme on entendit alors quelques coups de fusil à proximité de la maison, je lui dis quil serait nécessaire d'en finir avec les symptômes d indiscipline et de désorganisation en faisatit immédiatetnent et sa?is autre forme de jugement fusiller les coupables. Le général Délia Rocca me quitta pendant un imtant, entra, il me semble, chez le roi, et revint en me

chargeant d'envoyer à Volta un ordre conçu dans ce sens, ordre çtfon communiqua au reste de l'armée en ajoutant ijtte Ion saurait tenir compte au colonel qui rexécuterait le premier. Les coups de fusil cessèrent comme par enchantement.

Le roi me sachant au quartier général me fil appeler et me dit ; <• Eh bien ! Quelle figure faisons-nous ? Le •linble emporte ces tnaudiles exigences politiques qui me pincent dans une fausse position et m'empêchent de commander mon armée. Je ne crois pas que j'aurais commis

fie grosses fautes stratégiques J'ai toujours dit qu'on

avait tort de former deux armées... » Puis ilme dit :

" En somme et avant tout, il importe de .•'avoir ce que font les Autrichiens. Vous qui allez ù Volta, tâchez de savoir ce qui se passe sur la rive gauche du Mincio. Dépensez pour cela ce qu'il faudra, .\fais au nom du ciel, que je sache deinain malin de bonne heure si les Autrichiens veulent ou non passer le Mincîo. »

Je dois reconnaître que ce furent là les paroles les plus raisonnables qu'on m'eût dites tant ce jour-là que les jours passés et ceux qui suicirent. L'essentiel en effet était de savoir si les Autrichiens se disposaient ou renonçaient à nous poursuivre. Dans le premier cas on aurait eu à examiner l'opportunité d'une retraite, inadmissible au contraire dans le second. Le roi me serra la main, me donna un bon cigare et je me hâtai de repartir pour Volta afin irexécuter ses ordres.

A peine de retour sur ce point, je me rendis chez le général Pianell pour lui annoncer qu'on avait décidé de surseoir à la retraite et le prier denvoi/er, sipossible, des rmissnires de fautre côté du Mincio. Lorsque je quittai le ipiartier général de Pianell — il faisait déjà noir — je descendis, en traversant tout Volta, jusqu'à la dernière Maison du pays où j'avais établi mon pauvre quartier ijrnéral. oi) Con manquait de vivres et du reste de tout. En chemin, je rencontrât un jeune homme dune vingtaine if années qui m'exprima le désir de s'enrôler comme volon-

Jaire. Je lui dis que J'étais prêt à lut faciliter la réalisaiiondeson désir, mais qu'il pourrait rendre un grand service à l'Italie en allant à Borghetto ou à Monzamttano,tn j)assant de là sur la rive gauche du Mincio et en m'ap/ior- Jant le lendemain des nouvelles des Autrichiens. Je lui jlonnai rapidement quelques instructions et lai promis 1.000 lires s'il me rapportait de bonnes informations. Il ■accepta, me questionna sur les dangers qu'il pouvait courir et se dirigea sur Borghetto muni d'un passe-port que je lui signai. J'ignore s'il y est allé, ne rayant plus jamais revu.

Puis je fis appeler le colonel Vandone, un intrépide officier auquel j'exposai timporlance qu'il y avait de sf procurer des nouvelles et je décidai d'accord avec lui denvoger à Borghetto et à Afonsamôano des patrouilles doffi- ■ciers. Le lendemain matin, je susqu'il n'y avait pas d'Anirichiens à proximité de la rive gauche du Mincio, et qu'on n'y voyait aucim indice de préparatifs de pa'isage'

NuitduSS an 26 juin... J'envoie les patrouilles de Vandone -A Monzambano et à Borghetto -. Celles de Monzambano rap-

\. Le fragment de journal écril quelques jours plus larrl s'nrrMe iri. ft nous reprenoni les notes du général.

2. Ou a conservé, aux Arcliives de l'Etat-major, les renseiguemeoU recueillis à re moment par le K<'n^ral Govone.

On trouve entre autres, à la date du S6 juin, <teui rapporta du général tiuvone au roi, l'un de trois heures quarante-cinq, l'autre de cinq heure) du malin. Le second, qui conlinne le premier, esi conru en ces terniea :

« Majesté. Le» patrouilles des lanciers d'Aoste sont rentrées. Elles ont poussé pendant luute la nuit, de demi-heure en demi-heure, jusqu'au poot de Yalcf,'gio et jusqu'aux portes de Monzambano qu'elles ont trouvées fermées. Toutes ces patrouilles, faites avec soin et intelliftence, rapportent ([u elles n'ont entendu aucun bruit, vu aucun feu, ni remarqué le moindre indice de In pK'sence îles troupes ennemies ou de préparatifs de pasiife .dana ces parafes. Le pont de Borghetto a été réparé de fai;on h donner jtaïsage à quelques personnes, mais non à des troupes. Mon Ëmisiaire

« Signa : Général Govon.

• Je recommande à Votre Majesté le colonel Vandone, un brave et «xcellent ofËeicr supérieur. »

Ces renseignements furent confirmés peu après par un peloton de lancierg d'Aoste et porlês. en raison m&me de leur Importance, par le général <iovone lui-méuie au quartier gOnéral. IIi furent encore cooQrmés plus

portèrent que^ le 25 au soir, un parlementaire autrichien était venu intimer au syndic de Monzambano l'ordre de détruire le pont, en le prévenant qu'en cas de désobéissance ou de refus les Autrichiens mettraient le feu au village.

Cette nouvelle est de la plus haute importance.

Je monte à cheval, je galope jusqu'à Cerltmgo. A rentrée de la localité, je rencontre le général Délia Rocca qui me dit :

« Nous battons en retraite ; votre division part en même temps que le /" corps et j'emmène avec moi ceux de vos détachements qui se sont ralliés à Cerlungo. »

Je déclare que la retraite serait notre ruine et qu'il

faut rester sur le Mincio Délia Rocca me répond:

« Après tout, ne prenez donc pas r habitude de tout critiquer. La retraite a été décidée en conseil. Obéissez »

Je vais chez La Mafmora, Je prie, je supplie, je lui donne la nouvelle de la venue du parlementaire à Monzambano Cette nouvelle le stupéfait. Je lui dis : « Mais

pour l'amour de Dieu, qu'on ne commette pas cette faute néfaste. Qu'on fasse venir ici Cialdini, et dans quelques jours nous repasserons le Mincio avec lui, »

f insiste encore. La Marmora se met en colère et me dit :

« Du reste, vous vous entêtez toujours à vouloir qti on fasse <:eque vous voulez. Vous avez cT excellentes idées, mais vous êtes encore pire que Cialdini, Laissez donc pour une fois

les autres libres d'agir Vous avez un caractère qui

nuit à vos qualités et puis en voila assez... »

Je continue à le supplier, je fais valoir mes raisons, je reconnais que j'ai un mauvais caractère, mais que je vois juste... Tout est inutile. La retraite est décidée.

Avant tout, je demande qu'on me laisse réunir toute ma division à mon passage par Cerltmgo; on acquiesce à ma

tard par les rapports des officiers de cavalerie envoyés à la découverte par ie général, et plus particulièrement par le major G. CoUi qui, par exemple <^t d'après les rumeurs répandues dans le pays, rapportait que Tennemi avait subi des pertes très considérables et qu'il n'avait pas passé le Mincio, parce qu en raison des conditions dans lesquelles il se trouvait à la fin de la bataille, il ne croyait pas que nous Tayons abandonné.

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requête. Je demandée avoir avec moi Colli^, el ses deux escadrons de Lucca. On me les donne. On m'autorise même à diriger ma retraite par Ceresara.

Que la volonté de Dieu soit faite ! Mais le peuple demandera compte de tant de fautes. Tout le monde est démoralisé, sauf Pianell, à ce qu'il me semble.

27 juin... Je vais au quartier général à Piadena. On in't/ annonce que toute F armée prendra position derrière rOtjlio. Je supplie le général La Marmora de ne pas reculer jusqu'à rOgtio et de se contenter de repasser le Chiese. Je demande àétre autorisé à rester, au moins avec ma division, à Mariana. La Marmora y con-<ent et écrit à ce sujet au général MIa Rocca à Acquanegra. Je reste à Mariana et de là j'envoie des émissaires à Goilo. — Colli envoie ses chevau-léger'. à Goito el à Volta. — Et ce fut un bonheur, puisque nous eûmes ainsi des nouvelles et que grâce à ce fait le mouvement en retraite, au lieu d'aller jusqu'à Crémone et h Plaisance, s'arrêta à tOglio^.

Mais lotit le monde me tourne le dos au grand quartier général. La première fais que j'ai été à Torre Malamberfi, La Marmora qui m'avait parfailemertt vu ne m'a pas appelé chez lui. Pelilti passe er fait semblant de pas me voir. Je demande des explications à Bariola et à quelques autres : ils me disent que l'on m'en veut à cause de l'opposition que j'ai faite aux opérations projetées.

Patience ! Je ne parle pa'^ pour moi, mais pour le pays et pour l'armée que toutes ces fautes vont ruiner et anian-

6 juillet... Je retourne à Torre Malamberli. La Marmora me parle avec calme et m'écoule. Pelitti en fait autant. Ce dernier me dit que si Délia Rocca m'avait appuyé, nous aurions gagné la bataille du ^4, qu'on aurait rfi) envoyer

t. I.'' comte G. Culli di PcMznano, ricvenii depuis générât, éUit i taowKal major au rùgiinenl de Lucqutis-Cavalerie. 2. cr. la Caiiipugnadel 1^66, elc., \ol. Il, ^.it.

n Cuslozza les 1' et 16' divisions, qu'il faut absolumeiu la fin itune bataille engager ses dernières réserves, etc.

La Marmora se remet à discuter avec moi. Je contii il insister sur la nécessité de reprendre la marc/te en ava et cria au plus vite.

La Marmora me dit que Cialdini persiste à vouloir met ^on plan à exécution. Jevoisf/ue La Marmora n'a pas eue retrouvé son calme et sa décision ordinaire. Il me parle Rieasoli qui ne remet rien en ordre et laisse les chc s'embrouiller bien plus qu'elles ne font jamais été. Maii dois déclarer que quant à moi je suis de plus en plus ci vaincu qu'on commet une abominable injustice et qu cherche seulement à rejeter sur un autre les erreurs qui i été commises en prétendant que le roi est seul cause tout ce qui est arrivé.

« Cadogaii vient avec moi à Mariana.

8 juillet.- [D'après une lettre au général Pelilti). Je vi télégraphie, mais à titre essentiellement privé et amie pour vous prier de faire rectifier la note humiliari jnibliée par les journaux qui ont imprimé que nous n'avi ru qu'un millier de blessés. Quand on combat en terr. emipé, et surtout quand on abandonne ses positions, laisse sur le terrain la plus grande partie de ses blessé. Pour Camour de Dieu, qu'on tioiis rende au moins justi

Ne croyez pas que l'armée soit indisciplinée ou qu't murmure. Nous avons une armée excellente, solide, bra bien supérieure à l'armée autrichienne, pleine de confian qui ne demande qu'à marcher et qui s'impatiente...

Voilà la vérité vraie. Nous, nous mettons toittes i espérances dans le commandement en chef. Pourvu quf politique ne nous oblige pas à rester sous le coup l'échec du2i'.

lUrîans ', 10 juillet... Un de mes officiers reçoit à l'instt du député Sanguinetti, son frère, lanouvelle que la Pm

\. Extrait d'une lettre particulière.

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accepte F armistice et que nous en faisons autant K Dieu veuille que ce ne soit pas vrai, mais j'ai bien peur du contraire. Dire qu\ine question politique a été si bien engagéCy que la situation politique et militaire était si favorable, si avantageuse^ et qiion va tout terminer à cause cTun échec immérité, que l'aimée n'aurait pas dû avoir à subir ^ d'un échec causé par la légèreté ou f incurie de quelque gensy ce serait chose réellement trop affreuse. Le cœur de tarmée ressentira cruellement une pareille solution et la nation^, qui avait compté sur la victoire et sur sa jeune bravoure pour se faire tme place dans le concert européen^ sera inexorable et ne pourra à bon droit pardonner F humiliation qu'on lui aura imposée,

11 juillet (?).^ Je propose de faire l'expédition sur Trieste, La Marmora ne parait pas hostile à ce projet et je télégraphie à Pettinengo de se préparer de façon à pouvoir faire rembarquement vite et bien. Je télégraphie en chiffre en recommandant à Pettinengo de ne pas me trahir, d'agir sans écrire ici, et puis je lui envoie une lettre.

Le 8 ou le 9, La Marmora me parla de l'armistice et me montra un télégramme de Nigra qui terminait en demandant qu'on ne l'oblige pas à se brouiller avec la France. La Marmora m'a dit qu'il avait écrit à Cialdini de passer le Pô, et que si celui-ci ne faisait pas ce mouvement, lui, La Marmora, il repasserait le Mincio,

W yiillàX,,,, La situation s'éclaircit. Les Autrichiens ont déjà mis en route un corps sur Vienne par le Tgrol et fon suppose quils vont faire partir le reste, Hovigo a sauté, La Marmora s'attend à ce que les Autrichiens feront encore sauter Peschiera et Vérone, Mais cela me parait peu probable.

Il hésite un instant et se demande si, en présence de ces nouvelles et de ces prohabilités, il convient encore de faire

1. La nouvelle était prématurée, mais devait malheureusement être vraie quelques jours plus tard.

APKBS LA BATAILLE 2lr

un grand mouvement tournant de COglio par Parme sur Ferrare. On ne renoncerait à son exécution que si les Autrichiens faisaient sauter leurs places. Sans cela, on ne risquerait pas ce mouvement avant d'être fixé surteffectif des troupes restant en Italie. Le bruit a couru que les Autrichiens auraient poussé 40.000 hommes à Rocigo pour faire face à Cialdini.

Dans la nuit du 11 a?i 12, je cherche à me procurer des nouvelles de l'ennemi en envoyant Tonolo* et Sanguinettî à Goito.

Les nouvel/es données par le délégué de sûreté publique de Goito- sont excellentes et ne laissent plus l'ombre d'un doute sur le dépari d'un corps d'armée qui a pris par le Tyrol.

Le 12, an soir... J'envoie de Canneto {nous sommes déjà fn roule pour exécuter le grand mouvement sur Parme) Saaquinetti aux nouvelles à Goito. Vain espoir. De Sonnaz a de nouveau détruit toutes les réparations faites au pont de Goito malgré Tordre que, sur ma demande, surmes conseils, La Marmara lui a envoyé le 12 au malin el par lequelil lui prescrivait de rétablir complètement leponl et de passer avec un régiment sur la rive gauche du J^incio,

Bixio dîne chez moi. Je lui parle de mon idée de débarquer à Trieste. Il me dit qu'il serait heureux d'en être et qu'il ne soulèverait aucune question de commandement ou depersonne.

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