‹ Mémoires (1848-1870) (volume 2)Chapitre 44 sur 73 · Palais royal à Florence · texte numérisé non relu

Palais royal à Florence

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Quant à la question politique, il me semblait que le vole pour rélection présidentielle ne pouvait être interprété comme le Sf/mptôme d'une alliance d^une partie de la droite et des centres^ comme on voulait bien le dire^ avec la gauche. Les votes de la droite en faveur de Lanza signifiaient seidement qu'on ne voulait plus voir l'ancien Ministère rester au pouvoir,.. Que toute la force était entre les mains de la droite^... Que pour former une administration stable^ il fallait s appuyer sur les forces existantes, et refuser absolument le concours de Rattazzi et de la gauche, concours qui lui aliénerait la droite et ne lui permettrait de gouverner qu'en se mettant entre les mains de Ratiazzi qui allait ainsi se frayer le chemin du pouvoir... Que Bertolé'Viale serait pour son ministère un élément (fautant plus utile, qu'il jouissait de la confiance de la droite qui n'aurait jamais consenti à voter avec un Ministère qui accepterait le concours de Rattazzi. La passion que la gauche avait apportée lors de renquête sur la Régie, la passion qu*elle avait mise à couvrir Lobbia après son infâme simulation'^, justifiaient, à mon avis, l'attitude intransigeante à cet égard de la droite.

« Lanza me répondit qu'il n'éprouvait aucune difficulté à faire entrer Bertolé-Viale dans son ministère; mais que je lui paraissais bien plus indiqué, et que si je ne voulais absolument pas de la Guerre, et si Bertolé la prenait, il m'offrirait alors le portefeuille des Affaires étrangères; que quant à la situation parlementaire.. .,il ne pouvait refuser les voix de Rattazzi qui les lui donnait sans condition. »»

Je pris congé de Lanza qui me^pria de ?ie pas lui donner un refus définitif, me demanda de réfléchir, de consulter mes amis et de lui rapporter le soir ma réponse quil désirait ardemment être favorable.

1. Les faits devaienl donner raison au généraL La conduite de la gauche, lors de la discussion des mesures financières, détruisit les dernières illusions de Sella et de Lanza et rejeta le Ministère de plus en plus vers la droite.

2. 11 convient de rappeler que Lobbia eHait officier et que Govone, convaincu de sa culpabilité, considérait la lutte soutenue en sa faveur comme une atteinte portée à la discipline et à Thonneur de Tarmée.

Le même Jour à cinq heures et demie, le di'-ptUé B vint chez moi et me dit qu'ayant su par Lanza la répc ^/iie je lui avais faite, H me suppliait de ne pas hésili qu'une lourde responsabilité pèserait sur moi si je n'aci lais pas le portefeuille. Il combattit mes objections, noms des généraux Berlolé-Viale et Robilanl, m'assm que, quant au chiure total des économies, Lanza se coni levait des quelques millions que Je lui indiquerais, comme Je ne pouvau me décider à accepter, il ajouta q\ '< Nous autres Italiens, nous étions tous les mêmes, que « avions des opinions, que nous les manifestions même, n que, quand il s'agissait irassumer une responsabilité, or trouvait plus personne ». Après avoir insislé pendant t heures, il voulut m'emmener avec lui chez Lanza afir. décider sur l'heure mon acceptation. Je m'tf refusai oh nément en lui répétant les arguments en faveur de Berl que j'avais déjà exposés à Lanza, et je laissât pa Berti en ajoutant en fin de compte que, si Lanza ne n sissait pas, on ferait appeler Sella qui paraissait eni plus indiqué par la situation parlementaire...

V Entre temps. Je télégraphiai au général Robilam se rendre immédiatement à Florence, et il me répoi qu'il partirait le soir même de Tunn. »

f allai chez le général Berlolé-Viale, auquel je comt niquai la conversation que J'avais eue à son sujet t Ijoiza. Je lui parlai des économies que, d'après moi, pouvait et on devait faire sur le budget de la Guerre, ei autres, la suppression de deux escadrons par régimem cavalerie et de quinze batteries.

Le général Herlolé-Vîale me dit qu'en somme il se assez disposé à accepter le Ministère et les économies j jetées, mais en apportant quelques légers délais à larli nutionde la cavalerie et de l'artillerie. Je le pressai v ment de me donner son consentement afin de le porte soir à Lanza. Le général Herlolé me répondit qu'il lui é impossible de prendre aussi vite une résolution définit Jiiais qu'il réfléchirait et me donnerait sa réponse le lei

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main. Je le priai en attendant de faire établir l'élut des économies qui résulteraient de la suppression des deux lent et des quinze batteries, ii-es du soir, j'allai chez Lanza. Je lia a conversation avec le général Rertolr '.ulant tout on pourrait arriver à ècomillions sur le budget de la Guérie...

modifié ses intentions. — ifais,comini- 'i-Venosla qu'il avait prié de venir dr i )«■ pouvait arriver que le lendemain, in de ma réponse définitive et me dit olwiient un Ministre de la Guerre qui 15, et qu'après cela, il trouverait un Mi- (jui, de son ciitê, «h économiserait 10. // as faire échouer une combinaison qui 'Il pays, de revenir le lendemain matin et u'il espérait être favorable,

matin, vers neuf heures et demie, je me •al Bertolé-Viale. lime déclara qu'apek •ait accepter le Ministère de la Guerre, furent vaines. Du reste, sans parler isidéralions personnelles qu'il m'exposa, fiions, que Lanza avait exigée la veille dé Bertolé à refuser.

s à calculer ensemble les réductions, rt n total de 10 à 12 millions, en comprtres la diminution des escadron.^ et df^ ? entrer en ligne de compte la rédiit- ' et r au g ment al ion des économies qui fait. Du reste, ces calculs fourmillaient

.j'allai chez Lanza. Je lin répétai que. faits, il était impossible d'économiser 'déverser f armée ; que toutefois, restant le j'avais déjà émise, j'étais disposé à ■ession de deux escadrons par régiment

et de quinze ou seize batteries: que je savais bien qu'aucun militaire n'approuverait cette mesure et que^ tout en abondant dans son sens^ en partageant ses idées financières^ en reconnaissant qu'il y avait urgence à réduire de 20 millions le budget de la Guerre, je ne croyais pas possible de prendre le Ministère s'il maintenait ce chiffre d'économies.

Je faisais de la sorte entendre à Lanza que, si j'avais réussi à vaincre ma répugnance, c'était lui qui me mettait dans r impossibilité d'accepter,

Lanza m'écouta avec bienveillance, mais sans modifier ses chiffres et sans insister pour me faire accepter dans la limite du possible, lime déclara qu'il reconnaissait l'impossibilitéde trouver tin Alinistre de la guerre et un Ministre de la Marine qui voulussent ou pussent l'aider, et qu'il écrirait au roi dans le courant de la journée pour lui dire qu'if renonçait à se charger de la constitution d'un Ministère, lime remercia, en me disant setilement qu'il m'aurait donné un autre portefeuille si j'avais voulu l'accepter.

Ma réponse, quelle qu'elle ait pu être, aurait été inutile; car si j'avais accepté un Ministère , ce n'aurait été que celui de la Guerre, et je ne l'aurais accepté que par sentiment du devoir, et seulement dans le cas où on m'aurait fait des con ditions possibles .

Je pris congé de Lanza en paix avec ma conscience, puisque Lanza m'avait posé des conditions qui me paraissaient matériellement inacceptables. Je n'avais donc pas à me reprocher d'avoir fait manquer une combinaison que je croyais utile au pays. D'autre part, je pensais qu'après téchec de la combinaison Lanza on ferait appel à Sella qui me paraissait l'honmie indiqué par la situation...

Le général Rohilant, qui était venu aux bureaux de fétat-major avant ma visite à Lanza, était arrivé le matin. J'eus avec lui une longue conversation dans laquelle je lui parlai, en mon nom personnel, de la difficulté qu'on éprouvait à trouver des titulaires pour les portefeuilles militaires du Ministère Lanza, surtout pour celui de la Marine où ton devrait procéder à de grandes économies et

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à de fortes réductions. Je lui dis que^ le cas échéant, je me proposai de citer son nom à Lanza pour la Marine et même pour la Guerre, Le général Robilani^ stupéfait et complètement étonné par la proportion relative à la marine, me dit que n ayant aucune connaissance technique en la matière il ne saurait accepter ce portefeuille y mais quil prendrait tout autre portefeuille. Et comme je luiexpom mes idées sur les réductions qu'il serait possible de faire subir à tarmée^ il me répondit qu'il étaity lui aussi, de cet avis, qu'il trouvait même que ces réductions n étaient pas suffisamment radicales, qu'on pouvait et qu'on devait aller beaucoup plus loin dans cette voie^ mais que tous les Ministres devraient en faire autant et prendre de plus Pengagement de poser la question de cabinet toutes les fois qu'il s'agirait d* obtenir le rejet de quelque nouvelle demande de crédit.

J'ai revu le général Robilant un peu plus tard. Il me •dit qu'il avait réfléchi et qu'il prendrait même le portefeuille de la Marine parce qu'il avait trouvé le personnage qui pourrait le guider et le conseiller, — Lovero di Maria.

A trois heures^ je vais à la Chambre des Députés pour conférer avec Dinaet lui dire que, comme Lanza renonçait à se charger de constituer un Ministère, il serait urgent de présenter au roi le nom de Sella. Dina me répondit que Lanza lui avait rapporté toute la conversation qu'il avait eue avec moi, que j'assumais une terrible responsabilité en causant par mon refus l'échec de la combinaison Lanza, que Sella était impossible, qu'il n'aurait en aucun cas accepté la mission de former un cabinet et qu'il ne restait plus dautre alternative que d'avoir recours à Rattazzi. Afin de me prouver qu'il était impossible de songer à Sella, il me lut lieux pages écrites par Sella lui-même, mais sans me montrer le reste.

Les paroles de Dina font une profonde impression sur moi et je ne me sens pas le courage d'assumer sur moi une responsabilité aussi grande que celle d'avoir frayé le che-

min à Ballazzi. Je déclare à Dina qtte.puisq se posffn ces termes, il m'est impossible de s'aijil désormais pour mot de remplir un ijtiel'/ue grand que pttiise être le mcri/icemiguf Je déclare en outre à bina que, si Lanza pj millions de réduction, c'est-à-dire tm lotai impossibles n réaliser, ce sera sur lui, Lanz moi. que devra retomlier la responsabilité .

Dina me demande la permission, que je li rapporter mes paroles à Lanza et il me ce que je viens de faire. J'ajoute que j'acc(rpt< dans le cas oà Visconli prendrait les Araire qu'une fois installé au Ministère on pourra tr devant le conseil de discipline, tant pour fai moralité nécessaire aux ijeux de l'année qu miner clairement et nettement la position < par rapport à la gauche. Je persiste à évaluer lie millions le minimum des économies en i}ue pour arriver à ce chiffre net on devri mesures qui ne seront approuvées par aucun raux.

\" décembre. — Je vais le matin au Afinistèr pour mieux étudier le chiffre réel des éconon J'entre chez le colonel Priquel et j'g trou Rertolé. Je raconte comment, sur les instance iMnza a conservé le mandat auquel il rou fl qu'à la suite des paroles de Dina je m nccepter.

Je meremisà faire avec eux le calcul des je vis qu'en réduisant le contingent de SXlOtihoi en raison des suppressions à faire dans la I artillerie, on arrivait à un total de seize mili dont il fallait, il est vrai, défalquer 2 millions '(économies irréalisables.

IjS général Itertolé me dit qu'on pourc ^) nu 10 millions, mais que, tout en admirant

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celui qui consentirait à la réduction de la cavalerie et île l'artillerie, il était néanmoins forcé de désapprouver celle mesure qu'il regardait comme funeste à l'armée.

Je lui dis que les circonstances étaient si graves qu'elles rendaient ce sacrifice indispensable...

... Dans la journée, je vais à la Chambre. Beaucoup de députés de l'ancienne majorité viennent me dire qu'il faut absolument que j'accepte le portefeuille de la Guerre. Vi'conti-Venosta est arrivé, et je le recherche à la Chambre. Nous y rencontrons le général de La Marmora qui tiif demandesij'aiaccepté. Je parle au général de la réduclion des effectifs de la cavalerie et de f artillerie. Il me dit qvf c'est là chose fort grave ; mats, lorsque je lui eux fait voirquf. vu Tétat de nos finances, il était tnalériellemenl impossible de pouvoir en aucun cas mobiliser plus de dix ou douze divisions, il cessa de combattre celte réduction et alla même jusqu'à l'admettre, puisqu'on n'avait plus le ckoixqu entre cette réduction et la banqueroute...

Une fois encore, il sembla que le général Govone allait échapper au danger el que le sacrifice, auquel il s'élail résigné, devenait inutile. La crise se prolongeait. Ciaidini était intervenu ; Lanza renonçait à son mandat el Ciatdini entamait la série de ses longues négociations avec Sella dont le nom était lit garantie d'une politique financière ferme et habile. Et le général Govone, qui souhaitait de toute son ftmo la réussite de cette combinaison, qui poussait Lanza à agir dans ce sens sur Sella, éprou\*a pondant un certain temps l'agréable sensation d'avoir échappé à un grand danger sans avoir encouru la responsabilité d'avoir, par son fait, contribué à l'insuccès di'> négociations de Lan/.a.

Ses amis partageaient sa satisractioQ et ses espérances: c( Puisse le général Ciaidini réussir bien el vite, lui écrivait le général Rohilant.

« Je vois avec grand plaisir par ,ta lettre que tu avais accepté le portefeuille de la guerre. Je t'ai com-

mîQ

muniqué sans réticences ma manière de voir à ce propos. Je me réjouis donc avec toi de ce que tu aies rempli un devoir sacré en consentant à un sacrifice qui te coûtait tant. Maintenant que ta responsabilité dans cette crise est à l'abri, je me félicite de tout cœur d'avoir échappé aux conséquences de ton sacrifice. Pour moi, j'ai pleinement la sensation qu'on épreuve après avoir échappé à un grand danger. De toute façon, j'étais prêt à tenir ma parole et mon engagement dans les éventualités qui s'étaient présentées. La fortune a voulu que ma résolution, que je me permettrai d'appeler héroïque, n'ait pas en de conséquences. Tu reconnaîtras avec moi que je l'ai échappé belle et je crois que la marine italienne en dirait autant, si elle pouvait se douter du danger auquel elle a élé un moment exposée. . . »

Mais les espérances auxquelles se laissait aller le général Govone devaient être de courte durée. Le général Cialdini échoua dans ses tentatives et se réserva pour critiquer ce qu'on allait faire.

La crise recommençait plus confuse que jamais et mettait de nouveau l'homme politique en présence d'un cruel dilemme : voir réussir Rattazzi, l'homme d'État funeste auquel l'Italie devait déjà Aspromonte et Mentana, ou seconder au prix de n'importe quel sacrifice personnel la réussite de la tentative suprême faite par Sella. Quant au soldat, il voyait de nouveau se dresser devant lui un dilemme non moins cruel : ou se prêter à des réductions immédiates mais limitées, ou laisser les choses en venir à un point tel qu'il faudrait alors se résigner h des sacrifices plus grands encore et faire ainsi retomber sur l'armée la responsabilité de la situation financière.

Le Journal^ auquel nous avons emprunté les extraits qu'on vient de lire, continue en ces termes :

8 déoembre. — Le général de Sonnaz me mande au Palais par ordre du roi. Il me prie de lui envoyer une lettre con-

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(enant texpoxè de mes ûli':es sitr les réduclinna. Je rrrligr la lettre çue je lui envoie le lendemain vers deux heures de l'après-midi.

10 dâcembre. — La combinaison Cialdim-Sella a coinfilétemenl échoué pendant les derniers jours. Sella ni'rcril aujourd'hui et me demande d'aller chez lui à midi. J'^ trouve Dina et Ckiaves. Sella m'expose ce qui s'est passé et me dit qu'il a été chargé par le roi de former tin Minî'-lère et qu'il s'est réservé (f accepter le mandat après avoir conféré avec Cialdini et Lanza. Entre temps, afin d'êlrr prêta toute éventualité, il a résolu de chercher ses collègues éventuels. Il me dit que je suis indiqué pour la Guerre fl insiste pour que j'accepte en raison de la situation du pays, fl ne fixe a p«iohi aucun chiffre de réductions^.

Je présente mes objections; j'insiste sur les noms dr Bertolé ou de Robilant. Je lui répète ce que j'ai dit « Lanza dans ma dernière entrevue, que je ne pourrai refuser le portefeuille dès qu'il fait de mon acceptation la condition indispensable de la réussite de ses combinaisons.

Puis vient une scène entre Sella et Chiares. Sella dcclarr qu'il renoncera à sa mission si Chiaves n'entre pas comme garde des sceaux. Chiaves dit qu'il n'acceptera à aucune condition.

Le soir, je rencontre Dina qui me dit que Caffairr Chiaves est arrangée. Chiaves restera en dehors et Sella ne renonce pas.

Dans celte conversation, je dis à Dtna qu'il me semblait qu'a y aurait un grand coup à faire, si Sella offrait à Lanza la Présidence et les Affaires étrangères. On ferait disparaître ainsi toutes les suspicions d'intrigues attrihuées à Sella lors de Véchec de la combinaison Cialdini. On s'assurerait plus aisément l'appui des Permanenti ', qui r»/ précisément le nœud de la question. Dina me répond que

parti ou plutôt d'un nouveau groupe

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