‹ Mémoires (1848-1870) (volume 2)Chapitre 52 sur 73 · C'est-i-dire, & cette époque, 12 divisions · texte numérisé non relu

C'est-i-dire, & cette époque, 12 divisions

LA âl^ERRE FRANCO-PRUSSIENNE

par des dispositions complémentaires prises iardïvi ù cause des hésilations de la politique, mettaient d premiers Jours Tarmée dans une situation sensibit meilleure que celle dans laquelle elle s'était tr jusque-là avant les dernières économies.

On nous permettra de faire ici et à ce propos un gressioD nécessaire.

Le fait que la constitution du ministère des écom a pour ainsi dire coïncidé avec l'explosion de la g franco-prussienne a donné beau jeu à ceux qui accu: le ministre d'avoir compromis, par ses économies, la sance militaire de l'Italie en un pareil moment.

Il est évident (et personne ne se faisait d'illusioi sujet) que les économies avaient sensiblement a une organisation militaire déjà très faible. Il ser effet absurde de croire qu'en réduisant les dépei soit possible de s'assurer le même degré de force taire. En acceptant des économies devenues inévit le général Govone avait accepté toutes les conséqu de cette mesure, convaincu qu'en tout état de l'Italie se trouvait dans l'impossibilité de souteni grande guerre et que, au lieu de descendre échelo échelon l'échelle qui va de la faiblesse à l'impuis absolue, il valait mieux, grflce à un effort pénible temporaire et faità un moment qui semblait opportui parer le rétablissement futur, la restauration cou des forces du pays. Seuls ceux qui ne veulent pi mettre les nécessités financières, et plus encore les i sites politiques qui obligèrent le ministère à s'en dans cette voie, peuvent encore s'entî'ter à soutei thèse opposée. Toute discussion serait d'ailleurs i puisqu'elle s'appuieraitsurdes appréciations diam^ ment opposées de faits cependant patents.

Quelque soit d'ailleurs le point de vue auquel < place et le jugement que l'on porte sur l'opportuni économies, il est facile de voir que dans ce cas s les économies faites par ce ministère n'ont en ai

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façon contribué à aggraver la situation. Quand on veut faire tomber sur les mesures prises cette année parce ministère la responsabilité cie l'état militaire dans lequel se trouva riialie,de quelles mesures veut-on donc parler? Du projet ministériel présenté à la Chambre? Il fteraitfacilede le défendre, il serait facile de prouver que si ce projet avait été approuvé quelques années plus tùt, si on s'était décidé à réduire l'armée mobilisable^ 12 divisions, si on avait affecta une partie de ces économies à améliorer l'état de ces 12divi' sions, l'Italie aurait été, en 1870, bien plus en mesure de faire l'effort nécessaire. La France, en somme, ne demandait à l'Italie que de 100 k 120.000 hommes, soit 10 à Indivisions. 11 serait donc facile de défendre ce projet, mais à quoi bon? On l'avait retiré — Veut-on parler du projet de la commission approuvé par la Chambre? Oe projet même, qui était en somme l'œuvre des principaux généraux, pourrait lui aussi être défendu ; mais ce serait peine perdue : ce projet voté par la Chambre, mais que le Sénat n'avait pas encore adopté et qui ne devait entrer en vigueur qu'en 1871, ne pouvait certes pas avoir affaibli l'armée en 1870.

Les seuls actes du ministère qui auraient pu amener un semblable résultat, c'étaient les quelques mesures d'économies déjà appliquées à ce moment. Et ces mesures. en ce qui a trait à la force vive de l'armée, se réduisaient en substance à deux : Licenciement anticipé de la classe 1845, effectué le 1" avril au Heu du 1" octobre, comme voulait le faire le ministère précédent. — Vente, pendant le mois précédent, d'environ 800 chevaux d'artillerie et du train, vieux ou malades, et qu'on n'avait pas remplacés. Or, comme on l'a vu, les premières mesures prises par le ministère avaient suffi pour porter remède k ces réductions. Deux classes (63.500 hommes), étaient venues combler les vides laissés par une classe de 35.000 hommes, et les premiers achatsde chevaux avaient plus que bouché les quelques trous qui avaient existé momentanément cette année. On ne saurait donc pré-

tendre que ces mesures ont causé le moindre retard, puisqu'à l'époque où Ton avait déjà remédié à ces réductions, vers le 25juillet, on n'avait pris aucune résolution politique, et Ton se trouvait par suite dans une situation en tout semblable à celle qui aurait existé si Ton n'avait pas procédé à ces économies. L'envoi du contingent demandé par la France aurait donc pu se faire sans plus de difficultés qu'avant l'application de ces économies.

Si l'on refusa de fournir le contingent, si ce refus fut justifié, non seulement par des considérations politiques et financières, suffisantes à elles seules pour l'expliquer, mais aussi par des considérations d'ordre militaire, il convient de reconnaître en invoquant cette dernière cause qu'elle n'a réellement de valeur qu'en raison de la situation que les événements ne tardèrent pas h créer, qu'on eut raison de s'y décider.

L'intervention dans la guerre, quoique limitée dans le principe à la fourniture du petit contingent qu^on lui demandait, aurait amené l'Italie à jouer sa fortune et son honneur dans le grand conflit, l'aurait obligée à soutenir jusqu'au bout Tattitude qu'elle aurait prise, aurait enfin, et surtout après les premiers revers des Français, fait peser sur elle une bonne partie du poids de la guerre. 11 devenait dès lors nécessaire d'engager et de fournir toute la somme d'etTort militaire que l'Italie était en mesure de fournir.

Et si cet effort possible fut jugé insuffisant, si Tltalio était réellement faible militairement, c'est que les causes de cette faiblesse étaient bien plus graves, bien plus profondes, bien plus anciennes que celles auxquelles on se plut alors à attribuer cet état.

Depuis nombre d'années, le contingent annuel, fixé dans le principe à 56.000 hommes, avait été réduit à 40.000 hommes et la durée de service abaissée de cinq ans à moins de quatre. Le rappel de toutes les dix classes aurait donné moins de 300.000 hommes de première catégorie qu'on ne pouvait renforcer qu'en

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ayant recours à un appel de la deuxième catégorie. Ce chiffre de 300.000 hommes sufrisait d'ailleurs pour avoir 100.000 hommes employés à l'extérieur, mais il faut de plus considérerqu'i! y aurait culieud'alimenlerconstamment le corps expéditionnaire, de lui envoyer pour chaque mois de guerre des renforts s'élevant ii 100/0 de l'effectif originaire et d'assurer le maintien de l'ordre public, maintien qui, à ce moment et surlout pendant ces jours d'agitation, nécessitait îi lui seul l'emploi de 150.000 hommes. Or, si on avait voulu alors disposer d'une force capable d'exercer une inOuence sur l'issue de la guerre, il aurait fallu, pendant les années qui avaient précédé, fixer le contingent annuel à un chiffre beaucoup plus élevé et faire figurer au budget ordinaire un nombre plus considérable de millions. — De plus, ce surcroît de sacrifices qu'on aurait demandé au pays aurait encore eu pour conséquence la nécessité d'immobiliser à l'intérieur du royaume une force plus considérable qu'il aurait fallu maintenir pendant des temps aussi critiques et dont le maintien à l'intérieur aurait sensiblement diminué l'effectif de l'armée.

L'armement, fusils et canons, laissait h désirer, les fronlières du pays étaient mal défendues et le quadrilatère lui-même, si menaçant lorsqu'il était tourné contre l'Italie, avait perdu une grande partie de sa valeur du jour 011 il était devenu italien à cause du tracé déplorable donné & la frontière. Les côtes étaient ouvertes et la flotte se rouillait dans les ports. Mais pour avoir un armement k la hauteur des exigences du moment, pour protéger le territoire italien pendant une guerre extérieure, il aurait fallu dépenser des quantités de millions.

Knfin la lenteur de la mobilisation contribuait encore, bien plus que tout le reste, à la faiblesse de l'Italie. Lorsque vers le 16 ou le 17 juillet, le comte Vimercati mit le général Govoiie au courant de la situation politique et lui parla de l'éventualité de l'envoi en France de 120.000 hommes, le général répondit de suite qu'il lui faudrait pour le moins trente jours. Peu après, le 27 juillet.

lorsqu^il exposa au conseil des ministres les besoins les plus pressants auxquels il s'agissait de faire face, lorsqu'il réclama une solution immédiate, il déclara que la mobilisation complète de l'armée prendrait quarante-cinq jours à partir du jour où cette mobilisation serait décidée, et il ajouta qu'on n'arriverait à gagner quelques jours, tout au plus, qu'en déployant la plus extrême énergie.

Ces délais paraîtraient aujourd'hui énormes, et ils le seraient réellement. Mais à ce moment ils étaient loin d'être exagérés, loin de causer de l'étonnement. En 1866, avec un budget beaucoup plus élevé, on avait eu besoin d'à peu près autant de temps. Et alors il s'agissait d'une guerre se déroulant sur le territoire national, prévue et préparée depuis des années, d'une guerre dont la diplomatie s'occupait depuis longtemps. Et cependant, bien <jue les négociations eussent été entamées dès les premiers jours de mars, bien qu'on eût signé le traité le 8 avril cl lancé Tordre de mobilisation le 27, l'Italie ne fut réellement prête à entrer en campagne avec 200.000 hommes que vers la mi-juin. On voit donc qu'en 1870, malgré le resserrement du budget et la surprise causée par une guerre éclatantàrimproviste,la situation n'avait nullement empiré quant à la durée des opérations de la mobilisation.

Il y avait même de l'amélioration sur certains points, puisqu'en 1866 on avait par mesure d'économie relardé l'appel sous les drapeaux de la dernière classe, mesure qui, au commencement de celte guerre, priva l'armée italienne de 40.000 hommes.

c< En 1870 au contraire, écrit à ce propos le g«%éral Ricotli *, le général Govone^ ministre de la Guerre, réalisa la même réduction de t effectif budgétaire par le re?ivoi

1, Le général Ricotti, sénateur du royaume, commandait en 1870 la divi- 'sion de Milan et succéda, on le sait, au général Govune au Ministère. Nous reproduisons ici les conclusions d'une lettre par laquelle, en mars 1902, il répondit à la question suivante que nous avions pris la liberté de lui poser : « Quels furent les effets produits par les économies du général Govone sur la situation de Tarmée italienne en 1870? »

LE GÉNÉRAL GOVONE

•.ongé anticipé de la classe la plus ancienne prhenie î les drapeaux depuis plus de trois ans, mais ne retarda

l'appel de la nouvelle classe qui fut incorporée ru vier 1870...

En Juillet 1870, lorsque la guerre franco-allemande 'ta, toutes nos classes de première catégorie, y compris e de la dernière levée, étaient parfaitement instruites es économies réalisées n^eurent ifautre conséquence qur e du renvoi en congé illimité d'une des classes Ins anciennes, celle de t845, qui aurait encore dit élrt I les armes, s'il n'avait pas fallu faire ces économie*. !e circonslaru:e aurait retardé de deux à trots jours la nlisalion générale de formée, mais sawi porter atleinlf nombre et à la qualité de celte année, dans le cas où aurait dâ procéder à l'improviste et au plus vite A une nlisalion de ce genre.

Mais on n'eût même pas à ressentir les effets de ce légrr mvénienl en 1870, puisqu'en raison même de la situat politique du moment le Gouvernement ne procéda wec la plus extrême circonspection à la mobilisation dt •e armée, si bien qu'on n'appela les classes 1844 et J84r>

le 2i juillet et qu'on n'envoya pareil ordre aux classes

années antérieures qu'un mois plus tard, w

,e général Govone avait cIodc choisi entre tes dilTérenU tèmcs susceptibles d'être employés en vue de réduiri' ectif budgétaire, celui-là même qui présentait le ins d'inconvénietits et qui, si l'on eût été obligé d'orner une mobilisation générale et imprévue, n'aurait Lfdé que de deux, à trois jours la mise sur pied de !rre de l'armée tout entière, sans altérer ea rien iii force numérique, ni la qualité des soldats, inconvé- [it qui ne se manifesta môme pas par le fait, puisque, ime le dit le général Ricotti en terminant : « Les écolies réalisées par le général Govone n'exercèrent pas moindre influence sur la marche de nos opérations itaires au cours de cette année. »

Le temps qu'il fallait pour mobiliser Tarmée italiennen'était donc pas imputable aux mesures prises par c& Ministère, mais en réalité à des causes bien plus anciennes. La rapidité de la mobilisation dépend de deux facteurs, de la difl'érence plus ou moins grande existant entre le pied de paix et le pied de guerre, et du fonctionnement plus ou moins parfait des routes, des voies ferrées et des dépôts, fonctionnement qui permet de faire arriver plus ou moins rapidement à Tarmée combattantetout ce qui lui manque pour entrer en action. Mais pour avoir une armée dont la constitution so rapproche le plus possible du pied de guerre, pour avoir sous les armes un nombre d'hommes tel qu'il n*y eût plus qu'à l'augmenter* de 50 ou au plus de 100 0/0 au lieu de 200 ou 300 0/0, comme c'était alors le cas, pour disposer d'un effectif de chevaux qui ne soit pas trop inférieur aux besoins du temps de guerre, pour avoir des services auxiliaires toujours bien constitués et capables d'Atre rapidement et facilement utilisables, il eût fallu augmenter de quelques^ dizaines de millions le budget de cette année et ceux des années précédentes. De plus, pour disposer d'un réseau routier et de voies ferrées à la hauteur des besoins, pour les doter des organes indispensables à leur bon fonctionnement, il eût fallu des milliards et des années.

Si donc on tient compte de tout ce que nous venons d'exposer, il sera aisé de voir que, pour être en état de prendre une part honorable et efficace à la guerre, surtout à une guerre éclatant d'une manière aussi inopinée, l'Italie, en laissant de côté les dépenses extraordinaires pour les fortifications, les voies ferrées, etc., etc., auraitdû inscrire pour le moins 40 à50millionsdeplus sur les exercices budgétaires desannées précédentes. Et c'est là ce que, même parmi les plus chauds partisans de la guerre, nul n'a osé proposer, tellement on était convaincu de la gravité de la situation financière et de l'impossibilité pour l'Italie de soutenir un effort aussi, considérable et aussi long.

!iN

La grande, la véritable cause de la faiblesse militaire deTItalie, c*était sa faiblesse financière, ce mal que le

^ Ministère Lanza-Sella se proposait à bon droit d'enrayor

et de guérir, et qu'au point de vue strictement militaire le

1^ général Govone regardait comme Tennemi qu'il impor-

tait de combattre avant tout autre, virilement, résolument et au prix des plus grands efforts.

f « L'Italie est faible atijourcThui^ disait-il en substance

t dans sa lettre à de Sonnaz, et nous serons condamnés à

rimpuissance jusqu'au jour où nous aurons rétabli no> finances. Faibles aujourd'hui, nous serons encore plus faible< demain. » Et il avait alors cité l'exemple de l'Autriche en 1866, obligée, par l'état de ses fmances et malgré les instances des généraux, à retarder ses premiers armements tant qu elle put conserver la moindre espérance de paix, exemple qui s'adaptait à merveille à ce qui se passait alors en Italie, où malgré les instances du Ministre de la Guerre on n'avait pu se décider à prendre les mesures les plus indispensables et où, afin d'éviter des dépenses ruineuses qui auraient pu devenir inutiles, Ton avait attendu pour cela jusqu'au jour où la situation politique se fut nettement dessinée.

Ce qui arriva, loin d'être la condamnation des idées du général Govone, n'en était au contraire que la prompte et douloureuse confirmation, plus prompte et plus douloureuse toutefois qu'il n'avait pu le croire lui-môme.

Ce fut à ce moment — alors que les quelques réductions avaient été plus que compensées, — alors que l'armée était déjà et plus nombreuse et mieux organisée que par le passé — alors que la continuation des armements ne dépendait plus que de l'orientation définitive de la politique — lorsqu'il suffisait d'un peu de réflexion et d'un peu do bonne foi pour voir que l'impossibilité de

faire plus et mieux devait être attribuée à des causes déjà anciennes, indépendantes des actes et de la vole du Ministère, h des causes que, sans se préoccuper souci de sa popularité, ce Ministère s'était efTorcé de fi disparaître, ce fut, disons-nous & ce moment, que legé rai Cialilini prononça au Sénat un discours d'une ■ lence à laquelle cette haute assemblée était peu babiti

Il oubliait, è dire vrai (etnousnousabstiendronsderelc une foule d'autres points), que, quelques jours auparavi il avait lui-même admis la possibilité, l'utilité d'introdi des économies dans le budget de l'armée, qu'il avait m{ admis un chilTre d'économies à peu près égal à ce inscrites au budget et peut-être même supérieur total des économies réalisées k ce moment '.

Mais si le général connaissait toutes les exigences di guerre moderne, s'il n'ignorait rien de l'organisai militaire de la Prusse (et c'est là chose qu'on est f( d'admettre quand il s'agit d'un général aussi vaillant, ai instruit), s'il ne voulait pas jeter l'Italie dans l'abîme a une légèreté inconsciente, comparable et égale à c d'un Lebœuf, s'il désirait à bon droit prendre brillante revanche de la dernière campagne, pourq donc n'avait-il pas demandé d'inscrire aux budgets

1. Le Rénéral CialiUni ayant Tait en celle rirconslance allusion i i rouTcrts aui entreliena et k la rorrespondonre qu'il avait eus LanMi, rrluî-ri iTut deroir parler dairement el s'éc-ria :

- Or doDc, Measieura. puisque riionorable Cialdini a soulevé un lainl du voile qui recouvrait rertainei relations, rertaines l'orrejpoada privées, je crois nvoir le droil. et l'honorable Cialilini ne pourra mac str le reprorhe d'^Ire îndisrrel. d'ajouter quelques mots, et je aFQnner au Sénat, l'honorable Cialdini ne me démentira pas, que t I» différence qui se produisit nu sujet des économies, puisque surtout sur ce point que portail la divergence de nos idi^es. l'onsistai « que l'bonurable Cialdini ne croyait pas pouvoir aller au delù de 9 millions, tandis qu'après avoir pris l'avis d'orOriers compétents, je lendsii qu'on devrait pouvoir arriver à lli ou H millions. C'est I -divergence d'opinions qui existait entre le sénateur Cialdini et ni< |.IHi Parlamentari.)

Entre les S i 9 millions acceptas par Cialdini et les 12 millions fi);" au budget de cette année (on n'en avait du reste écoDomist' & ce uioi que S à 6) on ne saurait en rtialité dire, comme le lit le général, qu

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nuels une augmentations de 40 à 50 millions par exercice, augmentation strictement nécessaire à l'Italie, non pa^ pour vaincre, mais pour pouvoir prendre part à une guerre? Oubliant un passé pourtant si rapproché, il profîtaavec plus de véhémence quedejusiice ducoupile fortune qui l'avait épargné et qui avait réservé à d'autres les terribles difficultés de l'heure présente.

Après avoir accusé d'imprévoyance la politique exli^ rieure du Ministère, dénoncé sa politique financière qu'il qualifia de ruineuse, il attaqua plus vivement encore sa politique militaire, reprochant au Ministère des paroles qu'il n'avait jamais prononcées, lui attribuant le projet insensé de vouloir offenser et humilier l'armée, lui prîtant des intentions absurdes qu'il eût été presque criminel de concevoir. Puis, se tournant vers le Ministre de la Guerre, il l'accusa d'avoir trahi l'armée en s'associanl i cette œuvre de démolition, lui déclara qu'il était honni de l'armée et lui intima cnQn, au nom de celte armée, l'ordre d'avoir à s'en aller.

Sella qui avait déjà interrompu Cialdini en lui demandant s'il voulait faire un pronunciamenlo, lui répondit par une vigoureuse et fière improvisation, dans laquelle il riposta avec une égale véhémence à toutes ses injures, repoussa avec dédain ses menaces et se défeudit, lui et ses collègues. Visconti-Venosla répondit avec calme en exposant la politique extérieure que le Ministère entendait suivre. Après lui, Lanza démontra qu'à l'époque i>ii le Ministère fut formé, son programme était le seul qui fût acceptable et rappela à Cialdini l'échange des idées qui avait eulieu cuire eux.

Le général Govone ne prit la parole que le lendemain 4 août. Il répondit avec si'rénilé, dédaignant de relever les invectives de Cialdini. S'adressanl au Sénat, il lui démontra le peu de gravité des mesures qu'on avait dû prendre et auxquellcson avait déjà paré; il lui prouva que ces mesures, et h. plus forte raison encore les propositions qui n'avai<'nl pas encore été discutées, ne pouvaient avoir exercé aucune

LA GUERRE PRANCO-PRDSSIENNE

induence sur l'état des choses. Ea termiDant, il se bor relever une seule pKrase du discours violent de CiaU et il la releva non pas pour se défendre d'être deveni objet d'horreur pour l'armée, mais pour défendre l'an l'armée disciplinée et patriotique, contre le soupço vouloir, en adoptant dés procédés en usage en Espa s'imposer à la Majesté du Parlement et de la loi.

Il V honorable Cialdini a dit que le minhlre de la Gi •• n'avait pas la confiance de Carmèe.

i< Vraiment, Messieurs, le sentiment du devoir est o profondément gravé dans le cœur de farmée pour <• je puisse croire qu'elle ail jamais songé à discutt •• Ministre de la Guerre. L'armée sait qu'elle doit o » sance et confiance au Ministre qui jouit de la confi <• du roi et du Parlement... Si le Ministre de la Guet « la confiance du Parlement, il peut élre sûr d'avoir i " le respect de l'armée. L'armée a été et sera toujou " gardienne fidèle de la discipline la plus rigide. Nul •< farmée, quelque élevé que soil son grade, ne sai « s'affranchir de Cobéissance et du respect dus au Min " de fa Guerre, non pas assurément à la personn " Ministre, mais à la dignité, à l'autorité du Minîsir " royaume d'Italie, à cette autorité que lui confèren « lois fondamentales de l'Etat. »

Le Sénat, quelque peu ému paries violences du g rai Cialdini, lui laissa la responsahillté tout entiën son intempérance de langage et vota en faveur du M 1ère. La bataille parlementaire était gagnée, ma: ministre de la Guerre avait été profondément blessf ces injustes accusations. La blessure était mortelle, bien que frappé au cœur, il consentit pendant toi: mois à remplir les devoirs que lui imposaient la sa rite ministérielle et la nécessité d'éviter une crise dar moment aussi décisif, n Je donnerais un bras, écrivi dans une lettre de famille, pour sortir du ministère,

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toutes les manœuvres faites dans ce but ont eu pour effet de me clouera mon poste.., »

Pendant les tout premiers jours du mois d'août, les partisans de l'alliance française vécurent sous l'impression de rheureuse escarmouche de Sarrebruck. Mais Wissembourg, le 4 août, et Wôrth, le 6, inaugurèrent bientôt la série continuelle et terrifiante des revers de Tarmée française. Au môme moment, les menaces de la Russie immobilisaient TAutriche.

Les destinées de la France étaient désormais marquées. Le concours de Tltalie, qui, eût-il même été décidé dès la première heure, n'aurait plus servi qu'à combler les premières pertes, n'aurait pu lui être fourni désormais qu à un moment où la France n'allait plus avoir d'armée. L alliance dont la France avait rejeté la clause qui en était la condition essentielle, n'aurait plus été dès lors une aventure pleine de périls, mais chevaleresque tentée pour épargner à un ami les conséquences de sa folie ; elle aurait été un acte de démence, une association dans le suicide, une participation à un désastre qui, sans gloire pour ritalie, pays aux finances épuisées, pays dont l'unité était récente et encore mal soudée, aurait eu pour elle des conséquences bien plus tragiques encore que pour la France qui, grâce à ses richesses, à sa solide et ancienne cohésion, devait survivre au désastre et renaître aisément de ses ruines.

L'intervention dans la guerre était désormais devenue impossible.

Mais l'espoir qu'un changement dans les chances delà guerre pourrait à un moment donné rendre au concours de l'Italie Tutilité qu'il n'avait plus à ce moment, la perspective de pouvoir peut-être intervenir plus tard de façon à épargner à la nation amie des maux irréparables,

LA GUERRE FBANCO-PRUSSIESNE

la nécessité d'être prêt à toute éventualité, soit afin d conscrire le conflit, soit afin de se défendre, dans I où la conflagration s'étendrait, obligeaient le gouv ment italien à continuer des armements auxquc s'opposaient plus désormais tes anciens adversaire l'alliance. Enfin, il s'agissait d'être en mesure de pi certains dangers qui pouvaient se manifester à l'intéi

Df>s le 8 aoùl, Nigra avait de Paris appelé l'aite sur la possibilité, danslecas où les revers continuer) d'un mouvement républicain en France, mouvement le contre-coup se ferait probablement sentir en I et surtout à iRome et qui pourrait donner aux gai diens l'idée de tenter à nouveau l'aventure. Le goi nement était dans ce cas résolu à ne pas se tai comme l'avait fait le ministère Rattazzi, enlever fois la direction et la responsabilité des événements.

Le 9 août, le conseil des ministres résolut de convt la Chambre pour le 16 et de lui demander un nou crédit de 30 millions destiné à assurer la mobilis d'un corps de 60.000 hommes. Dès le lendemain, on pela à l'activité deux autres classes, celles de 1843 et qui portèrent l'efl'ectif total présent sous les arm 2,'t2.000 hommes, dont 187.000 mobilisables. Presqii même moment, on reconnut ta nécessité de pourvoii garde de la frontière romaine. Le 11 aoât, Vise Venosta demandait un corps de 30.000 hommes afi pouvoir être maître de la situation en cas de mouvem à Rome. Le lendemain, on examina dans une confér qu'eurent au ministère des Finances, Sella, VisconI Govone les éventualités qui pouvaient résulter de 1 blissement de la république en France, la nécessii s'opposer dans ce cas à l'établissement d'une républ à Rome, et on décida ta formation immédiate d'un c considérable sur la frontière pontificale. Le môme le ministre de la Guerre tan<;ait ses ordres et appela commandement des trois divisions, les généraux Co! Mazéet Ferrero qu'il plaça sous les ordres du géi

384 LE GENERAL GOVONE

•Cladorna. Quatre jours plus tard, les troupes du corps de rOmbrie étaient réunies dans leurs cantonnements, bien •qu'on eût pris une brigade à Naples et une brigade et -demie à Vérone. Le 17, le corps d'armée tout entier était •donc prêt à marcher sur Rome. Pour peu que Ton veuille bien considérer qu'il s'agissait à ce moment d'être à la fois prêt èi agir au centre de l'Italie et peut-être au-delà •des frontières, on ne pourra plus, en présence de ce résultat, prétendre que l'armée était désorganisée.

Le corps de TOmbrie n'était d'ailleurs à ce moment qu'un corps d'observation et ne jouait qu'un rôle secon- <laire dans les préoccupations multiples du gouvernement. Medici avait depuis longtemps déjà signalé la possibilité de troubles en Sicile. Pettinengo, de son côté, faisait remarquer que Capoue était exposée aux coups de mains des bandes de perturbateurs, et depuis le commencement du printemps le maintien de Tordre en Lombardie avait donné beaucoup de besogne et de soucis à Ricotti. L'excitation des esprits aurait pu amener des surprises contre lesquelles il importait de se précautionner à temps. Il fallait en même temps songer à l'armée quon voulait avoir dans le Nord de l'Italie, toute prête à agir éventuellement «soit vers l'ouest, soit vers l'est, parce qu'Arese appelait de Vienne l'attention sur les armements suspects de l'Autriche.

Il est dès lors facile de s'expliquer les raisons pour lesquelles on attendit quelque peu avant de compléter le corps de l'Ombrie. On prévoyait le cas où il pourrait devenir nécessaire de le transporter dans la Haute Italie et. €omme on ne voulait pas s'encombrer plus que de raison, on avait retenu provisoirement une partie des trains de <;e corps sur les points mêmes oîi ils se formaient, en Toscane et de l'autre côté de l'Apennin, afin de pouvoir, dans le cas de l'envoi de ce corps sur les frontières, le compléter à l'aide des colonnes déjù. prêtes, et sans avoir à faire des transports inutiles. D'autre part, afin d'avoir, «omme le voulait le ministre, CO.OOO hommes susceptibles

é\)iTe employés à Textérieur, on forma dans le nord les batteries et tous les autres services pour les six divisions, en outre des trois divisions deCadoma, sans porter, il est vrai, reiïectif de ces neuf divisions à leur pied normal, mais en les dotant d'un nombre de chevaux suffisant pour assurer la mobilisation de six divisions à effectifs complets. En somme, on se trouvait toujours en présence de la nécessité de faire face à des éventualités diverses et incertaines à Faide de ressources rares et insuffisantes et avec la préoccupation d'éviter les gaspillages qui auraient rendu absolument impossibles d'autres dépenses devenues cependant indispensables. Cette préoccupation continuelle qui centuplait les difficultés ne permettait d obtenir des résultats satisfaisants qu'à grand'peine et au prix des plus grands efforts ; c'était de plus une préoccupation énervante qui démontra une fois de plus combien il est vrai que sans de bonnes finances, sans un crédit bien établi, il est impossible d'avoir une forte armée.

Le travail fébrile occasionné par l'organisation de ces différents noyaux en vue d'éventualités multiples et incertaines se concentra tout entier vers la fin d'août sur le corps de l'Ombrie, devenu entre temps Tobjet des préoccupations primordiales du gouvernement et qu'on dota alors de ses services auxiliaires en prévision d*une marche sur Rome qui paraissait de jour en jour plus probable et plus imminente.

Les mesures énergiques prises par le gouvernement, bien décidé èi ne pas laisser Rome et Tltalie à la merci dagitateurs dangereux, avaient heureusement empêché les aspirations légitimes du peuple italien de dégénérer en mouvements désordonnés, d'être la cause de troubles qui auraient pu être considérés comme les symptômes de l'impuissance du gouvernement et non comme les manifestations d'une volonté populaire sérieuse et réfléchie.

11 n'en était pas moins incontestable que, en présence de la poussée irrésistible qui entraînait les peuples ita-

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liens vers Rome, la solution immédiate de la question romaine était devenue une nécessité politique, pendant que d^autre part l'excitation générale des esprits k Rome permettait de prévoir et l'enthousiasme avec lequel on allait y accueillir les troupes italiennes et Tunanimité du plébiscite qui devait sceller Tunité de l'Italie. La question était désormais posée, et il ne pouvait y avoir dès lors d'hésitation, de divergence d'opinion que quant au mode et au moment qu'il s'agissait de choisir pour la trancher.

Du 24 au 31 août, on discuta dans différents conseils des ministres et les éventualités possibles et les conditions et les garanties qu'il conviendrait d'accorder au Pape. Enfin, le 3 et 4 septembre, le conseil des ministres délibéra sur l'occupation.

Une publication récente, le Journal posthume de Thonorable Gastagnola, qui faisait partie du ministère, a enregistré les votes émis par les différents ministres au cours de cette mémorable séance ^ Un autre membre ducabinet.

1. Stefano Castaonola, Da Firenze a Roma, Diaro Slorico polttico. D'après ce Diario, la discussion qui eut lieu le 3 septembre n'aurait pas abouti à une solution. Le 4, on aurait formulé les différentes proposition» qui, mises aux voix, auraient donné les résultats suivants (p. 30) :

1* Doit-on occuper immédiatement les États pontificaux sans attendreles événements ultérieurs, sauf la procédure diplomatique?

Oui : Sella, Lanza, Correnti, Baeli, Gastagnola.

Non : Visconti-Venosta, Govone, Acton.

2* Cette occupation doit-elle s'étendre à la ville de Rome?

Oui : Sella, Raeli, Gastagnola.

Non : Visconti-Venosta, Govone, Acton, Lanza, Gorrenti.

3* Relativement à Tappui de la Prusse. (Le vote dut être inexactement relaté puisqu'il est en contradiction avec les votes suivants qui n*ont eu lieu que pour élucider ce point.)

4* Si Ton est sûr de Tappui de la Prusse, doit-on occuper les Etats pontificaux, y compris la ville de Rome ?

Oui : Sella, Raeli, Gastagnola.

Non : Visconti-Venosta, Govone, Acton, Lanza, Correnti.

4* Doit-on au moins, grâce à cet appui, occuper les Etats pontificaux moins Rome?

Oui ; Lanza, Raeli, Gastagnola, Gorrenti.

Non : Visconti-Venosta, Govone, Acton, auxquels s*adj oignit Sella opposi^ à cette demi-mesure.

Kn résumé, trois ministres, Visconti-Venosta, Govone et Acton ont cens-

rhonorable Gadda-, qui n'assistait pas à ce conseil, a sévèrement critiqué cette publication. Il en a même contesté l'exactitude, puisqu'à vrai dire il ne s'agissait pas Je votes dans l'acception étroite du mot, mais seulement de notes prises par Castagnola et relatives aux opinions exprimées par les ministres.

Quoi qu'il en soit, il ressort des deux publications en question, qu'il existait une assez grande divergeuce d'opinions entre les membres du cabinet quant au mode et au moment qu'il s'agissait de choisir en vue de trancher la question romaine. En tout cas, en ce qui concerne le général Govone, nous n'hésiterons pas à. accepter comme indication de ses tendances les données qui résultent du récit, inexact dans ses détails, de l'honorable Castognola. Nous l'accoptons sans hésitation parce quMl répond entièrement à ce que nous savons personnellement de l'opinion qu'il avait à cetteépoque, aux pensées que lui suggérait son cœur de soldat. Ceux de ces collègues qui envisageaient autrement la question étaient certainement conséquents avec eux-mêmes. C'était lui, Sella qui dès le principe avait inscrit en tète de son programme la solution de la question romaine et qui, n'étant pas retenu par ses sympathies pour la France, engagé au contraire par les promesses solennelles faites à la Chambre, ne pouvait manquer, dès que l'occasion se présenterait, d'en profiter pour réclamer Texécution des idées qu'il avait proclamées. Lanza, lui aussi, était conséquent avec luimême, lui que guidait comme toujours un grand sens pratique joint au désir de ne pas précipiter les événements. Mais les ministres de la Guerre, des AtTaires Etrangères et de la Marine, étaient, eux aussi, logiques et conséquents avec eux-mêmes et avec leurs principes, eux qui

tamment voté contre Toccupation tant des États pontificaux que de Rome. Trois autres Sella, Raeli et Castagnola ont toujours voté en faveur de Tuccupation (le dernier vote de Sella n'étant qu'une protestation contre une demi-mesure). Deux autres, Lanza et Correnti, auraient été favorables à celte demi-mesure.

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