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MÉMOIRE SUR LES CAUSES DU BRIGANDAGE

Pnlercne. 2 avril 11

A l'honorable général Sirtori, député.

Président de la Commission du briijandage.

Tut

» La Commission parlementaire chargée d'éludier les caust brigandage napolitain et de proposer les remèdes propres à le disparaître m'invita à nssister à sa réunion du 23 mars, me quelques questions et fit consigner mes réponses dans le pr Terbal.

" J'ai l'bonneur de vous adresser aujourd'hui un rapport éc de prier la Commission de vouloir bien substituer au procès-v cette pièce dans laquelle jai exposé mes idées plus complète que mon inexpérience ne m'avait permis de le Taire devant etli

I^ Commission m'a surtout demandé:» A quelles causes j'attri le brigandage et quels remèdes me paraissaient nécessaires po faire disparaître?"

Pendant mon séjour de plus de seize mois {de la mi-mai 1861 lin de septembre 1862) dans les provinces napolitaines, d*abi Aquila dans les Abruzzes, puis à Gaëte, où j'étais chargé du mandement des troupes sur la frontière pontificale depuis la jusqu'à Tagliacoizo sur le lac Fuoin, je me suis eiïorcé d'étud première de ces deux questions, et au bout de quelques me trouvai dans la condition sociale du pays et dans t'état misé du prolétariat l'explication du brigandage.

J'ai et''' de prime abord frappé par la modicité des salaires al à ceux qui exécutent les travaux cependant bien rudes de la pagne. En interrofieant sur ce point les propriétaires des dilTé pays situés en cette ligne si étendue, j'ai pu constater que le ss journalier, pendant les mois de travail, était d'un carlino et t soit environ 60 centimes, el qu'il était un peu plus élevé au mo lie la moisson. La rétribution du travail des femmes est encore minime. Vn haut fonctionnaire, auquel j'en parlai en 1861 déclaré que, dans beaucoup de provinces, la moyenne des sal

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annuels atteignait à peine le chilTre de 30 centimes par jour. J'ai^n souvent des travailleurs des champs se nourrir de concombres crus. Une fois même, j'ai été douloureusement impressionné en voyant deux femmes qui se querellaient avec la sentinelle alin de pouvoir ramasser sur les glacis de Gaëte des herbes communes qui devaient constituer leur nourriture. Tous mes officiers étaient unanimes daos les descriptions qu'ils me faisaient de la misère des prolétaires. Un d'entre eux me raconta, qu'ÀTépoque de la moisson, il avait vulfi journaliers rentrer le soir chez eux portant des gerbes sur leurs épaules et, qu'à la question qu*il posa à ce propos aux propriétaires, ceux-ci lui avaient répondu : » Eh oui ! ce sont des choses qu'on « nous vole, mais nous ne pouvons y porter remède. Les ouvriers « gagnent si peu de chose pendant toute une partie de Tannée, ils « mourraient de faim s'ils ne nous volaient pas. »

La faim et la misère sont les premières des plaies dont souffre le prolétariat napolitain. Les injustices auxquelles le prolétaire est eo butte viennent encore augmenter sa détresse.

Lorsque j'arrivai à Aquila, en mai 1861, je fus étonné de voir no nombre considérable de paysans et de vieilles femmes qui arrivèrent alors de points assez éloignés et se présentèrent journellement chez moi pour me prier d'intervenir dans des questions qui n'avaient rien à voir avec mes fonctions. C'étaient des questions qui regardaient tantôt la curie épiscopale, tantôt la justice civile et crimineile, tantôt les administrations communales ou les gardes nationales. Force m était d'inviter ces pauvres gens qui s'agenouillaient devant moi à se relever et de les renvoyer devant les autorités compétentes. La réponse était toujours la même : « Mais Votre Excellence n Vt-ell^ pas Valter ego * Ces autorités dépendent aussi de vous {qu'il me soit permis de citer textuellement), car nous sommes pauvres, et là on ne nous écoute pas ! »

Je sais qu'il serait injuste d'accu.ser ain.si indistinctement tous les fonctionnaires nés dans le pays. Mais cette accusation doit avoir cependant une cause et je la trouve dans les prévarications traditionnelles de l'administration bourbonienne qui ont enlevé tout prestige aux fonctionnaires natifs du pays. Je pourrais citer un sous-préfet, originaire du royaume de Naples, homme des plus honnêtes et contre lequel je reçus bien souvent des lettres anonymes <:ontenant les accusations les plus graves.

En parcourant le pays, j'ai souvent entendu raconter des faits passés et présents qui expliquent la défiance dont est hanté l'esprit du peuple napolitain.

J'ai dit que le prolétariat était la victime de nombreuses injustices.

Les riches corrompent les fonctionnaires publics au moment de la

1. * Est-ce que Votre E\ceUence n'est pas le délégué du roi? » — C'e^^l là une réminiscence de l'ancien régime.

conscription et les pauvres partent à leur place. J'ai assisté dans une ville aux opérations de la levée faite encore d'après le système bourbonien. La façon dont on tient l'état civil et le mode de procéder à la levée rendent les prévarications extrêmement faciles. Mais bien que le nouveau régime ait sensiblement modifié cet état de choses et bien que la fraude soit désormais presque impossible, il m'a semblé qu'il était encore facile de commettre des erreurs. Quoi -qu'il en soit, j'ai eu entre les mains, à l'occasion de cette levée, un document conçu en ces termes: « Moi, Modesto Pompéi, chancelier ^* communal de Pico, je déclare avoir reçu de N. N. la somme de a 6 ducats en échange de la promesse qu'il ne serait pas inquiété à »< propos de la levée. S'il venait à être inquiété, je restituerai cette «< somme ; autrement, il me fera le cadeau qu'il jugera convenable. »

J'ignore ce que Modesto Pompéi pouvait faire en vue de l'exonération du service militaire du propriétaire de ce document. Mais, ■après enquête, j'ai découvert que ce môme Pompéi commettait beaucoup d'injustices et extorquait de l'argent. Le paysan riche ou pauvre met une extrême prudence à révéler ces faits à l'autorité parce qu'il craint les vengeances qu'on exercerait contre lui et contre sa famille. Dès que Pompéi eût été arrêté, une foule de gens se présentèrent pour déposer contre lui. Sans cette crainte, le Gouvernement aurait connaissance de tous les faits de même nature qu'on lui cache parce qu'on n'a pas confiance dans la répression. Mais ce que le Gouvernement ignore, les paysans ne l'ignorent pas. Ceux qui ont des sentiments d'équité native se révoltent, et c'est ce qui est arrivé à Pico, où pour quelques jeunes soldats que devait fournir la commune, il n'y eut pas moins de 50 réfractaires. Le même fait s'est produit dans tous les villages des environs de Gaëte, à Sper- Jonga, Itri, S. Giovanni Incarico. Pour quelques soldats à fournir, il y avait dans tous ces endroits des cinquantaines de réfractaires poussés à la rébellion par la crainte ou la certitude des injustices qu'on commettait.

J'ai connu un riche propriétaire qui répondit à un paysan qui lui réclamait quelques scudi * qu'on lui devait : « Tes scudi, tu iras les prendre an bagne, »

On m'a rapporté des faits scandaleux d'usure, exercés par les petits seigneurs sur les paysans au moment où ces derniers avaient ie plus grand besoin d'argent. Pour une mesure de grain on en exigeait de deux à trois à prélever sur la récolte future. L'ne pauvre femme arrêtée pour recel d'objets que d'autres avaient volés dans les magasins de Gaête et qu'elle revendait ensuite m'a dit, qu'afin de se procurer l'argent dont elle avait besoin pour ce négoce, elle avait dû l'emprunter à une personne qui avait exigé d'elle des intérêts à un taux qui s'élevait à 200 0/0.

1. Scudo (écu). Monnaie d'argent valant 5 fr. 35 dans les États de T^^glise, 4 Tr. 70 en Sardatgne, 5 fr. 10 en Sicile.

Je cite ces exemples qui caractériseDi les relations qui existent trop souvent entre le riche et le pauvre. Mais j*ai reçu de mes officiers des rapports, je peux dire quotidiens, me signalant des actes d'extorsion et de pression exercés parles petits seigneurs, les syndics ou les capitaines de la garde nationale sur les paysans. Dans les petites communes où en violation de la loi on avait inscrit des prolétairessnr les états de la garde nationale, ces malheureux prolétaires étaient à peu près les seuls appelés à faire le service de garde et à passer la nuit au poste après avoir été pendant toute la journée occupés aux durs travaux des champs. Les gardes nationales furent mises alors sous la surveillance d'officiers de Tarmée, chargés de veiller à ce que les charges du service fussent réparties également entre le riche et le pauvre. Un de mes officiers m'a dit un jour qu'ayaoi infligé de la prison à un individu qui ne faisait jamais son service^ celui-ci lui répondit : « Gomment, major, mais dites-moi, moi qni suis un gentilhomme, j'irais au corps de garde et en prison avec les caffoni * ! » Voilà en quoi consistent les sentiments d'équité et d'égalité dans les petites communes.

Si, par exemple, il y a des prestations militaires à faire, si ces prestations entraînent des charges, comme par exemple, s'il s'agit de fournir des moyens de transport, le seigneur ne donne pas ses mules* mais le paysan est d'obligé d'amener les siennes, et lorsque le Gouvernement envoie les états de remboursement, on commence par payer au riche le logement qu'il a fourni tandis qu'on se garde bien de rembourser au paysan la paille qu'il a livrée. J'ai reçu sur ces points beaucoup de rapports de mes officiers.

Je ne m'étendrai pas sur une inflnité de petits faits de cette nature qui montrent toutes les injustices dont les pauvres sont les victimes et les sentiments peu équitables de la plupart des petits seigneurs des petites communes.

Mais là où la justice subit les influences extérieures, ce n'est pas le pauvre qui peut la rendre bienveillante et il se trouve sans défense contre ceux qui sont au-dessus de lui.

Afln de mieux caractériser la façon dont on entend la justice à l'égard du pauvre, je me contenterai de dire que dans la zone placée sous mon commandement, un juge de canton lança un jour un mandat régulier de prise de corps ordonnant aux cara 6tniers royaux de s'assurer de la personne de deux petites femmes qui avaient commis le crime de refuser d'entrer à son service particulier.

Au temps où nous vivons, la justice est le besoin le plus essentiel de Thomme et rien, dans la société moderne, n'excite plus ses passions et sa rage que les vexations impunies auxquelles il est en butte.

On ne saurait donc s'étonner si, livré sans défense à la faim, ne

i . Ca/foni, dénomination qui sert à désigner les journaliers dans les provinces napolitaines et, d'une faron générale, les classes les plus pauvres des campagnes.

trouvant aucune protection contre tes abus et les vexations, le prolétaire se révolte contre la société et lui déclare la guerre dans IV^poir d'arriver par la force à se faire rendre la juslice qu'on lui déi aujourd'hui. C'est à ces conditions dans lesquelles se débat prolétariat napolitain, qu'après avoir mûrement réfléchi j'attribue cause principale du brigandage.

Si le brigandage actuel date de la révolution politique de 1860, n'est cependant ni celte révolution politique, ni l'attachement à dynastie des Bourbons qui en sont la cause. Mais de mi^me que ja< la pesle éclatait de temps à autre lorsque lu mauvaise nourrilu les logements insalubres et les soulTrances de toutes espèces avai« depuis trop longtemps ruiné l'organisme des êtres humains, de méi que jadis la famine se chargeait de faire éclater ce fléau, même aussi le brigandage n'a été que la conséquence d'une réi lution politique préparée par les longues souffrances matérielles morales du prolétariat. J'ai cru trouver la confirmation de ce opinion qu'avait fait naître dans mon esprit l'examen atlenlif li faits, de cette opinion que j'avais exposée dès le commencement l'année 1862 dans le journal VOpinione, en voyant quelle était classe de la population dans les rangs de laquelle se recrut presque exclusivement le brigandage, en constatant que c'ét presque exclusivement dans le Prolétariat.

Ceux qui, sans être des prolctatres. se jettent dans le brigandaj y sont poussés par des motifs personnels : la politique, ce qui est le < de Borjesi, la nécessité d'échapper à la juslice, s'il s'agit d'évadés bagne et de quelques s6anrf(i^t* quiappartiennentàlaclassedupays propriétaire, la ven(feUa,Noit exécutée, soit désirée par quel ques-u de ces paysans poursuivis de ce chef...

J'ai trouvé encore une autre conlirmalion de l'opinion que m'étais faite sur les origines du brigandage dans les exemp tirés de l'histoire de l'ancienne société. Ainsi, par exemple, lorsq je me rappelle qu'en France, le peuple, misérable, dépouillé, pri sure, était obligé de calmer sa faim en mangeant de la chair humai {W siècle] et, un peu plus tard, contraint h se nourrir avec l'her des prés, avec des reptiles, ou du pain fait avec de la craie et du s (xi* siècle), je vois, comme aujourd'hui, surgir de grandesbandes brigands, et je vois encore ce peuple protester contre sa condili sociale, comme il le flt au xv° siècle en brillant, en pillant tout, mettant tout à feu et à sang. Et si l'anlique brigandage paraît pi terrible et plus imposant, le brigandage actuel n'en est pas moins corrélation directe dans ses proportions avec la grandeur des ma

1. Chef de brigands espagnol, ancien carliste. Envoyé par François pour prendre le commandement des bandes, il fut pris et fusilté.

î. On désigna sous ce nom de sbandali, les hommes qui, provenant l'année bourbonienne, s'étaient débandés et étaient pour la plupart deven brigands.

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qui l'ont engendré, avec la gravilé des plaies qui existent actnellementdaDS le royaume de J(aples.

Enfin, ce qui acheva de corroborer mon opinion, ce turent les faits qui se produisirent partout oii le brigandage se maniresla et s'organisa.

Toutes les fois qu'une bande put pénétrer dans une localité, ell? commença par recherclier le capitaine de la garde nationale, le syndic et parfois le juge. Si on réusissait à s'emparer d'eut, on les mettait <t mort ; mais dans le cas contraire on brûlait leurs maisons.

Avant mon arrivée sur la frontière pontificale, un fort mouvement de ce genre s'était manifesté à Civitella Roveto, mouvement dirigé surtout contre le juge auquel on finit par trancher la téle aprfes lui avoir fait subir toutes sortes de tortures.

Pendant le temps de mon commandement, la bande Chiavone réussit pendant l'été de 1861 à occuper pendant deux heures, avant l'arrivée des troupes, S. Vincenzo di Balzorano.

Le syndic put s'enfuir, mais on incendia sa maison.

La bande Chiavone occupa plus tard un autre petit village, Castelluccio, près de Sora, oii elle mit le feu h la maison du syndic, «i Je ne me trompe, et à. celle du commandant de la garde nationale.

La même bande entra à l'automne de 1861 A S. Ciovanni Incarico, et incendia aussitôt la maison du capitaine de la garde nationale qui, s'il n'avait pu s'enfuir, aurait eu la tête coupée.

Dans chacun de ces cas, les personnes qui avaient été si durement éprouvées me dirent toutes que les prolétaires de ces villages avaient aidé les brigands et leur avaient indiqué les maisons auxquelles ils mirent le feu.

J'ai essayé de me faire renseigner sur les causes qui avaient pa provoquer ces actes de violences. J'ai su qu'on disait, au sujet de l'une de ces victimes des vengeances des bandits, qu'elle extorqnaît de l'argent aux paysans sous prétexte d'intervenir entre eux et le juge, entre eux el l'autorité gouvernementale.

J'ai appris qu'un autre pressurait le paysan, et un de mes ofûciers me rendit compte qu'un paysan ayant réclamé à cet individu cinquante écus qu'il lui devait, il lui avait répondu en présence de l'officier lui-même ; •• Tu iras les chercher au bagne », et qu'il avait joint la menace au refus qu'il lui opposait.

Lors de l'envahissement de S, tiiovanni Incarico, on respecta la maison du plus riche habitant du pays. Je reçus alors la visite de l'autorité administrative el d'un délégué de la Sûreté Publique qui me dirent qu'il fallait faire un exemple, en finir avec les Bourbons et fusiller l'individu qui avait été épargné de la sorte et qui, puisqu'il avait été respecté par les brigands, devait être, comme le disaient les libéraux de 5. Giovanni, un bourbonien des plus avérés.

J'ai mis alors un fort détachement en station à S. Giovanni et mes ofliciers ont été unanimes il me déclarer que la personne en

qaestioD était UD homme excellent, fort honnële, extrêmement cl ritable pour les pauvres, de caractère timide, incapable de conspii en an mol, le meilleur citoyen du village.

J'ai cru trouver daus ces circonstances et dans ces faits la pre ijuelc; brigandage était une vengeance sociale, qui s'applique pari ïTec une certaine justice.

Je pourrais citer encore bien des exemples qui tous condrm l'opinion que j'ai émise.

Il est vrai que dans beaucoup O'«ntli'oits le parli,dit libéral, al buait le brigandage à l'aclioD des comités bourboniens. Ce fut mé ainsi que, pendant les premiers temps de mon séjour sur la fr IJère poDliflcale,jereçusde nombreuses dénonciations, qui devinr plus rares par la suite, contre des conspirateurs bourboniens, cor des comités, etc.

Mais peu à peu je Us la connaissance de quelques-unes des p sonnes qui m'étaient dénoncées el Je pus constater par moi-m^ leule l'absurdité de ces dénonciations et me rendre un com eiact de l'estime que méritaient lu plupart des familles ainsi ac sées. Je cherchai par suite h remonter jusqu'à la source même ces faits ; je fouillai les antécédents de ces familles qui, au nom d'une ou deux dans chaque commune, étaient en général les f riches et les plus respectables de l'endroit. J'ai procédé à' i enquête de ce genre pour une quinzaine de cas. J'arrivai aioi découvrir que les unes, parce qu'un de leurs membres avait occi de hautes fonctions du temps du gouvernement bourbonien, d'auti parce qu'elles avaient été en relation avec la cour, d'autres uniq ment parce qu'elles étaient riches, avaient joui sous un régime despotisme, où tout, même la justice, était donné à la faveur, d'i situation exceptionnelle, et qu'elles avaient occupé des char communales dont leurs membres avaient profilé, les uns pour ( les maîtres du pays, d'autres pour commettre des abus, des injusli eldes vexations. De là, de vieilles rancunes, des haines enracina tiolentes et parfois justifiées.

Survint la révolution de 1860. Ceux qui étaient proscrits, ci dans le cœur desquels couvaient la haine et la rancune, firent sormaislaloi elne tardèrent pas à renverser ceux qui avaient jusq là été les maîtres et auxquels manquait maintenant l'appui d gouvernement ébranlé. .Ces divisions contribuèrent puissamm au triomphe de la Dévolution. Il arriva alors ce que Machîs avail prévu lorsqu'il posait celte maxime ; « Grdce aux divisiou! i^st plus facile de manier les peuples et de les assujettir h, et lorsq écrivait encore : « 11 est dans l'ordre des choses que dès qu puiasaat étranger entre dans une province, il reçoit l'adhésion el concours de tous ceux des habitants qui faibles ou opprimés s< poussés par la haine qu'ils portent à ceux qui exerçaient le pouvoi

Lors de la révolution, ces nouveaux puissants se dirent libén el appelèrent les autres des bourboniens. Parmi les premiers.

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•connu d'honnêtes libéraux, mais aussi beaucoup de gens qui s*abritaient derrière cette étiquette pour satisfaire leurs haines et leun* vengeances ou pour assurer le gain d'un procès engagé contre no •de ceux qu'ils avaient baptisés bourboniens.

Parmi les seconds, il y en a certainement quelques-uns qui ont des sympathies pour les Bourbons : mais la majorité se compose de ^ens qui sont uniquement coupables d'avoir excité l'envie, soit par leur richesse, soit par leur situation personnelle, soit par leur honnêteté.

Aussi mes offlciers et moi avons-nous apporté une extrême circonspection à nos actes comme aux appréciations que nous portions sur le caractère des individus qu'on nous disait être libéraux on bourboniens. J'ai reçu nombre de rapports sur cette question, et il m'est arrivé deux fois, à moi personnellement, que des soi-disant libéraux vinrent me dire qu'ils avaient rencontré dans la campagne des brigands, qui après leur avoir fait faire une chère excellente leur avaient révélé le nom de ceux qui leur fournissaient des vivres et des renseignements. Or ce n'étaient là que de grossières calomnies inspirées 'par la haine qu'ils portaient à d'honnêtes gens du pays, des calomnies que je pus découvrir et que je voulus réprimer en faisant emprisonner les calomniateurs. Mais la justice n'osa pas punir les deux coupables, dont l'un cependant avait avoué. Enfin je dois dire que je n'ai pas découvert le moindre comité bourbonien dans ma zone de commandement et je crois pouvoir dire qu'il n'en •existait pas.

Mais les soi-disant libéraux, le parti victorieux (je parle ici des propriétaires que seuls je mets en cause), s'ils comptaient parmi eux des gens dignes de ce nom, avaient aussi dans leurs rangs (et c'est chose fort naturelle), tous les ambitieux, tous les intrigants malins, et même tous les anciens flatteurs de la tyrannie bourbonienne qui avaient réussi à s'enrôler dans le parti du vainqueur. Les libéraux honnêtes, tout comme ceux qui ne l'étaient pas, obtenaient des fonctions dans les bureaux et des grades dans la garde nationale, par conséquent des situations qui leur permirent de commettra* de fréquents abus, d'assouvir leurs vengeances et d'abreuver d'injustices leurs adversaires et les clients de ces adversaires. De là, un surcroît de désordre, et de nouveaux éléments pour le brigandage.

Parmi ces injustices, il convient d'enregis(rer]a radiation deleui^ adversaires des listes de la garde nationale, et par suite, des liste^ électorales (pour les élections communales et politiques), ainsi que quantité de persécutions directes, telles que celles qui consistaient à les exclure des emplois dont les électeurs pouvaient disposer et à raviver les vieilles haines et les passions.

J'ai eu pour ma part connaissance de nombreux faits de persécution de ce genre qui furent commis dans ma zone. Pendant le siège de Gaëte, alors qu'il importait de veiller à la sécurité des environs du camp, à Fondi comme à Traetto et dans une foule d^autres

endroits, les syndics et les capitaines de la garde nationale, abusant des pouvoirs exceptionnels qui leur étaient attribués, mirent la main sur tous leurs ennemis personnels et en firent emprisonner un bon nombre comme conspirateurs bourboniens.

A Pastena, un capitaine de la garde nationale poursuivit, jusqu'au jour où il fut tué lors d'une battue, d*abord un de ses parents auquel il en voulait au sujet d'un héritage, puis un certain nombre ^'individus qu'il contraignit ainsi à se jeter dans la campagne. Destitué, ce capitaine fut obligé d'émigreret, dès son départ, tous ceux •qui s'étaient crus forcés de se jeter dans la campagne *, rentrèrent aussitôt chez eux.

On avait chargé un bataillon de garde nationale mobile de surveiller le pays aux environs de Gaëte. A partir de ce moment, il n'y -eut pas de rapines, de vexations, de vengeances devant lesquelles reculèrent les hommes dont il se composait. Il fallut dissoudre le bataillon. Je ne saurai dire s'il ne fallut pas pour cela recourir à la force.

Un des faits les plus probants, un fait qui démontre mieux que tous les autres quelles ont été les causes qui ont fomenté et entretenu le brigandage, se produisit à Fondi. Le syndic, entré en fonctions lors de la Révolution, après avoir fait arrêter bon nombre de ses ennemis, recherchait un certain Giuseppe Gonti et le frère de cet individu, deux riches paysans,, qui avaient de la sorte été contraints â se cacher et à se jeter dans la campagne (latitanti^). Le frère demanda à rentrer, et autorisé par moi il retourna chez lui. Giuseppe n'osa faire de même, bien qu'il n'eût jusque-là commis aucun acte répréhensible. Il commença alors par se venger du syndic en arrachant les vignes qui lui appartenaient. Puis de coup en coup, il finit un jour par arrêter la diligence de Fondi, par s'emparer de trois paysans avec lesquelslui et les siens avaientde vieux différends et leur coupa la tête. Les trois têtes furent déposées pendant la nuit sur un petit mur à l'entrée du pays avec trois inscriptions, les plus effroyables, les plus horribles qu'on pût imaginer. Le syndic n'osait plus sortir de la localité et même de chez lui et craignait pour sa vie. Ces persécutions produisirent leur effet, et lors des élections qui eurent lieu sur quelques points, ce furent les soi-disant bourboniens qui furent nommés.

Les capitaines de la garde nationale et les syndics, contre lesquels les brigands exerçaient de préférence leurs vengeances, en même temps qu'ils appartenaient au parti soi-disant libérai, étaient pour la plupart des petits seigneurs {signorotti)^ et c'est encore cette classe d'individus qui détient et exerce l'autorité.

Le prolétaire ne saurait être content d'eux, comme je l'ai déjà

i, Latitanti, dénomination dont on se sert pour désignertous les individus qui se cachent pour échapper à la justice et ô la prison et qui correspond A notre expression : se jeter dans le maquis.

dit plus haut, et la vendetta que le brigand exerce contre eux e>t motivée bien plus par leur situation de signorotti et par leurs Iniquilés passées et présentes que par leurs opinions politiques. Yoici du reste un fait qui vient à Tappui de mon dire :

Tandis que les brigands sont sans pitié à Tégardde ces signorotu, ils se conduisent de tout autre façon à Tégard des soldats, sauf naturellement pendant qu'on se bat avec eux, et cependant, si lapolitique était la cause du brigandage, il me semble que ce serait snrtool contre les soldats qu'il s'acharneraient. Plusieurs de mes soldats, deox du côté de Sora, six du côté de Gaëte, tombèrent entre les mains de Ghiavone et de Guccito. Aucun d*eux ne fut fusillé. Il s'est même produit ce fait curieux que ce dernier, un bandit féroce, Qt dire au major des bersagiiers à Fondi qu'il le félicitait de sa justice, et qu'un autre bandit s'adressa à sa générosité pour lui demander la mise en liberté de sa femme qu'on avait gardée un moment comm^ otage afin de sauver, si faire se pouvait, le syndic de Mola pris par les brigands qui lui coupèrent la tête un peu plus tard.

Tout en émettant ici l'avis que le brigandage est la conséquence de l'état social du pays et de la situation du prolétariat, je ne vais pourtant pas jusqu'à prétendre que d'autres causes, telles que la politique, la tradition, la poursuite des sbandati etune foule d'autres motifs ne contribuent pas à l'existence du brigandage.

Il est avéré que les autorités ont découvert à Naples un certain nombre de comités bourboniens qui étaient en relations suivies avec les brigands. Il est établi par des preuves irréfutables que le brigandage existant sur la frontière pontificale, brigandage essentiellement différent de celui qui existe à l'intérieur du royaume, est paye et organisé à Rome par le Bourbon avec la connivence des autorités pontificales. Il est d'auti^e part incontestable que, en leur faisant concevoir l'espoir (qu'ils resteront impunis, le séjour et la présence de François II à Rome encouragent à persister dans leurs entreprises tous ceux qui sont déjà compromis. La tradition, qui glorifie encore certains chefs de brigands du temps du cardinal RufTo, n'eii pas aussi sans exercer quelque influence. Enfin les débandés (sbandati) fournissent un contingent respectable au brigandage. La religion, qui est devenue pour le prolétaire une espèce de paganisme n'ayant plus rien à voir avec la morale, n'a plus aucune action sur le brigand qui assassine et massacre en ayant la poitrine couverte d'images saintes.

Mais je persiste à affirmer que, n'était la condition sociale du pro* létariat et du pays tout entier, tous ces crimes n'auraient pas suflî pour faire surgir et durer le brigandage, tout comme il serait impossible de l'organiser dans l'Apennin de la Toscane, de l'Emilie, des Marches, de l'Ombrie, dans ces pays qui avaient cependant pour leurs anciens souverains une affection bien autrement vive que celle que le paysan napolitain a pu jamais avoir pour la dynastie des Bourbons (si tant est, ce que je ne crois pas pour ma part, qu'il l'ait jamais

aimée). Oq m'a raconté à S. Germano qu'un avocat se renda conseil provincial, à Caserte, tomba entre les maios de Cipriai Gala qui exigea de lui une forte rançon. Pendant les deux qu'il passa à attendre l'argent, l'avocat espf^rant ainsi obtenir ur duction (le la somme demandée composa à l'adresse de Franc uD sonnet, dans lequel il vanta les services qu'il avait rendus dynastie. Cyprinno lui répliqua : " Tu as Tait des études, avocat et tu croîs que nous travaillons pour François II? »

A San Germano mâme, on me raconta que quand on y org les premières bandes, Giorgi et un orficier bourbonien qui taient les paysans par leurs discours et péroraient sur ta place disaient : " François II veut en ilnir avec ces Galanluomini qui font du mat. Il me ctiarge de vous dire qu'il vous donnera biens et leurs maisons. Je suis de plus chargé par le pape de donner sa bénédiction et de vous absoudre de vos péchés. i>

Pendant plusieurs jours, 2 à 3.000 paysans vinrent en vi l'épouvante de tous, en attendant le moment de prendre possessi' ces bonnes maisons. L'action exercée par l'abbé du Hont-Casi par le P. Scotti, frère du général, conjura le danger. Pour sou le paysan, il Tallait lui parler de vengeance el de pillage coni seigneur, loaia non de fidélité envers la dynastie.

Jusqu'ici j'&l exposé les raisons pour lesquelles je crois q brigandage est, en réalité, ta conséquence de la situation socia prolétaire mourant de faim et en butte aux vexations et aux i lices des sigtiorotti. J'ai dit aussi pour quelles raisons j'attachai d'importance aux conspirations bourboniennes; j'ai essayé d quer le sens à donner aux divisions entre bourboniens et libé de [aire voir que cette division du pays a donné naissance i vengeances, à des persécutions qui ne pouvaient manquer de riser le brigandage.

Je demande maintenant à la Commission la permission d'in quelque peu sur les désordres que j'ai pu constater dans l'adn tralion de la justice, sur ceux existant dans l'administration muoale et dans l'organisation de la garde nationale, enfin sur puissance des autorités politiques hors d'état d'y porter remet voudrais surtout montrer que les tribunaux ne savent ni garan morale publique, ni protéger te pauvre contre le riche, qui souvent les gardes nationales et tes administrations commn ont bien plus contribué i, augmenter le mécontentement fournir de nouveaux éléments au brigandage qu'à calmer lef sions et À défendre les communes contre les brigands.

Pour ce qui est des tribunaux, on les a si sévèrement atta que l'opinion publique a réclamé des réformes déjà présentée le Gouvernement.

11 serait donc superflu d'en parler ici, si je ne tenais à quelques-uns des scandales dont j'ai été témoin. Lorsque je vi

Ifr

404 LE GENERAL GOYONB

en 1861, les prisons d^Aquila, j'y vis, si je ne me Irompe, 700 pri-

sonniersde la dernière classe qui y gisaient entassés sur la terre nue

I dans des trous malsains, avec une nourriture misérable, depuis pla-

jL sieurs mois, sans qu'on ne les ait, ni interrogés, ni classés par caté-

P gorie. Tout ce honteux désordre est mis sur le dos de la révolution.

Ce qui me frappa encore, ce fut la réponse d'un juge que je questionnai à ce propos. Il me dit que, comme on avait oublié de nommer un procureur général, celui qui en faisait provisoirement fonction ne se souciait pas d'assumer la responsabilité, d*autant plus qu'il ne JV" savait pas si le Gouvernement voulait être sévère ou doux, comme

k'-^ si la loi n'était pas au-dessus de tout Gouvernement.

h;- Plus tard, j'ai vu des individus qui, après avoir été arrêtés ponr

^ homicides commis lors des mouvements réactionnaires de 1860,

;1 dans différentes communes de ma zone, à Rocalguglielmo, je crob>,

I' avaient été remis en liberté, bien que l'on sût dans toute la com-

mune de quels crimes ils s'étaient rendus coupables. Le commandant du 43* régiment découvrit à San Germano qu'un certain i prêtre. De Valenle, avait vendu des faux congés à raison de 50 ducats

la pièce. Arrêté, il avait avoué le fait, mais il avait été peu après remis en liberté sous le prétexte qu'on ne l'avait pas arrêté comme prévenu, mais seulement interrogé en qualité de témoin.

On avait en efTet arrêté à Naples le chef de cette bande de faussaires, un major Orsini, qui avait vendu des milliers de faux congés à des débandés (sbandati) et avait de la sorte été la cause qne beaucoup d'entre eux n'étaient pas venus se présenter. On m'a dit à Naples qu'on n'osait pas faire marcher le procès d'Orsini parce que, malgré les preuves évidentes de sa culpabilité, on craignait qu'il ne fût acquitté.

A San Germano, on acquitta un brigand convaincu d'assassinat et de vols à main armée que mes soldats avaient arrêté.

A Gaëte, on en Ht de même pour un homme qui avait volé des objets appartenant à l'Etat et qu'on avait retrouvés chez lui. Je m'en tiens là de mes citations.

Quant aux magistrats cantonaux, qui sont en contact immédiat avec le peuple, il y avait bien peu d'honnêtes gens parmi eux. Pendant que je commandais à Gaëte, on y commit une dizaine de vols dans les magasins de l'État et ou arrêta les voleurs en flagrant délit. Ils furent tous remis en liberté par le juge.

Les juges cédaient souvent à la crainte et à l'intimidation quand ils avaient à faire à des membres de quelque camorra ou à des g^^ns dangereux. Quant aux gens du peuple, dont ils n'avaient rien à craindre, j'ai d('*jà cité l'exemple du juge de Givitella Roveto qui avait lancé des mandats d'arrêt contre deux femmes qui refusaient d'entrer à son service.

Il m'est parvenu une foule de rapports sur des faits du même

genre, dont je me souviens trop vaguement pour pouvoir les riter.

Il est bien évident que, partout où de tels faits se produisent, U

justice n'cfTraye plus le coupable et ne rassure plus Topprimë. N'ayant plus conÛance eu elle, le peuple en vient à mieux aimer se faire justice lui-même, volant les riches qui ont été injustes envers lui, les tuant même lorsqu'ils ont poussé trop loin leurs vexations et leurs mauvais traitements.

J*ai eu maints exemples de celte défiance dans laquelle on tient l'administration de la justice. Lorsque le commandant français livra iîiuseppe Gonti arrêté dans les États pontificaux, le père d'une de ses victimes et la mère d'une autre s'adressèrent à moi en me priant d'intervenir auprès de l'autorité afin que Conti, qui avait des protectionsy ne fût pas absous par le tribunal.

Près de Sora, un ouvrier employé dans une filature tua son patron au cours d'une discussion. On l'arrêta, on le Qt conduire à Sora par une patrouille, à laquelle la veuve tendit une embuscade afin de faire assassiner par quelques salariés le meurtrier de son mari. Il est évident que cette femme n'avait pas grande confiance dans la Justice des tribunaux.

Mais il est encore des désordres dont la répression incombe plutôt aux autorités politiques et à la sûreté publique qu'aux tribunaux. Je veux parler des irrégularités et des abus existant dans les administrations communales et dans la garde nationale.

Je dois reconnaître que j'ai reçu continuellement des plaintes venant d'une quantité de communes et me signalant les abus, les mauvais traitements, les malversations des deniers publics et les illégalités dont les autorités communales se rendaient coupables. ici, c'était un syndic qui avait vendu les buffles de la commune et refusait de rendre compte de l'argent encaissé. Là, le syndic maltraitait et frappait ses administrés et faisait marché de sa charge. Ailleurs, le syndic fabriquait le pain, en fixait le prix et s'attribuait une espèce de monopole en s'arrogeant seul le droit de le vendre, etc., etc.

J'ai pu fréquemment constater le peu d'équité apporté à la répartition des charges résultant des prestations militaires, les irrégularités commises lors des remboursements faits par l'État. J'ai pu voir aussi combien grand était l'abandon dans lequel on laissait les affaires communales à tel point que, pendant la durée de mon commandement, plusieurs communes en étaient réduites, n'ayant pas de cimetière, à déposer leurs morts dans des locaux voisins des églises, où ils se décomposaient au grand détriment de l'hygiène publique.

Beaucoup de communes opposent l'inertie la plus absolue aux mesures ordonnées par le (jouvernement et quelques-unes ne craignent même pas de violer la loi, si bien que pendant l'état de siège je dus faire arrêter un syndic qui donnait asile à un débandé {sbandato)^ un conseiller communal qui en cachait deux, et qui, sur le point d'être découvert, les munit de faux passe-ports et les fit émigrer à Rome. De tels abus sont extrêmement fréquents.

406 LE GÉNÉRAL GOVONB

Dans les provinces napolitaines, Tantique despotisme et les procédés arbitraires du régime bourbonien ont étouffé dans l'esprit du peuple toute idée de légalité.

Lorsque la loi à la main vous refusez ce qu'on vous demande, on TOUS répond : » Mais je vous le demande à titre de faveur.» C'est ainsi qu'un individu demanda à un officier de faire emprisonner une personne avec laquelle il était en procès. On ne connaît par àuite que celui qui commande et celui qui doit obéir. L'un fait tout ce qu'il veut, l'autre doit se plier à tout. 11 en résulte que les fonctions dans les administrations communales et dans la garde nationale, par cela môme qu'elles confèrentune certaine autorité, sontrecher* chées avec une rage et une ardeur dont on ne peut se faire une idée. Les luttes qui éclatent à ce propos dans les petites communes déchaînent les passions les plus violentes et fomentent une quantité de divisions dans le sein du parti arrivé au pouvoir avec la révolulion et qui n'a été uni qu'un moment pour renverser les anciens dominateurs.

Voici maintenant un fait que j'ai vu se produire à tout instant : Dans les communes où il n'y a qu'une seule famile riche ou patriarcale ou bien dans celles où quelques familles unies par les liens de la parenté et de l'amitié se partagent l'influence et les fonctions dans les administrations communales et la garde nationale et les excercent dans l'intérêt de tous, il n'y a pas de débandés {sbandatV, peu ou pas de réfractaires, peu de brigands, et, même lorsque des bandes se tiennent à proximité, ces communes ne demandent pas l'envoi de détachements de troupes. Je cite avec plaisir et comme exemple, les communes d'Atina, près de S. Germano, et de Villa S. Sebastiano, près d'Avezzano, si je ne me trompe.

Mais, partout où les communes sont en proie à la discorde, aux luttes intestines, aux vendetta^ tout marche à tort et à travers. Le contingent fourni au brigandage y est considérable,les résultats de la conscription presque nuls. On y aide les bandes et les prolétaires conspirent pour les faire entrer dans la localité.

Pour ce qui est plus particulièrement des gardes, nationales, je dois dira que leur organisation s'est faite dans les petites communes de façon absolument arbitraire, en violation des lois et que sous le prétexte d'opinions bourboniennes on en a exclu bien des gens. Lorsque la révolution survint, lorsqu'on décida la formation de la garde nationale, dans beaucoup de communes, dans la plupart de celles de ma zone, les soi-disant libéraux s'armèrent sans autre formalité et on donna ou on laissa prendre les grades aux plus audacieux. Plus tard, pendant l'été de 1861, le Gouvernement envoya des offîcierschargés d'organiser cette garde, l'un àAquilaetun autredans la Terre de Labour à Caserle, avec lesquels je fus en relation. Ils me demandèrent de leur adjoindre des officiers de l'armée pour les aider à parcourir les communes et pour procéder aux formalités exigées par la loi. Ces officiers se mirent en route munis d'instruc-

(ioDS détaillées, travaillÈrent pendant six mois et parcoururent d nombreux villages.

Ils m'ont rendu compte des abus qui se coraraetlaient dans 1 ^arde nationale, telle qu'elle avait été primitivement constituée : tel qu'arrêts iniligés arbitrairement en vue d'extorquer de l'argent et d rendre la liberté aux bommes ainsi punis, de vendetta et vexation à l'égard des pauvres.

On réorganisa donc la garde nationale sur des bases légales. Ha. des ofllciersqui ne connaissaient pas le pays, dans lequel ils ne pou vaieats'arréterauplusquequelques.joursen raison de l'énorme trava qu'on leur avait confié, ne potivaient ni réussir à faire enttèremei disparaître les exclusions illégales faites sous prétexte de bourbe nisme, ni empêcher que pour grossir les états on ne fit figurer U prolétaires sur ces listes, on ne conférât des grades d'ofOciei aux plus ambitieux et on ne laissât sur ces états les clieni dont ces ambitieux avaient besoin lors des élections. Ces violatior de la loi, que j'ai eu par la suite occasion de constater, étaient fo nuisibles et dangereuses. Ainsi, on avait fait figurer, parmi les so disant bourboniens exclus, les gens les plus respectables du pai que les puissants du Jour sacrifiaient de la sorte à leurs haines < à leurs rancunes. lien résulta qu'on pût arriver de la sorte à coui lituer presque légalement un parti hostile aunouvel ordre dechost en mettant hors de la loi et en persécutant nombre de pe sonnes qui n'auraient pas mieux demandé que d'adhérnr a nouveau Gouvernement. Enfin, on organisa des gardes national* inutilisables contre les brigands parce que, par le fait mén qu'elles comptaient dans leurs rangs des prolétaires dont les syn pathies étaient acquises à la cause du brigandage, elles n'insp raient aucune confiance à leurs officiers et aux propriétaires et qi de plus, quand, par hasard, on voulait les employer, il fallait lei donner une indemnité journalière sur laquelle ces hommes spéci laientsans rendre le moindi'e service en échange. En outre, on c pouvait donner une instruction militaire h des prolétaires obligi de travailler pour gagner leur pain. Les exclusions illégales i l'inscription des prolétaires sur tcsélats s'élevaient au tiersoutoi au moins au quart des effectifs totaux.

On ne pouvait donc, comme je lai dit, compter sur des garU< nationales organisées de cette faron pour se défendre ulilemei contre le brigandage.

ie citerai h l'appui quelques faits qui se sont produits dans la zôr platée sous mes ordres.

A Vallerolonda, commune de plus de 3.000 âmes, où il y av;i ^compagnies de f;ardes nationales et <S0 fusils, 14 brigands, doi quelques-uns presque des enfants, purent pénétrer dans la localit réquisitionner de maison en maison les fusils qui s'y trouvaie: et en faire porter la plus grande partie dans la montaiinc par l habitants eux-mêmes.

408 LE QÉNÉRAL OOVOME

A Campodi me le, localité BdinirableineDt située et malfjré la proximité d'un dêtacbenient établi à 1.500 mètres du village, 30 brigands entrferenl dans le pays et emportfereat ou firent emporter tous les fusils.

Un gros bour; qui possédait 3 compagnies de gardes nationaux en armes vint un soir demander à Uat^te 12 soldats parce qu'on anit TU dans la journée H brigands sur le territoire de la commune et parce que depuis ce moment l'alarme régnait dans tout le pajs.

Lorsque j'adressai à ce propos des reproches fi ces gardes nationaux, on me répondit encore cette fois comme toujours, comme partout ; qu'on ne pouvait pas se fier ttux hommes dont celte garde se composait.

Un dëtachemenl de gardes nationaux de Fondi exécutantune battue trouva Giuseppe Conti dans un bois.

Au lieu de l'arrêter, le détachemenl resta un certain temps avec lut.

D'autre part, personne ne jouit dans les communes de plus d'autorité que le capitaine de la garde nationale et souvent toute la corporation se considère comme étant au-dessus des lois : de là, les arrestations arbitraires, les vexations, les vendetta.

Dans une commune, les oftlciers de la garde nationale avaient i leur service un certain nombre de débandés [sbandali] qu'ils n'emprisonnaient que lorsque ces gen.s voulaient passer au service d'autres personnes.

Une patrouille de troupes ayant arrêté un de ces hommes qui essaya de s'enfuir k son approche, un capitaine de la garde naliosak intervint pour le [aire reldcber et donna sur lui les meilleurs renseignements. Tout« la commune s'en indigna : cet homme était un criminel des plus dangereux qui venait peu de temps avant de commettre plusieurs assassinats.

Quand, en i86i, les troupes se répandirent par détachements sur toute l'étendue de ma idne, les autorités communaleset les orOciersde» gardes nationales des petites communes craignant les conséquences de leur présence llattî^rent les chefs de ces colonnes et essayèrent de les circonvenir afin de se concilier la faveur de l'autorité militaire. Puis, quand on eût vu que ces premières troupes étaient admirablement disciplinées, lorsqu'on sût qu'on allait relever les détachements, on m'accabla de requêtes et d'envoi de dépulattons pour me demander de maintenir les détachements en place, toujours parce qu'on redoutait la venue de nouvelles troupes.

Quand on eût vu que tous ces détachements étaient également disciplinés, on ne m'adressa plus aucune demande.

Finalement, lorsque les ambitieux et les intrigants eurent reconnu que les chefs des troupes ne se laissaient pas circonvenir, se tenaient surlaréserve, veillaient omettre lin aux exactionsetauxabusetavaient l'ccil sur eux, les capitaines nationaux et les syndics recoururent à la calomnie et aux dénonciations pour essayer de se débarrasser des

officiers qui déployaient le plus de tklf et s'adressèrent à l'autoril sapOrieure pour obtenir leur changement, espérant être plus heu reux avec d'autres. C'est ainsi qu'on accumula caioranies sur calon nies contre un capitaine du 43* qui avait découvert qu'on envoya en contrebande plusieurs millions de kilogramme d'huile & Isc lelta, entreprise à laquelle participaient plusieurs signorotli, t contre an capitaine de bersagliers qui avait découvert à Casalvieri l€ débondés {sbantlati) que cachaient chez eux des ronctionnaires mi nicipaux.

On engagea une lutte du même genre contre les carabinUi royaux dès qu'on eût acquis la conviction qu'ils ne suivaient pas le traces des gendarmes bourboniens : on essaya alors de lutter d'in fluence contre eux, c'esl-à-dire contre la loi et, dans l'espace d'u mois, de Gacte àAvezzano, il n'y eut pas moins de cinq h six cii constances à propos desquelles les capitaines de la garde nationales les syndics réclamèrent violemment contre les carabiniers, parce qu la garde nationale avait voulu leur arracher des prisonniers qu'il étaient en train d'emmener, ou des gens appartenant à la corpors lion, coupables de vols, ou des déserteurs que les carabiniers s'étaiei rerusés à leur rendre.

Le Tait d'appartenir & la garde nationale élait une garantie, un sauvegarde pour tous lea individus suspects ou dangereux. Ces pour cette raison même que plus d'une fois des hommes pour le: quels leur inscription sur les états aurait constitué une chaig vinrent me demander de les inscrire. Un de ces hommes fut arrël peu après pendant qu'il essayait de rançonner le faubourg de Cact au nom d'un brigand et pour son propre compte.

ie dois déclarer que, malgré les efforts tenlés pour améliorer I garde nationale, malgré les transformations et les licenciements, o n'obtintguërede résullats satisfaisants. Quelques syndicsm'ontavou qu'ils n'avaient pas le courage d'en modilier la composition. Plus tan gràce aux pouvoirs que me conférait l'état de siège, je fls procède i l'épuration des listes sous la surveillance de mes ofÔciers qui coi naissaient déjà mieux le pays. Ayant quille Gaéte à ce momcn j'ignore quel a été le résultat Ue l'opération.

Pour en finir avec l'examen de ces désordres, je tiens à dir qu'ils contribuent puissamment au malaise du pays et ensuite l'existence du brigandage.

Dire que ces désordres durent déjà depuis trois ans sans qu'o ait pu en somme y porter grand remède, c'est démontrer d même coup que les autorités administratives n'ont pas la force de If faire disparaître. Et cette force, elles ne l'ont pas à cause de 1 façon dont sont organisées les préfectures. Même là où il y a u administrateur probe et honnête, il est entouré de nonibreu employés qui sont en majorité des prévaricateurs et de malhonnête gens. Quand on signale à la préfecture des abus commis par If autorités communales ou par la garde nationale, une parlie de

410 LE GENERAL GOVONE

employés de la préfecture en donne copie à Tintéressé qui prépare ^lors ses moyens de défense et de riposte. J'ai reçu souvent la visite d^officiers animés du désir de bien faire et qui venaient se plaindre du labyrinthe d'intrigues dans lequel on cherchait à les perdre et à annihiler tout ce qu'ils essayaient de faire. Moi-même j'ai pu voir les menées, les intrigues tramées par les syndics, les juges et les délégués de la Sûreté publique. Ces derniers surtout sont une des plaies de l'administration dans les provinces napolitaines

La misère du prolétariat napolitain et les désordres sociaux que j'ai exposés de mémoire, n'ayant ici aucune note, aucun document, et dont j'ai essayé de démontrer les points de contact et les relations avec le brigandage, me semblent être une explication sufflsante de ce fléau.

Je crois que le brigandage disparaîtra avec le temps et s'éteindra de lui-même ; mais il me semble, qu'on peut déduire de cet état de choses les remèdes qu'il convient d'employer pour le faire cesser et surtout pour l'empêcher de renaître, quelques grandes que puissent être les commotions politiques de l'avenir.

A mon avis, ces remèdes sont de deux espèces :

Ceux qui combattront la faim et la misère du prolétariat et ceux qui, faisant rentrer toute chose dans un système légal et régulier, maintiendront tous les citoyens dans les voies de l'équité et delà justice, désarmeront les vengeances du pauvre et rétablirout la concorde entre tous les citoyens.

Les remèdes de la première catégorie ne peuvent être que l'œuvre du temps. On construira peu à peu des routes et des chemins de fer, on augmentera les sources du travail, on relèvera en m(^me temps les salaires, et le prolétaire s'assurera de la sorte une existence matérielle moins précaire et pourra satisfaire à >e5 l)esoins les plus essentiels.

Quant aux remè«les de la deuxième catégorie, je le dis parce que rexp<'nence des faits m'a permis de m'en convaincre, ils sont à la fois plus importants et plus urgents. Hien ne s'oppose du reste à leur application immédiate.

Telle qu'elle fonctionne actuellement dans les provinces napolitaines, l'administration de la justice est faite plutôt pour encourager l'immoralité, pour empocher de discerner le bien du mal, pourêlre un instrument d'oppression illégale et de vexations, que pour assurer la répression des crimes et des dt'lits et pour protéger la société. 11 s'agit de lui faire subir des réformes bien autrement profondes et radicales que celles tentées jusqu'à ce jour. Certaines dispositions de lois me paraissent aussi fort imparfaites

L'impuissance de l'administration civile à mettre un terme aux <lésordres des pouvoirs communaux, des gardes nationales et de

fa sûreté publique a, ce me semble, été démontrée par Texpérience de ces trois dernières années. Les germes de cette impuissance se trouvent, je Tai dit, dans le personnel même dont disposent les préfectures.

Il faut donc procéder à une reconstruction progressive de la machine gouvernementale. C'est assurément une œuvre qui ne manque pas de difOcultés, mais qui serait déjà faite si le comte de San Martine, par exemple, étaitresté dans les provinces napolitaines muni des pouvoirs nécessaires. A cette heure, il aurait assurément réussi à faire nommer de bons préfets, des fonctionnaires vigoureux qui soutenus par lui auraient réussi à chasser de Tadministration les employés infidèles et incapables qui remplissent les bureaux et font échouer toutes les réformes, toutes les œuvres utiles. Le personnel de la sûreté publique, recruté en partie parmi les braillards de la place publique, a besoin d'être épuré et assaini par de nombreuses destitutions et par des répressions exemplaires et retentissantes.

Comment le gouvernement pourra-t-il s'acquitter de cette grande oeuvre? L'expérience des faits et la difficulté d'obtenir les destitutions nécessaires ont fait naître en nous la conviction que le Gouvernement central ne saurait se charger directement de l'exécution de ces réformes. Il ne peut le faire à cause de la masse des afi*aires. Et tous les désordres, tous les abus ne produisent de loin quand on en rend compte au Gouvernement central (ce qu'on se garde bien de faire dans tous les cas. parce qu'on n'a pas assez confiance dans la répression) qu'une impression absolument affaiblie, tandis que sur place ces scandales ont souvent un véritable caractère de gravité. Ces afTaires, qui sont pour ainsi dire étrangères au Ministère, ne devraient pas, en raison de leur grand nombre, être transmises plus loin et devraient être même confiées aux employés inférieurs.

Même au temps des lieutenances et des commissaires royaux à Naples, j'avais reconnu la nécessité de les faire assister par une commmion que j'avais appelée commission des plaintes^ à laquelle on devait adresser les rapports sur les abus et les injustices de tout genre qui se produisaient. Cette commission avait le droit d'envoyer sur les lieux, aussitôt après les premières constatations, dos commissaires qui après avoir examiné sommairement la question, devaient faire prompte justice et exercer une répression exemplaire.

Maintenant qu'il n'existe plus de pouvoirs exce[)lionnels à Naples, nous nous trouvons en face d'une situation nette, où tout est à faire. Le Gouvernement dira peut-être : « Je mettrai parlout des bons préfets et je leur donnerai les pouvoirs les plus étendus. »

Mais il me semble qu'on tournerait ainsi dans un cercle vicieux. Comme il n'y a peut-être pas dans tout le royaume de Naples (et hors de ce royaume) 15 ou 16 excellents préfets et 50 sous-préfets, plus tout le personnel fidèle qu'on doit placer à côté d'eux, com-

ment faire, non seulement pour administrer les pays dirOciles, mais pour réorganiser Tadministration ?

Je pe crois pas que ce personnel existe, et il s'agit donc de se contenter de surveiller Toeuvre de quelques-uns de ces fonctionnaires et de les protéger tous contre leurs subordonnés infidèles. Donnei des pouvoirs étendus aux préfectures actuelles, telles quelles sont constituées dans le Napolitain, ou avec les légères modifications qu*oii pourrait leur faire subir, et vous mettrez dans la plus grande partie du pays le comble de Tanarchie dans la machine gouvernementale.

Il me semble donc évident que le remède consiste à décentraliser, à donner des pouvoirs fort étendus à quelques commissaires. 3 ou 4 pour tout le royaume de Naples, qui entourés d'un personnel spécial, honnête, discret, exerceront sur T Administration une surveillance de tous les instants, lui traceront sa voie, l'aideront de leurs conseils et procéderont à Tépuration des emplois.

Je demande seulement 3 ou 4 commissaires royaux, parce qu'il faut des hommes de caractère, ayant une grande habitude des affaires, beaucoup de zèle et une grande facilité de travail, des hommes de premier ordre qui assureront l'exécution de la loi, sans s'occuper de la droite ou de la gauche, des bourboniens ou de» libéraux, mais rien que de la loi.

On devra se garder de satisfaire les criailleries des agitateurs, de changer ces hommes d'élite qui auront à combattre tant d'abus et tant d'illégalités. Dans le royaume de Naples, la vraie opinioQ publique, celle de la masse de la population qui a besoin de calme, de justice, de légalité, ne se fait pas encore sentir avec force, surtout dans les provinces. Mais quand elle se sentira soutenue, cetie opinion publique se réveillera, et ce n'est qu après avoir mené à bonne fin leur œuvre de régénération sociale et de réorganisation administrative, que ces hauts fonctionnaires peuvent espérer trouver dans l'approbation de l'opinion publique la seule, la haute récompense à laquelle ils prétendent^ »

1. Suivent quelques considérations sur la façon de conduire la campagne contre les brigands, sur Tatlilude des Français, sur les rapports que I» Général a eus avec eux et sur l'attitude des autorités pontificales.

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