AU MINISTÈRE
Aggravées à coup sûr et peut-être même causées par une série ininterrompue de crises politiques, parle manque de méthode et de programme, conséquence inévitable de ces crises, les difficultés fmancières étaient devenues la principale préoccupation du pays.
Si Ton avait réglé tant bien que mal les affaires de la Vénétie, on avait été, par la force même des choses, obligé de remettre à plus tard, à des temps meilleurs, la solution de la question romaine, et c'était la question financière qui se dressait devant le jeune royaume dans toute son épouvantable gravité que ne voilait plus maintenant Toptimisme des années précédentes.
La confiance qu'on avait témoignée à Tltalie, la confiance dans son étoile, dans les qualités de ses peuples, cette confiance qu'avaient entretenue les succès aussi rapides qu'inespérés des premières années, avait été durement ébranlée en 1866 par la triste réalité des faits. Les esprits sérieux, qui n'avaient pas manqué de rechercher les causes de cette faiblesse, n'avaient pas tardé à découvrir que Timprévu, la génialité et l'enthousiasme avaient une part bien plus grande à la constitution du nouveau royaume que la sage méthode, la préparation tenace et patiente
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qui avaient permis h la Prusse de profiter d*un demisiècle de paix pour se retremper en vue de l^beure marquée parle destin.
Môme en matière de finances, base de toute force, Tltalie avait, comme dans tout le reste, fait preuve de loptimisme inconsidéré, aveugle, qui est le propre de ceux .qui se fient uniquement au hasard et escomptent Tavenir. Depuis le premier jour de sa création, l'Italie avait presque constamment dépensé le double de ce qu'elle encaissait. Les •expédients, les impôts nouveaux, les mesures tendant à apporter plus d'ordre et plus d'économie dans les dépenses, toutes ces dispositions salutaires, dont l'application était à tout instant retardée par des crises gouvernementales et •des discussions parlementaires, n'avaient pu recevoir un <;ommencement d'exécution qu'au moment où le déficit avait déjà augmenté sous le poids de charges nouvelles. Et tandis que les revenus de l'Etat s'accroissaient à force de sacrifices, tandis qu'on taillait de jour en jour plus dans le vif afin de réaliser quelques économies, le déficit, qu*il était impossible de couvrir et d'équilibrer, grandissait à vue d'œil.
L'armée surtout avait eu beaucoup à souffrir de cet état ^le choses. On avait dû diminuer son budget d'année en année, même au cours des années pendant lesquelles cette armée avait été le seul appui de l'unité italienne, <les années pendant lesquelles elle avait été employée à la répression du brigandage et pendant lesquelles on se prépara à la guerre nationale. A la veille de cette guerre contre l'Autriche, le budget de 1866 avait été fixé au chiffre le plus faible atteint depuis 1860, et de 300 millions auxquels il s'élevait en 1861, il était tombé, en 1809, à 195 millions. Et cependant en 1869 la nécessité de s'imposer de nouveaux sacrifices, dont on ne discutait plus que la grandeur, ne faisait plus doute pour personne.
C'était par bonds peu réfléchisque, soit sous la pression de résolutions radicales, soit sous l'influence de timides remords, on avait procédé à ces réductions. Ainsi, par
exemple, en 1868, après avoir voté un ordre du jour' €hiaves qui imposait 30 millions d'économies, la Chambre, <jui avait consenti sur la prière du Ministère à lui accorder 19 millions, augmentait d'elle-même de 5 autres millions le total des ouvertures de crédits qu'on lui avait <lemandés. D'autre part, ne voulant pas toucher à la constitution apparente de l'armée, à sa façade, elle avait été amenée à désorganiser, à affaiblir les services accessoires, mais cependant indispensables, de cette armée. On en était de la sorte arrivé à avoir une armée à effectifs dérisoires, ilisposant d'un budget qui ne suffisait pas k la maintenir •en état de pouvoir se préparer à la guerre, des services misérablement dotés et destinés de plus à croupir longtemps dans une situation aussi précaire, manquant de stabilité et de sécurité, une armée qu'en cas de besoin on n'était pas sûr de pouvoir mobiliser et qu'on ne pouvait pas mettre à même d'entreprendre une campagne avec quelques chances de succès.
Ainsi, tandis que d'un côté l'Italie faisait des efforts supérieurs à ses ressources financières, elle n'arrivait pas, <i autre part, à s'assurer la force vraie, la puissance réelle. Il était par suite urgent, indispensable, de renoncer à tergiverser entre la solution à donner à deux questions^ assurément graves toutes les deux, la question financière, W la question militaire, de se décider à aborder virilement h question financière, par cela même quelle renfermait la solution du problème militaire... Le moment était arrivé où il s'agissait de changer d'adversaire , de combattre le déficit avec la même activité fébrile qu'on avait apportée A la lutte contre l'étranger ^..
Ces idées, que le général Govone proclamait comme ministre, n'étaient rien autre pour lui que le résultat de longues méditations et de convictions qu'il avait déjà manifestées à plusieurs reprises. Au printemps de 1869,
1. Cf. Discours du général Govone & la Chambre des députés (séance du 24 mai 1870).
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lors de la discussion du budget de la Marine, la Commission oubliant le vote de Tordre du jourChiaves et renchérissant sur les demandes présentées par le ministre de la Marine lui-même, avait proposé d'augmenter de 5 millions (comme elle Tavait fait pour la Guerre), le budget de la Marine. Le général Govone avait prononcé quelque» mots contre Tadoption de cette proposition et démontré que ces augmentations quoiqu'assurément utiles (le champ des augmentations désirables est si vaste), n*étaient cependant pas indispensables. Et comme le rapporteur de cette Commission lui demandait la raison pour laquelle il n'avait pas combattu Taugmentation du budget de la Guerre, lo général lui répondit en lui rappelant qu'il avait voté contre ces augmentations. Ces quelques paroles et la déclaration qu'il avait faite au sujet de son vote devaient être rappelées quelques mois plus tard au général et lui valoir Toffre d'un portefeuille qu'il était loin de désirer.
La chute du ministère Menabrea (20 novembre 1869). conséquence d'une crise latente qui couvait déjà depuis quelques mois, fut en effet le point de départ d'une crise, ouverte celle-là, qui fut peut-être la plus longue et la plus laborieuse qu'aient enregistrée les annales parlementaires de l'Italie.
27 novembre 1869 ^ — Par dépêche télégraphique de ce jour^ Lanza, le président de la Chambre, me mande d^urgence à Florence pour conférer avec moi^. Je réponds par un autre télégramme que je partirai le soir même et que j'arriverai à Florence le dimanche 28 au soir. Je ne parle de cet appel à personne, sauf au général Pettinengo, auquel j'expose toutes les raisons pour lesquelles je n'accepterçii en aucun cas le ministère de la Guerre, si on mr r offre...
Le soir, à onze heures un quart, je prends le train pour
1. Extraits du journal écrit par le général Govone du 27 novembre 186^ au 15 décembre 1869.