‹ Mémoires (1848-1870) (volume 2)Chapitre 37 sur 73 · jnillet... Marche de Casalmaggiore à Parme · texte numérisé non relu

jnillet... Marche de Casalmaggiore à Parme

15 juillet.» Je vais ce jour-là à Ferrare pour voir si fidée de Cexpédition à Trieste, de cette expédition qui presserail la marche des événements, fait des progrès. Je ne voudrai pas la voir jeter au panier et je voudrais qu'on en • commençât bientôt les préparatifs.

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f arrive à Ferrare avec les convois de la division Cugia à sept heures et demie du soir. On tieîit conseil au grand -quartier général : La Marmora, Petitti^ Pettinengo, Délia Rocca.

Je m en vais ne pouvant voir personne. Je sais par Dri- <j[uet quil est question de constituer deux armées : Cialdira avec quatorze divisions formant cinq corps darm^e .marchera sur Vienne, La Marmora avec six divisions actives et quatre constituées à Vaide des cinquièmes bataillons restera en Vénétie,

Les corps d'armée se composeront de deux ou trois divisions. Brignone^ Pefitti^ De Sonnaz auront un corps. Je ne sais quels seront les commandants des autres.

Va/faire de Trieste est donc partie en fumée. Il ny a plus à en parler. Dieu veuille qu'on arrive encore à temps, puisque, d'après les nouvelles reçues au grand quartier général, les deux corps d armée qui étaient encore en Vénétie battent en retraite depuis trois ou quatre jours et étaient déjà sur la Piave, le i\. Cialdini court après eux, mai^ pourra-t'il les rejoindre ? Si l'on veut avoir quatorze divisions, il faudra attendre le /" corps qui vient (farriver Ici et dont le matériel est encore incomplet, la huitième division qui arrivera du 15 au 16 et qui sera encore en chemin de fer le 16 i^ers dix heures du matin. Enfin il faïutra encore attendre Bixio qui ne partira que demain 16.

Le soir, je vois Pianell avec lequel j'échange quelques mots.

16 juillet matin... Ayant dit retarder quelque peu mon départ de Parme afin de recevoir le courrier que doit m' apporter la poste militaire, je me décide, après quelque hésitation, à voir Petitti.

A sept heures du matin, j'entre chez le général Petitti, je lui dis que les trains de chemin de fer marchent fort lentement et que Cugia ne croyait pas qu'il lui serait possible d'arriver avec toute sa division le 15. Use plaint de Padministration des chemins de fer qui lui a promis de transporter

deux divisions par jour, et parvient à peine à en enlever une. Petitti se livre à un calcul afin de voir si fon ne pourrait pas envoyer le II' corps par étapes à Ferrare, mais il ressort de ce calcul que cette marche h/ ferait arriver deux ou trois jours plus tard que les transports par la voie ferrée.

Petitti me dit qu'on forme deux armées^ l'une, celle de fialdini^ pour poursuivre les Autrichiens et marcher sur Vienne y Vautre, celle de La Marmora, qui se chargera du siège des places et de la conquête du TyroL 11 m'a raconté tout cela parce que je lui avais dit : « Le général La Marmora avait l'intention d'embarquer deux ou trois divisions à Ancône, y pense-t-on encore? » « Non, me dit-il. Cela demanderait trop de temps, et puis la mer n'est pas libre. » Je demande : « Et la flotte ? » Réponse : « La flotte, elle na encore rien fait. »

Donc, on forme deux armées. Je demande à Petitti quels sont les généraux affectés à ces armées et à quelle armée on me destine. Il me répond: « Vous restez ici. » Puis il ajoute : « Mon cher, vous vous donnez trop de mouvement ^t personne ne veut plus de vous... Délia Rocca a demandé quon vous mette ailleurs qiià son corps d'armée *... »

Je dois avouer que ces mots me firent du mal et que je me sentis blessé. Donc, je me donne trop de mouvement ; mais vraiment^ ce n'est pas avec le général Délia Rocca que je m en donne trop et que je suis trop encombrant. Je comprends bien que je dois être pour lui un remords vivant. Je lui ai dit après la bataille qu'il ne m'avait pas soutenu et qu'il nous avait fait perdre cette bataille. Je reconnais

1. Cette conversation que le général Govone avait consignée dans un Journal^ qui n*était pas destiné à être publié, serait restée inédite, si le général Délia Rocca n'avait pas trouvé bon de faire connaître en partie la lutte qu'il soutint (il le dit lui-même) contre le général Govone, dont le seul crime avait consisté & faire son devoir là où Délia Rocca avait manqué au sien, il a par suite été nécessaire de mettre en pleine lumière les relations que les deux généraux eurent à ce moment. Nous avons réservé certains passages que, pour d'autres considérations, nous avons cru convenable d'omettre ici, et que nous ne publierons que si on nous contraint à le faire.

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que j'ai eu tort de le lui dire^ mais il est difficile de sr contenir en présence d'événements aussi graves. Si le général ne veut plus de moi, je suis, moi aussi^ bien content de ne plus être avec un homme dans lequel il m'est désormais impossible d'avoir confiance.

« Mais^ ajoute Petitti, le général Délia Rocca sait que « vous dites du mal de lui. Vous avez fait publier par le « Sole » de Milan ime partie de votre rapport sur la « journée du 24, celle dans laquelle vous dites qu il ne vous a a pas soutenu... »

« Je réponds que ce n'est pas moi qui parle mal de lui, « ?7iais que ce sont les troupes. Je sais^ ai-je ajouté^ que dans « tme division qui n'est pas la mienne^ les soldats lui ont dé- « cerné le titre de « dcc de Villafrinca ». Je désapprouve le « fait parce qu il porte atteinte à la discipline. Mais il faut « reconnaître qu'il est absolument impossible d'échapper à la « critique, surtout lorsqu'elle est méritée. Il n'y a qu'un « moyen d'y porter remède : Eloigner immédiatement de l'or- « mée celui ou ceux qui se sont mis dans un aussi mauvais « cas. C'est ce que font les Français et les Autrichiens.

« Quant à ce qui est du journal le « Sole », j'affirme sur « rhpnneur que je suis étranger à cette publication et que « je ferai à ce sujet une enquête dajis mon état-major. »

Petitti me dit alors : « Mais avec cette théorie, il fati- « drait éloigner de l'armée le général La Marmora, puisqu'il « a perdu la bataille. » — Je me tais. — « Et puis le général « Délia Rocca a une si grande situation qu'on ne peut la « lui enlever de cette façon. Et du reste ^ de quelle faute « s'est-il rendu coupable ? »

Je réponds qu'il s'agit bien moins d'avoir des égards pour une grande situation que de songer à F Italie; que tout le IIP corps sait que, le 24, au lieu de monter à cheval, le général Délia Rocca est resté à boire de la bière à Villafranca,..; que la bataille était gagnée, gagnée, archigagnée, enfin que le pays et l'histoire se chargeront de nous juger tous, moi, lui et les autres...

i< Oui, cela est vrai, me dit Petitli. Du reste, le rap^ 1' officiel du 24- vous rend pleine justice. Vous avez eu n honneurs de la journée et le rapport le constate. Qu

< rapport soit publie ou non, il constate le /ail. M Il d'autre part, vous êtes un subalterne et vous devez oi « Quand vous commanderez en chef, vous ferez ce 5 Il vous plaira et vous vous ferez obéir, je le sais. Je

< aussi que vous n'avez en vue que le bien pu/ilic et n vous ne i^ous laissez guider que par de nobles sentïme n Je sais, moi qui vous connais depuis vingt ans, depu\ « mfme avant la Crimée, que vous voulez uniquemen Il par-dessus tout que les choses marchent comme elU I' doivent et que vous n'avez jamais eu d'autre so '< dautre désir que le bien et la gloire de l'armée. Je " que vous ne poursuivez, que vot's n'avez jamais pi " suivi aucun but personnel. Le général La Marmor « sait aussi. Mais ceux qui ne vous connaissent pas, « ont vu et vos courses fréquentes au grand quartier gi i< rai et tïnsistance avec laquelle vous défendiez vos io •' vous prêtent d'autres sentiments, d'autres vues. Et j « celui qui commande n'aime jamais qu'on lui fasst « leçon. Vous vous laissez emporter plus loin que von: « le voulez. N'est-il pas vrai que vous êtes fréquemn " venu ici et qu'en défendant vos opinions vous ave: « souvent les larmes aux yeux ? N'est-ce pas là du déli

Réponse. — « En vérité, je ne m'attendais pas à rece « de pareils reproches au grand quartier général. S « général La Marmara ne veut pas que j'y vienne, il n qu'à me le dire. Je profite de la bienveillance du gén * ft de la confiance qu'il m'a témoignée pour expri « librement mon opinion. Allons même, si vous le voit " jusqu'à reconnaître que ma manière de voir n'était « mauvaise. J'ai combattu la formation en deux arm « dès mon premier retour de Berlin, et je ne crois pas a <• eu tort. En présence du ministre Jacini, et deux ji " avant d'aller prendre le commandement de ma divis " j'ai plaidé en faveur de la concentration, de la mai

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« COUDE A COUDE à proximité de r ennemi. Le général ma « dit alors: « Vous êtes de ceux qui voudraient empiler « les troupes les unes sur les autres... » Mais la journée « du 24 a prouvé que je n*avais pas tort.

« Le 25, j'ai protesté contre la retraite. On a repris « Cordre déjà donné de V exécuter et je sais que ce fut vn « bonheur^ qu'on courait à un désastre en voulant reculer « davantage avec des soldats affamés^ éreintés et quon « n'avait pas encore pu remettre en ordre. Dans tous les cam- « pements et cantonnements on tirait des coups de fusil. <( On se serait cru en 1848 ou 1849. — Le 26 au matin, j'ai « apporté à Cerlungo les renseignements recueillis par les « patrouilles que j'avais envoyées à Monzambano, la non- « velle qu'un parlementaire autrichien avait intimé au « syndic de cette localité r ordre de brûler le pont: Les « Autrichiens n'avaient donc pas t intention de nous pour- « suivre et fon pouvait conserver la ligne du Mincio. Deux « jours plus tard, les troupes étaient déjà assez remises et « assez en ordre pour permettre d'accepter la bataille. « J'ai donné une fois de plus le conseil de nous faire « rejoindre par Cialdini. Malheureusement on ne m'a pas a écouté; on m'a au contraire fort mal traité au grand <( quartier général. Le général La Marmora et vous, vous « m'avez tourné 7e dos...; ce n'est pas pour moi une « raison de croire que mon conseil était mauvais. Et « aujourd'hui nous serions sur l'isonzo. »

Le général Petitti m'interrompit : « Pour ce qui est « du plan d'opérations, me dit-il, on ne saurait le criti- « quer. La division en deux armées doit être approuvée. <( Quanta passer le Mincio, alors que nous étions telle- « ment éparpillés, j'étais moi d'un avis contraire à celui « du général La Marmora ; mais il a voulu qu'il en soit « ainsi. Il était impossible de rester sur le Mincio. Le « général Bottaco, par exemple, a déclaré que votre rfiri- « sion était hors d'état de tenir. »

Je répondis qu'il ne s'agissait pas de tenir ou de ne pas tenir. On sait que le lendemain d'une bataille perdue, les

troupes ne sont pas en état de combattre ; mais le point essentiel^ c'était que les Autrichiens ne songeaient pas à la poursuite y et par conséquent^ il était inutile d'abandonner leMincio.

A cela^ le général Petitti objecta : « Mais ils ont pourtant passé le Mincio. »

Je répondis quils Pavaient fait six ou huit jours plus tard^ lorsque nous nous fûmes retirés derrière VOglio,

Enfinyje terminai cet entretien en disant que j'avais conscience de finjustice avec laquelle on me traitait et que j'étais mortifié, peiné ^ froissé de voir qu'après avoir fait mon devoir à Custozza, après m'ètre fait mitrailler^ moi et mon état-major, j'étais précisément mis de côté et écrasé par celui-là même qui ne rougissait pas d'être resté tranquillement assis au café de V illafranca.

Depuis quelque temps déjà, j'ai pris la résolution de donner ma démission lorsque la guerre sera finie. Je ne renverrai pas maintenant. Je ferai mon devoir jusqu'au bout, mais le pays nous jugera tous en dernier ressort.

Quant à moi, je suis fataliste. Peu ni importe d'être avec tun plutôt qu'avec Vautre. On trouve souvent la bonne fortune là où on croyait ne devoir rencontrer que des déboires. . .

« Mais du reste, ajouta Petitti, le général La Marmora « ne songe même pas à vous adresser le moindre reproche « au sujet de votre conduite ou de vos venues au grand <' quartier général. Au contraire, il est presque certain « quil confiera à votre division quelque mission spéciale; « par exemple, la conquête du Tyrol, parce qu'il sait, tout « comme Cialdini et Délia Rocca, que vous la comman- « derez toujours bien. »

Comme je ne recherche ni ne veux ime position qui me mette personnellement en relief, en repassant froidement dans mon esprit, pendant mon voyage de Ferrareà Parme, tout ce qui venait de se passer, je ne peux îh empêcher d'éprouver une certaine satisfaction des reproches vnmérites quon m'a adressés. Je me rappelle aussi que le général Petitti m'a dit au cours de cet entretien : « Mais tout

« le monde est sujet à commettre des fautes à la guerre, « Fo«5, par exemple^ en 1859, vou^ étiez partisan delà « retraite sur Acqui. »

Ce nouveau reproche m'a fait mal. C'est par trop fort. Comment ! Je retournais à San-Salvatore le soir^ lorsquon donna l'ordre de la retraite. Je rencontrai Cotli qui ramenait les voitures du grand quartier général. Je lui demandai ce que cela voulait dire, et je connus par lui notre triste situation. Je me rappelle qu'en entrant au quartier général, je me croisai avec Piola, et que tous deux^ nous nous arrachâmes les cheveux, à la pensée de cette retraite^.

Et maintenant, on prétend que j'étais partisan dun

pareil mouvement !

Je me rappelle encore que, dès qu'on etit donné le contreordre, je fis monter à cheval ttn officier que j'envoyai au quartier général de la 2* division qui était à Valenza, en lui recommandant de faire briller, avant l'ouverture de l'enveloppe, l'ordre qui avait trait à la retraite rien qu'a fin d'empêcher l'armée d'avoir connaissance de cette honte. Mais d autres divisions postées plus loin T avaient déjà lu...

« Ce que vous me dites me fait grand plaisir, me répon- « dit Petitti, parce que, depuis six ans, c'est sur vous « qu'on faisait retomber cette tache. N'étiez-vous pas alors « chef du bureau des opérations militaires ? Parfait, une « fois la guerre finie, nous rechercherons les pièces ^. »

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