FRAGMENTS DE MÉMOIRES ÉCRITS EN FRANÇAIS A BERLIN
8 août 1866,., Pendant les opérations actives des Prussiens^ .savoir pendant leur marche pour déboucher des défilés en Bohême^ V ils laissaient les bagages en arrière. Un seid chariot à deux roues et deux chevaux portant les mimitions du bataillon et les coffres cTambulance suivait chaque bataillon. Tout le reste en arrière; 2* le soldat ne portait point de sac. On les déposait dans une ville et on les faisait ensuite suivre sur des voitures de réquisition. Quelle différence avec nous le 24 !
Autre remarque. En Italie notre état-major faisait un mystère aux divisions d'un corps de ce que faisaient les autres divisions. J'ai même écrit à ce propos à Petitti après en avoir parlé d'avance inutilement. La Atartnora avait répondu fina a na cerla mira (jusqu'à un certain point) ! * fai appris qu avant chaque combat le Prince Frédéric-Charles parcourait ses divisions et il leur disait quel était le mouvement d'ensemble que l'armée faisait et quel
1. Lettre au g(!^néral Petitti, de Mariana, 8 juillet 1866. Le passage auquel le général Govone fait allusion est le suivant :
« Le 24. afin de savoir s'il y avait des Autrichiens sur un point assez éloigné, éi la Berattara, d*o{i on tirait sur nous, je dus examiner les éclats d*obus. Je vous dis cela, mon Général, parce que, s'il est nécessaire de tenir secrets les mouvements préparatoires, il faut absolument, quand on est prés de l'ennemi et qu'il peut y avoir rencontre, que chacun sache tout ce que font les auires. C'est chose indispensable afin de pouvoir marcher au canon, demander des nouvelles et du secours ou en donner, enfin battre en retraite quand on ne peut plus tenir. v>
était le rôle de la division. De cette façon il intéressait tottt le monde à la réussite de ta/faire. Voilà ce qui s'appelle avoir du bon sens et posséder fintuition de la guerre.
Sans unité de volonté on ne fait^ on ne peut faire de grandes choses! Tiraillements^ tiraillements^ etrien déplus^ rien de complet^ riende vigoureux et sensé en inéme temps. Ceci nie rappelle ce qtie f ai main tes fois pensé sur l'affaire des deux armées en Italie^ celle du Pô et celle du Mincio. Cest une erreur, ne fut-ce que par la difficidté d'agir de concert. Au premier obstacle, tout es^t confusion. Ainsi après le 24. On envoie un télégramme exagéré à Cialdini. Cial- (tint se retire sur Modène et Bologne pour couvrir la capitale. La Marmora en est exaspéré, mais on ne peut rien y faire. Ce n'est que deux ou trois jours après qu'on découvre que le mouvement ?nalencontreux de Cialdini tient au télégramme exagéré et on perd des jours précieux, des semaines pour se concerter et pour corriger la faute. Ainsi, pas de division de forces devant t ennemi.
Les principes élémentaires sont bons et justes^ même étant élémentaires. On ne commet pas d* erreur impunément devant rennemi, à moins que Vennemi n'en commette de plus grande encore, comme il est arrivé à Benedeck, ce sur quoi on ne peut pas et l'on ne doit pas compter.
Je ne vois rien déplus décisif pour confirmer ma thèse que la relation {publiée par les journaux de juillet et qui sort de^ la plume de Cialdini ou pour le moins de son état-major) sur les opérations du /P corps, lisez armée de Cialdini.
On g dit que le passage du Pô est une opération difficile , jiresque impossible, et puis on la propose, on la prône, on y tient {on y tient encore, à ce que m'a dit La Marmora^ quand je soutenais de faire venir Cialdini se joindre à nous], — Malgré tout cela, nous voyons Petitti soutenir que le plan de campagne était admirable et parfait. Mais alors, fil) es/ la vérité? à quoi servent les principes? à quoi sert l expérience^ la dure expérience qu'on en a faite? Je dois penser que moti cerveau, que mon jugeynent sont les plus niai tordus qu'on puisse imaginer.
LE GENERAL GOVONE
t-élre est-ce vrai? Mais en tout cas je siiix enhomir gnie... car tous les militaires inlelligenls aifc qui i parlé m'ont dit la même chose et partageaient mon n.
î Cialdini ? C'est sans doute notre premier capitaine, juste, il calcule mieux ; c'est le seul qui est capabi' imander une armée. LA, cependant, il s'est trompé ; • en ceci, qu'il croyait la chose si sûre, si facile dr les Autrichiens que certaine précaution était inutile. - peut-être avait-il raison. Mais sajis doute il ne favail rsque nous avions trouvé mot/en de nous faire bt^trr
Alors il fallait de suite se concentrer : où ? San* sur le Mincio, car le passage du Pô était » presque iible H. Si la détermination de persister à rester sur
était dictée par la connaissance qu'il avait de la e des Autrichiens sur Vienne, ce serait autre char. <on, cette retraite ne fut soupçonnée que le Q juillet que plus tard. Depuis le 2ô juin jusqu'aux premiers le juillet, Cialdini devait se ranger au parti 'le ?/• sur le Mincio. On aurait pu repasser ce fleuve el ? derrière les Autrichiens qui s'apprêtaient à aban- ' l'Italie. On les aurait poursuivis fépée dans les on mirait évité les reproches des Prussiens ; la camaurait tourné autrement. Ce ne fut pas ma faute si le fit pas; mats c'est vrai qu'on me dit après: mv liour chiel, as dà trop mouviment e pi Dsun a l'ou-
!a bataille de Lissa! Que cela pèse aussi. Eh bien, un a Marmora me dit à Torre Malimberli ou à Acqiiavers la fin de juin ou les premiers jours de juillet mo ne fait rien. Maintenant il prétend qu'il n'a pas structions. C'est un mensonge, car je lui ai dit de ce qu'il peut dans l'Adriatique, dattaquer même de le prendre, s'il le peut ; seulement j'ai réserrè et Venise qu'il ne doit pas attaquer sans wc'
Ecle pLÈmontnis. « Mon f her, vous vous donnez trop de mouTeni"it
APRKS LA BATAILLE S
ordres. Il me semble que, quand on a toute fAdrialiq, pour sbizzarrirsî, on ne peut pas dire qu'on manque d'irt truclions. »
Plus lard, le 19 juillet, dans les quelques heures que passais avec le baron Hicasoli à Ferrure, pour me dis/ios à ma mission à Nikolshurg, on parla de la campagne c Tijrol et de Triesie. Je lui dis que J'avais espéré qu\ aurait fait un débarquement à Triesie; que le général 1 Marmara y paralysait disposé, mais que Petitti m'ava dit, vers le 16 ou 17, que la mer n'était pas encore à non Sur cela j'ajoutai au bai on : Mais pourquoi a-t-on doni le commandement à Persano? Toute f armée de terre Je mer le connaissait pour avoir peur des balles. Pourqu ne pas prendre Manttca? Im Marmora dit que c'était t original. Mais Je suis siir que si on avait été le prend par le bras et si on lin avait dit: " Il s'agit de l'Italie », aurait accepté le commandement.
Le baron Hicasoli me répondit : •' Quant à la responsabHi d'avoir donné le commandement à Persano, elle ne noi appartient pas. Nous avons cependant la responsa/nlilé t le lui conserver, et d'ailleurs je ne me plains pas de i ^ue vous dites à ce propos. Il s'agit d'intérêts trop coi sidérables pour que vous ne puissiez dire librement vol, opinion... Mais voilà tout ce que nous avons pu faire : no\ atons donné à Persano un délai, un court délai pour agi Après cela s'il ne fait rien, il remettra le commandemei à un autre. »
Cela est une erreur : il suffit de se rappeler de famin de Villeneuve: d'abord indécis, il fait manquer les cou binaisons de Napoléon. Reproché pour cela, il agit sai coiiviclion. sans calcul, à contretemps et se fait détrui. 'i Trafalgar...
Cependant, cette idée ne me vint pas, dans ma convc. ialiou avec le baron. Car notre /lotte était si supérieu, gue je croyais, comme tout le monde, qu'il suffit tfag pour vaincre, et je pensais que, si Persano pouvait éti tiré de son inaction, le reste irait de soi-même.
S84 LE GENERAL OOVONE
Mais non...
C'était le 19 que j'avais ce dialogue. Le 20, Persano sr faisait battre et le faisait par couardise! Honte sur lui! Malheur pour flta/ie, innocente de tant de crimes, tllr gui a donné son dernier sou, tout en ayant faim, pour rhonneiiT et la gloire du pays !