ROME
Le 13 juillet 1870, l'incident d'Ems éclata comme un coup de tonnerre et vint troubler Thorizon politique à peine rasséréné et débarrassé des nuages gros de menaces qui Tavaient assombri huit jours auparavant.
Le programme politique du Ministère Lanza-Sella, ce programme que lui avaient imposé d'inéluctables nécessités d'ordre Hnancier et de politique intérieure, avait été surtout conçu dans Tespoir que la paix générale ne serait pas troublée avant quelques années et basé SHr la ferme résolution de tenir Tltalie à l'écart de toute guerre autre t\uQ celle qu'elle se serait trouvée contrainte à soutenir pour défendre son honneur et ses intérêts les plus sacrés.
II avait donc été impossible d'envisager, lors de la formation du Ministère, l'éventualité d'une guerre dans laquelle l'Italie pouvait être entraînée. Rome seule manquait encore à l'achèvement complet du programme national; mais celte conquête, qui rentrait essentiellement dans le domaine de la politique pure, ne pouvait et ne devait en effet nécessiter de grands efforts,
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ni réclamer la mise en œuvre d'un grand appareil militaire. Les rapports de l'Italie avec ses deux voisins, la France et l'Autriche, étaient excellents. L'Autriche, occupée k panser ses blessures et à introduire chez elle une série de réformes, lui avait tendu la main au lendemain d'uoe lutte loyalement conduite de part et d'autre et, rompant avec les traditions du passé, devaitmftme bientôt seconder ses vues sur Rome. La France, après une période pendant laquelle les relations avaient été plutôt tendues, surtout en 1866 et 1867, s'était, elle aussi, complètement rapprochée.
Enfin, en admettant le cas de l'explosion d'une guerre entre les autres puissances, l'Italie n'avait contracté d'engagement diplomatique envers qui que ce soit. Elle était libre de régler sa conduite sur ses besoins et ses intérêts.
D'autre part, la perspective d'un conflit armé en Europe était, dans les derniers temps surtout, devenue plus improbable que jamais. La seule guerre possible, la seule qu'on eût eu à redouter, la seule qui, à deux reprises, ea 1866 et en 1867. avait paru un moment presque inévitable, la guerre entre la France et l'Allemagne ne semblait plus à cette heure qu'une de ces éventualités, toujours possibles mais peu probables, et l'époque de l'explosion de ce redoutable conflit paraissait plus éloignée que jamais.
On connaît jusque dans ses moindres détails l'histoire des rapports de l'Italie et de la France. Les empereurs d'Autriche et des Français avaicnleu, en 1867, uneentrcxiie qui n'avait abouti à aucun résultat, bien qu'on y eût, il est vrai, discuté les bases d'une triple alliance.
On avait peu après entamé avec l'Italie des négociations qui, interrompues par l'aQ'airc de Mentana, reprises ensuite, se poursuivant lentement etconduites par les trois chefs d'Etats, avaient eu dès le début un cachet d'entente personnelle entre les trois souverains bien plus que le caractère d'un accord entre les trois gouvernements, accord que l'instabilité ministérielle ne permettait pas à l'Italie de
conclure. Ce fut seulement en juin 1869 que l'échange des idées arriva à un point tel que l'on aurait pu procéder & un accord formel et que la proposition en fut soumise au Ministère Menabrt^a.
Quoique favorable au principe lui-même, la réponse du gouvernement italien fut cependant subordonnée à l'acceptation de plusieurs conditions : retrait des troupes françaises de Rome, reconnaissance du principe de non-intervention, engagement de respecter l'ordre de choses établi en Allemagne depuis 1866 grâce au concours de l'Italie.
En un mot la triple alliance projetée n'aurait eu qu'un caractère purement défensif. Ces conditions — mais la première surtout — emp<?chèrent la conclusion de l'accord. Une fois de plus, comme cela avait été déjà le cas en 1864 et comme cela le fut encore plus tard après la déclaration de guerre, la France avait sacrilîé ses propres intérêts à la défense du pouvoir temporel. La rupture des négociations avec l'Italie interrompit le cours des négociations avec TÀutriche, bien que cette puissance fût déjà plus engagée avec la France que l'Italie qui ne renoua pas la conversation, et le Ministère Lanza-Sella n'eut pas i s'occuper de la question.
La France s'était, entre temps, engagéedans la voie des réformes en modifiant radicalement dans un sens absolument libéral les bases de sa constitution. Elle avait commencé une œuvre risquée et difficile, une œuvre qu'il ne lui était possible d'entreprendre et de mener à bonne Un que grâce & une longue période de paix. Placée en présence de ce dilemme : guerre avec un gouvernement personnel et forcément autoritaire — ou paix avec un gouvernemeat parlementaire, elle avait donné la préférence au second de ces termes. On devait donc considérer cette évolution comme le symptôme d'intentions manifestement et résolument pacifiques, et telle fut aussi l'interprétation que tout le monde lui donna, tes Français tout les premiers. On procéda donc en France h la de la guerre ; on fît subir au con-
LE GENERAL GOVONE
me réduction de 10.000 hommes. L'Au- , elle aussi, dans k voie des économies it en continuant à étudier, d'accord avec lirais, nn plan de campagne éventuel, la France qu'elle aurait besoin de 42 jours t que, pur conséquent, il faudrait en cas évenir à temps. L'Italie qui était déjà oie des économies questionna l'Empereur jjer plus résolument encore dans celle idit : i< Oiiil ne prévoyait aucun conflit, e son gouvernement réussirait à amener î d'une réduction des dépenses militaires spoir que fous les gouvernements pourrer à des œuvres de paix '. h le cours des dernières années, l'Italie ne uvée dans une situation politique qui put, qui lui était faite à ce moment, lui perire ses dépenses militaires. Aucun des inistère n'ignorait assurément qu'une jrs possible, et chacun des membres du ussi que dans les limites du possible, il ge de s'y préparer. Mais k ce moment, chose impossible pour l'Italie, elle avait i droit, mais le devoir de profiter de celte irobable pour se recueilliret se préparer
un avenir prochain, au lieu de continuer arriver k être incapable de rien faire et isance quand le moment d'agir serait venu, nois de 1870 avaient non seulement jusrmi la confiance de l'Europe entière de la paix. Le 30 juin même, cinq jours t imaginé la candidature du prince de
Ministère Ollivier faisait à la Chambre ïralion suivante: ■< Le Gouvernement n'a u(ie. A aucune époque le maintien de lu
miagiie el rilalie, etc., 1870, vol. Il, p. 11.
LA Ol'BRRE FRANCO-PRDSSIENNE
<i paix en Europe ne lui a paru plus assuré. De c '< côté qu'il porte les yeux il ne voit aucune questi <• tante engagée; tous les cabinets comprennent ■I respect des traités s'impose...
« Ce que nous avons fait? Puisque vous noua " du Sadowa prussien, nous avons fait le Sadow '< çais, le plébiscite. »
Et à peu près à la même époque, tord Graoville, : sant à la Chambre des Lords, déclarait : <' qti'en ] « possession de son poste, il avait demandé au sou 11 taire d'État permanent des Affaires Elranfrf^res, M ti mond, un des Nestors de la diplomatie euro] •< quelle était la situation des affaires et qu'il li i< répondu que, dans sa longue carrière, il ne se n « pas avoir vu un moment où l'Europe eât jou •< tranquillité aussi profonde et aussi complète'. »
I) y avait cependant une hypothèse que personne envisagée ou du moins qui, si on t'avait envisagé été aussitôt rejetée, parce qu'elle paraissait inadmi -cause de son absurdité. On ne pouvait croire, e ^)u'après avoir rompu, par égard à des intérflsquin pas les siens, les négociations qu'elle avait entan vue de se créer des alliances, — après avoir entr réforme de sa politique intérieure, réforme que ! paix pouvait rendre possible, — après avoir la force, déjà bien insnflisante, de son état militi après avoir conseillé ou permis à ses amis et allié tuels de procéder au désarmement, — après avoir de les avertir et de s'entendre avec eux, la France ^ant même à temporiser, dédaignant les longs pou ■diplomatiques qui précèdent généralement les g la France se jetterait le cnir /rger et tète baissi J'abîme.
Et c'était là l'hypothèse fantastique, inimaginab j)our déconcerter la raison et le bon sens blenplui
I. Paroles citée* par riioni>rab]e Visconti-Venoslaau Sénnl, le 3 .
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que les prévisions, qui allait crpendant devenir une réalité.
Au lendemain d'im succès diplomatique, au momeat même où elle pouvait se déclarer satisfaite du résultai obtenu, la France tenta imprudemment de retourner 1» couteau dans la plaie, chercha à accroître l'importaD» et le retentissement de son succès en essayant d'imposer une humiliation à la Prusse et provoqua de la sorte une légitime et inévitable réaction.
Puis, rejetant pour une simple question de forme les conseils que lui suggéraient ses amis', conseils qui lui auraient permis de gagner du temps et bien qu'elle eût pleinement conscience de la situation militaire de c«ui qu'elle espérait avoir pour alliés, en vingt-quatre heures elle se décida à la guerre.
Si la cause, pour laquelle la guerre éclatait, pouvait faire croire, quoique à tort, à une agression préméditée de la part de la France, la rapidité avec laquelle elle procéda, et la négligence qu'elle mit à se concerter avec l'Italie permettaient à cette puissance de croire, ou bien que la France était décidée à agir seule, ou bien qu'elle était désormais résignée à s'assurer son appui au prix des concessions qu'elle lui avait naguère refusées. — Maisni l'une ni l'autre de ces suppositions n'était fondée. Ce fut au moment où les armées corn mençaient déjà à marcher que le
1. ■ M. de Beust. l'hittoire ne saurait le inécoBnnltre. ne négligea aucun « effort pour arrêter le gouvernement Fronraïs, H proposa sa niêdialïaa « (le compte à ilemj avec le Cabinet de Ktoreili'e..,
« ... il nouf «upplia de nous contenter de la renonriatioD... Il protesta « dès le début contre l'inlcrp ré talion que M. de Gramont se plaisait à
• donner S ses engagements, e [Rotuan, op. cil.)
« Avant et après la déclaration. :?'esl-&-dlre le If et le 15. je m'étais « rendu chez le duc de Gramont pour lui répéter, d'après les instruction»
• reçues de Florence, les exhortations du gouvernement italien en Taveur
• de la eonciliation et de la modération...
« Le lô, le prince <le Mctleruich avait en vain tenté de Taire accepter au t duc lie Gramont la proposition, k laquelle je m'étais associé, de réunir
« Le 16, lord Lyons avait, par ordre de son gouvernement, proposé la 1 médiation de l'Anglelerre. conformément au protocole du traité de Pari» ( du It avril 1S.16. Sa proposition fut rejetèe. « Cf. Nicha, Ricordi diploma-
duc (le GramoDt demanda, d'un ton dégagé^, à l'Ita reprendre les négociations. — On était alors à laveil premières batailles, et cependant, pour la troisième f< France refusa d'accepter la condition essentielle quel mettaitàson concours : l'abandon de Rome.
La lenteur apportée à ces ouvertures, l'obstinatioi laquelle on refusait une concession indispensable, plei i'itaiie dans une situation singulière, augmentaient certitude et la confusion qui régnaient dans les e déjà désorientés par la surprise que leur avait c l'explosion inattendue de la guerre.
Les guerres modernes, ces guerres qui se décident les premières semaines et lors des premières rencoi ces guerres qui nécessitent une somme immense d'en concentrée pendant de longues années et dépensa peu de jours, sont, on ne saurait le nier, de grandes et < i-preiives, de ces épreuves dont on ne peut triomphe grâce k une préparation complète et à untt utilis rationnelle de toutes les ressources matérielles et raies du pays, dirigées vers un but nettement détei et conduites avec une extrême vigueur. Encore fa pour s'assurer le succès (et c'est là le secret des vîd des Prussiens), que cette préparation à la guerre a faite en vue d'un objectif déterminé, contre l'en qu'on s'attend à avoir à combattre et contre lequt aura fait à l'avance converger et les travaux de 1 major qui proportionnera les moyens à employer capacité de résistance de l'adversaire, et l'action i 'liplomatie qui, après avoir isolé son ennemi, le li aux coupa de l'armée et fera éclater la crise au mo opportun, et tous les organes de la politique intér qui préparera la nation, guidera ses aspirations conf l'habituera à l'idée de voir dans la crise sanglante qi va traverser la solution logique, inévitable, attendue, t